Vers un ethnoburb à la française ? Ancrages et diffusions des étrangers acquéreurs de biens immobiliers en Île-de-France
- Par Didier Desponds
- et Pierre Bergel
Pages 49 à 69
Citer cet article
- DESPONDS, Didier
- et BERGEL, Pierre,
- Desponds, Didier.
- et al.
- Desponds, D.
- et Bergel, P.
https://doi.org/10.3917/esp.154.0049
Citer cet article
- Desponds, D.
- et Bergel, P.
- Desponds, Didier.
- et al.
- DESPONDS, Didier
- et BERGEL, Pierre,
https://doi.org/10.3917/esp.154.0049
Notes
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[*]
Didier Desponds, maître de conférences en géographie, Université de Cergy-Pontoise, Laboratoire mrte (Mobilités – Réseaux – Territoires – Environnement) Équipe d’accueil n° 4113.
Didier.Desponds@u-cergy.fr -
[**]
Pierre Bergel, maître de conférences en géographie, Université de Caen Basse-Normandie, Laboratoire eso (Espace et société de l’Ouest) l’umr 6590 – Site de Caen
pierre.bergel@unicaen.fr -
[1]
La pertinence de la comparaison des processus de ghettoïsation aux États-Unis et en France fait débat (Vieillard-Baron, 1996 ; Wacquant, 2006 ; Lapeyronnie, 2008). Il faut conserver à l’esprit les difficultés de transposition d’un contexte à l’autre.
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[2]
Cette base est gérée par pns (Paris Notaires Services : http://www.paris.notaires.fr/), avec l’Agrément n° 431 348 de la cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés). Hors Île-de-France, des données similaires sont gérées par la société Perval (http://www.perval.fr/).
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[3]
Ces données ont été acquises dans le cadre du programme : Renouveler l’urbain au nom de la mixité ? (puca). Une première exploitation est présentée dans Bergel et al. (2008).
-
[4]
5 250 transactions ont été effectuées par des Algériens, 3 834 par des Marocains et 1 487 par des Tunisiens.
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[5]
Les séries longues de l’Insee (http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&refid=NATTEF02161) montrent une augmentation tendancielle des acquisitions annuelles de nationalité entre 1995 et 2010. Ces dernières passent de 109 823 en 1996 à 154 827 en 2005, avec de sensibles variations annuelles. Selon les recensements, le rapport des naturalisés sur les populations étrangères passe de 4,53 % en 1999 à 4,17 % en 2006.
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[6]
Afin de limiter leur possible présence, ont été exclues les transactions effectuées par des marchands de biens et celles destinées à un investissement locatif. La base bien présente en effet une variable sur la destination du bien (rp pour résidence principale), mais elle est insuffisamment renseignée pour résoudre le problème. La base n’intègre par ailleurs aucune information sur la structure familiale de l’acquéreur, ce qui ne permet pas d’établir une relation entre cette dernière et le bien acquis.
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[7]
Ces figures présentent une classification obtenue à partir des taux d’acquisitions effectuées par des étrangers dans les communes des trois départements. Pour approfondir l’analyse, différents regroupements ont été intégrés lors d’une acp (Analyse en composantes principales), suivie d’une cah (Classification ascendante hiérarchique) : acquéreurs de l’ue (hors France), du Maghreb, d’Afrique (hors Maghreb), de Turquie, d’Inde et du sous-continent indien, de l’Océan indien, de la Chine, de l’extrême Asie (les autres pays ou ensembles régionaux ont des effectifs insuffisants pour être pris en compte). Les variables utilisées pour le calcul correspondent à 2001-2005, période au cours de laquelle les acquisitions étrangères sont relativement plus nombreuses (voir tableau 1). Il s’agit d’une classification à partir des données finales. Le graphique 2 a été obtenu en calculant pour la période 1996-2000 les taux d’acquéreurs au sein des communes classées selon leur position en 2001-2005.
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[8]
En 1996-2000, les taux d’acquéreurs étrangers sont de 1,3 % en classe 1, de 4,4 % en classe 2, de 9,4 % en classe 3, de 16 % en classe 4 et de 20,7 % en classe 5. Pour la période 2001-2005, ils sont respectivement de 2,6 %, 4,7 %, 11,5 %, 22,1 % et 25,2 %.
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[9]
Les quartiers les plus stigmatisés des banlieues françaises ne présentent pas la même homogénéité ethnique que les ghettos américains, ni le même niveau de dégradation économique. La comparaison est donc difficile à établir (Vieillard-Baron, 2006 ; Wacquant, op. cit.).
