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Article de revue

La première entrée de l'évêque : réflexions sur son origine

Pages 635 à 675

Citer cet article


  • Julerot, V.
(2006). La première entrée de l'évêque : réflexions sur son origine. Revue historique, 639(3), 635-675. https://doi.org/10.3917/rhis.063.0635.

  • Julerot, Véronique.
« La première entrée de l'évêque : réflexions sur son origine ». Revue historique, 2006/3 n° 639, 2006. p.635-675. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-635?lang=fr.

  • JULEROT, Véronique,
2006. La première entrée de l'évêque : réflexions sur son origine. Revue historique, 2006/3 n° 639, p.635-675. DOI : 10.3917/rhis.063.0635. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-635?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0635


Notes

  • [1]
    Mais cet ordre n’est pas immuable, Ludwig Falkenstein, Alexandre III et la vacance d’un siège métropolitain, le cas de Reims, dans Sede vacante, la vacance du pouvoir au Moyen Âge, Bruxelles, 2001, p. 3-37 (p. 7).
  • [2]
    Aucun texte cependant ne décide de la provision apostolique, qui, en droit, n’a été réservée au Saint-Siège que depuis 1917. Jean Gaudemet, Les élections dans l’Église latine des origines au XVIe siècle, Paris, 1979, p. 8.
  • [3]
    Durand de Maillane, à la fin du XVIIIe siècle, fait appel au Décret pour indiquer que le peuple doit recevoir avec joie son nouveau pasteur, mais le texte allégué ne concerne pas précisément un adventus ; il énonce une généralité : à chaque fois qu’un évêque est accueilli, c’est comme si Jésus était accueilli. En outre, il disserte du joyeux avènement dans un article sur le sacre, Dictionnaire de droit canonique et de pratique bénéficiale, Paris, 1761, t. 1, p. 377.
  • [4]
    Ces deux références sont dans une plaidoirie à propos d’un procès pour évêché, AN, X1a 4826, fol. 27, 9 décembre 1484. Le style du Châtelet a été rédigé au début du XIVe siècle. Le chapitre De feudis est extrait du Speculum judiciale, IV, 3 de Guillaume Durand, dit le Speculator, rédigé en 1271 : fol. 137 v.
  • [5]
    Le livre de Guillaume Le Maire, Célestin Port (éd.), Mélanges historiques. Choix de documents, Paris, 1877, t. 2, p. 245-260.
  • [6]
    Ainsi, à la fin du IVe siècle, lorsque Epiphanius, évêque de Chypre, arrive à Constantinople pour s’entretenir avec Jean Chrysostome, il se recueille dans une église hors de la ville avant de faire son entrée et d’être accueilli par le clergé. Jean Évenou, Processions, pèlerinages, religion populaire, dans Aimé-Georges Martimort, L’Église en prière. Introduction à la liturgie, III : Les sacrements, 1984, p. 259-282, 267. Pour le texte : Sozomène, Historia ecclesiastica, 8, 14, Patrologia graeca 67, col. 1554.
  • [7]
    Au Ve siècle, sur une bonne soixantaine de sièges en Gaule, plus de la moitié sont occupés par des évêques issus de l’aristocratie sénatoriale ou municipale. Luce Pietri, dans Histoire du christianisme des origines à nos jours, t. 3, Paris, 1998, p. 219.
  • [8]
    Sabine Mac Cormack, Change and continuity in Late Antiquity : The ceremony of Adventus, Historia, Zeitschrift für alte Geschichte, 1972, 4, p. 721-752, 747 ; Id., Art and Ceremony in Late Antiquity, Berkeley, 1981 ; Peter Brown, Reliques et statut social au temps de Grégoire de Tours, dans La société et le sacré dans l’Antiquité tardive, Paris, 1985, p. 171-198 (p. 187-188) ; Michael McCormick, Vittoria eterna. Sovranità trionfale nelle tarda antichità, a Bisanzio e nell’Occidente altomedioevale, Milan, 1993, p. 410-414 ; Pierre Dufraigne, Adventus Augusti, Adventus Christi. Recherche sur l’exploitation idéolologique et littéraire d’un cérémonial dans l’Antiquité tardive, Paris, 1994, p. 11, 280-284, 461.
  • [9]
    Reinhard Schneider, Bischöfliche Thron- und Altarsetzungen, Papstgeschichte und Landesgeschichte. Festschrift für Hermann Jakobs zum 65. Geburtstag, Cologne-Weimar-Vienne, 1995, p. 1-15, 2-3.
  • [10]
    Luce Pietri, La ville de Tours du IVe au VIe siècle. Naissance d’une cité chrétienne, Rome, 1983, p. 247, n. 2.
  • [11]
    Bernard Guenée, Françoise Lehoux, Les entrées royales françaises de 1328 à 1515, Paris, 1968. Depuis cet ouvrage fondateur, de très nombreuses études ont approfondi ce sujet, par exemple Élie Konigson, La cité et le prince : premières entrées de Charles VIII, 1484-1486, dans J. Jacquot (éd.), Les fêtes de la Renaissance, t. 3, Paris, 1975, p. 55-69 ; Noël Coulet, Les entrées solennelles en Provence au XIVe siècle, Ethnologie française, nouvelle série, t. 7, no 1, 1977, p. 63-82 ; Id., De l’intégration à l’exclusion : la place des Juifs dans les cérémonies d’entrée solennelle au Moyen Âge, Annales ESC, 34 (1979), p. 672-681 ; Lawrence M. Bryant, La cérémonie de l’entrée à Paris au Moyen Âge, Annales ESC, 41 (1986), p. 513-542 ; Id., The King and the City in the Parisian Royal Entry Ceremony, Genève, 1986 ; Les entrées. Gloire et déclin d’un cérémonial, Biarritz, 1997 ; Gordon Kipling, Enter the King. Theatre, Liturgy and Ritual in the Medieval Civic Triumph, Oxford, 1998 ; Anne Lemonde-Santamaria, Les entrées solennelles en Dauphiné (1389-1533), Grenoble-Vienne-Valence-Romans, à paraître dans Le destin des rituels, dir. Gilles Bertrand et Ilaria Taddei, EFR, 2006.
  • [12]
    Les références seront données au fil des notes.
  • [13]
    Jean-Arnaud Dérens, La cathédrale et la ville : Maguelone-Montpellier (XIIIe-XIVe siècles), La cathédrale (XIIe-XIVe siècle), Cahiers de Fanjeaux, 30, 1995, p. 97-117 (p. 108-109). Il y a eu sept évêques entre 1296 et 1334.
  • [14]
    Même si cette source est biaisée puisque l’auteur est un chanoine de la cathédrale, on peut se demander pourquoi il ne dit rien de ces entrées au cours desquelles l’évêque prête serment de respecter les droits du chapitre.
  • [15]
    Sous Charles VIII (1483-1498), au moins 40 diocèses sont ainsi perturbés.
  • [16]
    Je renvoie à la lecture de son livre : Dangereux rituel : de l’histoire médiévale aux sciences sociales, Paris, 2003.
  • [17]
    Voir article à paraître dans les Mélanges offerts à Pierrette Paravy. De même, pour les comparaisons avec le rituel inversé de la fête des fous, nous attendons l’intéressante thèse de Yann Dahhaoui, L’évêque des Innocents dans l’Occident médiéval (XIIe-XVe siècle), Claude Gauvard et Jean-Yves Tilliette (dir.). On peut également se reporter à l’article de cet auteur dans le présent numéro.
  • [18]
    Si cette acceptation se fait sans peine quand l’évêque a été élu par le chapitre, elle peut être plus difficile en cas de provision apostolique.
  • [19]
    Pour Bourges, AN, X1a  4825, fol. 283, l’entrée a lieu le dimanche 17 novembre 1482. Pour Rouen, Ad Seine-Maritime, G. 2142, fol. 65 v - 66, septembre 1483. À Paris, le lundi 9 février 1495, Jacques Louet, beau-frère de l’évêque Jean Simon, accompagné de quelques amis, supplie le chapitre que l’entrée ait lieu le dimanche suivant, 15 février ; cela est accordé par un vote à la majorité, et après délibération, AN, LL 126, p. 195-215.
  • [20]
    Pour Paris, BNF, ms. lat. 17040, fol. 269, entrée de Jean Simon ; François Bonnardot (éd.), Registres des délibérations du bureau de Paris, t. 1, Paris, 1883, p. 77, entrée d’Étienne Poncher.
  • [21]
    Monique-Cécile Garand, La carrière religieuse et politique d’Étienne Poncher, évêque de Paris (1503-1519), Huitième centenaire de Notre-Dame de Paris, Paris, 1967, p. 291-343, 304.
  • [22]
    Infra, p. 653 ; Ad Seine-Maritime, G. 2145, fol. 13 v, 14 v, 15.
  • [23]
    AM Rouen, Délibérations, A9, fol. 151 v, 155 v.
  • [24]
    Ainsi pour Pierre Cadouet, en 1482, qui arrive du château de Saint-Palais (commune de Saint-Martin-d’Auxigny, Cher, à une douzaine de kilomètres au nord de Bourges), Ad Cher, 8 G 283, pièce 94, fol. III v. En 1291, Guillaume Le Maire, évêque d’Angers, arrive du château de Villévêque le samedi. Il est également accueilli sur le chemin du monastère par l’abbé de Saint-Serge et nombre d’ecclésiastiques, Le livre de Guillaume Le Maire, op. cit. (n. 5), p. 245. Ils ont déjà pu s’établir ainsi en une demeure épiscopale, avant même d’avoir pénétré la cité où est situé le siège de leur pouvoir. Georges d’Amboise, en 1494, est accueilli à la porte Martinville par des représentants du corps de ville.
  • [25]
    AN, X1a  4834, fol. 169, 14 février 1493.
  • [26]
    Et cela est attesté dès 1184. Abbé F. Reberioux, Le joyeux avènement des archevêques de Bourges au Moyen Âge, Revue du Centre, 1879, p. 113-133 (p. 117-118). Acte de 1186 dont une version est donnée dans cet article.
  • [27]
    Il en est de même pour Guillaume Le Maire. Le livre de Guillaume Le Maire, op. cit. (n. 5), p. 253.
  • [28]
    BNF, ms. lat. 17040, fol. 269. Guillaume Chartier, en 1448, monte un cheval blanc. Colette Beaun (éd.), Le Journal d’un Bourgeois de Paris, Paris, 1990, item 886.
  • [29]
    Pour Paris, cf. Benjamin Guérard (éd.), Ordo qualiter parisiensis episcopus, a consecracione sua revertens (...) in eadem ecclesia debeat recipi (...), Cartulaire de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Paris, 1850, t. 3, p. 462-464, AN, L 882, dossier 160.
  • [30]
    Pour Paris, Registres des délibérations..., op. cit. (n. 20), p. 78. Procès-verbal de Jacques d’Estouteville sur l’entrée de Jean Simon, AN, L 882, dossier 160, chemise no 3.
  • [31]
    Ibid. Au XVIIIe siècle, le même genre de formule est employé à Sens, Cardinal de Luynes, Cérémonial de l’église métropolitaine et primatiale de Sens et du diocèse, Sens, 1769, p. 683.
  • [32]
    À Saint-Ouen, le procès-verbal de la réception décrit l’archevêque Maurice, sortant de la chambre de l’abbé avec son pallium envoyé par le pape, dans l’église du monastère, devant l’autel de Saint-Jean le Baptiste et Saint-Jean l’Évangéliste, puis devant celui des apôtres Pierre et Paul où, après avoir prié, il élève le pallium au-dessus de l’autel. Le chantre entonne Sine lumbi puis l’archevêque confie l’écharpe à « maître Jean » pour qu’il la porte devant lui. La procession s’ébranle alors en direction de Saint-Herbland ; Ad Seine-Maritime, 14 H 153, procès-verbal.
  • [33]
    Selon les témoignages, Cadouet montre ses lettres de consécration et demande que lui soit remis son bâton pastoral, puis prête serment de respecter les privilèges de l’Église de Bourges ; Ad Cher, 8 G 283, pièce 70, no 1. Selon la plaidoirie de l’avocat, il prête serment avant de recevoir la crosse et la mitre.
  • [34]
    Ad Cher, 8 G 283, pièce 70.
  • [35]
    Georges d’Amboise a été accueilli par les officiers municipaux et royaux et conduit par les Églises jusqu’à l’abbaye Saint-Ouen ; AM Rouen, Délibérations, série A9, 1491-1502, 76/53, fol. 155 v.
  • [36]
    BNF, ms. lat. 17040, fol. 269.
  • [37]
    Les vassaux le portent dans une chaise en bois, parée de draps de soie, Ad Cher, 8 G 283, pièce 70, pièce 8, p. 3. Abbé F. Reberioux, Le joyeux avènement des archevêques de Bourges..., op. cit. (n. 26), p. 120.
  • [38]
    Une particularité distingue l’entrée de Georges d’Amboise, puisque ce dernier est monté sur un cheval blanc, AM Rouen, Délibérations, A9, 1491-1502, fol. 155 v. Son double statut peut en être une explication : « Il vient en deux instances, l’une comme lieutenant du roy en l’absence de monseigneur d’Orleans et l’autre comme archevesque » (ibid., fol. 152 v.).
  • [39]
    Par exemple pour Robert de Croismare en 1483, Ad Seine-Maritime, G 2142, fol. 67, et Charles de Bourbon III le 24 mai 1599, François Farin, Histoire de Rouen, Rouen, 1710, t. 1, p. 410.
  • [40]
    Ad Cher, 8 G 283, pièce 60 (20 juin 1485). Sur l’Université de Bourges, voir les travaux en cours sous la direction de Jacques Verger.
  • [41]
    À Bourges en 1482, « y avoit grant multitude de peulple (sic) tant de gens d’esglise qui y estoient en procession que d’autres gens laiz estans parmy les rues et aux fenestres des maisons d’icelle ville, en grant sollempnité et esjoyssement de tous ». Selon l’abbé F. Reberioux, Le joyeux avènement des archevêques de Bourges..., op. cit. (n. 26), p. 121, le parcours serait : rue Saint-Sulpice, rue de Mirebeau, rue des Augustins, porte Gourdaine, rue de Coursalon, mais l’auteur n’en précise pas la date.
  • [42]
    BNF ms lat. 17040, fol. 269. Procès-verbal de Jacques d’Estouteville..., AN, L 882, dossier 160, chemise no 3.
  • [43]
    Saint-Herbland est une petite paroisse limitée par l’ensemble cathédral et installée le long des rues Courvoiserie et du Grand Pont, Philippe Cailleux, Trois paroisses de Rouen à la fin du Moyen Âge. (XIIIe-XVe siècle) : Saint-Lô, Notre-Dame-la-Ronde, Saint-Herbland. Étude de topographie et d’urbanisme, thèse Paris IV, microfiches 1999, p. 420, 421, 425, 664. Ce sont les chanoines de la cathédrale qui sont curés de cette église paroissiale, et c’est ce qui expliquerait pour François Farin, Histoire de Rouen, op. cit. (n. 39), t. 2, p. 227, 229, que de tout temps les chanoines aient choisi cette église pour la cérémonie de la réception de l’archevêque.
  • [44]
    « Comme il est acoustumé de faire », Ad Cher, 8 G 283, pièce 70. Celui de Rouen, en 1231, ne porte pas la croix, si ce n’est « la croix des moines » ; Ad Seine-Maritime, 14 H 153, procès-verbal, mais rien n’est dit dans les descriptions ultérieures.
  • [45]
    Elle est appelée ainsi en raison de son ancienne dorure. Auguste Théodore de Girardot, Histoire du chapitre Saint-Étienne de Bourges, Orléans, 1853, p. 28.
  • [46]
    À Paris, pour la réception pluvieuse de Jean de La Rochetaillée en octobre 1422, ils arborent leur manteau habituel en laine noire, AN, LL 112, p. 387 ; LL 277, fol. 74.
  • [47]
    Registres des délibérations..., op. cit. (n. 20), p. 79. C’est aussi le cas à Sens (Ad Yonne, G 1, pièce 7, fol. 3, et encore au XVIIIe siècle, Cardinal de Luynes, Cérémonial de l’église métropolitaine..., op. cit. (n. 31), p. 681), à Auxerre (Michel Sot (dir.), Les gestes des évêques d’Auxerre, t. 2, notice 79, à paraître ; je remercie Noëlle Deflou-Leca de m’avoir permis de consulter ce volume non encore édité des Gesta ; Jean Lebeuf, Mémoires concernant l’histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre, Paris, 1848, t. 4, p. 252-253), à Reims, où c’est dans l’église que l’archidiacre conduit l’archevêque « aux cordes des cloches et par cet intermédiaire il l’investit de l’église en disant : “Recevez par ces cordes la possession réelle de votre église...” » (Patrick Demouy, Genèse d’une cathédrale. Les archevêques de Reims et leur Église aux XIe et XIIe siècles, Langres, 2005, p. 55).
  • [48]
    Il l’est dans la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul, et cette titulature rappelle la première appellation du monastère Saint-Ouen et appuie le lien entre les religieux et l’archevêque.
  • [49]
    À Reims, il s’agit de l’archidiacre, Patrick Demouy, Genèse d’une cathédrale, op. cit., p. 55.
  • [50]
    Il en est de même à Auxerre.
  • [51]
    C’est le cas pour Georges d’Amboise. À Bourges, Pierre Cadouet n’officie pas au grand autel car il n’a pas encore reçu son pallium.
  • [52]
    À Bourges, 400 à 500 personnes, laïques ou ecclésiastiques, y auraient participé, Ad Cher, 8 G 283, pièce 70. Le récit de la joyeuse entrée de Jean Simon n’a pas été copié dans les registres, mais lors d’entrées précédentes il est bien noté qu’eut lieu le déjeuner traditionnel, par ex. en 1473 pour Louis de Beaumont : prandium solemne, AN, LL 277, fol. 169 ; LL 121, p. 680. Il semble que solemnis puisse être traduit ici dans le sens de « traditionnel ». La disposition des invités au festin est détaillée pour l’entrée d’Étienne Poncher dans les registres de la ville ; pour accueillir plus de 500 personnes, il a fallu louer la vaisselle d’étain de l’hôpital Saint-Jacques, Monique-Cécile Garand, La carrière religieuse..., op. cit. (n. 21), p. 304-305. À Rouen fut offert solemne et sumptuosum convivium, Ad Seine-Maritime, G 2145, fol. 18.
  • [53]
    Jean Évenou, Processions, pèlerinages, religion populaire, dans Aimé-Georges Martimort, L’Église en prière. Introduction à la liturgie, III : Les sacrements, 1984, p. 259-282 (267).
  • [54]
    Pour permettre cette conclusion lors du déjeuner, l’entrée débute tôt : à Langres, il est 7 heures du matin quand Guy Bernard arrive près de la ville en 1454, mais c’est le mois d’août ; en novembre 1481, en la même cité, il est 9 heures, Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons à la fin du Moyen Âge, thèse en cours, Dijon, Vincent Tabbagh (dir.). À Bourges, en novembre 1482, il est entre 9 heures et 10 heures quand Pierre Cadouet franchit la porte, Ad Cher, 8 G 283, pièce 60 (20 juin 1485).
  • [55]
    Ainsi à Rennes, à Saint-Melaine. Jean-Pierre Leguay, L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles. Exemples bretons et savoyards, dans Les prélats, l’Église et la société, XIe-XVe siècle, Bordeaux, 1994, p. 276.
  • [56]
    Pierre Cadouet est entré à Bourges un dimanche, cf. n. 19. En 1519 encore, l’évêque parisien François Poncher fait son entrée le dimanche 8 mai ; V. L. Bourrilly (éd.), Journal d’un bourgeois de Paris sous François Ier, 1515-1536, Paris, 1910, p. 69. André d’Espinay fait son entrée à Lyon le dimanche 9 mars 1494 ; AM Lyon, BB 21, fol. 47. Bernard Gui fait son entrée à Lodève le dimanche 7 octobre 1324 ; Jean-Marie Carbasse, Bernard Gui, évêque de Lodève, 1324-1331, Bernard Gui et son monde. Cahiers de Fanjeaux, 16, 1981, p. 333-356 (p. 334). Pierre Longueil entre à Auxerre le dimanche 15 mars 1450 (n.s.), Guy Bernard à Langres le dimanche 4 août 1454, Jean d’Amboise le dimanche 18 novembre 1481 ; Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit.
  • [57]
