Le « Village Gai » de Montréal. Une aventure urbaine minoritaire
- Par Colin Giraud
Pages 33 à 48
Citer cet article
- GIRAUD, Colin,
- Giraud, Colin.
- Giraud, C.
https://doi.org/10.3917/esp.154.0033
Citer cet article
- Giraud, C.
- Giraud, Colin.
- GIRAUD, Colin,
https://doi.org/10.3917/esp.154.0033
Notes
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[*]
Colin Giraud, maître de conférences en sociologie, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, Laboratoire Sophiapol – Centre Max Weber
giraud.colin@gmail.com -
[1]
Au Québec, l’utilisation du terme « gai », plutôt que l’anglicisme gay, s’inscrit dans la pratique de francisation des termes issus de l’anglais. Nous utilisons ici gai dans les citations de sources locales ou de propos des enquêtés québécois. À l’inverse, écrit par un auteur français, le texte utilise gay dans son orthographe anglo-saxonne, habituellement utilisée en France.
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[2]
Dès 1970, la Saint-Jean prend une dimension politique et contestataire pour les francophones ; les épluchettes de blé d’Inde sont des fêtes traditionnelles familiales québécoises autour du maïs.
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[3]
Ce type de population arrivant dans un quartier populaire et le caractère encore limité du changement social local font la spécificité des processus de gentrification marginale, au regard d’une gentrification plus classique (Bidou-Zachariasen, 2003).
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[4]
Diffusion des images gays et des symboles arc-en-ciel sur les devantures commerçantes, notamment.
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[5]
Week-end de festivités dans le Village organisé au mois d’Octobre, depuis 1990.
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[6]
Le festival célèbre la fierté homosexuelle (pride) pendant une semaine dans le Village et s’achève par le défilé, la première édition remonte à 1992.
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[7]
Plusieurs entretiens et témoignages attestent surtout de ces changements dans le nord-ouest du quartier (rue Amherst, nord des rues Beaudry, Panet ou Plessis) et au sud, rue Sainte-Rose.
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[8]
Si les gays sont, relativement aux autres, plus riches et plus diplômés selon les rares enquêtes permettant de le mesurer, c’est surtout l’effet de stéréotype sur les homosexuels qui apparaît ici.
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[9]
L’anglicisme bear (ours) désigne un style physique d’homosexuels censés être particulièrement virils en raison d’une pilosité abondante et d’un corps imposant, musclé ou « gros ». La culture bear fait référence à ces lieux et ces codes vestimentaires et esthétiques spécifiques (Le Talec, 2008).
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[10]
Dereka Rushbrook définit ainsi les queer spaces, espaces de l’étrangeté et de la différence, que les citadins fréquentent pour se confronter à l’altérité, qu’elle soit ethnique, culturelle ou sexuelle.
1Montréal est régulièrement présentée comme une ville particulièrement accueillante pour les populations homosexuelles et elle occupe une place de choix dans la géographie internationale du tourisme gay (Jaurand et Leroy, 2010). L’un des attraits spécifiques de la ville est l’importance et l’étendue de son « quartier gay », le Village, situé dans le secteur de Centre-Sud, quartier majoritairement francophone du sud-est de l’île de Montréal (Higgins, 2000). Les délimitations du Village sont clairement établies par le zonage urbain de type nord-américain et par l’ensemble des découpages de l’espace montréalais (plans, guides, découpages administratifs). Pourtant, à la fin des années 1970, le Village Gai [1] n’existe pas, les abords, aujourd’hui florissants, de la rue Sainte-Catherine, sont désaffectés et les logements sont vétustes. En une trentaine d’années, la métamorphose de Centre-Sud a été spectaculaire et le rôle des gays a été décisif (Remiggi, 1998). Derrière la célébration de la réanimation et la « renaissance » d’un quartier, des transformations sociologiques se dessinent aussi. Elles entremêlent la requalification d’un quartier central à des processus plus singuliers de visibilité croissante des homosexualités dans les villes et sociétés occidentales (Aldrich, 2004). Cet article s’intéresse à ces transformations, en revenant sur l’histoire de la conquête d’un espace par des minorités socio-sexuelles longtemps restées invisibles et cantonnées à une vie secrète dans l’espace urbain.
