Des pieds et des poings : la boxe française. La nouvelle jeunesse d'un vieux sport français
Pages 273 à 295
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- DORVILLÉ, Christian,
- Dorvillé, Christian.
- Dorvillé, C.
https://doi.org/10.3917/rdn.355.0273
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https://doi.org/10.3917/rdn.355.0273
Notes
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[*]
Christian Dorvillé, maître de conférences en STAPS, Faculté des sciences du sport et de l’éducation physique de Lille 2, laboratoire SIC, FSSEP Lille 2, 9, rue de l’Université, 59790 Ronchin.
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[1]
Th. Gautier, « Le maître de chausson » dans Les Français peints par eux-mêmes, Paris, L. Curmer, 1842, p. 263.
-
[2]
N. Nadaud, « Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon », Voix ouvrières, Paris, 1895, 238 p.
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[3]
Ch. Vidocq, Mémoires, Paris, 1828, p. 207.
-
[4]
Gazette des tribunaux, 2 février 1838 : « un duel : conditions du combat ».
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[5]
Op. cit.
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[6]
Gazette des tribunaux, 7 janvier 1843 : duel à la savate.
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[7]
En référence aux travaux de Michel Foucault sur la rupture de l’épistémé occidentale, en particulier Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966.
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[8]
H. de Balzac, Splendeur et misère des Courtisanes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléïade, 1952, p. 801.
-
[9]
L. Leboucher, Traité de boxe française et anglaise, Paris, 1844, 36 p.
-
[10]
J. Charlemont, La boxe française historique et biographique, Paris, l’Académie de boxe, 1899, 638 p., consacre une partie de son livre aux frères Lecour.
-
[11]
T. Gautier, La Presse, 16 août 1847.
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[12]
B. Plaisait, Défense et illustration de la boxe française, Paris, Sedirep, 1971, p. XL.
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[13]
Le vocabulaire de cette discipline désigne le boxeur par le vocable de « tireur », le ring par « l’enceinte », l’entraîneur par « le second »…
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[14]
J.-F. Loudcher, Histoire de la savate, du chausson et de la boxe française (1797-1978), Paris, L’Harmattan, 2000, p. 150.
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[15]
J. Charlemont, L’art de la boxe française et de la canne, préface de F. Lagrange, Paris, 1899, p. 7.
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[16]
Article 11 du règlement des assauts de boxe française « Lorsqu’un tireur est touché ou qu’il a la jambe prise, il doit l’annoncer à haute et intelligible voix par le mot « TOUCHE » aucune autre expression n’est admise. Après la mise en garde, l’assaut reprend ».
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[17]
G. Andrieu, « une rencontre insolite ou l’art de se battre à la fin du xixe siècle », dans Éducation et politique sportives, xixe-xxe siècles, Paris, CTHS, 1995, p. 153.
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[18]
Cette leçon sur les quatre faces est étonnamment moderne par rapport aux katas de karaté d’aujourd’hui.
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[19]
On retrouve ce rôle des associations gymniques en Europe centrale avec le mouvement Sokol qui est un mouvement d’identité slave qui dépasse les frontières de la Tchécoslovaquie après la première guerre mondiale.
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[20]
B. Plaisait, Défense…, p. XLIV.
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[21]
M. Delahaye, Savate, chausson et boxe française d’hier et d’aujourd’hui, Paris, Trédaniel, 1994, p. 197.
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[22]
Il est officiellement enseigné dans la police à partir de 1906.
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[23]
A. Rauch, Boxe, violence du xxe siècle, Paris, Aubier histoire, 1992, p. 87.
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[24]
L’exemple de Georges Carpentier, champion de France de boxe française en 1908, qui passe ensuite à la boxe anglaise et dispute le championnat du monde en 1921 contre J. Dempsey est révélateur.
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[25]
Il est stipulé dans le règlement général d’Éducation Physique, Méthode française (1925) que « L’instructeur pourra, s’il le juge à propos et à titre exceptionnel, introduire dans la leçon du cycle secondaire (2e degré) quelques éléments simples de boxe, lutte, jiu-jitsu etc. ».
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[26]
La boxe anglaise, qui avait pris le « virage » sportif très tôt a obtenu le « label » olympique en 1904.
-
[27]
Le Bulletin de liaison de la boxe française, édité par le comte P. Baruzzy, qui a succédé à J. Charlemont à la tête de l’Académie de boxe française de Charlemont en 1934, est le seul lien qui atteste de la présence de la boxe française à cette période.
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[28]
Le comte Pierre Baruzy a débuté à 14 ans à l’Académie Charlemont et fut onze fois champion de France. En 1934, il est nommé à la tête de la Commission de boxe française de la Fédération française de boxe. Il fut également moniteur d’escrime, champion de France universitaire de boxe anglaise. Il est décédé en 1995.
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[29]
La coupe Laffond est illustrative de cette ébauche de courant dès 1956 avec des affrontements inter-salles qui se rapprochent du combat : par exemple utilisation du fouetté bas qui vise à provoquer une « béquille » et à faire mal à l’adversaire.
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[30]
J.-F. Loudcher, Histoire de la savate…, p. 244.
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[31]
Le judo, après une dure bataille autour du problème des catégories de poids, concrétise l’évolution sportive par sa présence aux Jeux Olympiques de Tokyo en 1964.
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[32]
La FNBF compte 1 794 licenciés et 90 clubs.
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[33]
Le président Michel Marlière, le CTR Marcel le Saux… sont professeurs d’EPS.
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[34]
Les meilleurs pugilistes qui sont entrés en dissidence créent une Fédération de savate, à partir du club de Puteaux et un journal Savate boxe libre. Ils utilisent de nouvelles techniques comme le chassé frontal, le revers frontal.
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[35]
Full-contact, boxe thaïlandaise, kick-boxing, kung-fu… qui s’appuient sur la vague des films d’art martiaux mis à la mode par Bruce Lee, viennent rivaliser avec les pratiques traditionnelles.