    Véronique Julerot, Les évêques de Paris au XVe siècle, DEA, Paris I, 1994, p. 107. Le Journal d’un bourgeois de Paris, op. cit. (n. 28), item 791, indique que Denis du Moulin entre le jour de la fête Saint-Denis, en 1440, sans autre précision ; mais d’après le calcul à partir de la date de Pâques 1440, il s’agit cette fois-ci d’un dimanche.
  • [58]
    Vendredi 22 octobre 1423 pour Jean de La Rochetaillée, vendredi 9 août 1437 pour Louis de Luxembourg, samedi 6 septembre 1483 pour Robert de Croismare. À Reims, Pierre de Laval entre le mercredi 6 avril 1474, Pierre Desportes, Diocèse de Reims, Fasti Ecclesiæ Gallicanæ, Turnhout, 1998, p. 212. À Thérouanne, évêché étudié par Julien Théry, deux exceptions seulement sur huit dates d’entrées connues entre 1099 et 1539, et difficiles à expliquer selon l’auteur, Julien Théry, Les entrées épiscopales à Thérouanne, Xe-XVIe siècle, à paraître dans L’album Thérouanne, publié par l’École des Chartes. À Autun, sur trois entrées rappelées dans le cartulaire édité pour le XIVe siècle, aucune n’a lieu un dimanche ; Anatole de Charmasse, Cartulaire de l’Église d’Autun, Paris-Autun, 1865, t. 2, p. 208, 278, 331.
  • [59]
    Pierre Batiffol, La liturgie du sacre des évêques dans son évolution historique, RHE, no 23, 1927, p. 733-769 (p. 736, 762).
  • [60]
    La description de ce rituel de confirmation se trouve encore dans des pontificaux du XIIIe siècle, Véronique Julerot, La confirmation des élections épiscopales à la fin du Moyen Âge : origines et enjeux, RHDFE, 81, 2, avril-juin 2003, p. 173-194.
  • [61]
    Jean Maan, Histoire de l’Église de Tours, 1667, 1re partie, « Histoire chronologique des évêques et archevêques de Tours », trad. Pierre Letort, Saint-Quentin-sur-Indrois, 1997, p. 353. Avant, il a cité les acteurs du rituel dont « l’abbé et le convent de Saint-Julien, qui reçoivent celui qui doit être consacré, avec sa suite, pour le séjour et le repas ». Dans une lettre qu’il adresse au chapitre parisien en 1427, Jacques du Châtelier, « élu confirmé », les avertit qu’il fera son entrée le dimanche suivant et entend se faire sacrer à Sainte-Geneviève ; AN, L 882, dossier sur l’exemption de la juridiction épiscopale. Dans le cartulaire de Notre-Dame de Paris, le titre de l’ordo qui règle l’accueil du prélat par le clergé de la cathédrale lie les deux cérémonies ; cf. n. 29. L’expression « frais du sacre désignant » les dépenses occasionnées par cette journée en serait-elle un mémorial ? C’est ainsi que Jean-Pierre Leguay parle des frais qui reviennent aux magistrats municipaux : « les frais du “sacre” (sic) », L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles..., op. cit. (n. 55), p. 277. Durand de Maillane parle de l’entrée dans son article sur le sacre ; cf. n. 3.
  • [62]
    Michel Sot (dir., éd.), Les gestes des évêques d’Auxerre, t. 1, Paris, 2002, n. 396, p. 184. Le livre de Guillaume Le Maire, op. cit. (n. 5), p. 245-260. C’est le lieu traditionnel ; Joseph Avril, Le gouvernement des évêques et la vie religieuse dans le diocèse d’Angers (1148-1240), Paris-Lille, 1984, p. 99. Mais l’auteur donne un troisième lieu de sacre qui aurait dû être respecté, puisqu’il signale que les évêques d’Angers sont exemptés de l’obligation de se faire sacrer à Tours, ibid., p. 193. François de la Pommeraye, Histoire de l’abbaye royale de Saint-Ouen de Rouen, Paris, 1664, p. 171. Ce fut le cas pour Robert de Croismare le 26 juillet 1444 ; Vincent Tabbagh, Diocèse de Rouen, Fasti Ecclesiae gallicanae, Turnhout, 1998, p. 128.
  • [63]
    Les prélats qui consacrent un évêque disent la messe du jour, donc portent la couleur du moment de l’année liturgique. « Cependant, celui même qui est consacré doit être paré de vêtements blancs, pour montrer qu’en tout temps ses vêtements doivent être blancs, c’est-à-dire sa vie sans tâche. » « Les évêques ont encore accoutumé, au jour de leur consécration, de monter des chevaux couverts de housses blanches, ce qui représente ce qu’on lit dans l’Apocalypse » (chap. 19) : « Les armées qui sont dans le ciel le suivent sur des “chevaux blancs”. Assurément, les troupes qui sont dans le ciel, ce sont les bons, et les hommes justes, et les prélats, qui chaque jour suivent, selon les vues célestes, Dieu dans toutes les bonnes œuvres qu’ils font. (...) Ces troupes montent des chevaux blancs et sont chastes dans leur corps » (Guillaume Durand, Rational ou Manuel des divins offices, trad. Charles Barthélemy, Paris, 1854, t. 1, p. 281). Mais si c’est le cheval lui-même qui est blanc, c’est peut-être en raison d’un privilège accordé par le pape ; Agostino Paravicini Bagliani, La cour des papes au XIIIe siècle, Paris, 1995, p. 227.
  • [64]
    Dans certains diocèses, où aucun monastère ne semble tenir un rôle (cf. infra, p. 654), ainsi à Auch, c’est devant la cathédrale que l’archevêque, après être descendu de sa mule, revêt ses habits et ses ornements pontificaux, Pierre Debofle, Le cérémonial des archevêques au temps de la Renaissance : l’exemple de l’entrée du cardinal de Clermont-Lodève dans la ville d’Auch en 1512, Société archéologique et historique du Gers, 4e trimestre 2002, p. 411-432 (p. 426).
  • [65]
    Au XVIIIe siècle, à Sens, le cérémonial indique les différences à apporter à la cérémonie si celle-ci se déroule un dimanche : il n’y a donc aucune obligation. On y chante d’ailleurs la messe du jour, Cardinal de Luynes, Cérémonial de l’église métropolitaine..., op. cit. (n. 31), p. 683-684. La différence entre le dimanche et les autres jours viendrait-elle de la différence de statut des évêques : transféré et donc déjà consacré, il pourrait alors entrer n’importe quel jour de la semaine ; nouvel évêque et donc non sacré, il devrait alors entrer un dimanche. Si cela convient par exemple pour l’évêque Jean de Nant – transféré depuis Vienne, il entre un samedi à Paris –, Pierre de Laval – transféré depuis Saint-Brieuc, il entre un mercredi à Reims –, Jean de La Rochetaillée – transféré depuis Paris, il entre à Rouen un vendredi –, Robert de Croismare, qui a obtenu l’archevêché de Rouen alors qu’il n’était que chanoine, entre cependant en sa ville le samedi 6 septembre 1483.
  • [66]
    Voir supra, p. 642. À Langres, il s’agit de la porte du Moulin au vent ; à Chalon-sur-Saône, celle du Pontet ; à Mâcon, celle de Bourgneuf. Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54). À Montpellier, la porte de la saunaria, Société archéologique de Montpellier (éd.), Chronique romane du Petit Thalamus de Montpellier, Montpellier, 1840, p. 313-487 (p. 445, 473).
  • [67]
    À Paris, la porte Bordelle empruntée pour la circonstance n’appartient pas au groupe des quatre ainsi mentionnées dans une ordonnance de 1400 : les portes Saint-Denis, Saint-Honoré, Saint-Antoine et Saint-Jacques ; Claude Gauvard, Introduction, dans Information et société en Occident à la fin du Moyen Âge, Paris, 2004, p. 11-37 (p. 21, n. 35). De même, à Rouen la porte de Grand-pont n’est pas une des plus importantes selon Ch. Richard, Recherches historiques sur Rouen. Fortifications, porte Martinville, Rouen, 1844, qui cite les portes Cauchoise, Beauvoisine, Martinville et Saint-Hilaire, p. 8, n. 1. En revanche, pour Jean-Pierre Leguay qui a traité des évêques bretons et savoyards, il s’agit de la porte principale : L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles..., op. cit. (n. 55), p. 276 : « La Grande-Porte des Malouins face à la Petite Grève, la porte de Saint-Patern à Vannes rebaptisée pour la circonstance porte d’Avam (!), la porte Saint-Pierre à Nantes à côté de la cathédrale, la porte de “Nostre Dame de Craisker” à Saint-Pol-de-Léon... »
  • [68]
    Par exemple, en 1423, Jean de Nanton, qui réside pour l’heure à Saint-Victor, est autorisé par le chapitre à entrer dans Paris pour s’entretenir avec le duc de Bedford et le duc de Bourgogne, mais un trajet lui est imposé qui lui fait éviter la porte Bordelle et le quartier de la cathédrale. En outre, il ne doit accomplir aucun geste épiscopal, AN, LL 277, fol. 77 v, LL 112, p. 415. Même si Jean de Nanton, transféré de Vienne, a déjà reçu le pouvoir d’ordre, l’interdiction de bénir pourrait être un argument supplémentaire permettant de lier le rituel de l’entrée à celui du sacre. Quelques jours plus tard, il peut venir secrètement quatre à cinq jours dans sa maison épiscopale pour visiter les lieux, mais ne devra recevoir que peu de personnes, AN, LL 277, fol. 78 v, LL 112, p. 418.
  • [69]
    À Sens, en juin 1429, Jean de Nanton a demandé à ne pas se rendre la veille, more solito, au monastère de Saint-Pierre Le Vif, en raison de dangers dus à la guerre. L’abbé lui-même lui en accorde la permission : un acte est dressé l’attestant. La cérémonie de l’accueil aura lieu, mais en une église dépendant du monastère à l’intérieur des murs, Saint-Pierre du Donjon, Ad Yonne, G 1, pièce 7. À Auxerre, en 1361, Jean Germain ne peut dormir à l’abbaye Saint-Germain et c’est le roi lui-même qui accorde la dérogation à la tradition, Les Gestes des Évêques..., t. 2, op. cit. (n. 47), notice 79. C’est encore le cas à Auxerre en 1448 ; Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54).
  • [70]
    Pour exprimer cette requête le mardi 27 octobre, ses vicaires s’appuient sur un précédent : l’autorisation, pour les mêmes motifs, faite par le dauphin Charles à Étienne de Paris le 1er mars 1364 (n.s.). La lettre est recopiée dans les registres, AN, LL 277, fol. 72-73 v, LL 112, p. 386. On voit que le roi intervient – tout comme à Auxerre : sans doute est-ce dû à son rôle de plus en plus prégnant dans ces églises (Paris, ville de prévôté, Auxerre, dont il est le comte) et – qui sait ? – à son statut de vassal de l’Église dans ces deux cités, qui ne doit subir aucun préjudice, même si, dans les faits, il ne respecte plus ses devoirs féodaux à l’égard des évêques ; cf. infra, p. 660.
  • [71]
    (...) et quod non ingredietur ecclesiam parisiensem neque villam donec debebit facere suum solemnem ingressum, veniet autem in vespera huius diei hora tarda et intrabit aquam ad campos et descendet ad terrale.
  • [72]
    Si un dysfonctionnement est observé et qu’il n’a pas été prévu par une telle lettre, il s’ensuit des discordes, voire des procès, par exemple à Paris pour Denis du Moulin (cf. infra, p. 666) ou à Rouen pour un problème de préséance entre l’abbé de Saint-Ouen et le doyen, Ad Seine-Maritime, G 2145, fol. 19-19 v. Toutes les demandes d’exception n’ont pas été conservées, mais elles devaient chaque fois être présentées au monastère et au chapitre, et s’accompagner immanquablement de la promesse que cela ne préjudicierait en rien aux droits des acteurs écartés le temps de la cérémonie.
  • [73]
    (...) ingredi et venire ad domum nostram episcopalem et ibidem nos tenere ac si extra civitatem fuissemus quadam fictione pro persona bonorumque nobiscum existentium conservatione (...). AN, LL 277, fol. 73, LL 112, p. 386. En 1427, Jacques du Châtelier a fait la même demande ; il dort, quant à lui, à Sainte-Geneviève ; AN, LL 277, fol. 97 v. Parfois, la dérogation est de taille : à Thérouanne, la guerre empêchant là encore une entrée en bonne et due forme, le chapitre accepte en octobre 1415 que l’évêque entre en ville à titre privé et pour une durée limitée à un an ; Julien Théry, Les entrées épiscopales..., op. cit. (n. 58).
  • [74]
    Ad Seine-Maritime, 14 H 153, lettre patente de l’archevêque du 24 octobre 1423 ; lettre de non-préjudice délivrée par l’archevêque Louis de Luxembourg au sujet de son entrée, le 6 août 1437.
  • [75]
    Entrées royales ou autres : M. H. Smith, Ordres et désordres dans quelques entrées de légats, à la fin du XVIe siècle, dans Les entrées. Gloire et déclin..., op. cit. (n. 11), p. 65-91.
  • [76]
    Sabine MacCormack, Change and continuity..., op. cit. (n. 8) ; Pierre Dufraigne, Adventus Augusti..., op. cit. (n. 8). Noël Coulet a très clairement résumé, dans Les entrées solennelles en Provence..., op. cit. (n. 11), les origines de l’adventus médiéval, fondant ses propos sur Erik Peterson, Die Einholung des Kyrios, Zeitschrift für systematische Theologie, 1930, 7e année, 4, p. 682-702, et Ernst H. Kantorowitz, The Kings Advent, The Art Bulletin, 1944 (décembre) et id., Laudes Regiae, Berkeley-Los Angeles, 1958.
  • [77]
    L’enceinte de Charles V n’a rien changé à la rive gauche.
  • [78]
    En 1204 environ, Bernard Gauthiez, Les enceintes médiévales de Rouen, Bulletin des amis des monuments rouennais, 1984-1985, p. 35-39.
  • [79]
    Jean, 10, 1-10.
  • [80]
    Par exemple : de jocunda receptione, Ad Seine-Maritime, G 2123, fol. 150, pour la réception à la cathédrale de Rouen de Jean de La Rochetaillée. À propos de l’entrée à Bourges de Guillaume de Cambray en 1492 : « Laquelle recepcion a semblablement advouee et requise par tout le clergé et populaire du diocese que l’on doit fort peser en ceste matiere » (AN, X1a  4834, fol. 179 v, 21 février 1493).
  • [81]
    Ad Seine-Maritime, G 2145, fol. 6 v : (...) corporalem realem et actualem possessionem.
  • [82]
    Arthur Savaète (éd.), Histoire de l’abbaye royale et de l’ordre des chanoines réguliers de Saint-Victor de Paris (1113-1500), 1904, p. 419 ; Guillaume Chartier, Registres des délibérations..., op. cit. (n. 20), p. 78, Étienne Poncher.
  • [83]
    BNF, ms. lat. 17040, fol. 269.
  • [84]
    Procès-verbal de Jacques d’Estouteville..., AN, L 882, dossier 160, chemise 3.
  • [85]
    Dans les registres capitulaires du XVe siècle, il est indiqué : Sta etc. Mais, dans un inventaire du cartulaire de Notre-Dame, un procès-verbal, datant de 1230, donne ces paroles en leur entier : Sta et tene locum a Deo tibi praeparatum, AN, LL 81, fol. 113 v_-114v - 114, qui sont en substance les mêmes que celles prononcées par l’abbé de Sainte-Geneviève ; cf. supra, p. 641.
  • [86]
    Christine Barralis, Gouverner l’Église à la fin du Moyen Âge. Évêques et évêchés de Meaux : 1197-1510, thèse, Paris I, Claude Gauvard (dir.), 2004, t. 1, p. 113, n. 155 ; Julien Théry, Les entrées épiscopales..., op. cit. (n. 58).
  • [87]
    L’entrée du roi à Paris, quant à elle, rappelle le trajet des processions de Saint-Denis ; Jacques Chiffoleau, Analyse d’un rituel flamboyant. Paris, mai-août 1412, Riti e rituali nelle società medievali, a cura di Jacques Chiffoleau, Lauro Martines e Agostino Paravicini Bagliani, Spoleto, 1994, p. 215-245.
  • [88]
    Dom Jacques Dubois et Laure Beaumont-Maillet, Sainte Geneviève de Paris, Paris, 1982, p. 79, 105, 106. Si saint Marcel fut choisi, c’est peut-être aussi que, selon les auteurs, ses reliques se trouvaient dans la cathédrale depuis 886, et que ni Saint-Germain-des-Prés ni Saint-Denis n’auraient laissé sortir les leurs.
  • [89]
    Louis Tanon, Histoire des justices des anciennes églises et communautés monastiques de Paris, Paris, 1883, p. 236, 259.
  • [90]
    Cette dimension serait-elle oubliée à la fin du Moyen Âge ? Il est, en effet, toujours question de la porte Bordelle.
  • [91]
    Le « carole » et les portes du chœur seront fermées, Ad Seine-Maritime, G. 2142, fol. 67. Elles sont guidées par l’expérience, puisque cela est suggéré dans les registres capitulaires à la suite du récit de l’entrée de Louis de Luxembourg, le 9 août 1437, pour laquelle les chanoines et les invités furent gênés par la foule pour se rendre au palais archiépiscopal. Ad Seine-Maritime, G 2128, fol. 55.
  • [92]
    Les maîtres de la fabrique suggèrent que 2 000 méreaux soient distribués au « peuple » installé en des lieux spacieux, tandis que 500 autres, différents des premiers, le seront aux nobles et « autres personnes qualifiées », qu’il sera possible de partager entre la chapelle Sainte-Marie derrière le chœur et dans le pourtour de ce chœur, Ad Seine-Maritime, G. 2145, fol. 13 v, 14 v, 15.
  • [93]
    À Troyes, dans l’abbaye bénédictine de Notre-Dame-aux-Nonnains, intégrée dans les murs de la cité depuis le XIIe siècle, Alain Provost, L’abbesse, l’évêque et le palefroi. Note sur une enquête à Troyes au temps de Philippe le Bel, dans Au cloître et dans le monde. Femmes, hommes et sociétés (IXe-XVe s.), Mélanges en l’honneur de Paulette L’Hermite-Leclerq, textes réunis par Patrick Henriet et Anne-Marie Legras, Paris, 2000, p. 281-291 (p. 281, 284). À Autun, dans l’abbaye Saint-Andoche.
  • [94]
    À Évreux, c’est l’abbaye Saint-Taurin, à Amiens, l’abbaye Saint-Fuscien, à Bayeux, l’abbaye Saint-Vigor, à Quimper, le prieuré de Locmaria qui dépend de l’abbaye des bénédictines de Saint-Sulpice-la-Forêt ; Dom Ursmer Berlière, Le droit de gîte épiscopal lors d’une joyeuse entrée, dans Mélanges Paul Fournier, Paris, 1929, p. 17-24 (p. 19-21). À Langres, l’évêque peut passer la nuit dans le prieuré Saint-Geosme, situé à 3 km environ de la porte par laquelle il entre ; à Chalon-sur-Saône, c’est à l’abbaye Saint-Pierre, Delphine Lannaud, Entrées et serments des évêques de Langres à la fin du Moyen Âge, à paraître. À Lyon en 1506, François de Rohan dort au monastère bénédictin de Saint-Martin dans l’île Barbe, Ad Rhône, 10 G 288, fol. 36, mais est-ce toujours ainsi ? À Metz, il semble bien que ce soit l’abbaye Saint-Arnoul ; Jean-Baptiste Pelt (éd.), Études sur la cathédrale de Metz : textes extraits principalement des registres capitulaires (1210-1790), Metz, 1930, p. 373-374 : récit de l’installation de Georges de Bade, le 27 juillet 1461. À Nevers, il dort à Saint-Martin ; Madeleine Chabolin, Jean-Bernard Charrier, Jean-Pierre Harris, Bernard Stainresse, Histoire de Nevers, Le Coteau, Horvath, 1984, p. 75-76. À Orléans, le prélat se rend l’avant-veille à l’abbaye cistercienne de la Cour-Dieu et le lendemain fait une halte au monastère de Saint-Loup-des-Vignes, des Filles de l’ordre de Saint-Bernard ; Jacques Yves Guerold, Le droit de grâce des évêques d’Orléans, Orléans, 1969p. 53. À Reims, il s’agit de l’abbaye Saint-Rémi ; Pierre Desportes, Diocèse de Reims, op. cit. (n. 58), p. 159, 212. À Sens, c’est l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre Le Vif, Ad Yonne, G. 1, pièce 7, fol. 1. À Tournai, le monastère Saint-Martin ; Henri Lemaître (éd.), Chroniques et annales de Gilles Le Muisit, abbé de Saint-Martin de Tournai (1272-1352), Paris, 1906, p. 301. À Tours, Saint-Julien ; Jean Maan, Histoire de l’Église de Tours, op. cit. (n. 61), p. 353. À Cambrai, la veille de son entrée solennelle, Pierre d’Ailly se trouve en l’abbaye de Cantimpré, le 18 août 1397 ; Bernard Guenée, Entre l’Église et l’État. Quatre vies de prélats français à la fin du Moyen Âge (XIIIe-XVe siècle), Paris, 1987, p. 219.