2Parce qu’elle diffère des normes socio-sexuelles dominantes, l’homosexualité a pu être décrite comme un stigmate social ou une déviance vis-à-vis de normes hétérosexuées (Goffman, 1975). Des travaux comme ceux de Goffman ont aussi envisagé des configurations dans lesquelles un tel stigmate pouvait être « inversé » et constituait alors un élément valorisant de sa propre identité sociale, voire le support d’une appartenance collective vécue comme positive. Par une socialisation secondaire aux effets profonds et durables, la déviance peut engager la construction d’une identité sociale transformée et valorisante (Goffman, op. cit. ; Warren, 1980). Le cas du Village Gai de Montréal permet d’observer le rôle de l’espace urbain dans ce processus d’inversion du stigmate. Il met au jour le caractère de ressource sociale que l’espace peut constituer pour des minorités urbaines, tout en interrogeant les capacités de mobilisation de certaines de ces minorités. L’enquête conduite dans le quartier gay de Montréal éclaire une partie de ces processus. Regroupant des matériaux variés (encadré 1), elle permet de décrire la genèse du Village Gai comme un espace-refuge que les gays investissent dans un contexte socio-historique bien particulier. Les matériaux réunis montrent qu’au refuge des années 1980 se substitue progressivement un espace organisé, institutionnalisé et approprié par certaines composantes des populations homosexuelles. À la quête d’un refuge succède une affirmation spatiale et sociale plus visible, dans laquelle l’espace urbain est une ressource à la fois concrète et symbolique.
L’enquête (2005-2008)
Des entretiens exploratoires ont été conduits avec certains acteurs locaux (commerçants, anciens habitants, agents immobiliers, responsables associatifs). Une vingtaine d’entretiens plus approfondis a été réalisée auprès de gays âgés de 26 à 62 ans habitant ou ayant habité le Village au cours de leur vie. Ils abordaient différents aspects de leur vie dans le quartier (logement, commerces, loisirs, voisinage) et de leurs trajectoires (professionnelle, résidentielle, familiale et biographique). Le recrutement a mobilisé plusieurs voies : annonces dans le quartier et sur Internet, réseaux de voisinage, associations locales, gays ou non, en jouant sur l’effet « boule de neige ». Les prénoms cités ont été modifiés.
La genèse du Village Gai : trouver refuge dans l’espace urbain
3À la fin des années 1970, il existe des lieux homosexuels à Montréal. Quelques tavernes et cabarets, plus ou moins officiellement gays, prennent place dans un petit secteur de l’Ouest anglophone de Montréal, le Red Light des rues Stanley et Peel. Les témoignages des enquêtés les plus âgés et les premiers numéros de la revue Le Berdache montrent que ces lieux composent un paysage homosexuel semi-clandestin et fragile. Les contraintes législatives, les interventions policières et les réprobations morales et sociales à l’égard de l’homosexualité constituent le quotidien de ces lieux, de leur personnel et de leur public. Mais les années 1980 bouleversent rapidement la donne.
Le grand déménagement : une minorité en mouvement
Répartition des commerces gays par secteurs géographiques, 1980-1985
Répartition des commerces gays par secteurs géographiques, 1980-1985
4La géographie des lieux et commerces gays de Montréal se transforme profondément entre la fin des années 1970 et celle des années 2000. Le tableau 1 montre la forte croissance du nombre de lieux à l’échelle de Montréal, mais surtout leur concentration dans le quartier du Village.
5Le changement est brutal au début des années 1980. Dès 1985, le Village rassemble la moitié des commerces gays de Montréal, contre seulement 15 % cinq ans plus tôt. Le Red Light de l’Ouest, secteur-phare de la vie gay locale depuis les années 1960, s’efface du paysage en quelques années. Les relevés annuels montrent que ce « grand déménagement » se réalise en deux ans, entre 1983 et 1985. Ce déplacement n’est pas, à proprement parler, un déménagement : les lieux de l’Ouest ferment et de nouveaux lieux ouvrent dans le Village. La « nouveauté » ne concerne pas seulement la localisation, mais aussi le type de lieux gays qui apparaissent dans ce secteur. Une spécificité du Village Gai est de regrouper très tôt des lieux commerçants diversifiés. Au Red Light des bars nocturnes et des cabarets succède un Village plus diversifié, où l’on trouve des commerces et des services gays autres que les secteurs traditionnels de la nuit. Le tableau 2 illustre cette diversification, dès le début des années 1980 :
Structure du commerce gay par secteurs* et par quartiers, 1980-1985
Structure du commerce gay par secteurs* et par quartiers, 1980-1985