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[36]
La ligue compte plusieurs champions de France, d’Europe, un champion du monde en 1990 et une féminine lauréate en 2000 de la coupe du monde d’assaut.
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[37]
Voir la n. 10, p. 169, 173.
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[38]
Engagé dans la Garde nationale, il est nommé lieutenant à la 6e compagnie du 119e bataillon et il participe activement à la cause insurrectionnelle. Il est jugé par contumace, en 1872, et condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée.
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[39]
Bulletin de liaison de la boxe française, septembre 1959.
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[40]
Ibid., mai 1965.
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[41]
Voir la n. 10, p. 336.
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[42]
Le terme professionnel signifie « professeur ». Le registre matricule nous apprend qu’il mesure 1,66 m, ce qui est petit pour un poids lourd, AD Nord, 1 R 2419.
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[43]
Le dictionnaire est « un véritable monument élevé à la gloire des hommes de tous les partis et de toutes les classes qui, par leur travail et leur intelligence ou leur développement, se sont distingués ou ont illustré leur pays à différents titres ». (Introduction.)
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[44]
« Démonstration de la boxe française par le jeune Raymond Lepoutre et son éminent professeur M. Jean Desruelle ; assaut entre MM. André Bôle et Y. Desruelles ». Journal de Roubaix, 18 mars 1909.
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[45]
Journal La vie sportive du Nord-Pas-de-Calais et de la Somme, 5 septembre 1919.
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[46]
Journal La vie sportive : « Nous avons la satisfaction d’annoncer aux sportsmen de Lille Roubaix Tourcoing que l’Académie de boxe de la rue Saint Jacques à Roubaix, dirigée par le sympathique professeur de culture physique M. Jean Desruelles, réouvrira ses portes le trois octobre prochain. Nous sommes persuadés que M. Desruelles dont tous les sportsmen connaissent la compétence en la matière, aidera, par son enseignement spécial et très simple à la régénérescence du corps humain en nous formant de véritables athlètes ».
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[47]
La vie sportive du douze septembre 1919.
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[48]
« Leroy (poids plume), d’Amiens est l’excellent élève du professeur Goffet d’Amiens. C’est un jeune tireur très vif, adroit et plein de mordant ». Journal Les sports du vendredi 6 juin 1930.
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[49]
Analyse de la presse locale et du bi-mensuel La boxe dans le Nord qui est « l’organe sportif de boxe, lutte, poids et haltères ». Quand on parle de boxe, il s’agit dorénavant de boxe anglaise uniquement, AD Nord J. 398.
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[50]
Analyse des journaux suivant : Écho du Nord, Grand Écho du Nord, La Dépêche, AD Nord.
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[51]
Luc Delporte, spécialiste des jeux traditionnels à Lille remarque que pour les jeux de bouchons, « ce type de jeu est encore pratiqué à Hellemmes dans le club des aînés ». Mémoire du Cercle amical des PTT de Lille section histoire, t. III, AD Nord.
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[52]
Interview de M. Charles Branswick, fils d’un « moniteur » bénévole de boxe française, 20 octobre 1993.
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[53]
Dans un contexte économique où la supériorité britannique est manifeste, la boxe anglaise, apparaît en rupture, comme une nouvelle forme de pratique qui valorise les notions de rendement, d’efficacité, d’économie de l’effort qui séduit les classes aisées. « Dans le discours des amateurs d’éducation anglaise valorisant le sport, la boxe, isolée des paris et des spectacles violents et brutaux, devient chez eux un noble art et rejoint l’ambiance des duels entre gens du monde ». (G. Andrieu, op. cit., p. 154).
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[54]
Bulletin de liaison de la boxe française, février 1945.
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[55]
Interview de M. Georges Pochet, gendre de M.Watel et qui prendra sa succession à la tête du club en 1976 au Portel, 29 novembre 2000.
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[56]
P. Baruzy écrit « Nous recevons fréquemment des nouvelles de notre ami Watel de Boulogne/Outreau qui enseigne à toute une équipe de jeunes avec lesquels il a fait dans le courant de l’année un certain nombre de démonstrations en public. Nous avons grand espoir de voir bientôt quelques-uns de ses poulains participer aux rencontres parisiennes », Bulletin de liaison de la boxe française, septembre 1959.
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[57]
La Région Nord comprend le Nord-Pas-de-Calais, la Champagne et la Picardie.
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[58]
Interview 28 août 1999.
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[59]
AlexWanier, actuel Directeur technique national de la Ligue royale belge de BF, a été formé au LUC.
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[60]
« La Boxe française remonte tout au plus à 1830 et procède de ce sport vulgaire qu’on appelait alors la savate… », Grande Encyclopédie de Bobino-Bricci, Paris, Éd. Lamirault et Cie t. 7, 1912.
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[61]
Une étude comparative que nous avons menée à la fin des années quatre-vingts, dans les clubs lillois de boxe anglaise et de boxe française, montre que le recrutement des boxeurs anglais est nettement plus populaire (origine sociale, diplôme, style de vie…) que celui des tireurs français.
Introduction
1Face à l’expansion des arts martiaux d’Orient et des sports de ring, la boxe française a eu du mal à se situer. Peu de choses distinguent a priori la boxe française-savate (BFS) des autres sports de combat de percussion poing-pied. Seule l’obligation de toucher de façon précise avec les pieds chaussés, et une « mise à distance » incessante dans les liaisons des poings et des pieds marquent la différence.
2La BFS, ainsi spécifiée, est l’héritière d’une culture traditionnelle française. Th. Gautier lui a donné ses lettres de noblesse :
« La savate, comme on la pratique aujourd’hui, est un art très savant, très raisonné : c’est l’escrime sans fleuret. Il y a la tierce, la quarte, l’octave et le demi-cercle ; seulement dans l’escrime on n’a qu’un bras et à la savate on en a quatre… » [1].
