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Compte rendu

Arnaud-Dominique Houte, Gendarmes et gendarmerie dans le département du Nord (1814-1852), Paris, Phénix Éditions, 2000, 244 p.

Pages 965zb à 1056zb

Citer cet article


  • Bourguinat, N.
(2001). Arnaud-Dominique Houte, Gendarmes et gendarmerie dans le département du Nord (1814-1852), Paris, Phénix Éditions, 2000, 244 p. Revue historique, 620(4), 965zb-1056zb. https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965zb.

  • Bourguinat, Nicolas.
« Arnaud-Dominique Houte, Gendarmes et gendarmerie dans le département du Nord (1814-1852), Paris, Phénix Éditions, 2000, 244 p. ». Revue historique, 2001/4 n° 620, 2001. p.965zb-1056zb. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2001-4-page-965zb?lang=fr.

  • BOURGUINAT, Nicolas,
2001. Arnaud-Dominique Houte, Gendarmes et gendarmerie dans le département du Nord (1814-1852), Paris, Phénix Éditions, 2000, 244 p. Revue historique, 2001/4 n° 620, p.965zb-1056zb. DOI : 10.3917/rhis.014.0965zb. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2001-4-page-965zb?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965zb


1 Redécouverte à travers les travaux portant sur les conflits et sur le maintien de l’ordre en milieu rural, la gendarmerie est l’objet d’un regain d’intérêt depuis quelques années. En témoignent la publication d’un Guide de Recherche accompagnant l’effort de mise en valeur des sources d’archives situées au Blanc (Indre), et l’organisation, début 2000, d’un important colloque international à la Sorbonne. Ce livre est justement la version remaniée d’un mémoire de maîtrise dirigé par Jean-Noël Luc, maître d’œuvre de ce colloque et responsable de cette direction de recherche au Centre d’Histoire du XIXe siècle de Paris-I - Paris-IV.

2 Dans ce travail, limité volontairement et raisonnablement au cadre d’un département, le Nord, Arnaud-Dominique Houte a choisi de ne pas centrer son propos sur les tâches de maintien de l’ordre, mais il a su exploiter des dépouillements importants et réussir des croisements intelligents avec des sources judiciaires, afin de faire revivre le quotidien du gendarme, d’illustrer ses terrains d’intervention, et de réfléchir sur son image dans la société qu’il tentait de soumettre au règne de la loi. En fait, il a surtout privilégié l’approche de la gendarmerie comme organisation, et celle des gendarmes en termes de carrière et de mobilité. Il invite donc à réfléchir sur les filières d’accès à l’arme, plus diversifiées que ce que l’on croit parfois, et aux sources de son esprit de corps.

3 Il n’est pas surprenant de constater avec lui que la gendarmerie accueille très majoritairement des anciens soldats, bien que les textes réglementaires (loi d’avril 1798 et ordonnance d’octobre 1820) n’exigent pas explicitement d’être au préalable passé par l’armée (ce ne sera le cas que sous le Second Empire). Mais la gendarmerie se révèle aussi un investissement social original pour d’autres catégories, à dominante plutôt rurale et plutôt modeste : essentiellement une petite paysannerie propriétaire, dans le Nord tout au moins. Les frais d’équipement du gendarme (costume, sabre et, pour certains, cheval) sont volontairement mal pris en charge par l’État, ce qui exclut pratiquement du métier l’ensemble des « classes pauvres ».

4 Mais la gendarmerie permet-elle vraiment d’acquérir un statut social plus enviable ou une position plus fortunée ? Rien n’est moins sûr, si l’on en juge par l’instabilité des effectifs, du fait des très nombreuses mutations d’une compagnie à l’autre, et aussi du fait des départs, démissions et retraites, de fréquence non négligeable. Rien n’est moins sûr non plus si l’on en juge par la médiocrité des soldes et par la lenteur de l’avancement, très critiquées par les gendarmes eux-mêmes, et provoquant semble-t-il une sorte de crise des vocations autour de 1830. Seuls quelques officiers, souvent distingués pour une action de bravoure et médaillés, parviennent a franchir rapidement plusieurs échelons et à s’élever. A.-D. Houte estime toutefois que les ordonnances de 1841 ont amélioré la situation, et rendu la carrière plus enviable pour les hommes du rang. Son rôle en 1848, face aux troubles agraires, et en 1849-1851 dans la répression antirouge achèvera d’ailleurs de réconcilier la gendarmerie avec le pouvoir politique – ce qui ne rehaussa pas forcément le prestige social. D’autres manières d’aborder le problème, par exemple à travers l’étude des alliances matrimoniales et de la mobilité des fils de gendarmes, sont évoquées par l’auteur, mais l’étude n’en est qu’esquissée, faute de sources aisément maniables.

5 Quoi qu’il en soit, le recrutement et la mobilité socioprofessionnelle suffisent-ils à créer une force directement « intéressée » à la conservation de l’ordre ? La Garde nationale, on le sait, est jugée de moins en moins crédible sous ce rapport-là, sous la monarchie censitaire. La gendarmerie, elle, doit son efficacité à un indiscutable esprit de corps, fait de solidarités et de loyautés qui se veulent fidèles aux valeurs militaires, mais fait également du regard de la population des « administrés », et de l’isolement relatif des gendarmes face à elle.

6 Les gendarmes du Nord sont en effet plébiscités lorsqu’ils luttent contre les errants ou les mendiants belges, mais peuvent aussi bien agacer les notables pour leur indépendance politique qu’exaspérer les gens du peuple lorsqu’ils se mettent au service de lois jugées inutilement tatillonnes ou simplement illégitimes, qui perturbent l’ordre autorégulé des communautés villageoises : réglementation des fêtes ou des débits de boisson, répression de la contrebande ou du braconnage. À ce titre, ils attirent à eux la même dérision ou la même rancœur que le garde-chasse ou le garde forestier, ce qui entretient leur isolement. Et surtout, intervient le facteur constitué par la faible socialisation des gendarmes, pour lequel l’habitat en caserne – malgré l’apparente réserve de A.-D. Houte – reste sans doute l’explication fondamentale. Quoiqu’alphabétisé, le gendarme n’est pas disséminé dans la population et ne peut jouer le rôle d’un médiateur culturel. Trop stéréotypées, les sources ne permettent d’ailleurs guère de déceler un discours identitaire, ni même corporatiste, qu’il tiendrait sur lui-même. Gageons que ce travail, intelligent et bien conduit, sera le premier jalon d’une entreprise plus ambitieuse, qui permettra d’approfondir la question.

7 Nicolas BOURGUINAT.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965zb