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Compte rendu

Heinz Halm, Die Kalifen von Kairo. Die Fatimiden in Ägypten, 973-1074, Munich, C. H. Beck, 2003, 508 p.

Pages 601e à 675e

Citer cet article


  • Sourdel, D.
(2004). Heinz Halm, Die Kalifen von Kairo. Die Fatimiden in Ägypten, 973-1074, Munich, C. H. Beck, 2003, 508 p. Revue historique, 631(3), 601e-675e. https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601e.

  • Sourdel, Dominique.
« Heinz Halm, Die Kalifen von Kairo. Die Fatimiden in Ägypten, 973-1074, Munich, C. H. Beck, 2003, 508 p. ». Revue historique, 2004/3 n° 631, 2004. p.601e-675e. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2004-3-page-601e?lang=fr.

  • SOURDEL, Dominique,
2004. Heinz Halm, Die Kalifen von Kairo. Die Fatimiden in Ägypten, 973-1074, Munich, C. H. Beck, 2003, 508 p. Revue historique, 2004/3 n° 631, p.601e-675e. DOI : 10.3917/rhis.043.0601e. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2004-3-page-601e?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601e


1 Cet ouvrage monumental de H. Halm qui traite de l’histoire de l’Égypte sous les califes fatimides, durant la période la plus brillante de ce régime, fait suite à l’ouvrage publié en 1991 traitant de la prise du pouvoir de l’imâm fatimide en Ifriqiya et de l’histoire des premiers califes du régime fondé à cette époque (ouvrage intitulé Das Reich des Mahdi. Der Aufstieg die Fatimiden, 875-973, Munich, 1991, maintenant traduit en anglais). C’est dire que l’on ne peut apprécier le récent ouvrage sans avoir lu l’ancien ou sans s’y reporter notamment en ce qui concerne l’origine de l’idéologie ismaélienne sur laquelle repose le régime des souverains dits fatimides parce qu’ils prétendent descendre de ‘Ali, gendre de Muhammad, et de sa fille Fâtima.

2 L’ouvrage est construit selon un plan essentiellement chronologique. Il comprend sept importants chapitres qualifiés de « parties », les deux premiers présentant le pays (la vallée du Nil) et la ville nouvelle du Caire que vient de fonder, en 973, le général conquérant de l’Égypte en attendant la venue du « mahdi », le calife al-Mu’izz. Les autres sont consacrés à la politique menée par les cinq califes qui ont régné durant cette période, le plus important (160 p.) ayant trait au personnage toujours mystérieux d’al-Hâkim. L’étude des cinq règnes, reposant sur des sources que l’auteur connaît bien et dont il donne la liste, avec quelques commentaires, prend place à la fin du volume.

3 L’histoire des cinq règnes est traitée avec minutie en insistant sur la problématique que pose chacun. Ainsi est-il indiqué, à l’arrivée d’al-Mu’izz, qu’il est accueilli par les « shérifs », c’est-à-dire les descendants de Muhammad, et affirme la supériorité de ‘Ali, sans toutefois proclamer l’exactitude de la généalogie officielle sur laquelle les Fatimides s’appuient depuis leur prise de pouvoir. Ce problème de la généalogie, posé par certains auteurs contemporains hostiles au mouvement fatimide comme par certains historiens modernes occidentaux, est à nouveau repris au chapitre suivant (p. 158).

4 La suite du chapitre nous apprend qu’une place éminente était accordée dans les audiences aux sharîf, en dépit des protestations des Berbères Kutâma de l’armée venus d’Ifriqiya, et qu’un rôle important était joué par les dignitaires ismailiens (les awliyâ’ Allâh), ainsi que par le grand cadi al-Nu’mân et le général Jawhar, l’un et l’autre venus d’Ifriqiya.

5 Le règne de ce calife qui ne dura en Égypte que deux ans (973-975) mais institua un nouveau régime en Égypte est aussi marqué par la frappe d’une nouvelle monnaie, le dinar mu’izzi, qui sera utilisée encore pendant de nombreuses années, ainsi que par la solution donnée au problème de la succession. L’héritier désigné étant mort avant son père, le calife, lorsqu’il tomba malade, n’était plus en état de désigner un autre héritier. Ce furent le général Jawhar ainsi que les cadis et les dignitaires qui décidèrent de faire prêter serment à un autre fils du calife, Nizâr, qui toutefois ne se montra à la population que plusieurs mois plus tard. L’absence de règle de succession chez les califes fatimides ne fut pas sans poser encore, par la suite, de délicats problèmes.

6 Ajoutons que, si le culte chiite fut instauré, les règles sunnites continuèrent à être appliquées dans la mosquée de ‘Amr, la plus ancienne, tandis que les Berbères Kutâma se rassemblaient dans la mosquée d’Ibn Tulûn, située en dehors du Caire, et que la nouvelle mosquée d’al-Azhar était réservée aux fidèles ismailiens.

7 Sous le nouveau calife appelé al-’Aziz, qui régna vingt ans (976-995), de nouvelles questions sont évoquées. Il s’agit d’abord de l’organisation du gouvernement. Le chef de cette organisation est un juif converti, Ya’qûb b. Killis, qui, portant le titre de vizir, occupa ce poste vingt-deux ans, malgré une interruption en 984 due à la colère du calife devenu jaloux de sa notoriété. Il avait en effet réuni autour de lui de nombreux juristes, lettrés et savants qui bénéficiaient de généreuses prébendes. Quant à l’administration, elle comportait, comme à Bagdad, des diwans, mais celui des finances était dirigé par un groupe d’experts parmi lesquels des chrétiens, des juifs aussi bien que des Kutâma ou des shérifs. Un diwan était consacré à l’armée (dans laquelle al-’Aziz fit entrer des Turcs à côté des Berbères et des esclaves noirs ou esclavons) et un autre à la chancellerie. Al-’Aziz, qui avait pour épouse la sœur du patriarche orthodoxe, choisit au début de son règne plusieurs fonctionnaires chrétiens ou juifs, puis les remplaça par des musulmans, attitude versatile qu’on relèvera chez d’autres califes.