-
[10]
Entre 1996-2000 et 2001-2005, les transactions ont augmenté de + 45,1 % pour les ménages originaires de l’Union européenne (hors France) alors que l’augmentation s’élève à + 65,8 % pour les acquéreurs maghrébins. Les taux sont respectivement de + 161,2 % pour les Turcs, de + 188,1 % pour les Chinois et de + 336,6 % pour l’Inde et le sous-continent. Ces dernières catégories sont moins nombreuses mais elles sont en forte croissance relative.
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[11]
À Bobigny, la cartographie à l’iris dessine une segmentation par nationalités à l’intérieur de la commune : Chinois à l’ouest, Indiens et sous-continent au centre, Turcs à l’est.
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[12]
L’étude des localisations résidentielles des acquéreurs est plus instructive que celles des populations du parc social, dans lequel les choix résidentiels sont fortement contraints par la localisation des logements et par les filières d’accès. Le locatif privé serait un objet d’étude pertinent mais il ne recèle pas les enjeux patrimoniaux de l’accession à la propriété.
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[13]
Les communes avec le plus grand nombre d’acquisitions pour chacun des groupes apparaissent en gras.
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[14]
À titre d’exemple, les Chinois représentent 64,7 % des acquéreurs des trois groupes à Bagnolet dans la période 1996-2000 quand ils pèsent 77,1 % entre 2001 et 2005, de même à Pantin (68,1 %, puis 80,9 %). Les Turcs se renforcent à Clichy-sous-Bois (71,9 % puis 84,5 %), comme à Gonesse (90,6 % puis 94,7 %). Les Indiens progressent à Drancy (54,7 % puis 66,8 %).
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[15]
L’étude coordonnée par G. Kepel (2011), sur les communes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, apporte des éléments de réponse. Mais l’auteur étudie les effets de la rénovation urbaine et interroge les pratiques de vie plus que les motivations de l’installation résidentielle.
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[16]
La méthode est mise en œuvre à partir du géo-référencement de chacune des acquisitions. Le barycentre correspond au centre géographique de chacune des trois populations à partir des données cumulées sur les périodes 1996-2000 puis 2001-2005. En subdivisant davantage, le graphique aurait été moins lisible. Nous remercions Ludovic Chalonge, ingénieur d’études du laboratoire mrte, pour les calculs sous sig.
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[17]
Les 75 communes figurant dans l’encart de la Carte 1 ou dans les cartes 2 et 3, ont été sélectionnées sous sig. Elles sont localisées en Seine-Saint-Denis et dans l’est du Val-d’Oise, soit 75 communes entre Argenteuil à l’ouest et les communes limitrophes de Goussainville au nord.
1Les métropoles accueillent des populations résidentes qui, selon leur lieu de naissance, leur nationalité ou leurs sentiments d’appartenance, agencent des marqueteries spatiales bigarrées. L’agglomération parisienne ne fait pas exception, attirant des populations de divers horizons. Comment ces dernières s’inscrivent-elles dans l’aire métropolitaine ? Tendent-elles à se regrouper, contribuant à créer des quartiers à forte identité, comme la Chinatown du xiiie arrondissement parisien (Guillon et Taboada-Léonetti, 1986) ? Se répartissent-elles de manière plus hétérogène ? Peut-on identifier les ancrages territoriaux à partir desquels s’amorcent ultérieurement des processus de diffusion ?
2Pour appréhender ces phénomènes, nous observons les ménages étrangers acquérant une résidence principale. Ils choisissent un type de bien, une localisation géographique et consentent de surcroît à un investissement lourd. De ce fait, ces ménages effectuent un pari économique sur l’avenir tout en amorçant un enracinement territorial. Leurs acquisitions immobilières révèlent qu’ils ne sont pas assignés au logement locatif social, même si les localisations où se réalisent ces acquisitions sont similaires à la géographie du parc social francilien.
3Expliquer ces dynamiques résidentielles nécessite des informations adaptées. L’utilisation de la base bien (Base d’informations économiques notariales, de la Chambre des notaires de Paris), contribue à la compréhension des mobilités résidentielles en Île-de-France, le géo-référencement des transactions permettant d’analyser à des échelles fines les processus d’association ou de séparation liés à la nationalité. Ces dynamiques transforment-elles les populations étrangères migrantes en minorités produisant des espaces spécifiques où les usages divergent de ceux de la société majoritaire en matière d’offre commerciale, de services ou de pratiques religieuses (Raulin, 2009) ? Devenus propriétaires de leur résidence, ces ménages étrangers s’agrègent-ils en communautés visibles et actives (Raulin, 2000) ? Le renforcement de la présence des ménages de nationalité étrangère conduit-il à des logiques d’enfermement (« bastion »), ou débouche-t-il au contraire sur un brassage culturel au sein d’un ethnoburb à la française ? Ce concept, forgé aux États-Unis par la géographe Li Wei, est interrogé à propos de trois départements franciliens : les Yvelines, où les populations aisées sont surreprésentées ; la Seine-Saint-Denis, paupérisée ; le Val-d’Oise, en position intermédiaire. La méthode employée permet d’esquisser les dynamiques d’une recomposition spatiale en cours dans le nord et le nord-est francilien en privilégiant les acquisitions des ménages chinois, turcs et originaires du sous-continent indien.