  • [95]
    Jean-Louis Biget, Sainte-Cécile et Saint-Salvi, chapitre de cathédrale et chapitre de collégiale à Albi, Le monde des chanoines (XIe-XIVe siècle), Cahiers de Fanjeaux, no 24, 1989, p. 83. À Agen, c’est à la collégiale Saint-Caprais que l’évêque reçoit la mitre et la crosse, mais il n’y passe pas la nuit ; Fabrice Ryckebusch, Diocèse d’Agen, Fasti Ecclesiæ Gallicanæ, Turnhout, 2001, p. 88. À Auch, en 1512, l’archevêque a dormi dans une maison, proche de la ville ; Pierre Debofle, Le cérémonial des archevêques..., op. cit. (n. 64), p. 424. À Béziers, dom Ursmer Berlière ne parle que du palais épiscopal : Le droit de gîte épiscopal..., op. cit., p. 19-21. L’évêque de Mende Clemente Grosso della Rovere, le 1er octobre 1485, couche au château épiscopal de Balsièges, à 7 km en aval de Mende ; Philippe Maurice, Diocèse de Mende, Fasti Ecclesiæ Gallicanæ, Turnhout, 2004, p. 144. Rien n’est dit d’une abbaye pour Montpellier, Chronique romane du Petit Thalamus..., op. cit. (n. 66), p. 445 (1408) et p. 473 (1424). À Lectoure en 1600, le prélat se rend en une maison au-dessous du couvent des Jacobins, détruit au cours des troubles ; cela signifierait-il qu’il a eu un rôle dans les entrées précédentes ? Maurice Bordes, Notes sur l’entrée solennelle des évêques de Lectoure, tiré-à-part, p. 10.
  • [96]
    Ainsi, à Saint-Pierre-le-Vif de Sens, l’archevêque a l’habitude de déjeuner, dîner et dormir, Ad Yonne, G. 1, pièce 7, entrée de Jean de Nanton, 1429, fol. 1. Dans une enquête du début du XIVe siècle, il est écrit que, pour son entrée dans la ville de Troyes, l’évêque vient « à l’abbaye prendre gîte » ; cité par Alain Provost, L’abbesse, l’évêque et le palefroi..., op. cit., p. 286.
  • [97]
    Saint-Germain d’Auxerre l’est à coup sûr à partir du XIIe siècle ; Noëlle Deflou-Leca, Mouvances laïques et ecclésiastiques dans la genèse du réseau monastique de Saint-Germain d’Auxerre : Ve-XIIIe siècle, thèse Université de Bourgogne, Alain de Saint-Denis (dir.), 2000, à paraître aux Éditions du CERCOR.
  • [98]
    À Saint-Ouen de Rouen, « leurs despens, le jour d’icelle entree et la nuit ensuivant et giste pour icelle nuit », sont réservés aux « archevesques, leurs gens de leur propre famille, et non a autre, et a leurs chevaulx », Ad Seine-Maritime, 14 H 153, lettre de non-préjudice (Louis de Luxembourg, 6 août 1437). À la fin du XIIIe siècle, l’abbé de Saint-Taurin est tenu d’héberger l’évêque d’Évreux pendant un jour et une nuit, avec une suite de 100 cavaliers et 100 chevaux ; Dom Ursmer Berlière, Le droit de gîte épiscopal..., op. cit. (n. 94), p. 20.
  • [99]
    Pour l’exemple d’Auxerre, Dom Ursmer Berlière, Le droit de gîte épiscopal..., op. cit., p. 18.
  • [100]
    Gérard-Henry Baudry, Le baptême et ses symboles. Aux sources du salut, Paris, 2001, p. 90-92. Pour le lien entre les moines et le sacre, voir supra, p. 646-647.
  • [101]
    Au VIe siècle : Sainte-Geneviève, Saint-Ouen, Saint-Pierre-le-Vif. Au VIIe siècle : Saint-Sulpice, Saint-Melaine. Certaines, pillées par les Normands, ont été restaurées aux XIe ou XIIe siècles (Melaine, Ouen, Geneviève), en des siècles où justement sont fondées d’autres qui jouent aussi un rôle – la Cour-Dieu, qui accueille l’évêque d’Orléans, est une fille de Cîteaux fondée en 1118 – ou sont réformées par la venue de communautés différentes, ainsi Sainte-Geneviève.
  • [102]
    Jean Lafond, Les vitraux de l’église de Saint-Ouen de Rouen, t. 1, Paris, 1970, p. 14, n. 1, p. 180. Selon François Farin, ces liens existent aussi par les associations de prières à l’occasion de la mort de chanoines ou de moines, Histoire de Rouen, op. cit. (n. 39), t. 3, p. 17-18.
  • [103]
    Dom Beaunier, La France monastique. Recueil des archevêchés, évêchés, abbayes et prieurés de France, Paris, t. 1, 1905, p. 55. Pour la Gallia Christiana, t. 7, col. 699-815, il y avait déjà un cimetière où était enterré Prudentius, évêque de Paris.
  • [104]
    Dom Beaunier, dom Besse, La France monastique..., op. cit., t. 5, 1912, p. 20-22.
  • [105]
    Procès-verbal de Jacques d’Estouteville..., AN, L 882, dossier 160, chemise 3. Cette dent est sans doute celle prise sur le corps de la sainte par l’abbé Egbert, frappé par les prodiges dont il fut témoin pendant les pérégrinations de la châsse, lors des invasions normandes du IXe siècle. Il l’avait subtilisée pour son usage personnel mais, comme il devint malade peu après, il jugea préférable de la rendre à la communauté, après l’avoir fait enchâsser dans un reliquaire de cristal ; Dom Jacques Dubois et Laure Beaumont-Maillet, Sainte-Geneviève..., op. cit. (n. 88), p. 79.
  • [106]
    Ad Seine-Maritime, 14 H 155, petit cahier de trois pages, d’une écriture postérieure, qui retrace la cérémonie dans le monastère qui ne doit guère différer de la cérémonie médiévale en ce sens. On trouve aussi à Saint-Ouen des reliques de saint Nicaise, désigné évêque de Rouen par le pape saint Clément, un des évangélisateurs de la Gaule, décapité en 96. Dans la cathédrale de Rouen, il figure en tête des archevêques. Il y a aussi les reliques de saint Éloi, grand ami de saint Ouen ; Jean Lafond, Les vitraux de l’église de Saint-Ouen..., op. cit., p. 135, 139, 171.
  • [107]
    Ou, comme l’écrit Jean-Charles Picard à propos de l’Italie du Nord cependant et pour la fin du Xe siècle, entre les citadins qui sont dans le monde et ceux qui y ont renoncé. « C’est la première étape vers le paradis que franchissent, après leur mort, les évêques. » Jean-Charles Picard, Le souvenir des évêques. Sépultures, listes épiscopales et culte des évêques en Italie du Nord, des origines au Xe siècle, Rome-Paris, 1988, p. 385.
  • [108]
    Ad Seine-Maritime, G 2142, fol. 67, réception de Robert de Croismare. Charles de Beaurepaire, Notes sur le cimetière de Saint-Ouen de Rouen, Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, no 78, 1875-1876, p. 211-230.
  • [109]
    Georges d’Amboise : Ad Seine-Maritime, G 2145, fol. 16 v - 17. Il s’agit d’Antoine Bohier, abbé de 1492 à 1515, puis archevêque de Bourges. L’entrée de Charles de Vendôme, le 12 avril 1551, est rapportée par François de la Pommeraye, Histoire de l’abbaye royale..., op. cit. (n. 62), p. 172.
  • [110]
    Ad Seine-Maritime, G 2144, fol. 327 v - 329, Robert de Croismare, 19-20 juillet 1493. François de la Pommeraye, Histoire de l’abbaye royale..., op. cit., p. 172-173. André Pottier, Documents inédits pour servir à l’histoire de Rouen et de la Normandie, Revue rétrospective normande, t. 1, Rouen, 1842 : XI. « Cérémonial de l’installation et des funérailles de Claude-Maur d’Aubigné, archevêque de Rouen en 1708 et 1719 », p. 5-14.
  • [111]
    Pour Georges d’Amboise en 1510, François de la Pommeraye, Histoire de l’abbaye royale..., op. cit., p. 172-173.
  • [112]
    Par exemple pour Jean de La Rochetaillée en 1423, Ad Seine-Maritime, G 2123, fol. 139, pour Robert de Croismare en 1483, G 2142, fol. 67, mais encore bien plus tard en 1599, pour Charles de Bourbon III, François Farin, Histoire de Rouen, op. cit. (n. 39), t. 1, p. 410-411. Il s’agit ici d’une tradition bien ancrée, remise en cause par le chapitre en 1719, mais vainement ; André Pottier, Documents inédits..., op. cit., p. 16.
  • [113]
    À Thérouanne aussi, la journée commence au cimetière, mais rien n’est dit d’un tel échange de paroles. Julien Théry, Les entrées épiscopales..., op. cit. (n. 58). À Rennes également, une halte est faite dans un cimetière, proche de l’antique église paroissiale Saint-Étienne, où l’évêque jure fidélité aux coutumes diocésaines avant d’entrer dans la cathédrale ; Jean-Pierre Leguay, L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles..., op. cit. (n. 55), p. 276. Sur le baptême et ses significations, Gérard-Henry Baudry, Le baptême et ses symboles..., op. cit. (n. 100).
  • [114]
    Sur la couleur blanche (déjà couleur de la purification dans l’Antiquité) des habits du baptême, Guillaume Durand, Rational ou Manuel des divins offices, op. cit. (n. 63), t. 4, p. 175-176. Gérard-Henry Baudry, Le baptême et ses symboles..., op. cit., p. 92-103.
  • [115]
    À Saintes, AN, X1a 4836, fol. 262v, 15 mai 1495. À Rouen, Ad Seine-Maritime, G 2145, fol. 18, 21 septembre 1494. À Langres, le 4 août 1454 et le 18 novembre 1481 ; à Auxerre, en 1450 – Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54).
  • [116]
    Ad Seine-Maritime, G 2123, fol. 139. François Farin, Histoire de Rouen, op. cit. (n. 39), t. 1, p. 410-411. Pour Robert de Croismare, le 6 septembre 1483, il est simplement précisé qu’il le tient, G 2142, fol. 67, et rien n’est dit de cette sorte pour l’entrée de Georges d’Amboise, le 21 septembre 1494. Notons qu’à Cahors, où l’étape du monastère semble ne pas exister, c’est le marquis de Cessac qui prend la cape de l’évêque pour le conduire à l’intérieur de la cathédrale, devant le grand autel et jusqu’à son siège épiscopal, Pierre Debofle, Le cérémonial des archevêques..., op. cit. (n. 64), p. 422.
  • [117]
    François de la Pommeraye, Histoire de l’abbaye royale..., op. cit. (n. 62), p. 172-173. Ce rituel existe ailleurs : à Laon, c’est l’abbé de Saint-Vincent qui en a la charge ; information transmise par Pierre Desportes que je remercie. Le passage symbolique d’un portail peut porter aussi la même signification : à Coutances, l’évêque entre dans sa cathédrale le jour de son entrée par le portail Saint-Lô, évêque fondateur du diocèse ; s’il est encore détenteur du siège à sa mort, c’est par le même que son cadavre repartira. Information transmise par Pascal Montaubin que je remercie.
  • [118]
    Pour Troyes : Alain Provost, L’abbesse, l’évêque et le palefroi..., op. cit. (n. 93), p. 281. Pour Reims : Patrick Demouy, Genèse d’une cathédrale, op. cit. (n. 47), p. 54.
  • [119]
    L’échange entre les deux prélats montre d’ailleurs la subtilité des deux parties et les précautions prises par chacune d’elles pour ne pas être trompée par l’autre, Procès-verbal de Jacques d’Estouteville..., AN, L 882, dossier 160, chemise 3. En 1495, Philippe Cousin en demande acte « pour luy valloir et servir en temps et lieu ce que de raison », ibid. Et cela n’est pas inutile : en 1423, en raison d’un problème de juridiction qui l’opposait au prélat, l’abbé rappelle ses droits que « l’evesque de Paris a son joyeux avenement a promis de [les] garder », AN, L 882, dossier sur l’exemption de la juridiction épiscopale, acte du 10 avril 1423 ; Id. en 1511, AN, L 422, no 4/17.
  • [120]
    À Auxerre, en 1514, Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54).
  • [121]
    Mais, en 1298, l’évêque Guichard refusa de laisser son cheval ; s’ensuivit alors un procès, Alain Provost, L’abbesse, l’évêque et le palefroi..., op. cit. (n. 93), p. 281, 284.
  • [122]
    Patrick Demouy s’interroge sur une éventuelle influence de l’Empire ou sur une origine commune de ce rite – on le retrouve aussi à Laon et Orléans – qui rappelle la dimension apostolique de la charge épiscopale. Cela a été relevé en plusieurs villes : à Prague en 997, Cologne en 1021, Bamberg en 1139. Patrick Demouy, Genèse d’une cathédrale, op. cit. (n. 47), p. 53, n. 122.
  • [123]
    Ad, Seine-Maritime, G 2123, fol. 139 v ; G 2145, fol. 17 v.
  • [124]
    Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54).
  • [125]
    Pierre Debofle, Le cérémonial des archevêques..., op. cit. (n. 64), p. 422-423.
  • [126]
    Le livre de Guillaume Le Maire, op. cit. (n. 5), p. 250-251 ; Abbé F. Reberioux, Le joyeux avènement des archevêques de Bourges..., op. cit. (n. 26), p. 130. Les vassaux qui conduisent l’archevêque de Tours le font car ils « possèdent des domaines et des biens nobles de son droit » (Jean Maan, Histoire de l’Église de Tours, op. cit. (n. 61), p. 353).
  • [127]
    C’est certain à Auxerre : Reinhard Schneider, Bischöfliche Thron- und Altarsetzungen, op. cit. (n. 9), p. 6. Mais ce doit être le cas partout.
  • [128]
    Maximilien Quantin, Des relations féodales entre les évêques et les comtes d’Auxerre, Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 1, 1847, p. 123-144 (p. 139) ; Reinhard Schneider, Bischöfliche Thron- und Altarsetzungen, op. cit., p. 4-7.
  • [129]
    Reinhard Schneider insiste sur les formes de droit féodal que revêtent les prétentions juridiques à la portatio, ibid., p. 7.
  • [130]
    L’évêque Humbaud d’Auxerre (1095-1115) obtint même du comte Guillaume II qu’il renonce, en faveur de l’église, à une coutume qui attribuait au comte, après la mort de l’évêque, le mobilier de la maison épiscopale et même ce qui appartenait au prélat défunt, Maximilien Quantin, Des relations féodales..., op. cit., p. 133.
  • [131]
    Maximilien Quantin, Des relations féodales..., op. cit., p. 135, 141, 142 ; Reinhard Schneider, Bischöfliche Thron- und Altarsetzungen, op. cit. (n. 9), p. 7 ; André Marty, L’histoire de Notre-Dame de Paris, d’après les estampes, dessins, miniatures, tableaux exécutés aux XVe, XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, Paris, 1907, p. 20.
  • [132]
    Procès-verbal de Jacques d’Estouteville..., AN, L 882, dossier 160, chemise 3.
  • [133]
    Le livre de Guillaume Le Maire, op. cit. (n. 5), p. 195, 249-253.
  • [134]
    Julien Théry, Les entrées épiscopales..., op. cit. (n. 58).
  • [135]
    Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54).
  • [136]
    Ad Cher, G 9, pièce 2, 14 octobre 1492.
  • [137]
    Mais à Tours par exemple, ils sont cinq ; Jean Maan, Histoire de l’Église de Tours, op. cit. (n. 61), p. 353. La liste n’a rien d’immuable ni de systématique : à Paris, ils sont plus nombreux pour l’entrée d’Étienne Poncher que pour celle de Jean Simon ; à Bourges, de huit il en reste quatre en raison de rachats de fiefs par l’archevêque, Auguste Théodore de Girardot, Histoire du chapitre « Saint-Étienne... », op. cit. (n. 45), p. 27 ; Abbé F. Reberioux, Le joyeux avènement des archevêques de Bourges..., op. cit. (n. 26), p. 119-120.
  • [138]
    Le livre de Guillaume Le Maire, op. cit. (n. 5), p. 250 ; Jean Maan, Histoire de l’Église de Tours, op. cit. (n. 61), p. 353 ; Pierre Debofle, Le cérémonial des archevêques..., op. cit. (n. 64), p. 423 ; Ad Cher, 8 G 283, pièce 70 ; Procès-verbal de Jacques d’Estouteville..., AN, L 882, dossier 160, chemise 3.
  • [139]
    Le livre de Guillaume Le Maire, op. cit. (n. 5), p. 195-196, 246-254, 256-260 ; Jean Maan, Histoire de l’Église de Tours, op. cit. (n. 61), p. 353. À Amiens, c’est le mobilier du repas pris à l’abbaye Saint-Fuscien qui est emporté par les seigneurs ; Dom Ursmer Berlière, Le droit de gîte épiscopal..., op. cit. (n. 94), p. 19. À Auxerre, les barons emportent le drap de soie sur lequel l’évêque était assis ; Maximilien Quantin, Des relations féodales..., op. cit. (n. 128), p. 142. À Rennes, le seigneur d’Aubigné emporte avec lui toute la vaisselle qui a servi au banquet, Jean-Pierre Leguay, L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles..., op. cit. (n. 55), p. 276.
  • [140]
    AM Lyon, BB 21, fol. 47, Ad Rhône, 10 G 288, fol. 37. Henry Jongleux, Archives de la ville de Bourges avant 1790, t. 1, Bourges, 1877, p. 87 (1572) et 120 (1581) ; Chronique romane du Petit Thalamus..., op. cit. (n. 66), p. 445, 473. Pour Rouen, les sources municipales ne conservent aucune trace d’un serment demandé à l’archevêque pour le XVe siècle, ainsi pour Georges d’Amboise, AM Rouen, A9, fol. 155 v.
  • [141]
    Mais à Rennes, c’est devant la porte de la cathédrale que le procureur des bourgeois et des édiles attend cette prestation ; Jean-Pierre Leguay, L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles..., op. cit. (n. 55), p. 276.
  • [142]
    Je remercie tout particulièrement Delphine Lannaud pour l’importante documentation sur Langres qu’elle a rassemblée et mise à ma disposition en ce qui concerne les magistrats municipaux lors de la joyeuse entrée en cette ville. Pour les références des sources langroises, je renvoie donc à la thèse sur les évêques bourguignons qu’elle achève sous la direction de Vincent Tabbagh, Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54) ; M. Champollion-Figeac, Documents historiques inédits, Paris, 1848, t. 4, p. 368-369, no XIX.
  • [143]
    Louis de Sainte-Marie, Recherches historiques sur Nevers, Paris, 1995 (1re éd., 1810), p. 325-334. L’entrée décrite date de 1606 mais vraisemblablement la coutume est plus ancienne. Madeleine Chabolin et al., Histoire de Nevers, op. cit. (n. 94), p. 75-76.
  • [144]
    Charles Barbier (éd.), Libre de memorias de Jacme Mascaro, Montpellier, 1895, p. 71 (1409), 18 (1353), 36 (1371), 56 (1384).
  • [145]
    Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54) ; Vincent Tabbagh, Diocèse de Rouen, op. cit. (n. 62), p. 6.
  • [146]
