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Compte rendu

Judith Herrin, Women in Purple. Rulers of Medieval Byzantium, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 2001, XVI-304 p., 8 p. de pl.

Pages 601f à 675f

Citer cet article


  • Métivier, S.
(2004). Judith Herrin, Women in Purple. Rulers of Medieval Byzantium, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 2001, XVI-304 p., 8 p. de pl. Revue historique, 631(3), 601f-675f. https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601f.

  • Métivier, Sophie.
« Judith Herrin, Women in Purple. Rulers of Medieval Byzantium, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 2001, XVI-304 p., 8 p. de pl. ». Revue historique, 2004/3 n° 631, 2004. p.601f-675f. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2004-3-page-601f?lang=fr.

  • MÉTIVIER, Sophie,
2004. Judith Herrin, Women in Purple. Rulers of Medieval Byzantium, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 2001, XVI-304 p., 8 p. de pl. Revue historique, 2004/3 n° 631, p.601f-675f. DOI : 10.3917/rhis.043.0601f. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2004-3-page-601f?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601f


1 En choisissant de faire le portrait de trois impératrices, l’auteur souhaite revaloriser le rôle des femmes impériales dans l’exercice du pouvoir à Byzance, voire montrer la fondation d’un modèle d’exercice du pouvoir à l’occasion du gouvernement d’Irène et de la régence de Théodora, tous deux caractérisés par le rétablissement du culte des images. Édifié et illustré par l’impératrice Irène, ce modèle est transmis par sa petite-fille et unique survivante de la dynastie syrienne, Euphrosyne, épouse de l’empereur Michel II, à Théodora, belle-fille de ce dernier et veuve de l’empereur Théophile en 842. Dans un ouvrage bien conduit et accessible au non-spécialiste, l’auteur pose une question aussi difficile que judicieuse, étant donné les caractères lacunaire et partisan de la documentation et le désintérêt des études pour au moins l’une de ces impératrices, Euphrosyne, voire pour les trois (même si, entre autres biographies succinctes de Linda Gutland, dans Byzantine Empresses. Women and Power in Byzantium AD 527-1204, Londres, 1999, on lit celles d’Irène et de Théodora).

2 Après une présentation générale, au chapitre 1, du rôle des femmes de la famille impériale (dans le cérémonial aulique, dans l’expansion de Constantinople et dans la transmission dynastique du pouvoir) puis de la crise iconoclaste, la biographie d’Irène, conduite au deuxième chapitre, analyse les circonstances et les modalités de l’exercice du pouvoir impérial par la veuve de Léon IV. Pour conforter son autorité, au profit puis aux dépens de son fils, pour assumer la totalité de la fonction impériale, Irène, dont on ignore les convictions, restaura le culte des images, multiplia les fondations et les alliances. Loin d’être manipulée et dominée par les eunuques qui constituaient son entourage immédiat (il s’agit ici d’un stéréotype littéraire qui caractérise la femme au pouvoir), Irène s’abstint d’organiser sa succession en rejetant tout remariage au sein de l’Empire, ce qui explique, entre autres, son renversement par Nicéphore Ier. La biographie de sa petite-fille est, en revanche, à peine connue. Seconde fille de Constantin VI et de sa première femme, Marie d’Amnia, Euphrosyne n’est en effet mentionnée qu’en raison de son mariage avec l’empereur Michel II (820-829), contribuant, en tant que dernière descendante de la dynastie syrienne, à légitimer l’autorité de celui-ci. Pour donner matière à cette biographie, l’auteur doit recomposer enfance et adolescence d’Euphrosyne. De l’impératrice on sait seulement qu’elle fonda ou refonda deux couvents, faisant de son monastère éponyme un sanctuaire familial, et, pour l’auteur, qu’elle organisa le mariage de son beau-fils Théophile avec Théodora au début du règne de ce dernier. Cette datation n’étant pas justifiée (d’autres historiens datent le mariage de Théophile et de Théodora en 821 : voir Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit. Erste Abteilung (641-867), vol. 4, éd. F. Winkelmanns, R.-J. Lilie et al., Berlin-New York, 2001, p. 344-350), l’action d’Euphrosyne pour la transmission d’un modèle d’exercice du pouvoir à Théodora apparaît comme d’autant moins certaine. Le quatrième chapitre traite de cette dernière. Épouse de l’empereur iconoclaste Théophile et mère iconophile de sept enfants, elle participa à la restauration du culte des images tout en veillant à préserver la mémoire de l’empereur défunt et les droits de son fils, Michel III. Gardienne du pouvoir de ce dernier, elle en fut exclu en 856 pour avoir écarté du gouvernement de la régence ses propres frères.

3 Si l’auteur examine en conclusion les conditions qui rendirent possible le gouvernement de l’Empire par au moins deux de ces femmes (la célébration de la vertu protectrice de la Vierge, la construction de dynasties impériales de la continuité desquelles les impératrices étaient responsables, les fondations d’églises et de monastères à Constantinople par les femmes de la famille impériale), il entend montrer, faisant de chacune de ces biographies l’histoire d’un règne, qu’il n’y a pas eu de modèle spécifique à l’exercice du pouvoir par ces femmes à une exception notable près. Il souligne leur importance dans la perpétuation et le rétablissement du culte des images à Byzance (rien n’atteste néanmoins l’iconophilie d’Euphrosyne, notamment pas le choix de Théodora comme épouse de son beau-fils). Ayant pertinemment refusé de considérer cette politique comme l’expression de la religiosité de ces femmes (lieu commun des chroniqueurs), l’auteur ne peut tout à fait préciser et justifier le rôle de Théodora dans la condamnation de l’iconoclasme en 843, rôle qui est défini comme une conciliation entre son engagement dans la famille impériale et ses propres sentiments religieux. Cette difficulté résulte peut-être de la focalisation sur des individus de cette histoire de l’exercice du pouvoir par les impératrices à la fin du VIIIe siècle et dans la première moitié du IXe siècle.

4 Sophie MéTIVIER.


Date de mise en ligne : 01/07/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601f