* Bars (bars, bistrots), restos (restaurants), discos (discothèques, night-clubs), sexe (saunas, sex-shops, backrooms), autres (autres types de commerces et services disposant d’un local commercial)6Dès 1985, on trouve de nouveaux commerces classés « gays », rue Amherst et rue Sainte-Catherine : boutique de vêtements (La frippe du Village), d’art ou d’alimentation (Pamplorange). Certains services classés « gays » s’installent aussi dans le Village dès le « départ » : dentistes, avocats, coiffeurs, médecins et même une clinique identifiée « gay », au 1010, rue Sainte-Catherine-Est, la clinique l’Alternative, ouverte en 1985. Cette diversification constitue une tendance durable du Village. Dans la revue Fugues, à partir de 1984, les encarts publicitaires insistent sur les mêmes éléments : extension des horaires d’ouverture, présence d’une terrasse. Des lieux comme La Taverne du Village, le Rendez-vous ou la Garçonnière sont respectivement valorisés comme « authentique taverne au cœur du Village de l’Est », « seul restaurant disposant d’une terrasse conviviale dans le Village » ou « bar-resto avec une salle chaleureuse » (Fugues, juillet 1985). Cette convivialité est accentuée par l’apparition progressive de photographies de ces lieux dans la presse gay montréalaise à partir de 1983. Les clichés montrent des groupes de clients et surtout leurs visages, leurs sourires, leur allure décontractée et festive. Si l’évolution de la législation sur l’homosexualité a commencé dès la fin des années 1960, un amendement interdisant la discrimination selon l’orientation sexuelle est intégré dans la Charte des Droits et des libertés du Québec en 1979 et, surtout, les mobilisations militantes contre la répression policière envers les lieux homosexuels connaissent une ampleur retentissante dans les années 1977-1980 (Demczuk et Remiggi, 1998). Les contestations homosexuelles gagnent du terrain. La libéralisation des mœurs en cours depuis la Révolution tranquille des années 1960 se traduit par une tolérance accrue à l’égard des homosexualités et par la constitution d’un militantisme homosexuel plus visible et à l’audience plus large depuis le milieu des années 1970. L’investissement d’un nouvel espace s’accompagne d’une visibilité croissante inaugurant une remise en cause de la marginalité sociale et spatiale des modes de vie gays. Or, cette remise en cause est aussi portée par un autre levier important, celui de la presse gay de l’époque.
La conquête de l’espace comme mot d’ordre
7L’espace constitue une préoccupation récurrente des cultures homosexuelles occidentales et contemporaines, bien au-delà des années 1980 et du cas québécois. L’espace apparaît à travers la recherche d’une ville, d’une région ou d’un lieu « autre », où l’homosexualité serait quantitativement présente et surtout plus facile à vivre. Objet d’une quête plus ou moins située, ce « lieu » conjugue les hétérotopies foucaldiennes à plusieurs espaces concrets (la campagne bucolique, le port des marins de passage, les lieux secrets de la nuit urbaine). Mais la presse gay montréalaise des années 1980 ajoute l’échelle intra-urbaine et célèbre un nouvel espace des possibles, celui du « Village ». Systématisée dès les années 1981-1982, l’appellation « Village » fait référence au quartier new-yorkais du West Village, investi par les gays depuis les émeutes du Stonewall Inn de 1969. Ce quartier est d’abord célébré parce qu’il est nouveau et qu’il s’oppose aux traditions et aux habitudes du passé : « C’est tout nouveau et c’est à l’Est. ! Les gays de Montréal auront, eux aussi, leur Village, bien loin des bars de l’Ouest » (Le Berdache, 1981).
8Dès le milieu des années 1980, Fugues voit dans le Village un espace inédit où les modes de vie gays se déploient librement et donnent le ton : il est sans cesse question de « notre quartier », « notre Village ». Les descriptions du quartier mobilisent la fierté, traduction francophone de la pride anglo-saxonne, encourageant les gays à « sortir du placard » : « De plus en plus, le Village regorge de boutiques diverses, propres à satisfaire vos goûts et vos besoins. On n’en est pas peu fiers » (Fugues, 1986).
9La thématique du « réveil » signale l’ampleur des changements et des attentes homosexuelles : l’heure est au « réveil de l’Est, après des années de ron-ron » (Fugues, juillet 1985). Dès les années 1980, cette image de la conquête est reprise par la presse généraliste montréalaise qui signale, elle aussi, la conquête spatiale des gays et l’émancipation plus générale des homosexualités occidentales. Ainsi, ce titre à la Une : « Les gais déménagent. De l’ouest au ‘Village de l’est’ » (La Presse, 18 mars 1984). Cette presse, à l’audience plus large, participe elle aussi à la construction d’un espace refuge où les homosexuels, longtemps marginalisés, trouveraient enfin un espace de liberté accrue. Mais la genèse du Village Gai de Montréal n’est pas réductible aux transformations « endogènes » des homosexualités montréalaises. Elle renvoie aux évolutions sociologiques d’un secteur du centre de Montréal favorisant la constitution d’un quartier gay.