    AM Lyon, BB 21, fol. 47. Delphine Lannaud, Entrées et serments..., op. cit. (n. 94), p. 4. On y retrouve alors une des composantes du rituel de la fête des Rameaux, Noël Coulet, Les entrées solennelles en Provence..., op. cit. (n. 11), p. 72 ; Jacques Chiffoleau, Analyse d’un rituel flamboyant. Paris, mai-août 1412, Riti e rituali..., op. cit. (n. 87), p. 235.
  • [147]
    Jean-Pierre Leguay, L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles..., op. cit. (n. 55), p. 276, 277. Pour Rouen, voir supra, p. 640. À Langres ou à Dijon, Delphine Lannaud, Entrées et serments..., op. cit. (n. 94), p. 4.
  • [148]
    Jean-Pierre Leguay, L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles..., op. cit., p. 277 ; AM Lyon, BB 21, fol. 50, 28 mars 1494. À Langres, le don s’élève à 600 livres en 1306, et une taille est prélevée en 1414 pour Charles de Poitiers. Selon un avocat du parlement de Paris, à Cahors, Antoine Allemand a contraint ses sujets de « paier jocundum adventum » ; AN, X1a 4827, fol. 20, 1er décembre 1485.
  • [149]
    Ulysse Chevalier, Mystère des trois doms joué à Romans en 1509. Documents relatifs aux représentations théâtrales en Dauphiné, Romans, 1897, p. 11, 12, 17-18, 31.
  • [150]
    C’est sur leur lecture que se sont entre autres appuyés des auteurs pour décrire l’entrée de Charles VIII en 1485, ou celle du duc d’Orléans en 1492, Charles de Robillard de Beaurepaire, Entrée de Charles VIII à Rouen en 1485, Rouen, 1902 ; Ch. Richard, Recherches historiques sur Rouen..., op. cit. (n. 67), p. 103-107.
  • [151]
    En 1506, les dépenses pour l’entrée épiscopale à Vienne atteignent la somme de 110 florins ; Ulysse Chevalier, Mystère des trois doms..., op. cit., p. 32. Voir aussi J. Blanchard, Le spectacle du rite : les entrées royales, Revue historique, 627, 2003, p. 475-519.
  • [152]
    Abbé F. Reberioux, Le joyeux avènement des archevêques de Bourges..., op. cit. (n. 26), p. 127-128. Pour Noyon : M. Champollion-Figeac, Documents historiques..., op. cit. n. 142. À Reims, l’archevêque exerce son droit de ban sur les deux tiers de la ville ; Pierre Desportes, Diocèse de Reims, op. cit. (n. 58), p. 6. On possède le nom des notables rémois témoins du serment prêté par les échevins et les bourgeois à l’archevêque Guillaume de Joinville, peu après son entrée dans la ville en juin 1219 (entrée le 9 juin) ; Id., Reims et les Rémois aux XIIIe et XIVe siècles, Paris, 1979, p. 132. Pour Lodève, l’exemple date de 1329 et manifestement n’a pas lieu le jour même ; Jean-Marie Carbasse, Bernard Gui, évêque de Lodève..., op. cit. (n. 56), p. 343.
  • [153]
    Jacques du Châtelier, le 30 mai 1427, (...) supplicavit hic dominis capitulantibus quod ipsi velint interesse in sua consecracione et quo ad novum ingressum facere ut facere consueverunt suis predecessoribus episcopis parisiensibus. Cui responsum est quod respectu sue consecracionis ut capitulum nihil facieret quia non tenetur, singulares autem poterunt ibidem interesse si voluerint, in ceteris facient suum debitum (AN, LL 113, p. 95).
  • [154]
    Gabriel Le Bras, Institutions ecclésiastiques de la chrétienté médiévale ( « Histoire de l’Église depuis les origines jusqu’à nos jours » ), Paris, 1964, t. 12, p. 389.
  • [155]
    À Saint-Malo, le doyen du chapitre la rappelle avant que l’évêque n’entre dans l’église, et le prélat s’engage à ne pas l’oublier ; Jean-Pierre Leguay, L’évêque et la cité aux XIVe et XVe siècles..., op. cit. (n. 55), p. 276.
  • [156]
    Gabriel Le Bras, Institutions ecclésiastiques..., op. cit., p. 386.
  • [157]
    Par exemple à Paris : Ego, talis, episcopus Parisiensis, juro super sacrosancta Euvangelia, me servaturum jura ecclesie Parisiensis, Cartulaire de la cathédrale Notre-Dame..., op. cit. (n. 29), p. 465. Une exception à Metz, où les deux termes sont prononcés, Études sur la cathédrale de Metz..., op. cit. (n. 94), p. 364, mais aucune date n’est précisée. F. Reberioux, Le joyeux avènement des archevêques de Bourges..., op. cit. (n. 26), p. 123, n. 1, explique que ce serment obligeait l’archevêque à acquitter les charges considérables dues par ses prédécesseurs au chapitre, et renvoie à Auguste Théodore de Girardot, Histoire du chapitre « Saint-Étienne... », op. cit. (n. 45), p. 30-31.
  • [158]
    « La conscience qu’il a d’incarner l’église locale n’apparaît nulle part mieux que dans le vocabulaire des actes qu’il rédige : l’ « église » du lieu ne signifie très souvent que le chapitre dudit lieu ; Hélène Millet, Chanoines et cathédrales du Midi, dans La cathédrale (XIIe-XIVe siècle), op. cit. (n. 13), p. 121-144 (p. 122).
  • [159]
    Le livre de Guillaume Le Maire, op. cit. (n. 5), p. 254. Ad Cher, 8 G 283, pièce 94, p. III v.
  • [160]
    Anatole de Charmasse, Cartulaire de l’Église d’Autun, op. cit. (n. 58), p. 208, 9 novembre 1333. À Paris en 1473, Louis de Beaumont est devant les portes de la cathédrale : Prestito juramento per episcopos parisienses prestari solito, in quodam quaterno in pargameno et lictera forme scripto sibi per dictum dominum cantorem exhibito et tradito contentu (AN, LL 121, p. 680).
  • [161]
    Par exemple, Pierre de La Forêt en 1351, Jean de Meulan en 1352 (AN, LL 277, fol. 10 v), ou Jean de La Rochetaillée en 1422 (fol. 74).
  • [162]
    C’est encore le cas à Sens au XVIIIe siècle, Cardinal de Luynes, Cérémonial de l’église métropolitaine..., op. cit. (n. 31), p. 681.
  • [163]
    Pour Rouen, par exemple Rodolphe Roussel, le dimanche 26 juillet 1444, Ad Seine-Maritime, G 2133 (sans pagination), ou Robert de Croismare, le 6 septembre 1483, G 2142, fol. 67 v. Pour Bourges, Auguste Théodore de Girardot, Histoire du chapitre Saint-Étienne..., op. cit. (n. 45), p. 30.
  • [164]
    C’est aussi le cas de deux autres archevêques, Pierre Desportes, Diocèse de Reims, op. cit. (n. 58), p. 189, 159, 170.
  • [165]
    Jean-Michel Matz, François Comte, Diocèse d’Angers, Fasti Ecclesiæ Gallicanæ, Turnhout, 2003, p. 199.
  • [166]
    Il faut dire que le texte du serment de Reims est particulièrement long ; Patrick Demouy, Genèse d’une cathédrale, op. cit. (n. 47), p. 59-64.
  • [167]
    Les Gestes des évêques d’Auxerre, op. cit. (n. 62), t. 1, p. 260, n. 498 ; Ad Seine-Maritime, G 2145, fol. 17 v ; Id. pour les entrées précédentes, par ex. Hugues des Orges, G 2127, fol. 3 v ou Louis de Luxembourg, G 2128, fol. 54 v, où il est écrit : pièce d’or ; Ad Rhône, 10 G 287, fol. 77v, 10 février 1501 (n.s.).
  • [168]
    Le Journal d’un Bourgeois de Paris, op. cit. (n. 28), item 791, p. 398. Les registres capitulaires à la date de l’entrée n’existent plus, mais ensuite ils font état du problème, AN, L 277, fol. 127 r-v, lundi 31 juillet 1442.
  • [169]
    AN, L 277, fol. 120 v, 121, 126 v - 127 v.
  • [170]
    AN, L 277, fol. 243 v, 245 ; LL 127, p. 482, 491 ; LL 128, p. 28.
  • [171]
    Voir supra, p. 639-640. Dans les comptes du chapitre de Saint-Étienne de Bourges pour l’année 1482-1483, une ligne concerne les émoluments des notaires pour leur présence à la réception de Pierre Cadouet et pour leurs différents voyages : deux écus d’or, valant 65 sous tournois ; Ad Cher, 8 G 494, fol. 134.
  • [172]
    AN, X1a 4825, fol. 294, 12 août 1484. Il aurait cependant récupéré la forte somme de 800 l. t. Sur la levée d’une taxe, dom Ursmer Berlière, Le droit de gîte épiscopal..., op. cit. (n. 94), p. 17-24.
  • [173]
    Il en reste un exemple fort détaillé pour Tours, pour un total de 683 livres 8 sous ; Louis de Grandmaison, Cartulaire de l’archevêché de Tours, Tours, 1892, t. 1, p. 38-54.
  • [174]
    « Siècle de la domination des évêques » : Jacques Fontaine, L’évêque dans la tradition littéraire du premier millénaire en Occident, dans Les évêques normands du XIe siècle, Caen, 1995, p. 41-51 (p. 48-49).
  • [175]
    Sur l’évolution du groupe de clercs entourant l’évêque, Pierre Torquebiau, Chapitre de chanoines, dans Raoul Naz (dir.), Dictionnaire de droit canonique, t. 3, Paris, 1942, col. 530-565 (col. 531-541). Pour le cas de Bourges, Auguste Théodore de Girardot, Histoire du chapitre « Saint-Étienne... », op. cit. (n. 45), p. 6-7.
  • [176]
    Pierre Riché, dans Histoire du christianisme des origines à nos jours, t. 4, Paris, 1993, p. 611.
  • [177]
    Maximilien Quantin, Des relations féodales..., op. cit. (n. 128), p. 130. Pour Thérouanne, Julien Théry montre, à partir de l’Histoire des comtes de Guines de Lambert d’Ardres, que l’usage du portage remonterait à la fin du Xe siècle, Julien Théry, Les entrées épiscopales..., op. cit. (n. 58).
  • [178]
    Douze volumes sont édités à Paris : Nancy Gauthier et Jean-Charles Picard (dir.), puis, à partir du t. 9, Nancy Gauthier, de 1986 à 2002. Luce Pietri n’en dit mot non plus dans La ville de Tours du IVe au VIe siècle. Naissance d’une cité chrétienne, Rome, 1983, p. 339-430.
  • [179]
    Les Gestes des évêques d’Auxerre, op. cit. (n. 62), t. 1, n. 396, p. 184 ; n. 498, p. 260. La première rédaction de cet ouvrage a sans doute été composée entre 872 et 875. Or, rien sur une quelconque entrée, même pour les derniers évêques recensés. Les douze notices qui viennent ensuite résulteraient d’une seconde campagne de rédaction, achevée sous l’évêque Humbaud (1087-1114), mais dont la date exacte n’est pas connue. C’est là que l’on trouve deux mentions d’entrée, rien de systématique donc ; ibid., p. VIII, XXIV, n. 396, p. 184, n. 498, p. 260.
  • [180]
    Ibid., p. 190-193. Il est intéressant de noter qu’un texte identique se trouve dans un feuillet conservé au Vatican, rédigé dans le premier tiers du XIe siècle, et qu’il s’agit sans doute du « plus ancien témoin d’une édition des Gesta antérieure au manuscrit copié à Auxerre au XIIe siècle, peut-être établie aux Xe-XIe siècles » (ibid., p. XLIV-XLV, 292).
  • [181]
    Jean Lebeuf, Mémoires concernant l’histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre, t. 1, Paris, 1743, p. 205.
  • [182]
    Les Gestes des évêques d’Auxerre, op. cit. (n. 62), t. 1, n. 498, p. 260.
  • [183]
    Voir supra, n. 179.
  • [184]
    Elles datent de 967, 977, 999, 1034, 1062 et 1098 : Chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, dite de Clarius, éditée par Robert-Henri Bautier et Monique Gilles, Paris, 1979, p. 87, 91, 107, 119, 127, 143.
  • [185]
    Julien Théry, Les entrées épiscopales..., op. cit. (n. 58).
  • [186]
    Louis de Sainte-Marie, Recherches historiques sur Nevers, op. cit. (n. 143), p. 325. Chroniques et annales de Gilles Le Muisit, op. cit. (n. 94), p. 22-23, 26, 27, 28-29, 30, 31, Annales, p. 301 ; Jean-Marie Carbasse, Bernard Gui, évêque de Lodève..., op. cit. (n. 56), p. 334 ; Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54) ; Jean-Arnaud Dérens, La cathédrale et la ville..., op. cit. (n. 13), p. 97-117 (p. 108-109). Dans les registres capitulaires, l’entrée est systématiquement notée aux XIVe et XVe siècles à Paris ou à Rouen où quelques éléments différents de l’une à l’autre semblent montrer que le scribe a décrit ce qui s’est réellement passé – Ad Seine-Maritime, G 2123, fol. 139-140, 1423 ; G 2127, fol. 3-4 v, 1432 ; G 2128, fol. 54-55, 1437 ; G 2133, pas de pagination, 26 juillet 1444 ; G 2135, 28 juillet 1454, un folio et demi laissé en blanc... ; G 2142, fol. 67 et s., 1483 ; G 2145, fol. 16 v et suiv., 1494. Et les écrits des érudits des siècles postérieurs à partir de sources aujourd’hui disparues, par ex. Jean Maan, Histoire de l’Église de Tours, op. cit. (n. 61), p. 353.
  • [187]
    Le récit de l’entrée de Guillaume Le Maire fait ensuite office de cérémonial jusqu’en 1542 ; Jean-Michel Matz, François Comte, Diocèse d’Angers, op. cit. (n. 165), p. 163. En 1263, le rituel de la première entrée des évêques agenais est codifié à partir du récit de l’entrée de Guillaume III à Agen, Fabrice Ryckebusch, Diocèse d’Agen, op. cit. (n. 95), p. 88 ; Id., Saint-Caprais d’Agen, une cathédrale qui ne dit pas son nom ?, Michèle Fournier (dir.), Les collégiales dans le Midi de la France au Moyen Âge, Carcassonne, 2003, p. 27-43, 29, 36-37. Guillaume Durand apporte en deux ouvrages la preuve que l’entrée existe à la fin du XIIIe siècle. Son Pontifical, rédigé entre 1293 et 1295, renferme un Ordo ad recipiendum processionaliter prelatum vel legatum, assez succint, mais dont aucun équivalent ne se trouve dans les pontificaux romains du XIIe ou du XIIIe siècle, édités par Michel Andrieu, Le pontifical romain au Moyen Âge, t. 3, Le pontifical de Guillaume Durand, Rome, 1940, p. 627-629. Dans le Rational, rédigé après 1285 et avant 1292, il évoque à deux reprises des éléments du rituel ; cf. n. 63. Le cartulaire de Notre-Dame de Paris, rédigé au XIVe siècle, contient avec détail la description de la réception par le clergé de Sainte-Geneviève et celui de la cathédrale, Cartulaire de la cathédrale Notre-Dame..., op. cit. (n. 29), p. 462-464. À Thérouanne, c’est également à la fin du XIVe siècle qu’est rédigé un ordo précisant la phase du rituel mettant en scène l’évêque et les chanoines ; Julien Théry, Les entrées épiscopales..., op. cit. (n. 58). Enfin, le doyen de Reims, Guillaume Fillastre, en rédige un pour sa cathédrale vers 1410 ; Pierre Varin, Archives législatives de la ville de Reims, seconde partie « Statuts », t. 1, Paris, 1844, p. 4-33.
  • [188]
    Il semble que l’explication de Noël Coulet au silence des sources avant la fin du XIIIe siècle (qui ne signifie pas absence d’entrées mais commune connaissance de leur déroulement et inutilité de les relater en détail, « Les entrées solennelles... », op. cit. (n. 11), p. 75) puisse être complétée par cette prégnance de la procédure juridique. Qu’un juriste tel Guillaume Durand en insère quelques aspects dans son pontifical n’en est-il pas une indication ?
  • [189]
    Ainsi, en 500, Théodoric se recueille sur la tombe de l’apôtre Pierre dans la basilique vaticane avant d’entrer dans Rome, et Clovis fait une halte à Saint-Martin avant d’entrer à Tours ; Pierre Dufraigne, Adventus Augusti..., op. cit. (n. 8), p. 255-256, 259, 267.
  • [190]
    Marco Mostert, L’abbé, l’évêque et le pape. L’image de l’évêque idéal dans les œuvres d’Abbon de Fleury, Religion et culture autour de l’an Mil. Royaume capétien et Lotharingie, Paris, 1990, p. 39-45 (p. 43-44).
  • [191]
    Michel Parisse, dans Histoire du christianisme des origines à nos jours, t. 5, Paris, 1993, p. 150, 152. Vincent Tabbagh, Cathédrales et collégiales au Moyen Âge : rivalité et complémentarité, Les collégiales dans le Midi..., op. cit., p. 277-287 (p. 282).
  • [192]
    Patrick Demouy, Genèse d’une cathédrale, op. cit. (n. 47), p. 54, n. 125 ; Agostino Paravicini Bagliani, dans Histoire du christianisme..., op. cit., t. 5, p. 582. Exemples d’accueils : Anatole de Charmasse, Cartulaire de l’Église d’Autun, op. cit. (n. 58), p. 208 ; Pierre Debofle, Le cérémonial des archevêques..., op. cit. (n. 64), p. 426, n. 69 ; Louis de Sainte-Marie, Recherches historiques sur Nevers, op. cit. (n. 143), p. 329. À Rouen, cf. supra, p. 657. À Reims, l’image est particulièrement développée ; Patrick Demouy, Genèse d’une cathédrale, op. cit., p. 54. À Bourges, Ad Cher, 8 G 283, pièce 8, p. 3. Le fait d’entourer l’évêque à son entrée dans la cathédrale et le don d’écus d’or entrent aussi dans cette métaphore.
  • [193]
    Pierre Riché note que, du milieu du VIIIe à la fin du IXe siècle, l’histoire chrétienne se confond en grande partie avec celle de l’Église franque, dans Histoire du christianisme..., t. 4, op. cit. (n. 176), p. 683-688.
  • [194]
    Agostino Paravicini Bagliani, La cour des papes..., op. cit. (n. 63), p. 218-219.
  • [195]
    On retrouve le dais à Reims au XIIIe siècle – Patrick Demouy, Genèse d’une cathédrale, op. cit. (n. 47), p. 52 – et à Lyon au début du XVIe siècle, ou le « poële » à Mâcon pour l’entrée d’Étienne de Longwy en 1488 – Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons..., op. cit. (n. 54).
  • [196]
    Bernard Guenée et Françoise Lehoux, Les entrées royales françaises..., op. cit. (n. 11), p. 48, 49, 72, 58, 121.
  • [197]
    Voir à ce propos tous les modèles décrits par Gordon Kipling, Enter the King..., op. cit. (n. 11).
  • [198]
    Lettre aux Smyrniotes, VIII, 2.
  • [199]
    Ainsi, si les ordres mendiants par exemple sont notés dans les processions accueillant le prélat, rien n’est dit sur un échange de serment alors qu’eux aussi ont acquis nombre de privilèges que le nouvel évêque devra observer. Mais la lecture de sources propres aux ordres mendiants pourrait peut-être changer la donne.
  • [200]
    Elle l’était déjà dans l’Antiquité où l’adventus d’un évêque prenait une importance particulière en cas de contestation du pouvoir ; Pierre Dufraigne, Adventus Augusti..., op. cit. (n. 8), p. 269-270.
  • [201]
    AN, LL 277, fol. 166 ; LL 121, p. 675.
  • [202]
    A. Blazquez, L’entrée de l’évêque-seigneur dans sa ville-capitale de Sigüenza, Les entrées. Gloire et déclin..., op. cit. (n. 11), p. 188-206. Le siège épiscopal est rétabli en 1124, la création de la seigneurie épiscopale en 1138 est accordée à l’évêque puis en 1140 aussi aux chanoines.
  • [203]
    À Lectoure en 1600, M. Bordes, Notes sur l’entrée solennelle..., op. cit. (n. 95), p. 9. À Nevers en 1606, Louis de Sainte-Marie, Recherches historiques sur Nevers, op. cit. (n. 143), p. 324-325. À Gap, entrées décrites en 1862, 1867 et 1881, BM Grenoble, T 6206, U 6514 et V 21517. À Orléans, encore en 1820 ; Jacques-Yves Guerold, Le droit de grâce des évêques d’Orléans, op. cit. p. 95.
  • [*]
    Nombreuses sont les personnes qui m’ont apporté à ce propos suggestions et informations : je les en remercie vivement et, plus particulièrement, Patrick Boucheron, Noëlle Deflou-Lecca, Claude Gauvard, Jean-Philippe Genet, Delphine Lannaud, Anne Lemonde-Santamaria, Hélène Millet et Vincent Tabbagh. Je remercie également Pierrette Paravy pour sa relecture attentive.