De la nationalité à la minorité
La diversité des populations dans le contexte urbain français
4Réfléchir sur les minorités urbaines à partir de la nationalité des acquéreurs immobiliers contraint à réduire la complexité du phénomène. Les groupes minoritaires ne sont pas nécessairement des étrangers, la notion de minorité renvoyant à des formes diverses d’appartenance (sociale, ethnique, d’âge, d’orientation sexuelle ou culturelle, etc.) et à différentes formes de diversité (Masclet, 2012). La qualification minoritaire ne saurait donc se réduire au constat d’une infériorité numérique. Davantage que par ses effectifs absolus, la minorité est définie comme un groupe qui subit la différence au moins autant qu’il ne la revendique (Ndiaye, 2011).
5La minorité correspond à un groupe qui « en raison de caractéristiques physiques ou culturelles, est soumis à des traitements différenciés dans la société et qui se considère comme objet d’une discrimination collective » (Wirth, 1945). Pour appréhender la notion de « minorité », il faut prendre en compte la manière dont ces dernières se perçoivent et la façon dont elles sont perçues par la société encadrante, ce qui relève d’approches qualitatives. Cette étude s’appuie au contraire sur des catégories construites à partir de données quantitatives renseignant la variable « nationalité ». En l’absence de données sur le sentiment d’appartenance, la complexité des phénomènes ethno-spatiaux franciliens est donc abordée de façon partielle.
6Les populations étrangères sont souvent appréhendées en référence à une assignation à résidence dans des territoires dits de « relégation » (Delarue, 1991). Les étudier sous l’angle des acquisitions résidentielles suppose au contraire une certaine liberté de choix et l’élaboration de stratégies résidentielles. Les géographies qui en résultent dessinent-elles un paysage où les ressortissants d’une nationalité s’agrègent dans une logique d’entre-soi ? Les réalités sont-elles plus complexes ? « [Aux États-Unis, les ethnoburbs sont] considérés comme un nouveau type de localisation résidentielle fondée sur des critères ethniques, [ils] sont localisés de façon privilégiée dans les plus grandes villes. Ils sont créés par des ‘groupes ethniques’ (incluant des primo-migrants ou les dernières générations d’une immigration plus ancienne) qui subissent l’influence des changements politiques et socio-économiques récents. Les ethnoburbs fonctionnent avec des règles socio-économiques propres, intégrées aux environnements nationaux et internationaux. Ce ne sont pas des communautés ethniques isolées mais des systèmes ouverts, reliés aux sociétés encadrantes par des échanges d’informations, des relations d’affaires et des activités sociales. Dans les plus grandes villes américaines, les ethnoburbs remplacent (ou ont remplacé) les enclaves centrales traditionnelles en tant que nouvelles ‘portes d’entrée’ pour les immigrants. Une fois constitués, les ethnoburbs continuent de croître, de se diffuser spatialement, de se développer sur le plan socio-économique » (Li, 1997, p. 3. Traduction des auteurs).
7Conçue comme une alternative aux ghettos ethniques dans une relation avec les dynamiques de la mondialisation économique, la notion d’ethnoburb est-elle transposable aux périphéries de l’agglomération parisienne ? Offre-t-elle une grille de lecture plus pertinente que celle du discours dominant, qui présente ces « banlieues » comme des territoires de relégation, voire des ghettos ethniques [1] ?
Apports et limites de la source notariale
8La base bien est alimentée par les actes notariés [2]. Outre le prix de vente, elle donne des informations sur le bien échangé (superficie, nombre de pièces, logement individuel ou collectif, etc.) ainsi que sur le vendeur et sur l’acquéreur (âge, catégorie sociale, lieu de résidence antérieur). La nationalité signalée lors de la transaction est également enregistrée par les notaires et devient exploitable. Cette information, souvent qualifiée de « sensible » (Desponds, 2006), doit être considérée comme fiable.
