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Compte rendu

Rendre visible ce qui n’est pas caché. Essai pour une raison d’être de la protection de l’enfance

Philippe Lesenne, Paris, Éditions Vérone, 2024

Pages 165 à 167

Citer cet article


  • Breugnot, C.
(2025). Rendre visible ce qui n’est pas caché. Essai pour une raison d’être de la protection de l’enfance Philippe Lesenne, Paris, Éditions Vérone, 2024. Empan, 139(3), 165-167. https://doi.org/10.3917/empa.139.0165.

  • Breugnot, Christine.
« Rendre visible ce qui n’est pas caché. Essai pour une raison d’être de la protection de l’enfance : Philippe Lesenne, Paris, Éditions Vérone, 2024 ». Empan, 2025/3 n° 139, 2025. p.165-167. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-empan-2025-3-page-165?lang=fr.

  • BREUGNOT, Christine,
2025. Rendre visible ce qui n’est pas caché. Essai pour une raison d’être de la protection de l’enfance Philippe Lesenne, Paris, Éditions Vérone, 2024. Empan, 2025/3 n° 139, p.165-167. DOI : 10.3917/empa.139.0165. URL : https://shs.cairn.info/revue-empan-2025-3-page-165?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/empa.139.0165


1 Conçu de manière pragmatique et poétique, cet essai tisse son propos entre la rigueur de la méthode et l’emphase de la littérature. Les sciences humaines ont cette faculté spécifique de corréler la philosophie et la construction politique, ce dont l’auteur ne manque pas de se saisir ici. P. Lesenne est par essence un interprète de la stratégie, sa position lui confère une visée anticipatrice. En appui de sa lecture globale précise, il ordonne, il déconstruit et rend compréhensible le mouvement qui a lieu, sur le plan sociologique, psychologique et pédagogique. La transversalité est portée par des nuances multiples, arrimées entre deux piliers fondamentaux pour cette recherche. Entre l’expérience et la connaissance, le constat est dressé. L’auteur n’en reste pas là, il fonde sa démonstration à la lumière d’une quête bibliographique riche, fournie et précise. Nous trouvons ainsi l’humain dans sa complexité en rapport à la ligne du temps qui soutient son action, son activité et son invention. En effet, c’est l’apport de l’historicité qui donne à l’essai l’envergure de ce vers quoi il tend, l’ouverture.

2 Jamais la densité du texte ne ferme la perspective, au contraire construite pas à pas ; l’auteur nous amène à passer quatre paliers pour concevoir le milieu et son produit, pour envisager les angles clairs et obscurs qui font les jours et la nuit de cette protection de l’enfance.

3 La force du propos est prodigieuse en ce qu’elle convoque l’articulation des termes. Elle nous place devant le grand étonnement d’une arthrose spongieuse manifeste. Le corps de la protection de l’enfance est souffrant, mais transcende encore la tentative d’un sens heureux à trouver, à chercher. Jamais nous ne sommes, dans cette lecture, abandonnés au triste espoir. Mais la lutte est périlleuse, et la lucidité s’impose. Nous rencontrons tour à tour le valeureux fondement législatif et son bruit persistant, et la limite de son bourdonnement ; l’hypothèse logorrhéique de la perte d’un dû filial, son corollaire logique, parachève l’organisation symbolique qui n’opère pas sous la volition. L’auteur rabat l’imaginaire et ne nous laisse pas tranquilles avec la réalité crue d’un univers simplifié, mais inconsolable, inopérant. S’ensuit l’hyper-phagie qui tend vers la production inflationniste et décrète des conduites à tenir intenables, non tenues.

4 C’est l’absence de notes positives et de guide qui fait la puissance de la légende si commune. N’avez-vous pas entendu parler d’une protection de l’enfance qui contribuerait à la misère de l’humanité ? Ce que nous apprenons dans l’écriture de P. Lesenne n’est autre que la conviction intelligente et indubitable de la vie à s’inscrire pour croître. Quelle que soit l’hostilité apparente. Dès lors que sa conception invente un possible, en deçà des représentations, des apparences.

5 Le guide perdu est une évidence pour la feuille de route des politiques sociales. Jamais une préconisation ne saurait tenir sans réserve de son acceptation plurielle. À défaut d’être prise entre hommes et femmes, dans une réalité engageante, la vie devient légendaire. Il y aurait un trésor des enfances à protéger, difficile de vouloir le contraire. Et pour autant, nous sommes empêtrés du pourquoi et du comment.

6 Le détricotage, maillant un réel à plates coutures, tisse ici l’utilité de la vie en une pensée émue. Tandis que figé par les faits divers, le vécu émotionnel est tragique dans les affaires d’enfances volées. Le média opère à rebours et oblitère la faculté de penser au-delà de l’horreur. Qu’à cela ne tienne, l’essentiel est plus profond que les grands titres et la visée universelle emprunte sans équivoque la beauté du monde, le mystère de la Rencontre.

7 L’ouvrage écrit par P. Lesenne est une invite à détricoter le rapport du vivant au chaos. À travers ce récit documenté, nous ne pourrons plus éviter de savoir nous demander ce qui prime. Est-ce que l’intention prévaut sur la sauvegarde de l’humanité, dès lors que l’action politique vrille ou vérole les causes qu’elle devrait circonscrire ?

8 C’est d’un abord très concret et logique que cette résultante mathématique s’expose comme l’équation univoque. Comment trouver un troisième terme dans cette opération à somme nulle ? Les uns, les autres, côte à côte, qui ne se rencontrent qu’au gré du statut. Pourquoi trouver une utilité à la chose humaine ? Comment considérer une aide, un soutien, un avenir à la famille, l’enfance, la jeunesse aujourd’hui en détresse ?

9 Singulière congruence entre l’auteur et son travail, nous porterons notre sensibilité au travail de pensée qui suppose la dominance humaine, éthique, ontique et empirique que l’adresse à un autre engage, oriente, nourrit, oblige dès lors que le travail se veut « social ».


Date de mise en ligne : 25/09/2025

https://doi.org/10.3917/empa.139.0165