1La « première entrée », primum ingressus, lors du « joyeux advenement », jocundus adventus, est l’étape ultime du parcours que doit accomplir l’évêque, selon un rituel établi, pour prendre solennelle possession de l’Église en sa cité. Les différents corps constitués, le clergé régulier et séculier, le chapitre cathédral ainsi que, parfois, la population sont là pour l’accueillir. Pour entrer ainsi en sa cité puis en sa cathédrale, l’évêque doit avoir auparavant franchi plusieurs paliers qui l’ont conduit de sa désignation – soit par élection capitulaire, confirmée ensuite par le supérieur hiérarchique ; soit par provision apostolique en consistoire – à son sacre qui lui accorde son pouvoir d’ordre, et au serment de fidélité prêté au roi de France qui lui octroie la délivrance de son temporel [1]. Aspects spirituels et temporels se complètent, signes de la double appartenance des évêques – membres de l’Église et prélats du royaume.

2Contrairement aux étapes qui ont trait à la désignation et au pouvoir d’ordre [2], la joyeuse entrée n’est pas réglée par le droit canon [3] et, contrairement au serment de fidélité prêté au roi, elle n’est l’objet d’aucune mention dans les ouvrages traitant de l’exercice de la justice, tels le Style du Châtelet ou le De feudis de Guillaume Durand [4]. Mais elle suit une « ancienne coutume » dont l’origine n’est jamais explicitée, différente d’un diocèse à l’autre, bien que nombre d’éléments s’y retrouvent à chaque fois. Le rituel, tel qu’il se déroule à la fin du XVe siècle, se lit dans les sources dès le XIIIe siècle ; le plus bel exemple en est la description de l’entrée de Guillaume Le Maire à Angers en 1291, établie par le prélat lui-même [5]. Mais quelle en est l’ancienneté ? Si l’on pense au seul fait de pénétrer dans la ville pour une première fois solennelle et officielle depuis l’accession au pouvoir épiscopal, sans prendre en compte la totalité du rituel des derniers siècles du Moyen Âge, on peut penser que l’entrée épiscopale existe depuis que l’évêque existe ou au moins depuis que l’Église est véritablement organisée. Grâce aux travaux d’historiens antiquistes, on sait que l’entrée épiscopale existe dès l’Antiquité tardive : la christianisation de l’Empire a permis d’offrir les honneurs de la cérémonie de l’adventus antique à d’autres personnes qu’à l’empereur ou aux magistrats et, parmi elles, aux dignitaires ecclésiastiques, dès le IVe siècle en Orient [6]. En Occident, des entrées sont attestées au VIe siècle au nord des Alpes. Michael McCormick explique la survivance de ce rituel « tardo-antique » par la sensibilité de la société mérovingienne aux comportements hérités du passé, et par le sentiment éprouvé par le groupe social des évêques de provenir de l’antique aristocratie sénatoriale [7]. Ce qu’il nomme la « coutume gauloise » – faire défiler en parade le nouvel évêque sur une chaise – évoque précisément le rituel prestigieux à l’usage des sénateurs des capitales impériales des Ve et VIe siècles, lors des processions inaugurales du consulat ordinaire. Il affirme que les prélats ne permirent jamais que la pompe traditionnelle de leur entrée ne vacillât [8]. Un exemple datant du VIIe siècle est donné par Reinhard Schneider qui parle d’une « cérémonie de portage constitutive » [9]. L’entrée pouvait inclure un festin et l’on sait qu’en 573, à l’occasion de l’adventus de Grégoire à Tours, le poète Fortunat écrivit des poèmes par lesquels il invitait les habitants à célébrer l’arrivée de leur pasteur, et dont l’un se présentait comme un toast porté au cours du banquet qui clôturait les festivités [10]. L’institution épiscopale ayant existé sans discontinuité depuis cette époque, on peut penser que c’est également le cas pour la cérémonie de l’entrée, mais sous quelle forme ? Il ne faut certes pas se laisser abuser par des expressions telles more solito, utilisées par le scribe pour soutenir son propos, sans qu’une quelconque réalité d’ancienneté ne se retrouve. D’ailleurs, des différences fondamentales, comme la présence d’acteurs nouveaux, ne permettent pas de faire de la cérémonie de la fin du Moyen Âge la descendante directe de celle de l’Antiquité. Néanmoins, certains de ses aspects ne permettent pas non plus de nier tout lien avec elle.

3Dans l’état actuel de la recherche, il est difficile de connaître l’ensemble des origines de la cérémonie médiévale tardive. En effet, si les entrées royales ont suscité de nombreux travaux d’analyse [11], rien de tel pour les entrées épiscopales. Si aucun article n’envisage cependant cette cérémonie de manière globale et peu d’un point de vue évolutif, nombreux sont ceux qui en ont décrit un ou plusieurs aspects, fondamentaux donc pour la compréhension de ce phénomène ; mais aucun ne traite des époques intermédiaires entre l’Antiquité tardive et la fin du Moyen Âge [12]. Cette différence de traitement entre entrées royales et entrées épiscopales est-elle perceptible dès la fin du Moyen Âge ? Ainsi, pour Montpellier, la Chronique romane du Petit Thalamus, qui couvre le XIVe et le début du XVe siècle, ne décrit que trois entrées, et de manière incidente. Jean-Arnaud Dérens en conclut que la première entrée d’un évêque était un événement solennel de la ville, mais qu’elle n’y était en rien un événement essentiel [13]. De son côté, le Bourgeois de Paris, qui écrit dans la première moitié du XVe siècle, donne plus de détails sur les entrées royales que sur les entrées épiscopales qu’il ne nomme d’ailleurs même pas « entrée » [14]. Cela s’explique sans doute, jadis comme aujourd’hui, par une signification et une portée plus grandes des actes du roi, et par l’inversion sur la longue durée des pouvoirs du roi et de l’évêque : ce dernier, à la fin du XVe siècle, même s’il est un personnage puissant, ne peut être comparé à ses prédécesseurs, détenteurs de pouvoirs comtaux et véritables maîtres des cités.

4Deux grandes catégories de sources permettent d’étudier le rituel dans les derniers siècles du Moyen Âge : sources de la pratique – cartulaires de cathédrales et registres capitulaires, registres communaux, actes notariés – mais aussi judiciaires – conflits de juridiction entre évêque et autre personnage bénéficiant d’avantages confirmés lors d’une entrée, ou procès – : en effet, la dualité des modes d’accession possibles à l’évêché provoque des conflits entre les évêques élus par le chapitre et ceux qui sont pourvus par le pape [15]. Toutes les étapes, y compris la joyeuse entrée, deviennent objet de conflit, et l’on en parle dans les plaidoiries. Il faut partir de ces différentes sources pour obtenir le spectre le plus large, car les aspects de l’entrée retenus par les rédacteurs sont différents et chacun y voit ce qu’il veut bien y voir : les sources sont parcellaires et partiales, rien de bien nouveau.

5Pour essayer de comprendre ce rituel grâce à son histoire – je ne ne reprendrai pas ici les termes qui opposent sur ce point Philippe Buc à d’autres historiens [16] –, il semble judicieux de partir de l’entrée telle qu’elle est décrite, avec détails, à la fin du XVe siècle – certains aspects, comme le droit de grâce des évêques, feront cependant l’objet d’études ultérieures [17] –, d’essayer ensuite d’en analyser les principales composantes avant d’en dégager une probable genèse et une possible historicisation.

UNE JOYEUSE ENTRéE AU XVe SIèCLE

6Même s’il ne faut pas essayer de reconstruire une cérémonie idéale, il semble possible d’identifier, grâce aux exemples de Bourges (1482), Paris (1495 et 1503) et Rouen (1494), particulièrement bien détaillés, les moments principaux qui constituent une entrée épiscopale sur un long XVe siècle et les acteurs qui y participent.

7Quelques préludes sont tout d’abord nécessaires. Il a fallu s’entendre avec le chapitre pour que celui-ci accepte de recevoir le nouveau prélat [18] et décider d’une date. L’établissement d’un dialogue en cette occasion semble avant tout une marque de politesse à l’égard du chapitre, le prélat se réservant bien souvent la décision, même si parfois les chanoines mettent un point d’honneur à discuter [19]. Les magistrats municipaux sont également avertis et invités au repas qui conclura la fête [20]. Tout le monde se prépare. Le chapitre se consacre à l’agencement de la cathédrale : à Paris, pour l’entrée d’Étienne Poncher le dimanche 21 mai 1503, il fait tendre le chœur de tapisseries et réparer la cloche Jacqueline pour qu’elle puisse sonner le plus vite possible. Il liquide aussi les offices et prébendes de l’évêque, ancien du sérail [21]. À Rouen, des dispositions sont prises pour accueillir la foule, organiser les offices habituels et décorer l’église [22]. Les consuls s’empressent aussi : encore à Rouen, pour l’entrée de Georges d’Amboise le dimanche 21 septembre 1494, les discussions vont bon train au conseil de ville pour savoir quelles rues l’on doit « tendre » et si l’on doit disposer des torches aux armes de la ville. Ne seront finalement retenues que les tapisseries [23].

8De leur côté, les prélats se sont préparés aux abords de la cité. La veille, arrivant parfois d’un château épiscopal, reçus par des officiers royaux ou des consuls [24], ils se sont ensuite rendus dans une abbaye : Saint-Sulpice « lez Bourges, ut moris est » [25], Saint-Ouen de Rouen et Saint-Victor de Paris, où ils ont été nourris et accueillis pour la nuit avec leur suite. Si le gîte peut apparaître comme un devoir dû par une abbaye à son évêque, ce n’est pas une obligation à sens unique, puisque le prélat doit, de son côté, prêter serment de respecter les privilèges de l’établissement. On y célèbre aussi une cérémonie en leur présence. À Bourges, l’archevêque doit chanter ce jour-là une messe solennelle [26] ; c’est dans une chapelle de l’abbatiale qu’il est revêtu d’une chape en soie blanche et d’une mitre de la même couleur [27]. L’évêque de Paris est, quant à lui, accueilli dans deux établissements. Après avoir passé la nuit à Saint-Victor, il se rend à cheval le dimanche matin à Sainte-Geneviève, escorté par le corps municipal et des bourgeois [28]. C’est là qu’une longue cérémonie permet à l’abbé et au prieur de Sainte-Geneviève de recevoir en leurs murs le nouvel évêque [29], et c’est dans le revestiaire de l’abbaye qu’il est paré de ses habits et ornements pontificaux (chape, mitre, bâton pastoral), puis qu’il prête serment aux chanoines génovéfains de n’attenter en rien à leurs privilèges [30]. Il est ensuite amené devant l’autel, « et en icelle [chaire paree] le mist et instala led. abbé de Ste Geneviesve en disant ces motz : Sta et tene locum a Deo tibi delegatum, potens est enim dominus augere tibi gratiam » [31], avant que ne soit chanté le Te Deum. Il est enfin porté dans cette chaire jusque devant la porte occidentale du couvent, sur les épaules de quatre clercs génovéfains, rétribués pour l’occasion [32]. Alors que les chanoines parisiens et rouennais attendent leur évêque devant leur cathédrale, trois des chanoines de Saint-Étienne de Bourges sont venus trouver Pierre Cadouet dans la chapelle du revestiaire pour lui faire révérence et lui demander de prêter un premier serment de respecter les privilèges de leur Église [33].

9Devant l’abbaye ou le couvent peuvent attendre les représentants des églises collégiales ou paroissiales, ainsi à Bourges [34], et les magistrats municipaux. Alors qu’à Rouen la présence de ces derniers n’est attestée que la veille du jour de l’entrée [35], le maire berruyer se rend au-devant de l’archevêque avec les échevins et des notables, le matin même, et à Paris c’est sur les marches de Saint-Victor que le corps de ville attend l’évêque pour le conduire à Sainte-Geneviève [36]. À Bourges, les vassaux de l’évêque se présentent pour lui faire accomplir le trajet sur leurs épaules, et les moines de Saint-Sulpice les laissent partir depuis leur porte principale [37] ; à Paris, les vassaux prennent en charge l’évêque dans sa chaire devant l’abbaye Sainte-Geneviève, dont le clergé accompagne le cortège jusqu’à la rencontre avec les chanoines, sur le parvis de l’église Sainte-Geneviève la Petite (ou des Ardens), rue Neuve-Notre-Dame. Le prélat rouennais, qu’il s’agisse de Georges d’Amboise, de ses prédécesseurs ou de ses successeurs, n’est jamais porté par des vassaux. Il arrive depuis l’abbaye de Saint-Ouen, accompagné des moines, généralement à pied [38], jusqu’à la rencontre avec les chanoines en l’église paroissiale Saint-Herbland [39], située en face de la cathédrale. Auparavant, le passage des murs a pu être l’occasion d’une nouvelle rencontre. À Bourges, alors que le cortège passe sous la porte Saint-Sulpice, des représentants de la jeune Université fondée sous Louis XI ont proposé un compliment [40]. Puis tous, entourés par la foule, ont accompagné le prélat jusqu’au cloître de la cathédrale Saint-Étienne [41]. À Paris, pour se rendre de Saint-Victor à Sainte-Geneviève, l’évêque est entré par la porte Bordelle, la plus pratique pour relier ces deux établissements. À Rouen, il a franchi la porte de Grand-Pont. Nombre des acteurs de ce rituel, hormis le corps des chanoines, se sont donc rendus jusqu’à l’abbaye, hors de la ville ou non selon l’emplacement de cette dernière, pour aller à la rencontre du prélat et l’amener ensuite jusqu’à sa cathédrale, après une dernière halte.