4Nous allons nous intéresser à l’origine de cette pratique au cours du xixe siècle et voir comment l’histoire a façonné cette activité pour la faire passer d’une rixe à mains nues à un sport aujourd’hui international.
5La région du Nord a-t-elle suivi la même dynamique historique ?
6Notre démarche s’écarte d’une histoire traditionnelle qui inscrirait la boxe française dans un processus continu et naturel, qui en ferait l’héritière des techniques corporelles de combat inspirées par le patrimoine guerrier des disciplines antiques (pancrace, pugilat) par le truchement d’une hypothétique filiation gestuelle. On ne peut pas appréhender l’objet boxe française si l’on n’analyse pas les conditions socio-historiques dans lesquelles se sont édifiées les disciplines de combat : comment replacer un objet technique, la BFS, dans une évolution des pratiques physiques et des conditions sociales afin de dessiner les principaux traits de son histoire ? Il s’agit alors de dépasser l’histoire événementielle et la vie des grands hommes, les anecdotes pour aller vers une histoire plus compréhensive, contextualisée.
7Les difficultés d’accès aux sources limitent l’ambition de cet article surtout en ce qui concerne l’histoire de la boxe française en province. Alors que la région Nord constitue le berceau de nombreux jeux populaires traditionnels et dispose, de ce fait, d’un patrimoine sportif considérable, il n’existe à l’heure actuelle aucune politique de recherche et de valorisation des archives produites par le milieu sportif régional. Ces dernières sont dispersées, d’autres sont en possession de particuliers, mais aussi d’organismes privés (clubs sportifs, ligues…) ou publics (archives départementales du Nord, bibliothèques municipales…), tandis que de nombreuses sources demandent encore à être localisées. Faute d’une véritable politique de valorisation de la mémoire sportive et ludique, toute action de recherche visant à reconstituer cet aspect essentiel de l’histoire locale, s’avère délicate. Notre implication dans le milieu fédéral des sports de combat nous a permis néanmoins d’interviewer quelques rares « témoins » des transformations significatives de la boxe française régionale.
Les origines de la savate
8À la suite des travaux de J.-F. Loudcher, nous sommes amenés à penser que la spécificité de la savate « ancienne » pour reprendre un terme de T. Gautier (1842) se situerait dans les rixes ritualisées à coups de poing et de pied entre deux hommes. C’est au cours de la première moitié du xixe siècle, en particulier à Paris, que se serait élaborée la savate. Nadaud, dans ses Mémoires de Léonard signale à plusieurs reprises l’existence de maîtres de chausson dans les années 1828-1830 [2]. Vidocq, dans ses mémoires (1828) relate une altercation
« Beaumont voulant me tâter, me chercha une querelle d’Allemand. Nous nous battîmes et comme j’avais à faire à un adepte de cet exercice gymnastique qu’on nomme la savate, je fus complètement vaincu » [3].
10Lorsqu’on examine les sources connues relatant les affrontements à la savate on est surpris par le caractère formel de ces rencontres : les combattants se mettent en garde, se défient, emploient des règles, un certain code de l’honneur. La ressemblance avec le duel est flagrante. On retrouve ce qui caractérise le duel à l’épée ou son équivalent dans le duel à mains nues, à savoir : les deux combattants, le témoin, les critères suivants : l’honneur et le code. L’analyse des rapports de police dans la Gazette des tribunaux met en évidence ces éléments :
« ce mot me met en colère et me décide, Leroy prend pour témoins tous ceux qui étaient là… » [4]. Il existe un code, c’est-à-dire des règles qui régissent les bagarres.
« Eh bien, comment frappe-t-on ? Dessus ou dessous ?
- Dessus et dessous.
- Et au premier coup ?
- Non je veux au moins quatre coups de poings sur la figure.
- Les pieds en sont-ils ?
- Oui.
Aussitôt déchaussé, je me mis en garde» [5].
Dessin de Gavarni extrait du Charivari, Bibliothèque Nationale
Dessin de Gavarni extrait du Charivari, Bibliothèque Nationale
12Ainsi un accord tacite existe bien entre les deux combattants.
13L’injure verbale, vecteur idéal pour déclencher les affrontements, sollicite l’honneur de l’agressé en mettant en doute sa capacité physique à se battre. « Tu fais l’écrevisse, mais tu es un escargot, viens dans la rue que je te casse la coquille » [6].
14On peut dire qu’il y a, dans la plupart des affrontements analysés, une structure « duel » similaire à celle de l’épée.
15La savate peut s’inscrire dans une continuité historique dans le sens où duels à l’épée et duels à mains nues ont une fonction a priori identique, de régulation de la violence sociale dans une période où certaines valeurs fondamentales changent (1789, les guerres, la montée de la bourgeoisie). Mais, selon J.-F. Loudcher, cette discipline s’inscrit aussi en rupture car le mode d’expression de cette régulation est différente. Le duel à l’épée représente un pouvoir qu’une partie de la population qui se veut dirigeante se doit de contrôler. Il est unifié, pratiquement centralisé. Au contraire, dans le duel à mains nues, le « pouvoir » est en quelque sorte détenu par chaque individu, il y a une certaine intériorisation des normes, une nouvelle conception du corps qui se met en place et de nouvelles pratiques qui émergent [7]. Les duels à mains nues s’inscrivent bien dans le « processus de civilisation » décrit par N. Élias. Et les duellistes à la savate bénéficient d’une reconnaissance puisqu’ils recueillent les signes distinctifs du duel à l’épée en s’appropriant son image aristocratique.