9L’étude porte sur trois départements franciliens : les Yvelines, la Seine-Saint-Denis et le Val-d’Oise [3]. La base bien recense 378 621 transactions entre 1996 et 2005 pour lesquelles la nationalité est déclarée (tableau 1). Sur ce total, les acquisitions effectuées par des étrangers s’élèvent à 31 812, soit 8,4 % de l’effectif. Si ce taux augmente au cours de la période (7,4 % pour la tranche 1996-2000, 9,1 % pour 2001-2005), la proportion des acquisitions étrangères reste faible au regard du nombre total d’acquéreurs. Toutefois, la base bien ne permet pas d’identifier la totalité des populations issues de l’immigration, dont une part notable a acquis la nationalité française.
10Afin de simplifier l’interprétation, les cent quatre-vingt-une nationalités présentes dans la base ont été regroupées en sous-ensembles. Compte tenu du nombre de transactions, il a semblé souhaitable de conserver le niveau national pour les Turcs et pour les Chinois alors que pour d’autres, des regroupements régionaux sont apparus plus adaptés. La catégorie « Inde et sous-continent » intègre ainsi les Indiens, les Sri-Lankais, les Bangladeshis et les Népalais. La catégorie « Maghreb », les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Mauritaniens et les Libyens [4]. Ce groupe aurait pu faire l’objet d’une attention particulière : sa part stable dans le temps et ses implantations diversifiées le rendent toutefois moins pertinent pour étudier des phénomènes émergents.
11La série statistique courant sur dix ans, il est de surcroît nécessaire de la comparer au nombre d’acquisitions opérées par les acheteurs de nationalité française. Si les conditions d’accès à la nationalité française se durcissent, la part des populations étrangères acquérant des biens immobiliers s’en trouvera par exemple mécaniquement augmentée [5].
Les acquéreurs étrangers, des acteurs du marché immobilier francilien
L’acquisition immobilière des ménages étrangers : faits et signification
12L’augmentation du nombre d’acquéreurs étrangers est continue entre 1996 et 2005. Les acquisitions étrangères augmentent presque deux fois plus vite entre les périodes 1996-2000 et 2001-2005 comparées à celles des ressortissants français (tableau 1). Dans les trois départements, le dynamisme du marché immobilier s’accompagne d’une forte augmentation des effectifs d’acquéreurs étrangers.
Acquisitions immobilières par des ménages étrangers ou français entre 1996 et 2005
Acquisitions immobilières par des ménages étrangers ou français entre 1996 et 2005
13Appréhender la question des minorités sous l’angle des acquisitions immobilières met en lumière des processus d’ancrage et questionne certains stéréotypes, en particulier celui des « marchands de sommeil [6] ». En devenant propriétaires, les populations étrangères font un pari optimiste sur l’avenir. Comme tous les acquéreurs d’un bien immobilier, elles signalent qu’elles considèrent le lieu choisi comme valorisable en termes de cadre de vie ou de plus-value potentielle dans l’éventualité d’une revente. Quelles sont les implantations privilégiées par ces acquéreurs étrangers ? Des écarts importants apparaissent entre les trois départements : dans les Yvelines, ils représentent 3,9 % des transactions pour la période 1996-2000 et 6,2 % pour 2001-2005. Dans le Val-d’Oise, les taux sont respectivement de 7,4 % et 9,5 %, pour 12,8 % et 17 % en Seine-Saint-Denis. À l’intérieur de ces départements, quelques communes situées en Seine-Saint-Denis et dans l’est du Val-d’Oise présentent quant à elles des taux supérieurs à 20 %.
L’évolution progressive du profil des acquéreurs
14Les parts respectives des acquéreurs provenant de l’Union européenne (dans ses frontières de 2007) comme du Maghreb ne croissent que faiblement. On observe a contrario une forte augmentation des acquéreurs d’autres nationalités. Représentant 1,5 % du total des acquéreurs sur les trois départements entre 1996 et 2000, ils dépassent régulièrement les 3 % entre 2001 et 2005.
15Au sein de ce sous-groupe, les acquéreurs provenant de Turquie, de Chine, d’Inde ou du sous-continent indien enregistrent les plus fortes croissances. En dépit du caractère récent de leur migration, ces populations détiennent des capacités financières et des ressources sociales qui leur permettent de participer au marché immobilier francilien, révélant des parcours résidentiels ascendants (Bergel et Desponds, 2011). Les populations étrangères, comme celles issues de l’immigration, ne sont donc pas assignées au logement social, même si elles y demeurent surreprésentées en raison de leur position sociale (Guilluy et Noyé, 2004 ; Guilluy, 2010).