10Dans la capitale du royaume, c’est devant Sainte-Geneviève la petite que l’abbé génovéfain présente le nouvel évêque aux chanoines [42]. À Rouen, après que l’archevêque a été déchaussé dans l’église Saint-Herbland, c’est dans le cimetière du parvis de la cathédrale que se rencontrent les deux processions des moines et des chanoines, et c’est là que l’abbé de Saint-Ouen leur confie l’archevêque [43]. À Bourges, le prélat est amené, précédé de sa croix et de sa crosse [44], devant la porte jaune du cloître qui est fermée [45]. Tous les chanoines sont présents, en procession, vêtus de leurs chapes de soie, sauf quand le temps ne le permet pas [46]. Une nouvelle porte est désormais à franchir : celle du cloître pour l’archevêque de Bourges ou celle de la cathédrale pour les prélats parisien et rouennais. C’est la dernière, celle qui n’ouvrira qu’une fois prononcé le serment de respecter les privilèges de l’Église – l’évêque parisien descend d’abord de sa chaire puis sonne ensuite, en signe de possession, une clochette disposée pour l’occasion [47] –, permettant ainsi à l’évêque de pénétrer en sa cathédrale et d’être intronisé. Le cheminement à l’intérieur de l’édifice est divers, mais tous se retrouvent en prière devant l’autel majeur avant d’être installés en leur chaire – entre-temps, l’archevêque de Rouen a été rechaussé [48]. À Bourges et à Rouen, c’est le doyen de la cathédrale qui les intronise, sans doute parce que le siège est métropolitain [49], mais à Paris c’est l’archidiacre de Sens, dont la présence rappelle la hiérarchie ecclésiastique à laquelle l’évêque est soumis [50]. Puis c’est la grand-messe et la bénédiction de la foule, parfois le don d’indulgences [51]. La cérémonie se conclut chaque fois en l’hôtel épiscopal ou archiépiscopal, par un banquet somptueux et traditionnel [52].

11Voilà pour la description à grands traits d’une première entrée épiscopale ou archiépiscopale dans la cité. Si le mouvement d’ensemble se retrouve dans chacun des récits, des différences impliquent une spécificité propre à chaque diocèse, redevable sans doute aux personnalités qui ont constitué ce rituel au fil du temps, mais aussi à l’histoire de chaque ville.

LES TRAITS SAILLANTS

12À partir de ces exemples se dégagent les traits saillants de cette procession – temps du rituel, espace et acteurs – que les liturgistes classent dans la catégorie des processions fonctionnelles, destinées à « solenniser un déplacement nécessité par l’accomplissement même des rites (...). En donnant à ce déplacement de l’éclat et du faste, en y associant toute l’assemblée, on met en relief ce qui en fait l’objet, on permet aux fidèles d’y exprimer leur dévotion » [53].

Temps et espace

13Le temps du rituel de l’entrée elle-même couvre une demi-journée, depuis tôt le matin jusqu’au déjeuner qui la conclut [54], mais il peut être précédé d’une étape dans un monastère, où l’évêque passe la nuit « en veilles et oraison » [55]. Cela n’est pas sans évoquer les vigiles des grandes fêtes religieuses, et la prise de possession de l’évêché semble devoir s’accompagner d’une préparation. En outre, le jour choisi le plus souvent pour l’entrée à la fin du XVe siècle est le dimanche [56]. L’explication la plus facile en serait la signification cultuelle de ce jour, bien adapté pour honorer celui qui doit guider ses ouailles au salut, et le côté pratique de jour chômé qui en résulte. Mais on connaît des exceptions. Les entrées des évêques parisiens du XVe et du début du XVIe siècle dont on a gardé la trace se sont toutes déroulées un dimanche sauf celle de Jean de Nant, le samedi 9 octobre 1423 ; mais c’est la fête de saint Denis, et la coïncidence avec la fête du premier évêque de Paris devait être trop belle pour être ignorée [57]. D’autres exceptions jalonnent l’histoire des entrées comme à Rouen où, au XVe siècle, sur six réceptions dont le jour est connu, deux vendredis et un samedi côtoient trois dimanches, sans explication liturgique apparente [58]. Malgré ces exceptions, la fréquence du dimanche est remarquable : ce jour ne serait-il pas la mémoire du lien auparavant systématique entre l’entrée et une autre cérémonie essentielle, le sacre de l’évêque ? En effet, depuis fort longtemps et selon le droit canon, le rituel où l’évêque reçoit son pouvoir d’ordre doit toujours avoir lieu un dimanche. Or des textes du IVe siècle et des sacramentaires des Xe ou XIIIe siècles indiquent que le sacre avait lieu dans l’église vacante, donc cathédrale, et que c’est au cours de cette cérémonie que l’évêque était installé [59]. En sus, dans le rituel du scrutinium serotinum, par lequel quelques chanoines d’une cathédrale présentaient un samedi soir leur élu au supérieur pour obtenir confirmation de leur élection, une fois celle-ci accordée, il était demandé à l’élu confirmé d’aller jeûner pour pouvoir, avec l’accord de Dieu, être consacré le lendemain [60]. La veillée avant la joyeuse entrée s’expliquerait alors comme une survivance de la veillée du sacre, si l’on prend en compte l’ancienne concomitance des deux cérémonies, une hypothèse que confirment d’autres indices révélateurs. Ainsi, lorsqu’il décrit une entrée à Tours en 1363, Jean Maan écrit que « le nouvel évêque, la veille de son entrée, accède à la ville avec les évêques qui doivent le sacrer » [61]. Mais les sacramentaires ne règlent pas tout et l’on sait que le sacre pouvait avoir également lieu dans les monastères, le jour de l’entrée cependant, par exemple en 910 dans l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre, ou le dimanche 3 juin 1291 dans l’abbaye Saint-Aubin d’Angers, ou à Rouen, dans l’abbaye Saint-Ouen [62]. Plusieurs détails du rituel pourraient corroborer un tel lien : lors de l’entrée à la fin du XVe siècle, le prélat, même s’il a déjà été sacré, est revêtu de ses habits pontificaux et muni de sa mitre et de sa crosse dans l’abbaye, comme le jour du sacre ; leur couleur blanche rappelle une signification essentielle en ce jour, tout comme le fait de monter parfois un cheval blanc [63]. C’est encore dans l’abbaye qu’il reçoit le livre des Évangiles qu’il porte sur sa poitrine en se rendant à la cathédrale, ce livre qui lui est imposé sur les épaules le jour du sacre. Cette fonction pourrait également expliquer le rôle premier de certains monastères dans le rituel de l’entrée [64]. L’ancienne concomitance du sacre et de l’entrée de l’évêque pourrait donc expliquer la nuit de veille et la prédominance du dimanche pour l’adventus. Mais l’évolution qui a touché le parcours épiscopal, et notamment son fractionnement – le sacre peut être réalisé plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant l’entrée –, justifie que le jour sacré de la semaine ne soit plus exclusif [65].

14Pendant le temps de ce rituel, les diverses processions parcourent un espace bien déterminé, articulé autour d’une porte précise des murs de la cité, symbolisant l’opposition entre extérieur et intérieur. Les abbayes qui accordent leur gîte à l’évêque sont toutes ou ont toutes été, à un moment donné, au-dehors des murs. Saint-Sulpice et Saint-Victor le sont toujours, tandis que Saint-Ouen est à l’abri de la muraille depuis le XIIIe siècle. C’est devant ces monastères que les processions parisienne et berruyère, formées à l’intérieur des murs, viennent chercher le prélat pour le guider et l’amener ensuite à la cathédrale. Seul le corps canonial attend à l’intérieur – même si quelques chanoines sont délégués auprès de lui, par exemple à Bourges –, gardien attentif de son église et prêt à accueillir le maître des lieux. Le passage de la porte est bien mentionné dans les récits, que ce soit par simple dénomination de la porte empruntée [66], ou par le rappel d’un accueil particulier. Il s’agit toujours de la même, qu’elle soit principale ou non [67].

15Cette opposition entre extérieur et intérieur n’est pas un simple symbole concernant le seul jour de l’entrée, mais bien un interdit qui implique que le prélat ne puisse pénétrer dans sa ville avant l’entrée elle-même. Les registres capitulaires de la cathédrale Notre-Dame de Paris témoignent de tractations menées à ce propos, à plusieurs reprises, afin que l’évêque puisse venir en ville pour régler des affaires avant la cérémonie de l’adventus. Le chapitre s’y oppose systématiquement mais se laisse circonvenir, obligeant cependant le prélat à suivre des consignes très précises pour son trajet et son comportement, peu observées il est vrai [68]. Cet interdit peut également poser problème la veille de l’entrée. Le contexte de la guerre de Cent ans en a souvent été responsable [69]. En 1422, Jean de La Rochetaillée a écrit aux Génovéfains et aux chanoines de la cathédrale pour solliciter leur permission de passer cette nuit dans son hôtel épiscopal à Paris, en raison de l’insécurité du moment [70]. Les chanoines, après délibération, acceptent qu’il vienne dormir dans son palais, mais avec quelques précautions : « Il n’entrera pas dans l’église parisienne ni dans la ville jusqu’à ce qu’il doive faire son entrée solennelle, et il ne le fera que la veille au soir, tard, embarquera sur la Seine dans la campagne et débarquera au terrail. » [71] En réalité, il est déjà sur place le jeudi précédent. Dans une lettre de non-préjudice que l’évêque accorde au chapitre pour avoir détourné un moment du rituel [72], un terme significatif est employé, marquant sa volonté malgré tout d’en respecter le fond : il est venu dans son palais, mais s’y tient comme s’il se trouvait à l’extérieur des murs ; par cette « fiction », il assure la protection de sa personne et de ses biens [73]. À l’insécurité s’ajoutent les dégâts liés à la guerre. La demande de dérogation vient alors de l’établissement d’accueil. À Rouen, en 1423, pour l’entrée de Jean de La Rochetaillée – qui décidément n’a pas de chance – et en 1437, pour celle de Louis de Luxembourg, les bénédictins de Saint-Ouen ne peuvent recevoir car leurs bâtiments sont en ruines : ils demandent que le prélat et sa suite logent ailleurs, aux frais du monastère cependant [74].

16À travers ces discussions apparaît une distinction fondamentale entre la cité et l’espace situé en dehors de ses murs, dont le passage est un point commun aux différentes entrées [75]. La mémoire de l’adventus antique apparaît ici ; on y retrouve les deux séquences principales : la procession sort (occursus) et se rend au-devant du prélat, puis elle le guide à l’intérieur des murs (adventus, l’entrée elle-même) [76]. Les murs médiévaux reprennent ici la signification de l’enceinte sacrée de l’Antiquité, lieu naturel de la rencontre pour un adventus ; en tout cas, la volonté de commencer le rituel en dehors de la ville semble réelle, au moins en certains lieux : n’est-ce pas ainsi que l’on pourrait expliquer le couple Saint-Victor / Sainte-Geneviève ? Si cette dernière est à l’abri de l’enceinte de Philippe Auguste, elle était en dehors des murs à sa fondation au VIe siècle. Aurait-elle servi à un moment quelconque de lieu de veille ? Une fois intégrée, cela n’était plus possible : quoi de plus naturel alors que d’avoir choisi pour la seconder son chef d’ordre, puisque l’abbaye bénédictine de Sainte-Geneviève fut réformée par des victorins en 1148, soit une trentaine d’années après l’achèvement de la muraille de Philippe Auguste (1190-1213) [77] ? À Angers, deux établissements se partagent aussi l’accueil du prélat : Saint-Aubin, qui est à l’abri des murs depuis le XIIIe siècle, où l’évêque arrive le matin seulement, et Saint-Serge, à l’extérieur des murailles, où il passe la nuit. À Rouen, l’archevêque dort au monastère de Saint-Ouen qui, depuis la construction de la nouvelle enceinte de Philippe Auguste, est à l’intérieur des murs [78], mais le trajet de Georges d’Amboise en 1494 laisse perplexe : alors que son lieu de gîte est au nord de la cité et à l’intérieur – il y est arrivé la veille en franchissant la porte Martinville –, on apprend que, le dimanche matin, il entre par la porte de Grand-Pont, sise au sud de la ville, sur la Seine : cela implique que la procession est sortie à l’extérieur des murailles pour souscrire au franchissement de la porte, essentiel au rituel, et qui peut signifier en lui-même l’avènement de l’évêque. En effet, le symbolisme de la porte a été intrinsèquement christianisé par la parabole du berger : « Celui qui entre par la porte est le berger des brebis », celui qui, une fois qu’il les aura toutes appelées, les fera sortir de l’enclos et les conduira vers le Père [79] ; le texte convient parfaitement à la mission épiscopale, et le passage de la porte signifie l’arrivée du bon pasteur.

17Il est un autre point fondamental de l’espace de ce rituel. Une entrée n’est pas une circumambulation mais un trajet qui conduit d’un pôle d’origine – abbaye ou palais épiscopal – au pôle d’arrivée de la cathédrale, via le pôle intermédiaire des murs de la cité. D’autres étapes le complètent – église ou cimetière. Ce trajet exprime un passage, celui de l’état d’évêque en puissance à celui d’évêque installé, symbolisé par le passage d’une porte de la ville, puis d’une porte de la cathédrale. À chaque étape, différents acteurs livrent à d’autres la personne du prélat. La « joyeuse entrée » se présente donc comme une succession de cérémonies d’accueil, de réceptions, plutôt que comme une action unique : réception par les moines, par le corps de ville et par l’ensemble de la population à l’extérieur des murs, par les vassaux parfois, par les chanoines. C’est d’ailleurs le terme de « réception » qui désigne ce qui doit être accompli en chaque lieu, même s’il désigne aussi l’ensemble [80]. Si elles sont distinctes, ces différentes réceptions sont liées les unes aux autres par des gestes et des paroles. Les acteurs principaux se transmettent la personne de l’évêque jusqu’à ce qu’il ait pris, selon les termes juridiques, « possession corporelle, réelle et actuelle » de son Église [81], et les modes sont différents d’une cité à l’autre. À Paris, cela commence au bas des marches de Saint-Victor où l’abbé présente l’évêque au corps de ville qui le conduit ensuite à Sainte-Geneviève où le prévôt de la capitale le présente à son tour au clergé de l’abbatiale [82]. Puis l’évêque pénètre dans l’église, entouré par l’abbé et le prieur. Après la cérémonie, il en ressort, porté par les Génovéfains qui le livrent à ses vassaux, à qui le prévôt présente à nouveau le pasteur [83]. Lorsque le cortège arrive à Sainte-Geneviève-des-Ardens, l’abbé génovéfain « livr[e] led. seigneur eveque » aux chanoines en prononçant quelques mots, et le chantre lui répond que c’est volontiers qu’ils le reçoivent [84]. Puis le doyen et le chantre de Notre-Dame l’entourent pour lui faire franchir la porte de la cathédrale et le conduire jusqu’à l’autel. C’est enfin l’archidiacre de Sens qui conclut en intronisant le prélat [85]. Ces échanges montrent l’importance du liant verbal et gestuel permettant que toute une communauté participe à l’installation de son évêque.

18Le trajet, quand il est connu, peut être porteur de sens. À Meaux, il affirme la frontière des différentes juridictions seigneuriales, tout comme à Thérouanne [86]. À Paris, rien de tout cela n’est exprimé dans les sources. Lorsque le prévôt des marchands et les conseillers amènent l’évêque de Saint-Victor à Sainte-Geneviève, ils parcourent les seigneuries de ces deux abbayes sans qu’une halte en précise le sens. En revanche, le trajet suivi entre l’abbaye Sainte-Geneviève et l’église Sainte-Geneviève-des-Ardens, non seulement souligne le rôle majeur des Génovéfains, mais encore imite la procession de la châsse de la sainte, dont le rituel se serait mis en place en 1130, à partir du miracle des Ardents [87]. En outre, « sainte Geneviève ne sort que si saint Marcel la va quérir », puisque, pour honorer la sainte, on décida de la faire escorter par les reliques d’un évêque : saint Marcel – peut-être son évêque consécrateur ? – fut choisi [88]. Quelle procession a influencé l’autre ? Il est remarquable que la porte Bordelle, par laquelle l’évêque franchit la muraille, soit aussi nommée Saint-Marcel : rien de plus logique puisque les seigneuries de Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève sont limitrophes [89]. Mais le nom même de la porte, celui de cet évêque parisien emblématique, semble dépasser ce cadre seigneurial pour offrir à la cérémonie une dimension ecclésiologique [90].

Les acteurs

19Un temps, un espace, pour quels acteurs ? Le jour de l’entrée, l’ensemble du corps social est représenté, autre parallèle frappant avec l’adventus antique, signe que le prélat est l’évêque et le pasteur de tous. Si certains textes mentionnent que la foule est présente, d’autres se taisent : pour les entrées parisiennes, elle ne fait jamais irruption. On peut penser que cette absence est liée aux sources, registres capitulaires ou municipaux – qui parlent tout de même de « nombre de bourgeois » – ou procès-verbaux dressés à la demande des abbés de Sainte-Geneviève et concernant leurs propres relations avec l’évêque ; mais, en ce qui concerne l’élection épiscopale, les mêmes registres capitulaires mentionnent la foule comme partie prenante des processions et comme attentive au résultat du choix. Serait-ce à dire que les chanoines estiment qu’elle n’a désormais plus aucun rôle à assumer, maintenant que l’évêque a été désigné ? À Rouen, pourtant, sa présence est réelle. Pour l’entrée de Robert de Croismare en 1483, des dispositions sont prises par le chapitre pour que le désordre, dû à un grand nombre de personnes dans la cathédrale, n’entache pas la cérémonie [91]. C’est encore nécessaire pour la réception de Georges d’Amboise, le 21 septembre 1494, puisque ce dernier a obtenu du pape des indulgences en faveur de ceux qui assisteront à sa première messe : fermeture du chœur et distribution de méreaux permettent une bonne organisation [92]. À Bourges, en 1482, la foule entoure l’archevêque et son chapitre lorsque celui-là prête serment devant la porte jaune. Mais celle-ci est-elle toujours au rendez-vous ou ne dépend-elle que du bon vouloir du chroniqueur ou du notaire ? À côté d’elle, indifférenciée et difficile à décrire, se distinguent plus nettement différents groupes, et le rituel donne à l’évêque la mesure de son pouvoir : pouvoir du prélat ecclésiastique et du seigneur – l’hommage prêté par des vassaux en est un aspect –, mais pouvoir limité par différents serments exigés de sa personne par les moines, les chanoines, parfois les magistrats municipaux. S’il s’agit d’un évêque, il n’échappe pas non plus au rappel de la hiérarchie ecclésiastique, puisque son installation officielle est effectuée par un représentant de l’autorité métropolitaine.