L’Est, espace des possibles
10Peu de travaux interrogent les contextes urbains et sociaux dans lesquels de tels lieux homosexuels apparaissent et se développent. Pour le Village Gai, des conditions socio-spatiales particulières favorisent l’installation dans ce lieu et l’investissement du quartier par les populations gays. Dans Montréal, le secteur Centre-Sud est un espace disponible de fait : la vacance commerciale est élevée, les logements souvent de faible qualité et l’immobilier accessible. Quartier accueillant des industries traditionnelles, en déclin depuis les années 1970, ce secteur offre des espaces vacants et disponibles. À l’époque, son image est peu attractive. Au moment où le Red Light de l’Ouest est le théâtre d’opérations policières et d’une politique de « nettoyage », depuis la fin des années 1960, Centre-Sud est un espace de repli possible. Dans les années 1980, la presse y voit un lieu libéré des pressions policières et offrant un « calme » nouveau. Le climat culturel et politique de Montréal permet aussi, depuis la fin des années 1960, certaines convergences entre le militantisme spécifiquement homosexuel, l’affirmation d’un nationalisme québécois et d’une identité francophone. Mises en lumière par plusieurs travaux, ces convergences s’incarnent et s’orientent géographiquement vers l’Est francophone de la ville (Demczuk et Remiggi, op. cit. ; Guindon, 2001). Les récits des enquêtés les plus âgés de notre corpus viennent confirmer les collusions d’intérêts entre militants gays et militants nationalistes, les dimensions « classistes » de ces luttes (les francophones et les gays contestant le pouvoir des élites anglo-saxonnes) et leurs aspects urbains (les quartiers plus populaires de l’Est s’affirmant contre une domination de l’Ouest anglophone). Plusieurs rassemblements contre la répression policière envers les gays au début des années 1980 partent du Red Light mais se terminent désormais dans le quartier Centre-Sud, notamment lors de la fête de la Saint-Jean, fête nationale du Québec, le 24 juin. Au cours des années 1980, cette convergence entre identité populaire francophone et homosexualités se manifeste à travers une série d’événements et de festivités dans le quartier, dont certains événements typiques de la culture populaire québécoise réinvestis par les bars et les associations gays du Village. À la Fête de la Saint-Jean s’ajoute celle des « épluchettes de blé d’Inde », organisées régulièrement dans le quartier depuis les années 1980 [2]. L’émergence du Village Gai de Montréal se nourrit d’un contexte culturel particulier où des identités minoritaires et contestataires convergent, au moins ponctuellement, favorisant la territorialisation nouvelle des homosexualités montréalaises.
11Le secteur Centre-Sud se transforme aussi sociologiquement depuis la fin des années 1970. Amorcée dans les années 1970, le quartier connaît une gentrification marginale qui s’affirme au début des années 1980. Dans la littérature sur la gentrification, ce processus est qualifié de marginal car il n’est pas encore porté par des populations économiquement favorisées, mais par des habitants plus jeunes, plus diplômés et vivant en ménage de petite taille [3] (Rose, 1984 ; Van Criekingen, 2003). Ce sont plutôt des classes moyennes qui fréquentent, ou ont fréquenté, l’université toute proche (l’uqam), ou qui travaillent dans des secteurs de plus en plus présents dans la partie Est de Montréal (éducation, santé, administration). Perceptibles dans les recensements de 1976, 1981 et plus clairement en 1986, ces évolutions n’ont pas encore l’ampleur des processus classiques et rapides de gentrification (Bidou-Zachariasen, op. cit.). Elles montrent que Centre-Sud se renouvelle au début des années 1980 : s’il demeure globalement un quartier pauvre et financièrement accessible, cette population plus jeune et plus diplômée constitue un environnement plus tolérant et favorable à l’installation d’habitants homosexuels. C’est ainsi que l’envisagent alors les habitants gays plus âgés, interrogés en entretien.
Une génération de réfugiés
12Plusieurs habitants gays du Village se sont installés dans le quartier au début des années 1980. Au regard des habitants plus récents, ils apparaissent bien constituer une génération singulière tant dans leur rapport à l’homosexualité que dans leur rapport au quartier. Au moment de l’entretien, une partie d’entre eux est retraitée, mais tous ont connu globalement des trajectoires d’ascension sociale en provenance d’origines populaires et exerçant des professions de classes moyennes. Leurs parcours sociaux et résidentiels sont ceux qui ressemblent le plus au modèle décrit par certains comme celui d’une fuite vers la ville spécifique aux homosexuels. Originaires de familles populaires et souvent rurales, ils arrivent très tôt à Montréal pour y faire des études ou commencer à y travailler. L’arrivée à Montréal inaugure d’emblée une homosexualité plus facile à vivre car trouvant dans la grande ville davantage d’occasions et de possibilités de s’actualiser par la rencontre ou par les pratiques sexuelles. Mais le Village produit aussi l’impression de rejoindre son monde ou ses pairs :
« Je voulais rester avec mon milieu, je cherchais dans ce quartier-là, je me sentais plus protégé dans cette place […] Ici, je suis avec mon monde ».
