Argument
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Citer cet article
https://doi.org/10.3917/ess.031.0005
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1L’alternance politique en France a mis sous le feu des projecteurs le concept de « normalité » et l’on a d’ailleurs vu très vite comment ce qui était revendiqué comme une qualité pouvait aisément se retourner en son contraire, laissant du même coup apparaître que ce concept de normalité n’est pas si binaire qu’il y paraît, normal/anormal, et ne se laisse pas attraper si facilement.
2Par rapport à quoi est-on normal ou anormal ? Pour soi ou pour autrui ? En fonction de la nature, du droit ? Quelle est la différence entre la norme et la loi ? Comment la psychanalyse a-t-elle à se situer par rapport à cette question ?
3Il n’y a pas de psychanalyse « normale », la conduite d’une psychanalyse n’obéit pas à des indications a priori ni à une norme standard et elle n’a pas pour finalité une normalisation du sujet. Son point de vue n’est pas celui de la psychopathologie mais celui de la structure, qui ne se réfère pas à une norme a priori, par rapport à laquelle on serait déviant, mais aux paramètres du désir et de la demande.
4De ce point de vue, « chacun est normal dans sa structure », comme l’énonce Lacan en 1962, dans le séminaire L’identification. Poussant la question jusqu’à son point de rebroussement, Lacan en 1976, dans le séminaire Le sinthome, demande comment un homme normal ne se rend pas compte que la parole est « un parasite, un placage, que les paroles dont nous dépendons nous sont en quelque sorte imposées » ? Et, dans la même veine, toujours en 1976, dans la « Préface à l’édition anglaise des Écrits », il se demande comment quelqu’un peut être poussé à devenir analyste, « surtout après une analyse »…