16Les mobilités générées par ces acquisitions immobilières sont prioritairement des mobilités de proximité. Pour la période 1996-2000, 34,8 % des acquéreurs français ont fait une acquisition immobilière dans leur commune de résidence antérieure et ils sont 32,1 % entre 2001 et 2005. Les étrangers de l’ue présentent des taux légèrement supérieurs avec respectivement 36,3 % et 35,6 %. Les étrangers hors ue s’inscrivent dans des tendances assez similaires avec 33,4 % puis 30,3 %. La nationalité semble avoir peu d’incidence sur la portée des mobilités résidentielles : qu’ils soient Français ou étrangers, environ un tiers des acquéreurs résidaient antérieurement dans la même commune.
17De ce fait, la distribution initiale des populations étrangères détermine fortement les lieux où ces dernières acquièrent un bien immobilier. Ces dynamiques de proximité renforcent le profil initial des communes, augmentant la part des populations étrangères là où ces dernières sont déjà fortement représentées. Cette tendance est constatée en 2001-2005 dans une quinzaine de communes où les acquéreurs étrangers pesaient d’un poids déjà important en 1996-2000 (Bergel et Desponds, op. cit.).
Tendances structurelles et combinaisons locales : quelles relations ?
Différentes combinaisons selon la nationalité des acquéreurs
18La croissance globale des acquéreurs étrangers nécessite des analyses plus fines pour identifier des spécialisations ou des formes d’associations par groupes de nationalités (graphiques 1 et 2 [7]). À l’échelle de la commune, les analyses typologiques permettent d’identifier des classes en fonction de la prédominance de tel ou tel groupe de nationalités parmi les acquéreurs. De la classe 1 à la classe 5, les taux d’acquéreurs étrangers croissent régulièrement [8]. La comparaison entre les deux périodes montre que l’hégémonie maghrébine se renforce, simultanément à l’augmentation de la part des acquéreurs asiatiques dans la classe 4 et des acquéreurs turcs dans la classe 5. Les communes où les acquéreurs étrangers sont peu nombreux s’opposent à celles qui accueillent des acquéreurs aux nationalités de plus en plus variées.
19Si la proportion des acquéreurs européens (hors France) augmente dans les cinq classes entre 1996 et 2000, les dynamiques sont différentes au cours de la période suivante. Entre 2001 et 2005, la part des acquéreurs européens reste stable (entre 2 % et 4 %) alors que celle des autres acquéreurs étrangers augmente fortement. De ce fait, la combinaison « historique » entre acquéreurs européens (Espagnols, Italiens, Portugais) et maghrébins (classes 3 et 4), typique de l’expansion industrielle des banlieues parisiennes au cours des Trente Glorieuses, ne constitue plus le modèle principal à partir du début des années 2000.
Typologie communale en cinq classes selon la nationalité des acquéreurs étrangers entre 2001 et 2005
Typologie communale en cinq classes selon la nationalité des acquéreurs étrangers entre 2001 et 2005
20Une telle combinaison reste présente en classe 3 mais elle est remise en cause dans les classes 4 et 5. Dans la classe 4, un relais s’amorce au profit d’une combinaison Maghrébins-Chinois-Sous-continent indien. Dans la classe 5, le renouvellement amorcé en première période se confirme dans la seconde : l’émergence d’une combinaison Maghrébins-Turcs-Sous-continent indien. Autrefois marqués par la relation entre les deux rives de la Méditerranée, les parcours résidentiels des ménages de migrants s’affranchissent de ces héritages pour composer une mosaïque nouvelle qui, contrairement au monde anglo-saxon, était jusqu’alors inconnue en France.
21La traduction spatiale de cette typologie (carte 1) superpose les contrastes géographiques aux mutations chronologiques. Dans les Yvelines, les acquéreurs européens ou maghrébins se concentrent sur quelques communes : Les Mureaux, Mantes-la-Jolie, Trappes. En revanche, la diversité des nationalités apparaît dans l’est du Val-d’Oise ou en Seine-Saint-Denis. Ces concentrations correspondent à celles où les ménages issus de l’immigration sont fortement présents (Insee et Fasild, 2004).
L’ethnoburb, un modèle pertinent pour les périphéries franciliennes ?
22Transposer le concept d’ethnoburb dans le contexte français pose quelques problèmes, celui-ci ayant été conçu comme modèle alternatif au ghetto ethnique des villes américaines [9]. Les éléments pris en compte intègrent à la fois le profil des populations résidentes et le tissu économique spécifique qui s’y développe (Li, 1998). Si les catégories de « ghetto » et de « quartier » sont insuffisantes pour décrire la réalité des périphéries française, celle d’« ethnoburb » mérite l’attention. Condensant en un terme unique les notions d’ethnicity et de suburb : « Les ethnoburbs sont des regroupements ethniques suburbains, à la fois résidentiels et aux fonctions économiques dans de grandes régions métropolitaines. Le contexte local de l’ethnoburb est défini par un système économique ethnique dynamique du fait d’un grand nombre d’habitants de couleur et de liens très forts avec l’économie mondiale » (Li, 1998, p. 482).