14Cette génération a souvent vécu son homosexualité dans le secret et a pu trouver dans l’espace du quartier un refuge concentrant des lieux et des populations gays, facilitant ainsi les rencontres. Dans le cas de Montréal, il faut souligner trois éléments. Ces enquêtés sont surtout francophones et cela oriente leurs pratiques et leurs représentations, en particulier en ce qui concerne l’espace urbain :
« Moi quand je suis arrivé à Montréal, c’était les bars de l’Ouest, sur Stanley, à l’époque c’est là que ça se passait. Je n’aimais pas beaucoup les anglais moi, d’ailleurs je suis un peu comme raciste là dessus, mais, avant le Village, on n’avait pas le choix, c’était ça ou rien ».
16D’autre part, le vécu de l’homosexualité est celui d’une identité minoritaire : cela était vrai en famille et plus jeune, cela reste relativement vrai après l’installation dans le quartier et plusieurs années après, au moment de l’entretien. On est loin, ici, d’une image émancipée et libérée de l’homosexualité, qui s’afficherait et se vivrait « normalement ». Enfin, si cette homosexualité n’est pas l’objet d’un investissement militant, elle reste l’enjeu d’une identification collective qui sépare du monde hétérosexuel :
« Faut dire que le gai il va vite reconnaître l’autre gai, le straight lui il ne comprendra pas, mais nous on se reconnaît, c’est comme ça, tu ne peux pas l’expliquer ».
18Témoin d’une époque, d’une histoire homosexuelle et d’une histoire locale, cette génération de primo-arrivants semble aujourd’hui en décalage avec ce qu’est devenu le Village. Pour ces gays, comme pour une génération pionnière de commerçants et de militants gays, la genèse du Village s’inscrit dans un moment historique et biographique singulier. Une minorité sexuelle en fuite trouve ici son « propre monde » social et spatial. Mais cette configuration évolue considérablement depuis la fin des années 1980. Les années 1990 inaugurent un retournement des logiques socio-spatiales et le refuge cède la place à l’espace de la reconnaissance et de la conversion du stigmate en ressource multiforme.
Requalification urbaine et identités homosexuelles : le quartier comme ressource
19Depuis la fin des années 1980, les formes de la présence homosexuelle dans le Village Gai ont changé. Plus nombreuses, plus visibles et plus institutionnalisées, elles illustrent le rôle central des gays dans la requalification d’un quartier de Montréal dont ils ont été les principaux acteurs depuis vingt ans. Au refuge minoritaire succède un espace urbain attractif, objet d’investissements économiques et symboliques, mais aussi culturels et touristiques. De nouvelles générations homosexuelles mobilisent intensivement le quartier à la faveur d’un travail social de conversion : celle du stigmate minoritaire en ressource individuelle et collective.
Fierté et rayonnement d’une rue
20Au début des années 1990, les mots d’ordre militants s’actualisent de manière spectaculaire dans l’affirmation d’une identité homosexuelle désormais visible sur la scène sociale et urbaine. Dans plusieurs pays occidentaux, les années 1990 signalent la visibilité croissante des mouvements gays et lesbiens à travers les mobilisations contre l’épidémie de sida, l’audience croissante des manifestations de la Gay Pride et la lutte pour l’égalité des droits sociaux (Chamberland, 1997). Sur le terrain montréalais, le Village Gai se développe considérablement et trouve dans la rue Sainte-Catherine l’espace de promotion et de construction d’une vitrine urbaine (Higgins, op. cit.). Cette artère centrale du quartier concentre la majorité des commerces et des établissements gays du quartier.
21La croissance quantitative du nombre d’établissements s’accompagne d’un affichage identitaire nettement plus fort dans l’espace de la rue [4] et du développement de lieux de plus en plus grands et de plus en plus fréquentés : les complexes festifs et nocturnes Sky Pub (1994), Bourbon (1995), Parking (2000) ou Unity (2002). Plus largement, la rue Sainte-Catherine est l’objet de nombreuses rénovations et réhabilitations qui visent à embellir l’espace public et à promouvoir son attractivité piétonnière et commerçante. La transformation de cette rue est largement portée par les commerces et commerçants gays. Ils représentent la majorité des nouveaux lieux de Sainte-Catherine et organisent, dès le début des années 1990, le week-end Black and Blue [5] et le « Festival Divers/Cité [6] », qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes dans la rue Sainte-Catherine, rendue piétonne pour l’occasion. La structuration d’un secteur commerçant gay aboutit à la création, en 1999, de l’Association des commerçants et professionnels du Village (acpv), qui devient, en 2003, la Société de développement commercial (sdc) du Village. Régulièrement consultées par les autorités municipales, ces nouvelles structures entrent progressivement dans le jeu institutionnel de la vie locale. La sdc du Village devient un acteur incontournable : l’installation d’un commerce sur la rue Sainte-Catherine entraîne l’adhésion quasi-automatique à la sdc, quel que soit le type de commerce concerné. Les pouvoirs publics enregistrent « après coup » ces changements et viennent soutenir un développement commercial relativement autonome dont ils commencent à percevoir les effets économiques et touristiques, dans les années 1990. Entre 1992 et 1996, la Ville de Montréal investit plus de cinq millions de dollars pour rénover la rue Sainte-Catherine (trottoirs, éclairages, espaces publics) et le Programme opération commerces de Montréal (poc) subventionne, en 1995, la rénovation du Complexe Bourbon et du Sky Club. L’intervention visible et croissante d’une génération d’entrepreneurs de la minorité transforme le paysage local et prend une part active dans la requalification du quartier.
