Le passé n’est pas éteint
- Par Thierry Ruiz
Pages 108 à 111
Citer cet article
- RUIZ, Thierry,
- Ruiz, Thierry.
- Ruiz, T.
https://doi.org/10.3917/empa.139.0108
Citer cet article
- Ruiz, T.
- Ruiz, Thierry.
- RUIZ, Thierry,
https://doi.org/10.3917/empa.139.0108
Notes
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On appelle les « mains négatives » la peinture des mains trouvée dans les grottes magdaléniennes. Le contour de ces mains était enduit de couleur, bleu, noir. Parfois rouge. Aucune explication n’a été trouvée. Marguerite Duras donne voix dans son court-métrage à un homme préhistorique, il y a 30 000 ans.
C’est le dernier samedi avant Noël. Comme d’autres Toulousains, je me presse au centre-ville pour acheter les derniers cadeaux. J’ai pris la mauvaise habitude de me garer dans un sous-sol entre deux parkings. C’est interdit au stationnement mais tellement pratique. En quelques secondes, grâce à un monte-charge, comme par magie, je me retrouve dans la galerie marchande, au milieu des lumières et des couleurs.
Généralement, il me faut une poignée de secondes pour sortir de ma voiture et prendre le monte-charge. Des secondes qui contaminent mon esprit. Et puis ça passe.
Savoir que des femmes et des hommes souffrent constitue une connaissance. Facile à endurer, elle ne porte pas à agir.
Je me souviens, il y a une vingtaine d’années, ils étaient quelques-uns qui faisaient les poubelles et dormaient sur des cartons. Aujourd’hui, la horde s’est agrandie. Ils n’ont pas de visage. Des vieux, des jeunes, des femmes, des fantômes, des éclopés vivent dans ce sous-sol. Anonymes. Ils sont misérables. Ils boivent. Ils errent. Un peuple échoué. Peuple échoué de femmes et d’hommes. Un monde éprouvé par la vie et que personne ne veut même regarder.
Ce samedi n’est pas un jour comme les autres. Nous consommons. Et les détritus ont envahi l’espace. Pour ne pas vivre sur les immondices, territoire et terriers, de carton, de fortune, se sont déplacés devant le monte-charge qui est surélevé. Tout est rue. J’aperçois de ma voiture des corps, des chiens, j’entends des éclats de voix lointains, des échos sourds…