Types de communes en fonction de la nationalité des acquéreurs étrangers entre 1996 et 2000
Types de communes en fonction de la nationalité des acquéreurs étrangers entre 1996 et 2000
Types de communes en fonction de la nationalité des acquéreurs étrangers entre 2001 et 2005
Types de communes en fonction de la nationalité des acquéreurs étrangers entre 2001 et 2005
23S’opposant au ghetto de la période fordiste qui fonctionnait comme réservoir de main-d’œuvre pour l’économie industrielle, « l’ethnoburb apparaît comme un avant-poste du système économique mondial émergent ». Ses populations ne sont pas concentrées en fonction de leur provenance ou de leur nationalité dans la mesure où « [l’ethnoburb] est composé de communautés multi-ethniques où l’une d’entre elles a une part prééminente mais sans compter forcément pour la majorité ». Autre différence par rapport au ghetto, les populations des ethnoburbs sont mobiles dans leurs localisations résidentielles : « leur composition démographique peut changer rapidement, compte tenu des vagues migratoires continues ». Elles sont de plus socialement hétérogènes puisque les « circonstances économiques et démographiques nourrissent la stratification sociale de l’ethnoburb ».
24Si des périphéries pluri-ethniques se constituent à l’échelle communale, cette dynamique est-elle également perceptible à des échelles plus fines ? Le géo-référencement des données de la base bien permet d’intégrer les informations au niveau des iris (ilôts regroupés pour l’information statistique ; Cartes 2 et 3), fournissant ainsi des éléments de réponse.
Minorités urbaines et ethnoburb
Cosmopolitisme ou fractures urbaines « Nord/Sud » ?
25Les cartes qui suivent concentrent l’analyse sur les espaces où les acquéreurs étrangers sont nombreux et diversifiés (voir encart Carte 1). Compte tenu des spécificités de leur offre résidentielle, mais également du coût prohibitif de l’acquisition, les Yvelines ne constituent pas un terrain d’exploration approprié, à la différence de la Seine-Saint-Denis et de l’est du Val-d’Oise. Si les acquéreurs du Maghreb y restent nombreux, la part croissante des autres nationalités interroge les nouvelles spécificités de cette portion de l’espace francilien [10].
26La comparaison des périodes 1996-2000 (carte 2) et 2001-2005 (carte 3) révèle de fortes inerties. Les implantations initiales préfigurent des acquisitions ultérieures plus nombreuses. Les communes de Seine-Saint-Denis proches de Paris (Aubervilliers, Pantin, Bagnolet) se caractérisent ainsi par des acquisitions croissantes de la part des Chinois. Il en va de même pour les ressortissants de l’Inde et du sous-continent dans des communes du centre de la Seine-Saint-Denis (Bondy, Drancy, Le Blanc-Mesnil). Les communes privilégiées par les Turcs se situent quant à elles dans le Val-d’Oise (Goussainville, Villiers-le-Bel, Sarcelles, Arnouville-lès-Gonesse) et en Seine-Saint-Denis (Clichy-sous-Bois). Sauf exception [11], les iris correspondent à la dominante enregistrée à l’échelle communale.
27Ces configurations ne sont pas aléatoires. Elles résultent d’arbitrages à l’intérieur d’un système de contraintes [12]. Prospecter ici plutôt qu’ailleurs, avoir accès à une opportunité par l’intermédiaire de son réseau d’interconnaissance contribuent à la concrétisation des répartitions observées. Des solidarités sont également susceptibles de jouer, notamment dans le cas d’arrivées en urgence causées par des crises internationales. Cela a été le cas dans la Chinatown du XIIIe arrondissement ou avec l’arrivée des populations assyro-chaldéennes, le plus souvent de nationalité turque, fortement implantées à Sarcelles et dans les communes voisines (Cartier et al., 2008 ; Brié, 2006).
28Dans les cas des fortes concentrations, l’agrégation s’appuie sur des acquisitions initiales au cours de la période antérieure, confirmant la logique d’un ancrage progressif (tableau 2). Pour chacune des nationalités, la hiérarchie des communes choisies demeure globalement stable dans le temps. Dans les communes marquées par la domination d’une des nationalités étudiées [13], on constate le renforcement de la catégorie arrivée en tête en début de période [14]. Ce phénomène pourrait résulter d’une volonté de ne pas se mélanger aux autres nationalités, ce qui renforcerait les spécificités aux échelles micro-locales.
