Article de revue

Œdipe roi ou l'invention de la vérité judiciaire

Pages 90 à 99

Citer cet article


  • Foucault, M.
(2011). Œdipe roi ou l'invention de la vérité judiciaire. Esprit, Janvier(1), 90-99. https://doi.org/10.3917/espri.1101.0090.

  • Foucault, Michel.
« Œdipe roi ou l'invention de la vérité judiciaire ». Esprit, 2011/1 Janvier, 2011. p.90-99. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-esprit-2011-1-page-90?lang=fr.

  • FOUCAULT, Michel,
2011. Œdipe roi ou l'invention de la vérité judiciaire. Esprit, 2011/1 Janvier, p.90-99. DOI : 10.3917/espri.1101.0090. URL : https://shs.cairn.info/revue-esprit-2011-1-page-90?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/espri.1101.0090


Notes

  • [1]
    Souligné par Michel Foucault.
  • [2]
    Sophocle, Œdipe roi, v. 96-101, éd. et trad. P. Masqueray (édition utilisée), Paris, Les Belles Lettres, 1922, p. 144.
  • [3]
    L’option entre l’exil et la mort est normale en Attique. Par contre, la peine du parricide est invariablement la mort. Si Apollon avait annoncé qu’il faut tuer le coupable, il aurait sous-entendu qu’il était de la famille de Laïos.
  • [4]
    Sophocle, Œdipe roi, v. 106-111, op. cit., p. 145.
  • [5]
    ????? : arbitre, qui sait.
  • [6]
    Louis Moulinier : « Punir, c’est purifier la ville entière de la souillure » (le Pur et l’Impur dans la pensée des Grecs d’Homère à Aristote, Paris, Librairie C. Klincksieck, 1952, p. 85).
  • [7]
    Antiphon, Hérode, § 10.
  • [8]
    Édouard Will distingue miasma, notion d’origine préhistorique (mais absente dans Homère selon Moulinier), souillure concrète – littéralement : saleté à quoi se limite la souillure, chez Homère et Hésiode, de l’agos (Sophocle, Œdipe roi, op. cit., v. 1426), à la fois souillure et malédiction. Le meurtrier est miaros, c’est-à-dire marqué d’une tache invisible qui met l’homme en rupture avec ce qui est hieros, sacré, ce qui relève d’un ordre transcendant. Pour approcher le sacré il faut se rendre katharos, pur. Voir Édouard Will, le Monde grec et l’Orient, Paris, Puf, 1980, t. I, p. 522-525.
  • [9]
    « […] nous te conjurons de trouver quelque secours, soit que tu aies entendu la voix d’un dieu ou que tu sois éclairé par quelque mortel » (Sophocle, Œdipe roi, op. cit., v. 41-43, p. 142 ; voir v. 41-45).
  • [10]
    Sophocle, Œdipe roi, op. cit., v. 333 : « Tirésias : “De moi tu ne sauras rien” » (trad. M. F.)/« Tu n’apprendras rien de ma bouche » (trad. Masqueray, p. 153).
  • [11]
    Il ne semble pas que lors de cette leçon Foucault ait eu connaissance du livre de B. Knox, Oedipus at Thebes (New Haven, Conn., Yale University Press/Londres, Oxford University Press, 1957), qui traite la tragédie de Sophocle à partir de la procédure judiciaire d’enquête telle qu’elle était instituée au ve siècle à Athènes, et en référence aussi à la politique impérialiste d’Athènes.
  • [12]
    Moulinier écrit : « C’est le drame qui nous apprend qu’Oreste et Œdipe sont souillés […]. Les souillures entrent dans les légendes écrites après Homère et Hésiode. Auparavant on ne nous disait pas qu’ils le fussent » (le Pur et l’Impur…, op. cit., p. 60-61).
  • [13]
    Manuscrit : se fait.
  • [14]
    Sophocle, Œdipe roi, v. 24-27, op. cit., p. 142.
  • [15]
    Ibid., v. 236-241, p. 149.
  • [16]