16Nous pouvons noter que la savate est la seule activité de combat de percussion à avoir intégré les coups de pied, au début du xixe siècle. La Grande-Bretagne a seulement développé les combats à coups de poing. Les deux pays développent, chacun, une pratique spécifique qui semble en accord avec leur propre sensibilité culturelle. Les rencontres de boxe anglaise se produisent selon une logique du spectacle et du pari qui relève d’une culture compétitive favorisant une logique motrice centrée sur le résultat et donc l’utilisation des poings, le courage et l’endurance physique. En revanche, les coups de pieds, plus techniques, et demandant un apprentissage long et difficile, en sont exclus. En France où domine une culture du paraître, le pari compétitif existe peu. Tout se passe comme si le duel le remplaçait.
De la savate à la boxe française
17Cette pratique qui appartient en priorité au peuple de Paris fait partie du domaine public dès 1830. Des romans attestent la réalité sociale de cette pratique. Ainsi Honoré de Balzac dans son roman Splendeurs et misères des courtisanes arme Europe, une de ses héroïnes, de « ce coup si sec, si connu de ceux qui pratiquent l’art dit de la savate » [8]. Eugène Sue, quant à lui, prête à son héros, le prince Rodolphe de Gerolstein, la connaissance de la savate, ce qui lui permet de se garder des mauvais garçons lors de ses excursions humanitaires en milieux louches.
18L’ouverture de nombreuses salles permet à la savate de passer de la rue à l’intérieur et cet enfermement modifie le recrutement de son public. L’aristocratie et la bourgeoisie vont s’approprier cette pratique. M. Casseux, « institutionnalise » la savate en ouvrant une salle dès 1825 où il enseigne au duc d’Orléans et à Lord Seymour baptisé « Milord l’Arsouille ». Charles Lecour ouvre lui aussi une salle rue Montmartre qui voit défiler toute la noblesse de l’époque comme le marquis de Noailles, le duc de la Rochefoucauld…
19Le passage de la savate de la rue avec sa recherche d’efficacité immédiate aux gymnases des hôtels particuliers et aux salles de sport consacre la codification et l’évolution des techniques : on passe à une posture plus droite, de profil, on utilise des coups plus aériens qui pourront toucher la tête, il y a une mise à distance qui indique que l’on privilégie l’esquive, l’adresse, la technique plus que le rapport de force. Le titre du premier livre écrit sur cette pratique par L. Leboucher en 1844 parachève le processus d’évolution de la savate. Le changement d’appellation montre que la savate prend une connotation vulgaire et le terme boxe française le remplace [9]. Th. Gautier écrit en 1842 « la savate est désormais désencanaillée, et prendra dans les pensionnats place à côté de la gymnastique et de l’escrime ». Le déplacement des salles, petit à petit, vers l’ouest de la capitale, plus bourgeois et aristocratique alors qu’elles étaient auparavant concentrées dans le centre et l’est, signe la reconnaissance de cette pratique.
20Une nouvelle ère s’annonce. L’ouverture de salles officielles et leur fréquentation vont transformer de manière durable la savate dans le Paris de la République et de l’Empire. Il y a une forme de récupération par la classe « dominante ». Ainsi les frères Lecour ont une salle renommée où ils enseignent ce qu’on pourrait appeler une boxe française gymnastique, qui s’oppose totalement à la savate primitive par ses objectifs hygiéniques et par ses exercices sobres. La population qui fréquente la salle Lecour est des plus distinguées et des plus diverses. Ce sont « des docteurs en médecine et des docteurs en droit, des agents de change et des fonctionnaires, des rentiers, des étudiants » [10]. Charles Lecour est considéré par Th. Gautier comme le père de la boxe française, le premier à allier l’art des coups de pied et celui des coups de poing de la boxe anglaise.
« M. Charles Lecour a réduit en art cette escrime des truands, cette boxe de la cour des miracles… Revus et corrigés par lui, ces gestes ignobles ont pris de l’élégance et de la grâce » [11].
22Ce modèle gymnastique correspond à l’habitus de la bourgeoisie et de l’aristocratie de l’époque.
Âge d’or de la boxe française
23La période suivante qui s’étend de la fin du Second Empire à la première guerre mondiale va voir la boxe française s’imposer comme un des sports à la mode. La grande figure de l’époque est sans conteste Joseph Charlemont. Comme l’écrit B. Plaisait :
« Peu d’hommes ont marqué leur sport d’une empreinte aussi profonde, aussi bénéfique, aussi durable. La période Charlemont est celle de la boxe française sportive et éducative, scientifiquement élaborée, méthodiquement imposée aux mœurs de l’époque » [12].
25Joseph Charlemont qui avait appris la boxe française à l’armée, connaît une brillante carrière de professeur et de tireur [13]. Par ses écrits, il va codifier la boxe française et mettre au point une nouvelle méthode tant par les techniques que par ses conceptions. Ce modèle, qualifié par J.-F. Loudcher « d’académique » dépasse le modèle gymnique de Lecour en lui adjoignant des caractéristiques hygiéniques nouvelles (corps droit, équilibre de l’individu) et esthétiques afin d’en faire un spectacle choisi [14]. La boxe française académique se justifie surtout par l’amélioration de la santé, en accord avec les discours scientifiques et médicaux dominants. Les premières phases de la préface du livre du docteur F. Lagrange l’atteste :
« C’est que la boxe française telle que Charlemont l’a modifiée et la professe n’est plus seulement l’art de la défense personnelle : c’est le plus hygiénique de tous les sports et c’est, de toutes les formes de la gymnastique celle qui s’adapte le mieux à l’éducation physique du jeune homme et de l’enfant, celle qui développe le plus régulièrement toutes les parties du corps humain, qui perfectionne le plus sûrement toutes les aptitudes physiques » [15].