Acquisitions immobilières par des ménages de nationalité chinoise, indienne ou turque (localisation à l’iris entre 1996 à 2000)
Acquisitions immobilières par des ménages de nationalité chinoise, indienne ou turque (localisation à l’iris entre 1996 à 2000)
Acquisitions immobilières par des ménages de nationalité chinoise, indienne ou turque (localisation à l’iris entre 2001 à 2005)
Acquisitions immobilières par des ménages de nationalité chinoise, indienne ou turque (localisation à l’iris entre 2001 à 2005)
Acquisitions effectuées par des Turcs, des Chinois ou des Indiens entre 1996-2000 et 2001-2005
Acquisitions effectuées par des Turcs, des Chinois ou des Indiens entre 1996-2000 et 2001-2005
Ancrages et diffusions en Seine-Saint-Denis et à l’est du Val-d’Oise : un espace laboratoire pour l’ethnoburb ?
29Les ancrages initiaux contribuent à fixer spatialement un groupe d’acquéreurs défini par sa nationalité. Les cartes 2 et 3 révèlent un renforcement sur le premier lieu d’implantation, simultanément à un élargissement progressif des périmètres investis par chacune des nationalités. Ces choix, aléatoires au début, amorcent un enracinement qui, compte tenu de dynamiques démographiques et sociales spécifiques, débouchera éventuellement sur une mutation des espaces communaux et surtout infra-communaux. Les activités économiques, les lieux de culte, les commerces alimentaires, les associations culturelles contribuent à créer puis à renforcer un attachement local. C’est le cas pour les Tamouls de la Porte de la Chapelle à Paris, pour les Maghrébins de Barbès ou les Portugais de Champigny-sur-Marne. L’espace urbain se différencie progressivement du fait de décisions d’implantation prises par quelques individus qui, en fonction de liens tissés avec des ressortissants de leur pays d’origine, enclenchent une dynamique géographiquement identifiable. Peut-on parler de minorités ethno-spatiales en émergence, susceptibles de conduire à des renfermements communautaires, épouvantail fréquemment agité sur la scène politique française ? Seules des enquêtes de terrain approfondies et menées à une échelle fine permettraient de répondre à cette question [15].
30Les cartes 2 et 3 montrent les évolutions observées dans la répartition des acquisitions entre 1996 et 2005 mais elles ne permettent pas de conclure. Le calcul des barycentres des trois populations étudiées (Graphique 3) révèle une relative stabilité des localisations [16] : les Turcs restent dans l’est du Val-d’Oise, les Chinois en Seine-Saint-Denis à proximité de Paris alors que les Indiens investissent le centre de la Seine-Saint-Denis, tout en se décalant légèrement vers l’est. Des périmètres préférentiels s’affirment donc pour chacun de ces trois groupes. Esquissés en 1996-2000, à un moment où le marché immobilier était peu dynamique, ils se renforcent entre 2001 et 2005, dans un contexte à la fois plus actif et plus haussier. Pour confirmer l’individualisation de ces périmètres, il faudrait les confronter aux données bien les plus récentes.
Barycentre des acquisitions immobilières effectuées par des ménages turcs, chinois ou indiens en 1996-2000 et 2001-2005
Barycentre des acquisitions immobilières effectuées par des ménages turcs, chinois ou indiens en 1996-2000 et 2001-2005
31L’évolution décrite ci-dessus ne contredit donc pas le modèle de l’ethnoburb, qui ne postule pas une répartition homogène des différents groupes ethniques. D’autres populations (Maghrébins, Africains sub-sahariens) acquièrent également un bien immobilier au sein de ces périmètres, très cosmopolites en termes de nationalités.
32Dans l’attente de monographies précisant les motivations des acquéreurs, on constate que 91,5 % des acquisitions chinoises opérées entre 1996 et 2000 dans les trois départements (90,6 % entre 2001 et 2005) sont localisées dans les soixante-quinze communes figurant dans l’encart de la carte 1 [17]. Les taux sont respectivement de 87,3 % et de 81,8 % pour les acquéreurs turcs, de 90,5 % et 87,6 % pour les Indiens, de 79,3 % et 75,8 % pour les Maghrébins. En revanche, 54,6 % des acquéreurs originaires de l’ue (46,8 % entre 2001 et 2005) et 46,5 % des acquéreurs français (41,2 % entre 2001 et 2005) ont acquis un bien immobilier dans ces mêmes communes. Ces tendances annoncent-elles une fracture géographique entre les acquéreurs européens (dont les Français) et ceux originaires des « Suds » ? Ces distributions résultent-elles davantage de la position sociale des acquéreurs ?