20Le point de départ de la procession, au moins dans une bonne partie du royaume, souligne le rôle du clergé régulier, le plus souvent masculin – mais aussi féminin à Troyes, à Autun [93] – et notamment bénédictin – sans aucun doute car le plus ancien. On peut objecter que les réguliers de Sainte-Geneviève sont des chanoines de Saint-Augustin, mais avant d’avoir été réformé par Saint-Victor le monastère suivait la règle de saint Benoît. Si cette nuit dans une abbaye est fréquente dans l’ouest, le nord et le centre du royaume [94], plusieurs cas semblent montrer qu’il n’en est pas de même au sud, ainsi à Albi, où l’évêque arrive le matin même dans la première église qu’il honore de sa présence, la collégiale Saint-Salvi, nécropole épiscopale à l’intérieur de l’enceinte, ou encore à Agen, Béziers ou Montpellier [95]... Ailleurs, le clergé régulier a donc une place de choix. Plusieurs éléments, d’ordre pratique ou spirituel, aident à comprendre sa participation au rituel de l’entrée. Les monastères exercent tout d’abord leur devoir de gîte [96], et cela même lorsqu’ils sont exempts de l’autorité épiscopale [97]. Les conditions du gîte sont précises [98], et l’abbé ne veut pas dépenser plus que nécessaire ou plus qu’il ne peut : des conflits sont susceptibles de naître ; il faut alors arriver à un compromis pour que les conditions soient à nouveau fixées [99].

21À côté de cette nécessaire dimension pratique du gîte, on peut penser à une raison ecclésiologique : compenser un rôle plus actif par le passé dans l’élection de l’évêque ou à l’occasion de son sacre, et le fait que l’évêque soit revêtu de ses habits pontificaux au sein du monastère le rappelle ; mais ce changement de tenue, en dehors de la cérémonie de consécration, et au cours du rituel de l’entrée, rappelle également les remises d’un vêtement déterminé, décrites dans la Bible à de nombreuses reprises, vêtement qui désormais fait corps avec celui qui le porte, signifiant sa nouvelle vocation, sa nouvelle fonction [100]. Ce sont donc les moines qui ont le pouvoir de procéder à ce qui constitue un véritable rite d’investiture : habiller l’évêque de sorte qu’il apparaisse comme tel aux yeux de ses fidèles. On peut songer aussi à des raisons spirituelles, liées aux fonctions dévolues aux moines dès l’époque mérovingienne. Dans ces établissements dont la majorité date de ce temps [101], sont fréquemment enterrés les évêques fondateurs ou vénérables du diocèse, comme saint Ouen de Rouen dans le monastère éponyme, dont le premier vocable était d’ailleurs Saint-Pierre avant que les miracles accomplis autour des reliques du pasteur et la ferveur des fidèles aient fait tomber l’apôtre dans l’oubli [102]. Sainte-Geneviève, dont le premier vocable était Saint-Pierre-et-Saint-Paul, fut fondée par Clovis à l’emplacement présumé du tombeau de la sainte [103]. À Saint-Sulpice de Bourges, fondée par Clotaire II, l’évêque Sulpice le Débonnaire est enterré sous l’autel, et des reliques y sont conservées, dont le sang de saint Étienne, premier martyr, auquel la cathédrale est dédiée. C’est encore le nom de cet évêque qui s’est imposé, faisant tomber dans l’oubli le premier vocable de Notre-Dame-de-la-Nef [104] ; quant à Saint-Melaine, elle a été fondée dans un faubourg de la ville sur le tombeau du célèbre évêque de Rennes. La présence de reliques ajoute à la ferveur et à la signification de cette halte. À Sainte-Geneviève, Jean Simon est conduit devant l’autel « où il baisa un reliquaire contenant une dent » de la sainte patronne [105]. À Saint-Ouen, l’archevêque s’incline devant l’autel des apôtres Pierre et Paul [106]. Le statut que les moines endossent en certaines circonstances d’être médiateurs du sacré s’exprime bien ici. Le rôle de nécropole et d’imposant reliquaire que jouent les abbayes pourrait d’une part expliquer pourquoi ces monastères en particulier ont été choisis, symboles pour le nouveau prélat de l’histoire et de la mémoire de son siège, d’autre part conforter l’opposition entre extérieur et intérieur, survivance de la signification du mur antique, frontière entre le monde des vivants et celui des morts [107]. Par la suite, lorsque l’usage pour les évêques fut plutôt d’être enterré dans la cathédrale, le monastère en question garde cette signification prégnante d’être un mémorial du passé de l’évêché et un lieu parfait de recueillement.

22À Rouen, ce lien entre vivants et morts est frappant : la transmission de l’évêque par l’abbé de Saint-Ouen aux chanoines de la cathédrale a lieu à l’entrée du cimetière de la cathédrale, « appelé vulgairement “le port morant” » [108]. L’atrium fait face à l’église paroissiale Saint-Herbland. C’est là que les deux processions se sont rencontrées, celle des moines amenant l’archevêque, nu-pieds après son passage dans l’église paroissiale, et celle des chanoines, suivis de membres du clergé cathédral ; l’abbé prononce le 21 septembre 1494, lors de l’entrée de Georges d’Amboise, ces paroles : Tradidemus eum vobis vivum, reddetis nobis mortuum, que l’on retrouve transcrites en français pour une entrée plus tardive : « Nous vous le baillons vif, vous nous le rendrez mort. » [109] Les moines offrent donc l’archevêque vivant au clergé de la cathédrale, mais le reprendront lorsqu’il sera mort, ce qui sera ritualisé par le voyage de la dépouille mortelle entre les deux églises [110]. Si cela ne peut avoir lieu, bien entendu, que si l’archevêque meurt prélat de Rouen, la signification symbolique du rôle des moines est cependant clairement affirmée. S’ensuivent des gestes liturgiques de la part du doyen (aspersion, présentation des Évangiles), mais il ne répond rien à l’abbé. Les premières paroles qu’il prononce le sont pour l’archevêque : Reverende pater, hec est tua sponsa, nostra mater ecclesia, cum ingenti gaudio te recipere parata. Le silence rituel, sur lequel les rédacteurs insistent, symbolise sans doute le temps qui sépare la prise de possession de la cathédrale par l’archevêque du jour de ses funérailles, mais aussi tisse le lien qui unit les deux communautés, puisque la réponse à l’abbé ne sera effective que ce jour : « Vous nous l’avez baillé vivant, nous vous le rendons mort. » [111] La transmission de l’archevêque se fait pour sa vie entière mais les moines gardent un pouvoir sur sa dépouille et donc sur la mort. Ce rite, attesté depuis la cérémonie d’entrée de l’archevêque Maurice en 1231, est décrit pour différentes entrées rouennaises [112]. Si le cimetière est bien au Moyen Âge un lieu recherché pour solenniser un engagement, sa dimension symbolique atteint ici son paroxysme. La déclaration de l’abbé et le lieu du passage ne sont pas sans rappeler le baptême et sa signification paulinienne de mort et de naissance à une nouvelle vie [113] : le prélat est désormais pasteur et évêque de la cité jusqu’à son trépas, et ce sont les moines, intercesseurs traditionnels à l’heure de la mort, qui sont les passeurs. Le blanc des ornements pontificaux, lié au sacre, renforce cette idée [114]. Évoquer la mort de l’archevêque renvoie aussi au natalicium, anniversaire du décès d’un saint et jour de sa naissance à la vraie vie : le cri de Noël, mentionné en quelques cas, pourrait-il en être un signe [115] ? Aux paroles sont parfois adjoints des gestes qui renforcent le sentiment de la transmission : à Rouen, l’abbé, en parlant, tient la chape de l’archevêque [116]. Et quand les chanoines rouennais rendent son corps, le doyen doit montrer les anneaux du défunt et toucher le cercueil [117]. Quoi qu’il en soit des circonstances de la « livraison » de l’évêque aux chanoines, c’est l’abbé qui en a la responsabilité, ainsi à Paris, on l’a vu, mais aussi à Troyes ou à Reims, où l’abbé de Saint-Rémi prononce la phrase rituelle : « Voici votre pasteur, successeur de saint Rémi, nous vous le présentons. » [118]

23Si les moines évoquent ici les mystères de la mort, ils font preuve également d’un grand attachement à la vie d’ici-bas : l’évêque doit en effet jurer de respecter leurs privilèges. Est-ce une contrepartie au droit de gîte ? La requête qui lui en est faite insiste sur la continuité de l’histoire du diocèse : ses prédécesseurs se sont pliés à cet exercice, il y est donc obligé. À Sainte-Geneviève, c’est seulement quand l’évêque a revêtu ses habits pontificaux et qu’il apparaît comme pleinement évêque aux yeux de tous que l’abbé lui présente le livre des Évangiles dans lequel est contenu le texte du serment, si important pour l’avenir que l’abbé en demande certification [119]. Lorsque l’abbaye est exempte, elle le rappelle pour écarter toute équivoque [120]. En plus du texte tangible du serment, d’autres échanges peuvent avoir lieu. À Troyes, le cheval sur lequel l’évêque arrive au monastère, la veille de son entrée, est immédiatement emmené aux écuries ; il restera possession de l’établissement religieux. Quant à l’évêque, il repart avec un « lit garni », celui qui lui a été préparé pour la nuit passée chez les religieuses [121]. À Paris, l’évêque offre un drap d’or à l’abbaye Sainte-Geneviève. Visées religieuses et profanes s’entremêlent pour donner à la communauté régulière un rôle de premier plan dans l’adventus médiéval de l’évêque en sa cité.

24Devant le monastère, des vassaux peuvent attendre l’évêque pour le porter et le conduire jusqu’à la cathédrale, mais ce n’est pas le cas partout : à Reims ou à Rouen, l’archevêque arrive à pied. Absence de vassaux qui pourraient remplir cet exercice, ou plutôt exercice d’humilité, fort appréciable pour celui qui doit être le modèle de son troupeau [122] ? Les pieds nus de l’archevêque de Rouen confortent cette image [123]. À Mâcon ou à Langres, il reste à cheval [124]. Dans d’autres diocèses – Rodez, Cahors ou Lectoure [125] –, un vassal conduit le prélat à la cathédrale, en tenant par la bride sa mule ou son cheval, signe évident de soumission. Mais ailleurs (Paris, Bourges, Auxerre, Nevers, Tours, Nantes...), des vassaux ont pour fonction de porter dans une chaise et sur leurs épaules le nouvel évêque. Il est clair, dans les textes qui exposent le phénomène à partir du XIIIe siècle, que ce devoir de « portage » est lié au service dû pour un fief précis, et rend compte de la puissance temporelle de l’évêque. Guillaume Le Maire écrit que le seigneur de Briançon est tenu d’écarter la foule à son arrivée à l’abbaye en raison de ses fiefs de Briançon et Saint-Jean-des-Mauvrets. Il en est de même à Tours ou à Bourges [126]. Pour accomplir cette escorte, les vassaux sont cités [127]. Le service, dont le non-respect est puni d’une amende, est bien lié au fief et non à une personne : à Auxerre, un conflit s’élève entre l’évêque et le seigneur de Donzy, Hervé de Nevers, qui n’a pas accompli ce service : il reconnaît que celui-ci est lié au fief de Gien que tenait son père, et apprend à l’évêque que ce n’est pas lui qui l’a repris, mais le comte, à qui incombe donc le portage [128].

25Si le rituel de l’entrée en tant que tel ne figure dans aucun traité juridique, l’épisode du portage, de par sa nature, est défini juridiquement au fil des conflits [129] et suit les vicissitudes liées à l’évolution de la féodalité. Il signifie à l’origine une supériorité de l’évêque sur les barons et, à Auxerre par exemple, sur le comte, mémoire d’un temps où l’organisation des terres du diocèse s’est faite en faveur du premier [130]. Les comtes tentèrent vainement de se soustraire à l’hommage, mais, une fois le comté réuni à la couronne en 1371, le roi refusa de le prêter en personne, tout comme Philippe Auguste l’avait refusé en 1216 à l’évêque de la capitale [131]. Il ne reste désormais à Paris que la mémoire de ce lien : en 1495, Jean Simon « fit apeller les nobles qui devoient le porter jusqu’à Notre Dame, le procureur du roy n’y parut point, quoique tenu d’y estre » [132]. Si un vassal se fait remplacer, il est nécessaire que la solution agrée au prélat. Guillaume Le Maire entre dans une noire colère : très mécontent que ce soit le fils de son vassal qui le porte, il insiste sur le caractère personnel de ce devoir que le fils, mineur qui plus est, n’est pas en droit d’accomplir [133]. À Thérouanne, une telle querelle occupe plusieurs générations [134]. En 1450, pour l’entrée de Pierre de Longueil à Auxerre, l’évêque refuse les commis et préfère être porté par quatre bourgeois [135]. Mais en 1492, à Bourges, Jean Chambetin, archidiacre de Buzançais et seigneur de Mazières qu’il tient de l’archevêque de Bourges, délègue un de ses serfs pour porter Guillaume de Cambray, qui accepte sans problème [136] : preuve de l’affaiblissement du lien personnel ou manifestation excessive d’humilité ? La destination du portage est différente selon les diocèses. Les vassaux, généralement au nombre de quatre [137], conduisent Guillaume Le Maire depuis le lieu de sa consécration jusqu’au grand autel de Saint-Maurice, portent l’archevêque de Tours sur leurs épaules quand il entre en sa cathédrale, comme à Nantes ou à Autun, alors qu’à Bourges ils le déposent devant le cloître de la cathédrale, et à Paris devant le portail de Notre-Dame [138]. Chaque vassal de l’évêque peut avoir, en plus du portage, un rôle bien précis. À Angers, lors du déjeuner qui clôt les festivités dans l’hôtel épiscopal, les quatre barons exécutent chacun un office et en gardent l’attribut : par exemple, Gui de Chemillé fait office de panetier pour le premier service et emporte les nappes le soir même. À Tours, les devoirs se partagent entre le cheminement jusqu’à l’église et l’organisation du festin, et l’on voit que d’autres vassaux interviennent pour le déjeuner seulement. En de nombreux lieux, ils repartent avec de la vaisselle ou une pièce de drap [139]. Un contre-don matériel existe donc pour la foi donnée au prélat.

26Le rôle des magistrats municipaux n’est pas semblable non plus en toutes les cités. À Paris, Lyon et ailleurs, ils apparaissent essentiellement comme une délégation venue accueillir le nouveau prélat et comme des passeurs de relais [140]. Mais, en d’autres villes, ils représentent la communauté qui demande à ce que ses droits soient reconnus par l’évêque : ce dernier est vivement sollicité de prêter serment, la main droite levée au-dessus de l’Évangile, comme à Langres, Mâcon ou Chalon-sur-Saône, le plus souvent devant la porte de la ville, afin que celle-ci puisse lui être ouverte [141]. À Langres, Chalon ou Noyon, non seulement l’évêque jure de ne pas diminuer les privilèges, mais encore affirme qu’il est là pour les augmenter [142]. À Nevers, une chaîne subitement jetée devant lui le sépare de son cortège, avant qu’il ne prête le serment [143] : de qui symbolise-t-elle l’enfermement ? Du seigneur coupé de ses sujets s’il refuse de reconnaître leurs droits, ou de la ville qui attend que son évêque les libère ? À Béziers, les entrées des XIVe et XVe siècles commencent aussi par la prestation du serment devant la porte « de la sors menors » [144] : il n’y aurait donc sur ce point aucune opposition entre le nord et le sud du royaume. Sans doute les liens entre l’évêque et la cité en sont-ils une explication plus sûre : pour pouvoir nuire ou non aux privilèges de la ville, l’évêque doit exercer un pouvoir sur celle-ci et y jouir de droits seigneuriaux importants. Si, à Langres, l’évêque est le seigneur de la moitié de la cité, à Rouen l’archevêque n’a aucun pouvoir seigneurial [145]. Et, si l’évêque de Paris est un seigneur puissant, le statut de ville de prévôté de la capitale empêche sans doute les magistrats de lui réclamer quoi que ce soit. Parfois, les autorités urbaines sont accompagnées par des enfants, à Lyon ou à Langres [146]. Les magistrats ont aussi pour rôle de faire préparer la ville : nettoyage des rues et places publiques, accrochage de tentures, panonceaux aux armes du roi et de l’évêque, vin d’honneur offert aux habitants, mais ce n’est guère précisé, sans doute car sans importance pour l’avenir [147]. Une entrée peut donc coûter cher et nécessiter de nouveaux impôts, auxquels il faut ajouter des cadeaux offerts par les magistrats et les dons de joyeux avènement, octroyés avec peu de bonne grâce, d’autant qu’aucune trace de sparsio – largesse monétaire – n’a été relevée [148]. Les consuls peuvent commander aussi l’organisation de spectacles, mais de telles mentions sont peu fréquentes : c’est le cas en 1484 à Grenoble pour l’entrée de Laurent Allemand, ou en 1518 pour celle de son neveu ; il en est de même à Valence, en 1492, où une moralité et des déguisements sont décidés par le corps de ville [149]. Mais, parfois, le silence des sources semble correspondre à la réalité : à Rouen, rien n’est décrit de tel pour les diverses entrées des archevêques dans les registres de la municipalité, alors que, pour la même période, les spectacles offerts pour une entrée royale ou ducale sont notés [150]. La dépense importante que ces spectacles entraînent explique peut-être leur absence en certains diocèses [151]. Les administrés peuvent à leur tour prêter serment de fidélité à leur nouvel évêque. À Bourges, le fait serait attesté depuis Henri de Sully, le jour de l’entrée, à Noyon en 1532, également, mais dans d’autres villes – Reims ou Lodève [152] – cette prestation a lieu après. Dans tous les cas, cependant, les autorités urbaines font preuve d’une présence active pour accueillir le prélat au nom de la cité.