Coup d’arrêt par le coup de pied de flanc, porté de la jambe placée en avant, extrait de J. Charlemont, cf. n. 15
Coup d’arrêt par le coup de pied de flanc, porté de la jambe placée en avant, extrait de J. Charlemont, cf. n. 15
27J. Charlemont a compris tout l’intérêt financier que peut représenter ce sport sorti des « barrières », si on parvient à le proposer à une autre clientèle et à le pratiquer dans les salles privées. Il fonde une académie de boxe en 1887, véritable complexe gymnastique avec salle de réception, douches, salle hydrothérapique… ce qui marque l’aspect commercial de sa démarche. La BF devient un sport à la mode et la bourgeoisie paie fort cher pour assister aux cours du maître et avoir l’impression de « s’encanailler » en toute sécurité puisque les assauts se pratiquent à la touche « contrôlée » [16] et le corps à corps est interdit. Comme le note G. Andrieu :
« La boxe française de Charles Charlemont est héritière des savetiers et des maîtres de chausson et si l’élégance a remplacé la bestialité, c’est tout simplement parce que cet art de voyou s’est embourgeoisé en se rapprochant de l’escrime et des assauts courtois que se livraient alors les maîtres en présence d’une clientèle pour qui les airs comptaient plus que l’efficacité » [17].
29Des démonstrations ont souvent lieu au Grand Orient de France, rue Cadet. Grâce aux relations qu’il s’est faites, les plus hautes personnalités fréquentant sa salle, Charlemont obtient de pouvoir nommer lui seul des prévôts. Aucune rencontre de l’époque ne se fait sans son autorisation. Cette volonté de mainmise et de contrôle commercial explique alors qu’il ne forme que deux élèves, son fils Charles et Victor Castères, afin d’éviter la concurrence d’autres salles privées.
30Depuis la pratique informelle de J. Charlemont avant la guerre de 1870, la boxe française à l’armée s’est transformée de façon particulière. La « méthode de Joinville », du nom de la localité — Joinville-Le-Pont — qui allait devenir célèbre pour la formation des enseignants de gymnastique (école de Joinville créée en 1852), se caractérise par la défense sur quatre faces, contre d’invisibles et multiples adversaires qu’impressionnait certainement l’art martial de nos soldats [18]. Le modèle de Joinville se diffuse et devient obligatoire dans le corps de troupe de l’infanterie après la parution du manuel militaire de 1877. Le caractère analytique de l’enseignement avec cette méthode, ainsi que l’absence d’assauts permettent une pratique de masse et justifie son utilisation par l’armée.
La boxe française à l’École normale militaire de Joinville-Le-Pont carte postale 11, 1901)
La boxe française à l’École normale militaire de Joinville-Le-Pont carte postale 11, 1901)
31Une autre institution s’empara de la boxe française : l’école. Dès 1853, la boxe française est introduite au lycée Chaptal. Le modèle de Joinville se diffuse après 1880 à l’école, via les bataillons scolaires et les sociétés conscriptives dans cette période nationaliste et revancharde. Les républicains, solidement installés au pouvoir, vont faire de la gymnastique l’instrument de la revanche. Comme par ailleurs, les professeurs de gymnastique sont en majorité d’anciens militaires, ils assimilent éducation physique et préparation militaire, exercices corporels et exercices militaires. La création des bataillons scolaires en 1881 semble marquer le point d’orgue de l’embrigadement. Cette notion de citoyen-soldat est illustrée dans les noms évocateurs : dans le Pas-de-Calais, sur 67 sections de gymnastique recensés entre 1885 et 1914 61 % ont choisi une appellation à connotation patriotique « Pro-Patria », « La Revanche », « l’Espérance »…) [19].
32Dans les manuels scolaires officiels de gymnastique, la boxe française est intégrée à la « gymnastique de développement ». Elle est considérée comme un exercice préparatoire à la gymnastique qui demande force et vigueur. Le modèle de Joinville est remis en question au début du siècle par une forme de boxe plus analytique de type hygiénique, néo-suédois, où les assauts sont évacués. Les Lendits (concours entre écoles avec des épreuves de gymnastique, des jeux sportifs…) ainsi que la méthode naturelle de G. Hébert retiennent la pratique de la boxe française, mais toujours sous des formes très contrôlées. Les raisons invoquées pour expliquer le choix de cette pratique sociale comme contenu d’enseignement plutôt que la boxe anglaise dans les établissements scolaires tiennent au contexte historique particulier : la qualité « française » de la boxe dans ce contexte de revanche que connaît la Troisième République, la distinction « aristocratique » de cette activité par rapport à la « popularité » de la boxe anglaise, une certaine éthique limitant la violence.
33Au tournant du siècle, le succès de la boxe française est alors général. On la pratique dans l’armée, dans les lycées et dans les sociétés sportives, notamment gymniques. On fréquente la salle pour en découdre à la loyale, pour apprendre à rester le maître en toutes circonstances, ou simplement pour avoir le privilège de tirer au plastron contre maître Charlemont ou Castères. Plaisait note que « la boxe française fut le sport à la mode des années 1900. Le siècle commence par les premiers championnats du monde en 1903 » [20].
34De nouveaux professeurs s’installèrent et la boxe française essaime en province et dans les pays limitrophes (Belgique, Italie…).
Éclipse de la boxe française
35Joseph Charlemont a eu le mérite de codifier, de donner un statut à la boxe française. L’utilisation commerciale qu’il en a faite avec son fils Charles a permis de la propulser au rang des exercices les plus à la mode à leur époque. Ils ont réussi à créer autour de la boxe française une large audience qui a permis une bonne part de son évolution.