Une minorité puissante ?
22Depuis le début des années 1990, les gays n’apparaissent plus comme une minorité réfugiée mais comme une minorité agissante, gagnant en pouvoir et en influence, au moins localement. La presse gay des années 1990 insiste sur un acquis territorial durable et Fugues relaie et développe cette image avec ses titres : « Le Village est là pour rester ! » (Fugues, Décembre 1995), « Après la croissance, la consolidation » (Fugues, Août 1996) ou ses numéros spéciaux focalisés sur le Village (« Montréal : la Mecque rose d’Amérique ? », Juillet 1995 ; « Diversités : la fête bat son plein dans le Village », Juin 1998). Plus que dans les années 1980, cette image est mise en avant par une presse généraliste qui enregistre l’influence croissante des gays et l’aborde dans des articles aux titres significatifs : « Un ghetto gai à Montréal ? » (Le Journal de Montréal, 24/06/1986), « Maîtres de la rue » (La Presse, 22/07/1990), « Un pouvoir gai ? » (Le Devoir, 31/10/1992). L’audience croissante du Village, au-delà des seuls cercles et médias spécialisés, élargit encore l’emprise symbolique des gays sur le quartier.
23La reconnaissance sociale et symbolique passe aussi par une forme d’intrusion de l’identité homosexuelle dans de nombreux aspects de la vie du quartier, au-delà des seuls lieux gays. Cela traduit, dans le cas du Village Gai, le succès de la notion d’accommodement, qui se diffuse au Québec dans les années 1990 et qui désigne l’aménagement et l’assouplissement de certaines règles et lois au bénéfice de certaines personnes ou certains groupes subissant des discriminations. Par extension, les accommodements raisonnables renvoient, au Québec, à différentes formes d’adaptation des espaces publics à certains particularismes religieux, culturels ou identitaires. De fait, dans le Village Gai des années 1990, plusieurs grandes enseignes ou chaînes commerciales ouvrent une agence, une franchise ou un commerce adoptant le code pictural arc-en-ciel ou proposant des services spécialisés pour les gays (chaînes de restauration, banques). La station de métro locale, Beaudry, est rénovée en 1999 et prend, elle aussi, les couleurs de l’arc-en-ciel. Le centre communautaire du quartier, initialement en charge de certains services sociaux et culturels destinés aux familles populaires du quartier, accueille les associations de loisirs et de santé destinées aux gays. L’église du quartier, Saint-Pierre l’Apôtre, s’affiche également, depuis une quinzaine d’années, comme « église ouverte ». Cette ancienne église du quartier s’est progressivement accommodée de l’homosexualité en accueillant notamment des malades du sida au début des années 1990 et en inaugurant, en 1996, un mémorial aux victimes du sida dans sa chapelle. Les messes auxquelles nous avons pu assister confirment la forte présence de fidèles gays et les inflexions d’une liturgie catholique devenant gay friendly (Koussens, 2007). Ce n’est plus l’aspect minoritaire des gays qui caractérise leur présence dans le Village, mais leur influence locale sur différents aspects de la vie du quartier. Ce n’est plus non plus la même homosexualité qui est vécue par les nouvelles générations gays du quartier.
Changement social, changement local : l’homosexualité comme ressource
24À partir des années 1990, investir, pratiquer ou habiter le Village constitue une expérience sociale et spatiale bien différente de celle du refuge initial. Les gays qui s’installent à présent dans le Village ont souvent connu des parcours d’ascension sociale et ont acquis des capitaux économiques, scolaires et culturels plus élevés. Ils ont vécu leur homosexualité, notamment le début de leur « carrière gay », dans un contexte historique et culturel de plus grande tolérance et de visibilité croissante. L’imbrication de leurs parcours individuels et de l’histoire collective des homosexualités explique de nouveaux rapports au Village Gai, qui constitue, dès le début de leur parcours, une réalité visible et institutionnalisée. Leur vie gay apparaît alors « plus facile » et moins secrète :
« Le Village est né, j’ai continué à sortir régulièrement et là c’était plus avec beaucoup d’amis, le cercle était plus grand, c’était plus ouvert aussi, c’était très différent avec l’ouverture sociale, on sortait souvent, moi j’adorais danser donc on allait danser, c’était beaucoup plus facile après, le Village c’était plus la même époque ».