8 Le chapitre le plus important de l’ouvrage concerne le règne d’al-Hâkim, calife à la personnalité mystérieuse qui fut violemment critiquée, en particulier par les auteurs chrétiens contemporains qui lui reprochaient d’avoir pris une série de mesures brutales contre les chrétiens et le christianisme, puisque c’est lui qui ordonna la destruction du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Al-Hâkim, à qui l’on doit aussi dans sa capitale des mesures brutales, parfois incompréhensibles, est ainsi souvent présenté par les auteurs contemporains comme un monstre de cruauté à la personnalité versatile. H. Halm a déjà, dans un article antérieur, entrepris de défendre le calife ou, du moins, d’expliquer ses diverses décisions en les situant dans leur contexte. Il insiste ainsi sur sa mentalité « fondamentaliste » pour expliquer son souci de reformer les mœurs d’une population qui semble s’être laissée aller au laxisme dans beaucoup de domaines. Il rappelle aussi que l’ordre de tuer les chiens était une mesure d’hygiène, que Bonaparte prit lui aussi quelques siècles plus tard. Il essaie aussi de montrer que la « persécution » des chrétiens, dénoncée par les auteurs professant cette religion, ne fut pas une politique systématique. Il est de fait que, si al-Hâkim a voulu écarter les fonctionnaires chrétiens chargés notamment des finances, et les obligea à se convertir, il ne réussit jamais à trouver dans son entourage musulman les personnages dont il avait besoin, ce qui l’amena à renoncer à ces conversions forcées. On peut certes trouver des explications à bien des ordres suivis de contre-ordres, mais on n’arrive pas à définir une politique d’ensemble cohérente. Le seul trait qui, selon H. Halm, explique son caractère serait son fondamentalisme, mais la manière dont il traite ses auxiliaires est rarement compréhensible. En tout cas, l’exposé de H. Halm nous fournit tous les éléments permettant de porter un jugement sur ce personnage dont la conduite reste souvent énigmatique et la disparition toujours mystérieuse.

9 On retiendra toutefois que le principe d’al-Hâkim eut des aspects positifs : augmentation du nombre des mosquées (c’est à lui qu’on doit la construction de la mosquée qui porte son nom) qui bénéficièrent de waqfs et, surtout, fondation de la célèbre dâr al-hikma, bibliothèque où se réunirent de nombreux juristes et savants. Ces mesures ne l’empêchèrent pas de tenter un rapprochement avec les sunnites, qui ne fut pas approuvé par tous, tout en établissant une hiérarchie plus précise parmi les dâ’i. Rappelons enfin qu’al-Hâkim prit une décision spectaculaire pour régler sa succession en écartant son fils et en désignant deux successeurs et que la fin de son règne fut marquée par le développement d’une doctrine néo-platonicienne qui est à l’origine du mouvement druze dont il sera question plus tard.

10 Les deux derniers chapitres traitent de la régence de Sitt al-mulk, sœur d’al-Hâkim (1021-1023), suivie du règne d’al-Zâhir (1023-1036) puis du règne d’al-Mustansir (1036-1074). La régence de Sitt al-mulk est l’occasion de rappeler le rôle joué par le harem sous les califes fatimides qui n’eurent le plus souvent que des concubines pour conserver la liberté de choisir leurs successeurs. Quant à al-Mustansir désigné à l’âge de 7 ans par les officiers kutâma et turcs, il gouverna avec un vizir qui resta en fonction dix-sept ans, mais connut des problèmes de politique extérieure en Ifriqiya, en Sicile, au Yémen, problèmes qui aboutirent à une très grave crise à laquelle il ne put mettre fin. À la suite d’une famine, les Turcs se révoltèrent contre les Noirs, pillèrent les trésors du Palais, et l’ordre ne fut rétabli que par Badr al-Jamâli, mamlük arménien appartenant à l’armée seljoukide qui, venant de Palestine, arriva au Caire en janvier 1074.

11 L’Empire fatimide, qui apparaissait à la fin du XIe siècle comme un empire riche et puissant capable de rivaliser avec les Empires byzantin et abbasside, entra alors dans une période de décadence.

12 L’ouvrage de H. Hahn a d’abord pour mérite d’être la première étude portant sur une période particulièrement brillante de l’Égypte médiévale. Mais il est aussi un modèle d’utilisation des sources examinées avec une parfaite acribie et un jugement sûr. Le plan adopté permet aussi à l’auteur de dépasser l’histoire événementielle en présentant, le moment venu, de brèves synthèses qui pourront servir plus tard à l’élaboration de synthèses plus larges. On regrettera certes que l’histoire économique d’un pays alors très prospère soit un peu négligée. Mais on devra garder présente à l’esprit l’idée que H. Halm s’intéresse avant tout aux réalisations de personnages représentant une idéologie qui s’imposa pendant deux siècles à une partie importante du monde musulman et à laquelle il s’est intéressé depuis longtemps.

13 Dominique SOURDEL.


Date de mise en ligne : 01/07/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601e