    La transcription orale partielle est encore plus explicite : « Ainsi se trouve définie une certaine place, qui est à la fois celle du fondateur du pouvoir politique plutôt que de son possesseur, et celle du connaisseur de l’ordre du monde plutôt que celle du détenteur des règles traditionnelles, celle de l’homme aux mains pures plutôt que celle du héros qui relève indéfiniment le défi des vengeances. C’est cela qui définit le lien à partir duquel va se déployer l’ensemble de la connaissance telle que les Grecs la pratiquent : la connaissance juridique de la loi, la connaissance philosophique du monde, la connaissance morale de la vertu… et la figure du sage est le masque derrière lequel sont conservées, maintenues et transformées en institutions politiques les opérations économiques. »
  • [17]
    Le cours prononcé ajoute : « Le meurtre de Socrate, réfléchi dans la pensée aristocratique du ive siècle, est cette exclusion du sage par le pouvoir populaire. »
  • [18]
    Voir V. Ehrenberg, Sophocles and Pericles, Oxford, Basil Blackwell, 1954.
  • [19]
    Œdipe roi, v. 39 (???????), v. 46 (?????????), v. 50 (?????), v. 51 (?????????).
  • [20]
    L. Moulinier : « L’impureté d’Œdipe a deux causes, le meurtre et l’inceste, mais la pureté sexuelle n’est pas une notion grecque » (le Pur et l’Impur…, op. cit., p. 199).
  • [21]
    À partir de cette page 18 du manuscrit, des repentirs, des réécritures semblent indiquer qu’il ne s’agit plus d’une seule et même conférence, mais de présentations différentes.
  • [22]
    S. Freud, la Science des rêves, Paris, 1926 (1re éd. 1900).
  • [23]
    Allusion probable à B. Malinowski, la Sexualité et sa répression dans les sociétés primitives, Paris, Payot, 1932, p. 189 : « En admettant implicitement que le complexe d’Œdipe existe dans toutes les formes de société, les psychanalystes ont gravement vicié leur travail anthropologique. »
  • [24]
    Après ce tiret, le reste de la page est rayé du manuscrit. Nous avons jugé éclairant de le restituer en note :
    « Et c’est cet emplacement fictif qui va qualifier pour tenir ce discours tour à tour ou simultanément : le sage (comme nomothète, comme diseur de la Loi, comme révélateur et fondateur de l’ordre) ; le théologien (comme interprète de la parole de dieu, comme révélateur de la pensée, de la volonté, de l’être de Dieu) ; le savant (comme découvreur de la vérité du monde, énonciateur des choses elles-mêmes ou de leur rapport) ; le philosophe (comme énonciateur de la forme et du fondement de toute vérité possible). Or, on le voit, si cet emplacement fictif les qualifie pour dire la vérité, c’est à une double condition : d’une part, de rester en retrait par rapport à l’exercice du pouvoir. Ils peuvent le fonder, ils peuvent dire ce qu’est la bonne distribution du pouvoir, mais à une condition : c’est de n’y prendre pas part et de rester en dehors de l’exercice effectif d’une puissance ; d’autre part, de s’imposer les conditions restrictives de la pureté, de l’innocence, de la non-criminalité. »
Français

Élu au Collège de France en 1970, Michel Foucault consacre sa première année de cours, dont ces pages sont tirées, à la question du désir de la connaissance dans la Grèce antique. Étape cruciale de notre rapport au pouvoir, la volonté de savoir connaît une construction à travers l’enquête judiciaire : d’où vient le mal qui frappe la Cité ? Le philosophe montre ici magistralement comment la tragédie noue la recherche de la vérité, la production du savoir et la justification du pouvoir.


Date de mise en ligne : 01/08/2012

https://doi.org/10.3917/espri.1101.0090

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