Caroline Barron, London in the Later Middle Ages. Government and People, 1200-1500, Oxford, Oxford University Press, 2004, XVI-472 p.
Pages 719h à 768h
Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719h
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719h
1 Les destinées de Londres entre le règne de Jean sans Terre et celui d’Henri VIII sont contrastées : la cité perdit une partie de son indépendance politique et subit la pression de la Couronne, mais dans le même temps elle opéra une mainmise sur le grand commerce anglais, écartant les marchands étrangers, et commença à s’extraire d’un cadre économique « colonial », caractérisé par l’exportation de matières premières et par l’importation de produits finis, pour devenir la capitale industrielle et commerciale du royaume. L’évolution démographique de Londres traduit bien ce succès : en dépit des pertes démographiques consécutives à la peste, la population londonienne représentait 1,5 % de la population globale du royaume en 1300, 2 % en 1500. Mais l’alourdissement de son poids relatif dans la richesse totale du royaume est encore plus spectaculaire : la richesse de Londres représentait cinq fois celle de Bristol en 1334, onze fois dans les années 1520.
2 C’est ce destin double que retrace Caroline Barron dans une synthèse nourrie, qui repose sur l’étude d’une documentation exceptionnelle. L’ouvrage s’ouvre sur la question des rapports entre Londres et la royauté, essentielle si l’on veut comprendre les transformations de la cité. Le rôle de Londres dans la vie politique anglaise fut loin d’être négligeable : à plusieurs reprises, les Londoniens firent pencher la balance politique, comme en 1326, lorsqu’ils accueillirent à bras ouverts la reine Isabelle et Roger Mortimer, précipitant la chute d’Édouard II, ou en 1399, quand une délégation de Londoniens annonça à Henri Bolingbroke son retrait d’allégeance au roi, contribuant de manière décisive à l’accession d’une nouvelle dynastie sur le trône. Londres pesait aussi dans l’organisation militaire du royaume et sa contribution financière aux besoins du gouvernement royal fut cruciale. Néanmoins, si la cité parvint à faire reconnaître, en dépit de plusieurs tentatives d’ingérence, la liberté de l’élection du maire et des sheriffs, les divisions en son sein ne lui permirent jamais de former, face à la royauté, un pouvoir véritablement autonome : le roi pouvait toujours suspendre les libertés de la ville et y instaurer un gouvernement direct, comme à plusieurs reprises sous Henri III ou encore de 1285 à 1298 et en 1392, et la multiplication des enquêtes judiciaires, qui culmina avec la grande enquête de 1321, est révélatrice du désir du roi d’intervenir dans la vie intérieure de la cité, notamment pour régler des questions liées au respect de la loi et de l’ordre. Cette évolution est concomitante de transformations significatives dans le gouvernement de la cité : la reprise en main de Londres par Édouard Ier eut pour conséquence de mettre fin au monopole des grandes dynasties sur les offices civiques. Cela ne signifie pas que le gouvernement londonien évolua dans le sens d’une plus grande représentativité : bien au contraire, la cité se retrouva dominée, au XVe siècle, par une oligarchie marchande dont les intérêts étaient défendus par les compagnies, et qui put s’appuyer sur une bureaucratie de plus en plus étoffée. L’octroi aux compagnies, en 1467, de l’élection du maire, retirée aux aldermen, est significative de cette évolution, tout comme les chartes d’incorporation concédées par le gouvernement royal, qui permettaient aux compagnies de contourner la législation restrictive sur la mainmorte pour acquérir des terres.
3 La réussite économique de Londres est aussi due en grande partie aux bons rapports avec le gouvernement royal. Le privilège de commercer librement dans tout le royaume, obtenu au début du XIIe siècle, fut farouchement défendu par les Londoniens, et en 1319 les marchands londoniens obtinrent aussi le monopole du commerce de détail dans la cité, au détriment des « étrangers » à la ville. Le contrôle des poids et mesures, des transactions, de la navigation et de la pêche dans la Tamise, la mise en place de cours de justice destinées à régler rapidement les conflits commerciaux dépendaient de la bonne volonté de la Couronne. Mais Caroline Barron montre qu’ils sont également le fruit d’une politique concertée des élites commerciales pour défendre et étendre les privilèges économiques de la ville et constituer un environnement favorable aux échanges commerciaux, ce que révèlent la mise en place d’une infrastructure commerciale – en particulier, la construction de marchés couverts –, la multiplication des auberges ou encore la construction du pont de Londres, qui permit l’interconnexion entre le réseau routier et l’aménagement portuaire. Un des grands mérites de l’ouvrage est toutefois de nous défaire de l’idée préconçue de Londres comme grand entrepôt, sans vie industrielle propre : l’A. démontre qu’au contraire la cité bénéficia d’activités de transformation des biens extrêmement variées, et qu’on y trouvait en particulier des spécialistes en plus grand nombre que les autres villes, un phénomène dû à la présence d’un important marché pour la consommation de luxe. Les étapes préliminaires de la draperie semblent avoir quitté le cadre londonien à la fin du Moyen Âge, et la construction navale et la céramique sont peu représentées à Londres, mais ce n’est pas le cas d’autres activités lourdes comme la fonderie : Londres devint par exemple le centre de la fabrication de plaques funéraires en laiton et d’objets d’étain destinés à l’exportation.
4 La dernière partie de l’étude porte sur la pratique du gouvernement civique dans deux domaines particuliers : la maîtrise de l’environnement urbain et l’aide aux démunis. La reconstitution du paysage londonien est fascinante : l’aspect des rues, des maisons et de leurs jardins, des murs de la cité, entourés de jardins maraîchers, de la banlieue, lieu de divertissement mais aussi des activités salissantes, est évoqué avec un luxe de détails qui nous donnent l’illusion d’une promenade dans le Londres de la fin du Moyen Âge. L’alimentation de la ville en eau grâce à la construction du fameux « conduit » de Cheapside, l’évacuation des eaux usées, le nettoyage et l’entretien du pavage des rues contribuaient à cet environnement favorable aux activités commerciales que les élites urbaines souhaitaient créer. Quant à l’aide sociale mise en place par la cité, dont l’aspect le plus spectaculaire sans doute est la création d’hôpitaux et d’almshouses, elle est révélatrice à la fois du désir de contrôle des populations marginales par les cadres urbains et de la substitution graduelle d’un encadrement séculier à l’action de l’Église. On reste peut-être, à la lecture de ce beau livre, un peu sur sa faim. Caroline Barron justifie d’emblée son choix de laisser de côté de grands pans de la vie londonienne : la société urbaine est évoquée essentiellement par le biais des métiers et de l’action charitable, l’Église apparaît surtout dans le cadre des fraternités. On ne peut que souhaiter qu’un deuxième volume vienne compléter cette publication.
5 Frédérique LACHAUD.