27Les derniers acteurs sont les chanoines ; ils sont évidemment de toutes les entrées. Recevoir l’évêque est d’abord pour eux, en tant que chapitre, un devoir, dont on peut penser qu’il est intrinsèquement lié à la responsabilité liturgique du chapitre dans la vie de la cathédrale, mais aussi à l’aide qu’il doit à l’évêque pour son gouvernement, et enfin à la mémoire de l’origine épiscopale de son temporel [153]. Cet accueil, bien détaillé par les différents ordines qui demeurent, connaît là encore une contrepartie fondamentale pour le corps canonial : le serment prêté par l’évêque le jour de son entrée, semblable à celui qu’il a déjà prêté au monastère, et parfois à la ville. Traitant du XIIIe siècle, Gabriel Le Bras énonce comme généralité que, dès son accession, le nouveau prélat donne des garanties formelles de respecter les droits du chapitre, même s’il oublie rapidement son serment [154]. À cela s’ajoute, surtout à partir du XIVe siècle, le respect d’une éventuelle exemption [155]. Si le serment concerne les droits du chapitre, ce dernier terme n’apparaît pas dans le texte même, mais celui d’ecclesia dont les chanoines, qui ont sur l’évêque la « supériorité de la permanence » [156], se montrent ainsi dépositaires des droits ; nul doute qu’ils les identifient aux leurs [157], et qu’ « Église » signifie ici « chapitre » [158]. Le ou les chanoines qui en font la requête parlent au nom du corps en son entier. Au XIIIe siècle, Guillaume Le Maire rapporte que c’est de la part du chapitre que l’archidiacre d’Outre-Loire vient lui demander de prêter serment ; au XVe siècle, un chanoine berruyer s’adresse à Pierre Cadouet au nom du doyen et du chapitre pour qu’il accepte de prêter « ung serment que les arcevesques de Bourges ont acoustumé de faire » [159]. La même remarque est précisée à Autun ou à Paris [160], où l’évêque jure aussi de respecter les accords conclus entre ses prédécesseurs et le chapitre [161]. Par les mots prononcés transparaissent encore la continuité qu’assure le nouveau prélat – le serment demandé est toujours le même – mais aussi le respect de l’histoire du chapitre – il inclut l’évolution de ses rapports avec l’évêque –, attestés par les modèles présentés, petit cahier ou parchemin, offerts à la lecture du prélat. Pour affirmer sa supériorité – et s’il refusait de l’accueillir ? –, le chapitre peut s’enquérir de la volonté du prélat : à Thérouanne ou à Angers, vient-il pacifice ? Oui, bien entendu [162]. Lorsque le statut de prélat entraîne aussi celui de chanoine de la cathédrale, il échange avec ses confrères le baiser de paix, à Rouen ou à Bourges [163]. Il n’empêche que, dès cet instant du serment, des conflits avec le chapitre peuvent surgir, le prélat tardant ou refusant de s’exécuter. À Reims, Guy de Roye, détenteur du siège le 27 mai 1390, ne fait son entrée qu’en février 1394 ; pourtant, il était déjà sur place depuis un certain temps, mais il discutait les termes du serment. D’ailleurs, à peine l’a-t-il prêté qu’il demande au pape l’autorisation de ne l’observer qu’autant que celui-ci consacre des droits vraiment établis [164]. Ce qui est demandé à l’évêque étant bien une soumission, il est compréhensible que certains prélats tiennent à se renseigner précisément, et parfois à prouver immédiatement qu’ils n’entendent pas se laisser régir par les chanoines [165]. Si des exemples de refus concernent Reims, ce n’est peut-être pas pur hasard : dans le rituel de l’entrée rémoise, la prestation de serment ne conditionne pas l’ouverture des portes de l’église comme en d’autres diocèses, puisque l’archevêque ne jure qu’après son intronisation [166]. Et si l’on imagine que les chanoines puissent alors lui refuser leur serment d’obédience, il n’empêche que l’archevêque a pris possession de son siège.

28Il est d’usage que l’évêque offre un cadeau. Mention est faite d’un « dorsal » offert par l’évêque d’Auxerre en 1039. À Rouen, c’est un écu d’or que Georges d’Amboise dépose devant les reliques, « ainsi qu’il est accoutumé ». À Lyon, le procureur de François de Rohan promet en 1501 d’offrir une chape en soie, ainsi que doit le faire tout archevêque [167]. À Paris, le don d’un drap d’or revêt un caractère obligatoire, puisqu’il est inclus dans la liste des privilèges de l’Église. Gare à l’évêque qui l’oublie, comme Denis du Moulin, entré dans sa cathédrale le 9 octobre 1440 [168] : un procès est lancé et ce n’est que le 31 juillet 1442 qu’une concorde entre le chapitre et lui-même est entérinée par le Parlement de Paris [169]. Un demi-siècle plus tard, Étienne Poncher a profité des guerres d’Italie pour faire tisser dans la région de Milan un superbe drap d’or aux dimensions du grand autel, mais il lui est impossible de le récupérer avant le jour de son entrée. La veille, le samedi 20 mai, il rassure le chapitre par procureur : il lui accordera 130 écus d’or si, dans les six mois, le drap n’a pas été livré. Mais le 31 mai 1504, un an plus tard, le drap est enfin parvenu de la lointaine Italie [170]. L’accueil dans la cathédrale constitue encore une dépense importante pour les chanoines – décor et réparations, frais de notaires – qui ne sont pas toujours enclins à la payer [171]. Le prélat peut alors « lever de droit ung subside caritatif » ; il est d’ailleurs reproché aux chanoines de Bourges de ne pas s’y être soumis en 1484 [172]. Enfin, les églises du diocèse doivent participer aux frais, que ce soit en nature ou en numéraire [173]. Les chanoines et le clergé du diocèse ont donc parfait l’intronisation du prélat.

L’ORIGINE DE LA CÉRÉMONIE DU MOYEN ÂGE TARDIF

29Depuis quand le rituel, différent selon les diocèses, mais possédant bien des points communs, existe-t-il en ces formes ? La présence de certains acteurs démontre que, même si des influences tardo-antiques y affleurent, il est avant tout un rituel médiéval : si, aux débuts de l’Église, lorsque l’évêque était porté sur son bouclier, la population et les magistrats municipaux pouvaient participer à une éventuelle procession, il n’en est bien entendu pas de même pour les moines, les chanoines et les vassaux. Le bon sens veut que l’on ne trouve pas une telle entrée où les pouvoirs de l’évêque sont – au moins rituellement – limités par les serments prêtés, à une époque où ce haut clergé régnait en maître, ainsi, jusqu’au VIe siècle au moins [174], mais pas avant non plus l’érection de monastères ou de communautés de clercs (VIe-VIIe siècles). Pour que les chanoines puissent demander et même exiger un serment de l’évêque au moment de la prise de possession de son Église, trois conditions semblent nécessaires : il faut qu’ils existent en tant que groupe indépendant du prélat et des autres prêtres du diocèse, qu’ils aient des propriétés ou des droits à défendre et, enfin, qu’ils aient acquis une position qui leur permette cette exigence. Il ne peut donc en être question avant le partage de la mense, octroyant à un clergé proche de l’évêque, désormais organisé et bien individualisé, des revenus propres, accordés par le prélat à partir de son bénéfice ; ce mouvement débute avec le concile d’Aix-la-Chapelle de 816, mais est attesté d’une manière plus générale au Xe siècle [175]. La crainte d’une remise en cause de ces acquis explique certainement que les chanoines de l’époque carolingienne demandent souvent au nouveau prélat de confirmer les dispositions de son prédécesseur [176]. Enfin, cette cérémonie n’a pu se dérouler avant la prégnance de la féodalité au IXe siècle. À Auxerre, c’est à la fin de ce siècle que l’évêque organise ses terres en fiefs, confiés à des leudes qui doivent les protéger contre toute usurpation [177].

30Il est bien difficile d’établir si ces groupes ont commencé à participer à ce rituel de manière concomitante ou non. Étant donné l’ancienneté du monachisme et son rôle fondamental dès l’époque mérovingienne, on peut imaginer une entrée où les moines joueraient un rôle, avant même que les vassaux et le chapitre n’en tiennent un. Mais, si l’on sait que le silence des sources ne signifie pas pour autant absence de réalité, il est cependant remarquable que, dans les différents volumes de la Topographie des cités de la Gaule des origines au milieu du VIIIe siècle qui présentent les bâtiments ecclésiastiques de chaque cité, grâce à l’archéologie et aux informations disponibles dans les sources contemporaines de cette période, rien ne transparaisse d’une quelconque entrée [178]. Or ces volumes couvrent la période comprise entre la date de création des communautés monastiques et le milieu du VIIIe siècle, et les monastères présentés au XVe siècle comme lieux de gîte du prélat sont présents dans ces sources : leur participation active doit donc être plus tardive. Dans les Gestes des évêques d’Auxerre, la première mention d’une entrée date de 910 ; la suivante, de 1039 [179]. Tous les éléments ne sont d’ailleurs pas réunis dans leur rapide description : pour la première, il est question de trajet sur les épaules des « religieux » entre l’abbaye et l’église, et de la présence de la foule et du clergé de l’évêque Géran [180]. Si Jean Lebeuf voit dans ces « religieux » des hommes pieux [181], on aimerait plutôt les présenter comme des moines de Saint-Germain, monastère où le prélat vient d’être sacré. Dans ce cas, cela signifierait que, dès le Xe siècle, les moines ont pu participer à l’entrée épiscopale de façon active. Mais pour la seconde entrée, en 1039, si le trajet dans une chaise est noté, c’est sur les épaules de nobles – certainement des vassaux – « conformément à la coutume ecclésiastique » [182]... La facture de cette notice appartenant à la seconde campagne de rédaction, achevée sous l’évêque Humbaud (1087-1114) [183], cette habitude peut remonter au moins à la fin du XIe siècle. Rien n’y est dit d’un serment prêté par l’évêque au chapitre ; pourtant, les rédacteurs des Gesta sont généralement des chanoines de la cathédrale. Le type d’ouvrage ne conviendrait-il pas à une telle mention ? Dans la Chronique de Saint Pierre Le vif de Sens, dite de Clarius, rédigée au début du XIIe siècle, les entrées se succèdent aux deux siècles précédents sans autre description que la « grande joie » en 967, ou encore la réception « par le clergé et le peuple » en 999 [184]. Pour le cas de Thérouanne, le premier renseignement renvoie au Xe siècle [185]. Les différents volumes de la collection des Fasti Ecclesiæ Gallicanæ mentionnent des entrées déjà pour la fin du XIIe siècle, terme a quo de leur cadre chronologique. Mais les descriptions complètes ne sont pas écrites avant le XIIIe siècle et les mentions sont de plus en plus nombreuses aux siècles suivants [186]. Du XIIIe au début du XVe siècle, plusieurs exemples de codification du rituel confirment le déroulement de la cérémonie et donc sa rigidification [187], mais encore, semble-t-il, la nécessité de suivre avec précision un rituel pour que sa portée soit effective, signe des progrès du droit [188].

31Au vu de ces sources, il semble possible d’affirmer que la genèse du rituel tel qu’on le connaît à la fin du Moyen Âge s’enracine dans le Xe siècle pour s’épanouir au XIIIe siècle. Cette mise en scène de l’entrée du nouvel évêque met en valeur, dans la France du Nord, de l’Est et du Centre, le clergé régulier, à l’origine de l’adventus : si les monastères sont déjà présents depuis longtemps comme lieux de recueillement lors d’entrées royales par exemple [189], les moines ont ici un rôle primordial, puisque c’est dans leur monastère que le nouvel évêque est paré de sa nouvelle tenue, signe de sa mission, et que ce sont eux qui proposent à la cité celui qui doit assurer son salut ; au moins à Paris, ce sont eux encore qui l’installent dans la chaire qui permet son transport jusqu’à la cathédrale – chaire qui d’ailleurs leur appartient : s’ils acceptent de le faire, est-ce à dire qu’ils pouvaient aussi le refuser et interdire au prélat l’entrée dans sa ville ? Vue sous cet angle, l’entrée épiscopale pourrait être liée au grand mouvement de réforme monastique, entamé dès l’époque carolingienne et particulièrement puissant au Xe siècle lorsque les monastères entraînent l’épiscopat dans leur sillage, et par la suite le gouvernement de la chrétienté. Déjà pour Abbon de Fleury (  1004), il est évident que, dans la hiérarchie fonctionnelle, les moines occupent la place d’honneur et que les vertus épiscopales découlent de l’idéal monastique [190]. Leur permettait-on ainsi une supériorité lisible par tous, ou compensait-on un rôle perdu dans l’élection des évêques ? Et si les entrées dans le sud du royaume ne font pas intervenir les moines, est-ce parce que plus de chapitres cathédraux furent réguliers plus tôt et de manière plus approfondie qu’ailleurs, dès la première moitié du XIe siècle [191], et que leur choix de vivre selon un type de vie monastique rendait inutile l’intervention d’autres réguliers ? Le rôle accordé au chapitre, même s’il existait auparavant, peut aussi souligner son pouvoir électoral réaffirmé par les grégoriens et codifié lors de Latran IV ; les formules qu’il prononce en plusieurs diocèses quand il accueille l’évêque et lui présente l’Église telle son épouse, dans le sud ou le nord du royaume, peuvent aussi être décryptées à l’aune de la réforme, puisque la métaphore du mariage, bien qu’ancienne, est particulièrement présente aux temps grégoriens et que son usage est très développé au XIIe siècle [192]. En outre, lorsque les vassaux sont soumis à l’autorité épiscopale, au moins ce jour précis et devant tous, ce peut être une manière de conforter la supériorité du pouvoir spirituel, la reprise en main par l’Église des investitures aux plus hautes prélatures, tangible au cours du siècle du concordat de Worms, surtout lorsque le roi lui-même est au rang des porteurs. Enfin, la plus grande codification des liens vassaliques dans le nord du royaume explique peut-être que le portage y soit plus développé que dans le sud. Si donc la réforme grégorienne se veut un retour aux sources de l’Église pour une meilleure organisation de la vie ecclésiastique, il est logique que l’adventus antique se retrouve dans le rituel, mais aussi que la coutume gauloise du bouclier y ait été intégrée [193].

32Le pape, en tant qu’évêque de Rome, est-il à l’origine de cette genèse ? Certains aspects de son intronisation et de son couronnement évoquent l’entrée de l’évêque, notamment la cavalcade blanche, procession du clergé et des nobles qui, sous le regard du peuple romain, conduit le pape désormais consacré de Saint-Pierre à la basilique du Latran, ainsi que le festin de clôture où le pontife est servi par les nobles laïques présents [194]. Mais quelles en sont les influences exactes, et dans quel sens s’exercent-elles ? Quoi qu’il en soit, l’élément primordial qu’est le couronnement du successeur de saint Pierre différencie fondamentalement ces deux rituels. Les points communs avec une entrée royale sont encore plus frappants : l’organisation est semblable, notamment les processions, même si le dais n’est pas systématiquement usité pour une entrée épiscopale [195] ; la halte au monastère existe – à Paris, il s’agit de Saint-Denis, nécropole royale et gardien des regalia – où le roi peut dormir la veille de son entrée [196]. Mais il semblerait logique, étant donné l’ancienneté de l’organisation de l’Église, que ce soit l’entrée épiscopale médiévale qui ait permis l’organisation de l’entrée royale, bien que cette dernière ait dépassé son modèle en magnificence, et que trois différences en modifient la signification : alors que l’entrée de l’évêque a lieu le jour où il prend solennellement possession de son Église, le roi vient à la rencontre de ses sujets pour dialoguer et manifester sa souveraineté, et, s’il prend symboliquement possession de la cité, il est déjà reconnu roi par tous ; la teneur du serment qu’il prête aux chanoines de la cathédrale le rend protecteur de ces derniers et non soumis à leurs exigences : quand l’évêque se met au service de l’Église pour laquelle il a été élu, le roi, conformément à la promesse du sacre, s’engage à la protéger, avec l’aide de Dieu ; enfin, le droit de grâce n’est en rien systématique pour une entrée épiscopale à la fin du Moyen Âge : si les évêques d’Orléans l’exercent de manière certaine, il n’en est aucune attestation pour les évêques de Paris ou Reims, par exemple. Le modèle du Christ pour le roi, rapporté dans de nombreuses études [197], grandit la personne du monarque, alors que l’évêque apparaît parfois comme une relique vivante avant d’être un cadavre à inhumer.

CONCLUSION

33Telle qu’elle existe à la fin du Moyen Âge, l’entrée épiscopale, constituée de réceptions successives effectuées par différents acteurs, est un rite performatif : elle permet à nombre de témoins de constater que le prélat a pris possession de son siège. L’installation dans la chaire épiscopale en est, bien entendu, le signe le plus fort, mais le rite de la cloche sonnée par l’évêque avant que les portes de la cathédrale ne s’ouvrent, et attesté en plusieurs endroits, ne l’est pas moins pour les contemporains. Elle permet aussi de construire l’Église dont il a la garde, ainsi que l’écrivit saint Ignace d’Antioche, en suivant le modèle christique : « Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique. » [198]

34Comme tout rituel, celui-ci est porteur de mémoire. Il est d’abord mémoire d’entrées antérieures et attachement à une histoire diocésaine, mais aussi ecclésiale. Plusieurs strates sont lisibles : celle de l’Antiquité et du rituel de l’adventus christianisé, et celle de la réorganisation de l’Église par la réforme grégorienne qui a elle-même intégré la suprématie monacale des temps mérovingiens, l’individualisation du chapitre et la prégnance féodale des temps carolingiens. La pérennité des quatre groupes d’acteurs principaux participe à fixer le rituel [199]. Il est ensuite mémoire pour l’avenir : pour l’évêque, l’entrée est la preuve de son acceptation par tous – en cas de procès, son effectivité est présentée devant les conseillers du Parlement comme un gage [200] –, et notamment par les chanoines : à Paris, en 1472, Louis XI a imposé à sa manière – forte et sans appel – le fils d’un de ses proches conseillers, Louis de Beaumont. Les chanoines, empêchés d’élire, n’ont qu’une idée en tête : pratiquer une élection régulière quand ils seront libres de le faire. Mais ce temps-là n’est pas arrivé, et Louis XI insiste pour que son protégé, pourvu du siège par le pape, fasse son entrée dans sa cité. La « majeure et saine partie » du chapitre décide que, « pour éviter un plus grand scandale, l’Église supportera patiemment son entrée dans cette Église (...) », mais proteste énergiquement : malgré tous les gestes que le chapitre accomplira, il ne le reconnaîtra pas comme son véritable évêque [201]. Il n’empêche que cette situation perdure vingt ans : l’accomplissement gestuel du rituel de la joyeuse entrée, au vu et au su de tous, a plus d’importance que l’esprit qui anime ses acteurs.

35Mais l’entrée est aussi la preuve d’un déclin sur le long terme du pouvoir épiscopal – ainsi, la disparition du roi de France pour le portage – et d’une limitation de ses pouvoirs : le rituel est alors aussi mémoire pour les autres acteurs qui demandent l’établissement d’actes attestant des serments épiscopaux et dont l’attachement particulier au rituel se lit en négatif dans les sources ; en effet, tous les participants présumés n’y sont pas inscrits, comme si la notion de consensus, pourtant essentielle dans le fonctionnement de l’Église, n’intéressait pas les différents rédacteurs, sensibles avant tout à définir et défendre leurs propres privilèges. Il faut que le rituel ait été accompli sans dysfonctionnement, sauf si ce dernier a été prévu et réparé à l’avance par une lettre de non-préjudice, conséquence de la dimension juridique des rituels, réalité certaine de la fin du Moyen Âge.

36Il semble cependant que cet essai de genèse et d’historicisation d’une première entrée de l’évêque en sa cité ne puisse convenir à toute la chrétienté. Ainsi, en Espagne, ce n’est qu’après l’épisode maure qu’un tel rituel peut être construit, et le serment prêté aux chanoines apparaît tardivement, au XVIe siècle seulement [202]. En France, le rituel épiscopal de la première entrée se retrouve jusqu’au XIXe siècle [203]. C’est le dernier à subsister, en dehors, bien entendu, du sacre, lié à l’exercice du sacerdoce. Si sa longévité a bien été supérieure à celle de l’élection épiscopale et de sa confirmation, c’est que son enjeu est moindre que celui porté par ces rites constitutifs du pouvoir de l’évêque, condamnés à disparaître avec le Concordat de Bologne en 1516 ; désormais, l’évêque qui entre en sa cité est celui qui a été désigné par les pouvoirs centraux, et son entrée ne comporte aucun élément portant atteinte à leur volonté. L’entrée garde cependant une dimension religieuse, festive et communautaire : elle permet aux habitants du diocèse de rencontrer le pasteur responsable de leur salut et à celui-ci de se montrer à tous en tant que tel.


Mots-clés éditeurs : entrée, évêque, France, Moyen Âge, rituel

Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0635