36Paradoxalement pour un ancien communard, Joseph Charlemont n’a pas manifesté la volonté de « démocratiser » cette pratique. Une fois sa clientèle établie, il n’était pas question de permettre aux moins fortunés de pénétrer ce club très privé. La technique de la boxe française s’en est beaucoup ressentie. Elle a commencé par perdre ses qualités défensives, puisque le public auquel elle s’adresse « tirait » uniquement en salle et entre gens du même monde. Il s’agissait alors de pratiquer un sport complet, mais surtout très esthétique, avec des figures extrêmement détendues qui fleurent bon l’assaut courtois. Le monopole de la méthode Charlemont va enfermer la boxe française dans un passéisme : il a préféré ne pas déplaire aux pratiquants huppés de son temps en maintenant une méthode relativement élégante mais trop figée, ce qui lui a conféré cet aspect désuet. Charlemont ne s’est pas soucié de l’évolution de la boxe française mais simplement du confort de ses élèves. Ainsi que le souligne M. Delahaye : « Et la boxe française au travers des Charlemont est devenue le sport symbole d’un temps révolu » [21]. Rappelons-nous la chanson satirique des frères Jacques il y a quelques décennies….
Coup de pied de flanc. Extrait de J. Charlemont, cf. n. 15
Coup de pied de flanc. Extrait de J. Charlemont, cf. n. 15
37Lors de la première guerre mondiale, la boxe française a perdu un grand nombre de ses enseignants, champions et adeptes qui ne furent jamais remplacés par la suite.
38D’autre part, le champ des activités physiques de combat voit apparaître d’autres concurrents. Le jiu-jitsu, ancêtre du judo, importé du Japon, paré du mythe oriental et des effets de la guerre russo-japonaise obtient une franche audience [22] et empiète sur l’auto-défense.
39La boxe anglaise, surtout, s’installe sur le créneau de la compétition et du spectacle. Selon A. Rauch, plus que les Anglais, ce sont les Américains qui vont déterminer le succès de la boxe anglaise en France. Ces boxeurs n’ont que peu de points communs avec les tireurs de la boxe française. Distance des corps, style des adversaires, intimité du spectacle, choix des lieux et des civilités, tous ces usages se trouvent bousculés, les combats en anglaise font découvrir des « brutalités exotiques ». Corps à corps rapprochés, intensité des coups, publicité des spectacles n’appartiennent pas au modèle « académique » cher à Charlemont. Il y a là une opposition doctrinale entre l’affrontement brutal et la touche élégante. L’engagement physique, le dépassement de soi, un certain individualisme, le courage des « sportsmen » qui boxent au finish en anglaise contrastent avec le style élégant et désuet fait de grâce et d’agilité du tireur. Progressivement le spectacle de la boxe anglaise remplace celui de la boxe française, car le combat au finish est plus valorisé par le public que des assauts où l’on s’arrête au premier coup. « La volonté distinctive de sociabilité range la boxe française au rang des civilités de l’ancienne France » [23]. La boxe française, figée dans sa tradition résiste à l’évolution sportive inéluctable des pratiques corporelles et va vivre sur sa lancée, sur sa réputation de sport éducatif et sans danger. Le déclin de la boxe française est alors évident. Même l’armée supprime la leçon sur les quatre faces et remet en question le modèle de Joinville dans l’institution militaire.
40Le contrôle des coups, la posture du corps et la distance de garde, la rupture des échanges justifiée par un discours hygiénique et esthétique limitent son expression compétitive. Ses partisans les plus fervents se lancent dans la boxe anglaise qui est plus valorisante en compétition [24].
41La boxe française académique qui suppose un enseignement individualisé, sans expression d’affrontement, est également en décalage par rapport aux critères scolaires qui nécessitaient d’enseigner le combat sous sa forme récréative et à des grands groupes. Elle est évacuée des programmes scolaires de gymnastique pour le premier cycle du secondaire et limitée dans le deuxième à partir de 1925 [25].
42L’incapacité à proposer des finalités « sportives » qui soient en symbiose avec la société française explique que la situation de la boxe française ne soit pas très brillante entre les deux guerres, malgré quelques sursauts tels que les Jeux Olympiques de Paris en 1924, où la boxe française fut admise en tant que sport de démonstration [26].
43La seconde guerre mondiale porta un coup très dur à la boxe française qui décline dangereusement. Loin de connaître le succès des matchs à sensation de la boxe professionnelle, elle faillit disparaître définitivement avec l’Occupation. Si nous nous référons au bulletin de liaison de la boxe française [27], la situation de la boxe française n’est pas brillante à la Libération puisqu’il n’existe plus que trois salles de pratique à Paris et quelques dizaines de pratiquants.
Renouveau de la boxe française
44Malgré cette indigence, la Fédération française de boxe maintient cependant très sportivement la commission de boxe française et laisse ses locaux à disposition pour de rares réunions amicales. P. Baruzy, ancien élève de Charlemont et tireur aux qualités remarquables [28], comprend que le problème essentiel pour la survie de la boxe française est avant tout de recruter des élèves et de former des enseignants. Ce propagandiste infatigable entreprend des tournées en province, organise des assauts afin d’implanter la boxe française dans le plus grand nombre possible de villes. Il loue des salles, forme des moniteurs et édite à ses frais un bulletin de liaison pour que la boxe française reste vivante dans l’esprit des supporters. Sous sa férule, la boxe française reste cependant enfermée dans l’académisme d’avant-guerre du point de vue des techniques mais aussi des mentalités. Elle est avant tout éducative par les valeurs qu’elle représente et les qualités viriles et morales qu’elle est censée développer : qualités d’auto-défense, de confiance en soi et de santé physique. L’éducatif est privilégié par rapport au combat et à la compétition ; les techniques gestuelles de la boxe française mais aussi la manière de les délivrer, autorisent seulement des rencontres « courtoises ». Quelques enseignants influencés par l’esprit du jui-jitsu, voire de la boxe anglaise, prônent une tendance combative : la recherche du contact et de la continuité des actions plus que leur rupture et la mise à distance comme dans la pratique académique [29]. L’opposition classique entre deux formes de pratiques et deux tendances sociales est clairement exprimée par J.-F. Loudcher : « À l’ascèse collective du combat, de la compétition pour les classes moyennes correspond l’ascèse individuelle de l’assaut pour les classes sociales distinguées » [30]. L’avènement de la Cinquième République en 1958 et la montée du sport de compétition comme enjeu symbolique national sous la direction du secrétaire d’État aux Sports Maurice Herzog amène la naissance d’un modèle sportif académique avec la création du Comité national de boxe française (CNBF) en 1965 qui montre que la gestion de la boxe française ne peut plus se satisfaire du caractère privé que promeut P. Baruzy. Le CNBF est intégré au sein de la Fédération française de judo en tant que discipline associée [31], et rompt avec la Fédération de boxe anglaise.
