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Compte rendu

Jean Vavasseur-Desperriers, La nation, l’État et la démocratie en France au XXe siècle, Paris, Armand Colin, 2000, 304 p. (coll. « U »).

Pages 965zc à 1056zc

Citer cet article


  • Lescure, J.-C.
(2001). Jean Vavasseur-Desperriers, La nation, l’État et la démocratie en France au XXe siècle, Paris, Armand Colin, 2000, 304 p. (coll. « U »). Revue historique, 620(4), 965zc-1056zc. https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965zc.

  • Lescure, Jean-Claure.
« Jean Vavasseur-Desperriers, La nation, l’État et la démocratie en France au XXe siècle, Paris, Armand Colin, 2000, 304 p. (coll. “U”). ». Revue historique, 2001/4 n° 620, 2001. p.965zc-1056zc. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2001-4-page-965zc?lang=fr.

  • LESCURE, Jean-Claure,
2001. Jean Vavasseur-Desperriers, La nation, l’État et la démocratie en France au XXe siècle, Paris, Armand Colin, 2000, 304 p. (coll. « U »). Revue historique, 2001/4 n° 620, p.965zc-1056zc. DOI : 10.3917/rhis.014.0965zc. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2001-4-page-965zc?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965zc


1 Jean Vavasseur-Desperriers offre un manuel original qui embrasse nation, État et démocratie, en insistant, et c’est là l’intérêt de l’ouvrage, sur les rapports qu’entretiennent ces trois réalités. Suivant un plan chronologique, il revisite de façon stimulante la politique française du XXe siècle en définissant toujours avec rigueur les notions et leurs évolutions.

2 La première partie, centrée sur la Belle Époque, insiste sur la mise au point de l’État-nation construit sur le développement du sentiment national – dont les différentes acceptions sont précisées –, la centralisation étatique dans une démocratie parlementaire libérale où les notables pèsent de tout leur poids. Les ombres de la IIIe République triomphante sont éclairées avec précision : la xénophobie des Français et l’intégration des étrangers font l’objet d’une mise au point ; le système fiscal en vigueur, les débats récurrents qu’il suscite sont explicités. Le regard porté sur l’État ne se contente pas de faire une histoire des idées politiques mais présente concrètement les enjeux. Ce regard éclaire le détail significatif trop rarement abordé en s’attardant sur la croissance imaginée de la bureaucratie et sur l’émergence du thème de la réforme administrative, voire de la modernisation de la fonction publique. Si l’organisation hiérarchique de l’administration se modifie peu, l’État se transforme : l’auteur ne se contente pas d’une approche constitutionnelle mais utilise l’histoire culturelle pour souligner que la laïcisation, la sécularisation, voire les épurations conduisent l’appareil administratif et ses membres à devenir républicains. Cette pénétration des idées républicaines s’accompagne d’une démocratisation examinée à l’aune des catégories de la science politique : les conditions de la formation de l’opinion sont clairement exposées tandis que les limites de la démocratisation sont précisées par un détour bienvenu sur la représentation électorale. L’exclusion des femmes du droit de vote, les débats et implications des modes de scrutin retenus sont pris en compte pour nuancer les acquis de la République triomphante.

3 La seconde partie traite d’un entre-deux-guerres qui intègre les guerres mondiales refusant de pratiquer des césures en 1918 et en 1939, l’auteur déplace le cadre traditionnel de l’analyse en optant pour des coupes en 1914 et 1944. Les travaux récents sur l’histoire de la Grande Guerre sont utilisés pour mettre en évidence la discipline qui règne parmi les citoyens-soldats, les liens étroits qui unissent le front et l’arrière où le calme social domine : l’Union sacrée marque l’imaginaire politique et renforce le sentiment de l’unité nationale tandis que les horreurs de la guerre entraînent l’expression du pacifisme militant. Les transformations de l’État sont étudiées avec attention : initiées par la Grande Guerre, maintenues en 1919 et enrichies par la réflexion des planistes, les mutations se traduisent par une expansion des domaines d’intervention de l’État et par un gonflement des effectifs de l’administration. Cela pose la question de la modernisation de la gestion de la fonction publique et le problème des rapports entre la société et l’institution administrative. La continuité domine également dans l’adaptation de l’appareil d’État au régime de Vichy, les hauts fonctionnaires trouvent dans la valorisation des compétences un élitisme et une mise en cause de la démocratie qui les satisfont. Ils participent en effet des dysfonctionnements de la démocratie parlementaire dans l’entre-deux-guerres : dans la perspective d’une plus grande efficacité, le pouvoir législatif recule devant l’exécutif, une rationalisation de la pratique parlementaire s’ébauche. Certains remettent en cause la démocratie, finalement condamnée par Vichy et appelée à se rénover par la Résistance. De facture plus classique, cette partie n’exploite cependant pas l’idée de la brutalisation de la vie politique nationale.

4 La troisième partie est la plus originale : le développement économique du deuxième XXe siècle influe sur la nation, l’État et la démocratie. L’identité française, les idées de nation et de patrie se transforment ; le nationalisme gaullien offre une synthèse originale qui vise la grandeur nationale et permet le rassemblement de tous. Cette vision d’une France unie est remise en cause par l’historiographie des années 1970, et la fin du mythe résistancialiste influe en retour sur l’idée de nation. La continuité en revanche l’emporte avec la poursuite du renforcement de la puissance de l’État, très présent dans la vie économique de l’après-guerre et porteur d’une ambition nationale. Cette dilatation du rôle de l’État se traduit par une période exceptionnelle pour le pouvoir de la haute administration, liée au renforcement et à la personnalisation du pouvoir exécutif. Ceci entraîne une mutation de la démocratie, et l’auteur n’hésite pas à parler de transition démocratique courant de la Libération à la fin des années 1970, utilisant là un vocable d’habitude retenu pour d’autres aires géographiques : la démonstration emporte la conviction lorsque les histoires des libertés publiques, du droit de vote et de sa pratique, du pouvoir des élites politiques et économiques sont mises en perspective.

5 Un dernier chapitre en forme de conclusion s’intéresse aux vingt dernières années du siècle et tente de qualifier la grande mutation française : le sentiment national est toujours vigoureux et plastique, il permet l’assimilation progressive des immigrés et l’intégration de sentiments pro-européens, tandis que l’État voit son rôle reculer tant par les privatisations économiques que par des délégations de souveraineté. Mais, malgré les relations difficiles entretenues par les citoyens et l’autorité, l’État reste le garant des conditions de la vie démocratique et de l’existence d’une solidarité nationale. Au total, Jean Vavasseur-Desperriers évite les écueils d’une histoire politique descriptive et offre un ouvrage utile et agréable à lire.

6 Jean-Claure LESCURE.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965zc