26Leur homosexualité s’affiche plus volontiers au quotidien (travail, amis, famille) et déborde la seule sexualité pour imprégner pratiques, sociabilité et modes de vie. Venir habiter dans le Village correspond alors à un choix positif nourri par une double motivation : habiter un quartier central à présent attractif et profiter de ses aménités spécifiquement gays. Le quartier se gentrifie clairement dans les années 1990 : si une part importante de logements sociaux et de familles modestes s’y maintient, plusieurs secteurs sont l’objet d’une gentrification plus intense, les gays étant des participants actifs [7]. Dans ce contexte, un subtil mélange s’opère entre homosexuels et hétérosexuels, mais à la faveur d’attributs sociologiques bien particuliers :
« Le propriétaire c’est Jason, qui est hétérosexuel, mais très gay friendly, il est anglophone et a choisi le Québec dans les années 1970 à cause de l’esprit bohème, il avait essayé de vivre à plusieurs endroits, et quand il est arrivé à Montréal, il aimait l’esprit réfractaire, à l’ordre établi, il s’entendait super bien avec les quelques gais établis ici à l’époque, dans le quartier, et c’est pour ça qu’il a choisi d’habiter ici, alors c’est un hétéro mais gai dans l’âme, un peu artiste, bohème ; à côté, c’est un couple âgé homosexuel, qui loue ses appartements sans préférence mais c’est presque tous des homos ; dessous, il y a Kate, qui est hétérosexuelle, mais qui, d’après moi, quand elle a emménagé, a quitté son chum, pour se diriger vers autre chose, je pense que présentement elle est en période exploratoire, je la dirai bisexuelle ; ma voisine immédiate est une anglophone de l’ouest de l’île, designer d’intérieur, et qui est lesbienne ».
28De tels récits montrent que l’installation de certains types de population dans le Village favorise à présent des affichages homosexuels plus visibles et moins stigmatisants que par le passé. L’homosexualité peut même apparaître valorisante pour ces nouveaux habitants, culturellement favorisés et « ouverts », voire franchement gay friendly. Elle peut aussi être recherchée pour des motifs plus opportunistes certains propriétaires l’envisagent comme une « garantie » économique [8] :
« Quand un propriétaire vient me voir pour louer son loft, lui, il sait pertinemment qu’il va le louer à des gais, et il veut des garanties, on sait qu’avec un couple gai, il va avoir les garanties parce qu’il y aura de l’argent et parce qu’il veut que son appartement soit entretenu […] Il sait qu’en venant ici, il aura pas de soucis, c’est pour ça qu’il cherche plutôt des gais. »
30Paul, gérant d’une agence immobilière du quartier spécialisée dans la clientèle homosexuelle, illustre d’une autre manière le changement de statut de l’homosexualité à la faveur des transformations du quartier. Quelque temps après l’entretien, les archives de la presse gay montréalaise nous permettent de retrouver Paul lors de nombreuses soirées et de nombreux événements gays de la vie du Village à partir de la fin des années 1980. Il s’agit de soirées festives dans les bars gays du quartier et d’activités ou d’événements plus clairement militants. On comprend mieux l’insistance de Paul à pointer le rôle de ses « relations » et de son « réseau » dans son activité professionnelle. Les engagements passés, notamment militants, fournissent une forme de capital local, reconverti professionnellement (Tissot, 2010) ; l’investissement du Village oriente en partie une trajectoire socio-professionnelle. Ce n’est pas un cas isolé, plusieurs exemples montrent que l’homosexualité et les réseaux qu’elle produit localement peuvent constituer ce capital local offrant des relations, du travail, voire une position sociale.
Espace urbain, identités et mémoire homosexuelles
31À travers les expériences successives de générations d’habitants gays comme à travers les changements sociaux d’un quartier, le statut d’une minorité urbaine se trouve transformé. À la diversification commerçante s’ajoute celle des cultures homosexuelles et l’enquête ethnographique rend compte de cette diversité. Si le Unity ou le Sky sont des bars-discothèques fréquentés par une clientèle « jeune » et « branchée », un bar comme le Stud accueille une clientèle plus âgée, mobilisant les codes d’une homosexualité plus « virile », celle de la culture gay bear [9]. Depuis 2000, l’Aigle Noir, attire une clientèle adoptant les normes de la culture « cuir », associant un code vestimentaire aux codes sexuels des cultures sadomasochistes. L’enquête montre que ce bar accueille un public plus âgé et plus favorisé culturellement que le Sky par exemple. À l’intérieur même des frontières d’un quartier gay, ces exemples rappellent que les homosexualités sont différenciées et que la « minorité gay » n’est pas homogène. Plus encore, le Village est à la fois habité et fréquenté par les gays : si la rue et les bars du quartier restent en partie accessibles à des populations variées, n’habitant pas nécessairement à proximité, habiter le Village Gai reste l’apanage des classes moyennes supérieures aujourd’hui. Construit essentiellement au masculin, le Village n’a jamais non plus constitué un espace lesbien. Les lesbiennes ont investi d’autres espaces montréalais selon des formes plus résidentielles et moins visibles mais réelles (Podmore, 2006). Ces différents éléments nuancent l’idée d’un territoire homosexuel communautaire : si la morphologie urbaine et l’importance des institutions gays locales accréditent ce modèle urbain, la diversité des parcours et des rapports à l’homosexualité des citadins fréquentant le quartier tempèrent cette image.