Bulletin de liaison de la boxe française, février 1948. Dernier lien pour les quelques pratiquants
Bulletin de liaison de la boxe française, février 1948. Dernier lien pour les quelques pratiquants
45Les tenants du courant éducatif déployent leurs efforts pour investir le secteur scolaire et universitaire. Ainsi est organisé un championnat de France universitaire en 1972. Les tenants de l’option combat privilégient quant à eux le milieu privé et préfèrent les compétitions civiles. Finalement, l’identité sportive de la boxe française émerge peu à peu. La création d’une fédération autonome, la Fédération nationale de boxe française [32], en 1973, renforce sa reconnaissance sportive. Les enseignants d’éducation physique qui sont majoritaires au sein de la boxe française [33] valorisent l’option éducative plutôt que l’option compétitive. Après une tentative de scission par les tenants de l’option combative qui valorisent l’efficacité dans l’enceinte et les techniques spectaculaires [34], le mouvement de réconciliation sous l’impulsion ministérielle et la concurrence des autres pratiques de combat [35] aboutit à la création de la Fédération française de boxe française savate et disciplines associées en 1978. À partir de ce moment, elle devient véritablement un sport de compétition et connaît un développement constant puisqu’elle compte aujourd’hui environ 30 000 licenciés, 45 000 pratiquants et un peu moins de 1 000 clubs. La création en 1985 d’une Fédération internationale de boxe française consacre l’effort « d’exportation » de cette discipline qui organise maintenant, régulièrement, un championnat du monde et espère dans un avenir proche la reconnaissance olympique.
La boxe française dans le Nord
46La ligue actuelle de Flandre-Artois est une région phare de la boxe française en France, à la fois par le nombre de ses licenciés et par ses résultats sportifs [36].
47Retraçons les grandes lignes de l’implantation et du développement de ce sport de combat telles que nous avons pu les reconstituer malgré les difficultés évoquées dans l’introduction.
48Les premières traces remontent à 1865 avec Joseph Charlemont qui est né à Lesdain, petit village du département du Nord, le 12 avril 1839. Ayant appris les rudiments de la boxe lors de son séjour à Paris avec le 19e régiment des chasseurs, il est détaché à Arras où il est chargé de l’enseignement de la boxe et de la canne. Il applique alors les bases qu’il avait étudiées pendant son séjour à Paris tout en innovant par un travail personnel.
49Dans un ouvrage déjà cité [37], nous pouvons lire
« voici comment à Arras, Charlemont fit connaître avec Boulanger, brigadier maître d’armes au 2e régiment de dragon, la boxe française. C’est alors qu’il commence à organiser des petits assauts dans les communes environnantes d’Arras ».
51Charlemont, qui avait le sens du commerce annonçait ses assauts par de petites circulaires et des articles dans le journal L’indépendant de Douai. Cela était efficace puisque
« Charlemont était connu avantageusement dans le Nord et le Pas-de-Calais : Arras, Roeux, Vitry, Saint-Nicolas… Abscon, Oigny et Denain, furent témoins de ses premiers exploits et en conservèrent un bon souvenir ».
53Ayant participé activement aux événements de la Commune [38], il doit s’exiler en Belgique où il tente de mettre en place les futures structures de la boxe française, de publier son traité en 1878, en ordonnant, classifiant et codifiant comportements et attitudes. La « griffe » Charlemont est née. Grâce à ses démonstrations et à ses assauts, il ouvre une salle où la bourgeoisie belge vient prendre des leçons.
54C’est le point de départ de la boxe française en Belgique.
« Charlemont prit le retour de la France en 1879 et il quitte la Belgique après une tournée triomphale à Bruxelles, Anvers, Verviers, Liège, Charleroi. La boxe française s’est depuis implantée chez nos amis où la ligue royale belge de boxe française maintient la tradition avec la foi et le succès que nous connaissons. Depuis cette époque s’était établie la tradition de rencontres franco-belges » [39].
56La Belgique resta un des rares foyers, avec l’Italie, de pratique durable de la boxe française : l’union gymnastique de Charleroi organise un gala en 1887 où figure la boxe française, des tireurs belges participent aux jeux olympiques de Paris en 1924, une rencontre franco-belge a lieu en 1964 [40].
57Selon Charlemont, il existe à Lille des professeurs de boxe française qui prennent part aux assauts donnés en Belgique « Bailly (professeur de Lille), Loridan (professeur de Lille)… » [41].
58Jean Desruelles, né le 14 août 1874 à Roncq, et élève de Charlemont, développe la boxe française académique au début du vingtième siècle à Roubaix où il fonde en 1901 une Académie de boxe française rue Saint-Georges. Il gagne le titre de champion du monde des poids lourds professionnels en mars 1908 [42]. Professeur de culture physique, il donne des cours privés à la bourgeoisie industrielle roubaisienne ainsi que des leçons au lycée Gambetta de Roubaix. Sa réputation est très grande puisqu’il est signalé dans le Dictionnaire biographique illustré du Nord [43]. Il fut le propagateur de la boxe française dans le Nord [44] dans les années 1900. La fidélité à Charlemont et à sa méthode académique s’exprime clairement à travers cet extrait :
« Véritable père de la boxe française, celui qui a contribué le plus à la diffusion de ce beau sport, j’ai nommé M. Charlemont père, dont je m’honore d’être l’élève. La salle rue des Martyrs est un modèle d’installation. C’est là que je fis mes premières armes. J’y restai trois ans avant de venir ouvrir ma salle à Roubaix le premier mars 1901, sollicité par les sportsmen roubaisiens qui avaient eu la bonne idée de venir prendre quelques leçons chez Charlemont en 1900 lors de l’exposition universelle. La boxe française est sans conteste le plus complet de tous les sports : jeunes gens, adultes, femmes, enfants, fillettes, tout le monde peut et devrait la pratiquer. Suivez une démonstration de boxe française et vous verrez qu’aucun muscle, aucune partie du corps ne reste inactif » [45].