33L’ethnoburb est censé accueillir des populations diverses, du point de vue des origines nationales et des caractéristiques socio-économiques. La diversité socio-économique ne semble guère au rendez-vous puisque, dans les soixante-quinze communes précédemment évoquées, les acquéreurs ouvriers occupent une place déterminante, confortant l’image populaire de cette portion de l’agglomération parisienne. En 1996-2000, les acquisitions effectuées par des ménages ouvriers représentent 58,2 % des acquisitions chinoises contre 53,3 % en 2001-2005. Les taux sont respectivement de 68,4 % et 62,4 % pour les acquisitions turques, de 60,9 % et 50,6 % pour celles des ménages indiens. À titre de comparaison, les acquisitions effectuées par des ménages ouvriers représentent 38 % puis 31,1 % pour les ménages maghrébins et 52,6 % puis 46,8 % pour les ménages de l’Union européenne. En revanche, les acquisitions effectuées par des ouvriers se limitent à 15,3 % puis 11,4 % dans le cas des ménages français. Si un processus de gentrification existe sur certaines parties de l’espace étudié, il ne résulte pas prioritairement des acquisitions effectuées par les ménages étrangers.
34S’ajoutant à la divergence des localisations par nationalités, une telle discordance sociale accroît les différenciations socio-spatiales relevées aux échelles fines. Plus encore que l’émergence d’un ethnoburb, la superposition des indices montre que ces soixante-quinze communes connaissent des recompositions profondes qui, à bien des égards, en font un laboratoire du cosmopolitisme métropolitain en cours d’acclimatation dans les grandes agglomérations françaises.
Conclusion
35À l’échelle communale, les situations observées dans les trois départements ne s’apparentent pas à des « ghettos ethniques ». L’éventail des nationalités s’y élargit, proportionnellement à l’augmentation des étrangers effectuant des acquisitions immobilières. Nonobstant la moindre diversité sociale, les dynamiques relevées en Île-de-France présentent des similitudes avec celles des pays anglo-saxons. Dans ces espaces périphériques, la part des résidents étrangers s’accroît fortement sans que s’impose la prédominance d’une nationalité. Ces tendances sont d’autant plus vives que les acquéreurs européens ou français délaissent ces lieux de résidence. Les analyses à l’échelle infra-communale attestent par contre de spécialisations par nationalités qui se renforcent tout en se diffusant partiellement. Ces dynamiques ultra-locales résultent des choix opérés touche par touche par les acquéreurs successifs.
36Doit-on voir dans ces résultats la preuve que les politiques de « mixité sociale » ou de « discrimination positive territorialisée » ont réussi, facilitant l’accès à la propriété de ménages qui en étaient auparavant exclus ? S’agit-il au contraire de l’émergence de ghettos ethniques, voire ethno-religieux, susceptibles à moyen terme de fracturer la société francilienne ? Si l’absence d’informations concernant les trajectoires résidentielles ou les raisons ayant conduit à acquérir ici plutôt qu’ailleurs incite à ne pas conclure de façon définitive, il est néanmoins possible d’envisager ces dynamiques comme un cosmopolitisme « par en bas » qui reste difficile à penser dans le contexte français. Ces assemblages, liés aux dynamiques socio-spatiales intra-urbaines, à de nouveaux rapports à la mondialisation comme aux mobilités qui en découlent (Tarrius, 2002), réorganisent la périphérie des espaces métropolitains. Ils résultent moins d’une volonté de mise à l’écart que de logiques d’enracinement.
37Dans les périphéries parisiennes, le modèle de l’ethnoburb anglo-saxon est susceptible d’émerger en Seine-Saint-Denis et dans l’est du Val-d’Oise, faisant de cette portion de l’espace francilien un laboratoire de l’avenir de la métropole. Les groupes qui s’ancrent dans des « micro-territoires du quotidien » ne participent pas à une « dérive communautaire » mais ils contribuent à la diversification des populations. Déroutantes pour le « logiciel » jacobin, cette diversification accompagne le développement de sociétés métropolitaines cosmopolites et mondialisées. Si les minorités étrangères et les sociétés qui les reçoivent font preuve de lucidité et de compréhension réciproque, une telle diversification sera porteuse de bénéfices économiques et culturels pour le plus grand nombre. Les résidents étrangers constitueront une chance et non une menace.
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Mots-clés éditeurs : acquisitions immobilières, ancrage territorial, Île-de-France, minorités urbaines, mobilités résidentielles
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Date de mise en ligne : 06/08/2013
https://doi.org/10.3917/esp.154.0049