32Cette diversité est accentuée par la présence de populations hétérosexuelles qui peuvent évidemment habiter le quartier, mais aussi le fréquenter et s’y divertir. Le développement du tourisme urbain et l’existence de lieux mixtes (bars, restaurants, commerces) favorisent le décloisonnement des univers homo et hétérosexuels. Comme dans d’autres quartiers gays ou dans certains quartiers ethniques, le « quartier minoritaire » devient objet de curiosité et d’exploration pour les populations « majoritaires ». L’altérité et l’étrangeté [10] apparaissent ici comme des facteurs d’attractivité urbaine (Rushbrook, 2002) et le quartier gay contribue ainsi, paradoxalement, à brouiller certains clivages identitaires :
« Maintenant tu as des gars avec des filles dans le Village, tu t’en vas cruiser un gars mais tu sais plus si le gars il est avec la fille, tu as des p’tits jeunes bien mignons là, mais tu sais plus si ils sont gays, mais avant, 99 % étaient des gays ».
34Aujourd’hui, l’aventure urbaine du Village Gai possède une dimension mémorielle et quasi-mythologique pour les gays eux-mêmes et, plus largement, pour Montréal. Certains des premiers lieux gays du quartier sont toujours visibles. La façade du pionnier Resto du Village est régulièrement repeinte aux couleurs arc-en-ciel : on y sert une cuisine québécoise traditionnelle et l’on y trouve, sur les murs, de nombreuses photographies et affiches sur l’histoire du quartier, dans ses dimensions gays mais aussi ouvrières. Sur la rue Sainte-Catherine, à l’angle de la rue Panet, se dresse un mémorial en souvenir des victimes du sida. Inauguré officiellement en 1996, il avait, en réalité, déjà été spontanément investi par plusieurs associations de lutte contre le sida dès 1993-1994. Rue Plessis, depuis 1988, le Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal accueille un fond d’archives gays et lesbiennes. Ces différents lieux participent à la construction d’une mémoire locale gay dont le Village est le lieu d’accueil et le cadre de référence. Cette mémoire spécifiquement urbaine se nourrit aussi du rappel fréquent de l’histoire du quartier gay dans la presse spécialisée de Montréal. Le Village s’inscrit dans une histoire et une géographie homosexuelles qui dépassent le cadre local et national pour rejoindre une mythologie urbaine des quartiers gays nord-américains où l’on retrouve le Castro District de San Francisco ou Christopher Street à New York. Dans un quartier parfois critiqué pour son conformisme et ses aspects touristiques, une part essentielle de l’histoire et de la mémoire d’une minorité sexuelle continue à s’écrire aujourd’hui.
35À Montréal, la constitution d’un quartier gay montre que les homosexualités, comme d’autres identités minoritaires, ne sont en rien figées ou stables dans le temps. Si l’investissement du secteur Centre-Sud par les gays renvoie largement à la conquête spatiale d’un refuge identitaire, les changements urbains et la transformation des expériences homosexuelles modifient les formes, les structures et la signification même du Village Gai. En investissant un espace disponible, certaines populations gays prennent une part active dans la transformation de l’espace urbain tout en modifiant aussi les manières de vivre et de se représenter l’homosexualité. Lorsqu’elle prend des formes socialement « respectables » et qu’elle participe à la requalification urbaine, l’homosexualité constitue une ressource valorisée et valorisante, retournant par là un stigmate social disqualifiant. Ce processus résulte de changements socio-culturels au sujet des homosexualités contemporaines, mais aussi de configurations locales qui favorisent l’affirmation d’une telle minorité. Cette influence ne concerne pas l’ensemble d’une minorité qui, par définition, est difficile à circonscrire précisément. Dans le Village, certaines composantes des populations gays trouvent les moyens socio-spatiaux d’une conquête identitaire. Cette minorité active masque l’invisibilité parfois criante d’autres populations homosexuelles : les lesbiennes, mais aussi des homosexuels moins riches, moins favorisés et aussi, moins « blancs », bref, des minorités dans la minorité.
Références bibliographiques
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Mots-clés éditeurs : gentrification, homosexualité, minorité, Montréal, quartier
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Date de mise en ligne : 06/08/2013
https://doi.org/10.3917/esp.154.0033