Chronique. Pour un ministère des contes publics ?
Pages 63 à 64
Citer cet article
- PIERRON, Jean-Philippe,
- Pierron, Jean-Philippe.
- Pierron, J.-P.
https://doi.org/10.3917/etu.4335.0064
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- Pierron, J.-P.
- Pierron, Jean-Philippe.
- PIERRON, Jean-Philippe,
https://doi.org/10.3917/etu.4335.0064
Notes
-
[1]
Ces mots sont extraits de la liste des mots interdits ou « suspects » par l’actuelle administration de Donald Trump aux États-Unis. Tout projet de recherche universitaire ou associatif contenant ces termes est, de ce fait, annulé. Mais, pour n’être pas en reste en France, on notera que certaines collectivités territoriales et la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) notamment se sont attaquées, dans le même esprit, à l’Office français de la biodiversité, à l’Agence nationale sanitaire et à l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement).
-
[2]
Sandra Lucbert, Le ministère des contes publics, Verdier, « La petite jaune », 2021, p. 13.
« Des mots, toujours des mots, rien que des mots », dénonce la
chanson. Elle n’y trouve que vanité, flatus vocis, éphémère
parole et chétif phrasé. La puissance du langage est si vaine qu’il faudrait déserter ses pauvres forces. La vie du langage, qui a ses maladies, vibre d’ambivalences : multiplications des néologismes et des
acronymes, disparition des nuances. Le changement climatique s’accompagne d’un climat sémantique. Il devient urgent de veiller sur la
puissance natale de mots politiquement mis sous surveillance. Car,
d’un même mouvement, s’éteint la biodiversité et se ronge la diversité
langagière. Quelle thérapeutique du langage pour lutter contre l’instrumentalisation des mots ? Comment dépolluer le débat public des
manipulations lexicales ?
Disparition des langues, novlangue, discours officiels, storytelling
et mots interdits sont le quotidien de nos mots. Les plus puissants
politiquement, industriellement ou économiquement, en Chine ou
aux États-Unis, fauchent systématiquement la force des substantifs et
veillent à brûler, en d’effrayants autodafés, les subtiles nuances des
adjectifs et des mots qui comptent. Si l’on en doute, voici une liste non
exhaustive de vocables faisant l’objet d’une chasse lexicale, nourrie
par une haine à l’égard des pensées nuancées, des concepts critiques,
des expressions complexes qui résistent au simplisme des slogans et
des pensées prêtes à l’emploi : « Activisme, biais, communauté indigène, crise climatique, discours haineux, équitable, injustice, oppression, plaidoyer, pollution, préjudices, science du climat, vulnérabilité…