60Après un arrêt de cinq ans dû à la guerre, il réouvre sa salle le 3 octobre 1919 [46].
J. Desruelles, collection particulière. Cliché X
J. Desruelles, collection particulière. Cliché X
61À notre connaissance, deux autres salles fonctionnent également. La première est l’Académie des Sports de Roubaix, ouverte en septembre 1919 par le professeur diplômé Édouard Dubus, ex-moniteur de l’École gymnastique de Joinville, 41, rue du Chemin de Fer [47]. E. Dubus est plus polyvalent que J. Desruelles puisqu’il enseigne aussi la boxe anglaise, les poids, la lutte. Les galas qu’il organise en 1919-1920 comportent majoritairement des combats de boxe anglaise, ce qui corrobore ce que nous avions mis en évidence précédemment: le déclin progressif de la boxe française et la montée en puissance de la boxe anglaise, plus spectaculaire. Cela est confirmé par le succès de la salle de boxe, installée, 4 bis rue Royale à Lille, et dirigée par le frère de Jean Desruelles, Hubert, qui a été champion de France de boxe anglaise en 1908 et qui n’enseigne la boxe française qu’accessoirement.
62Le désarroi de la boxe française entre les deux guerres se mesure aussi par le fait qu’il n’existe que deux foyers, hormis ceux cités. Edmond Grumelart, à Boulogne-sur-Mer, professeur de culture physique donne des cours dans sa salle place Navarin à la bourgeoisie locale. Bouchez et Goffet au Boxing Club d’Amiens entretiennent la flamme picarde et forment quelques combattants [48].
63À titre illustratif, nous ne relevons aucun compte rendu de gala, aucune « réclame » pour la boxe française en 1933 [49]. De même, la consultation de la liste des unions d’associations du département du Nord ayant effectué la déclaration prévue par l’article cinq de la loi du 1er juillet 1901, ne fait apparaître aucun club de boxe française en 1929. Enfin le dépouillement de la presse régionale [50] pour l’année 1925 ne nous donne aucun article relatif à une rencontre ou à un gala où figureraient des assauts de boxe française.
64Il faut cependant souligner qu’il existe des lieux de pratique non institutionnalisés où une forme de boxe française non « commerciale » est enseignée jusque dans les années trente. Par exemple, une partie de la jeunesse ouvrière d’Hellemmes, des militants socialistes, recherchent une « culture de combat » et s’entraînent dans le cadre des jeux de bouchons [51] dans l’ancienne salle d’un estaminet, puis dans celui de la société de gymnastique l’Avenir hellemmois jusqu’en 1923 [52].
65Le déclin de la boxe française dans la région à cette période est illustré par le cas de Georges Carpentier. Né le 12 janvier 1894 à Liévin, il commence sa carrière par la boxe française dans une société de gymnastique nommée la Régénératrice. Outre la gymnastique, le professeur Descamps qui enseigne dans les écoles de Lens, donne des cours de boxe anglaise et française. G. Carpentier devient champion de France de boxe française à 14 ans. Mais il se tourne très vite vers la boxe anglaise, toujours sous la direction de Descamps, car elle est plus rémunératrice et plus valorisante socialement [53].
66G. Carpentier a raconté en 1954 ses débuts précoces en boxe française dans son livre Mon match avec la vie :
« …Cependant, je fréquentais toujours assidûment la salle Descamps. Je faisais de plus en plus de boxe française… Descamps m’avait incorporé à la section des adultes. Je devins assez rapidement le meilleur du lot. Quels que fussent l’âge et la taille de mes adversaires, je les dominais par mon agilité et l’efficacité de mes coups. Je me servais surtout de mes pieds, très peu de mes poings. »
68Après la Libération, c’est la « traversée du désert » d’une boxe française qui n’a pas su s’adapter aux exigences du monde moderne. Alors que l’intérêt du public s’est porté sur le plan pugilistique vers les combats professionnels de boxe anglaise au Wonderland lillois, à la salle des orphéonistes de Roubaix…, il ne reste qu’une salle au nord de Paris. Le professeur Grumelart reprend ses activités à Boulogne-sur-Mer en 1945 [54]. Un de ses élèves, Charles Watel, qui a connu Charles Charlemont de 1936 à 1939, reprend le flambeau en 1948 dans le cadre de son activité professionnelle de kinésithérapeute, et donne des leçons individuelles dans son cabinet. C’est une boxe française gymnastique à visée rééducative.
69Une orientation un peu plus sportive se dessine en 1952 avec la création de l’Haltérophilie Club Boulonnais [55] où Charles Watel enseigne la boxe française, la boxe anglaise et l’haltérophilie. Faute d’autres clubs régionaux, il se contente de démonstrations en public [56].
70À la fin des années cinquante, à Roubaix, Jules Leclerc, ancien moniteur de l’école de Joinville et sous-officier de carrière, enseigne, en tant que maître d’EPS dans le cadre de ses cours au lycée privé Saint-Remi, des rudiments de boxe française à ses élèves. Mais il ne développe pas l’aspect sportif et n’ouvre pas de club.
71La renaissance de la boxe française nordiste se fait à partir du foyer universitaire lillois. En 1961, les quatre facultés lilloises s’ouvrent au sport sous l’influence du recteur Debeyre. Les sports de combat : boxe française, judo, lutte, boxe anglaise sont proposés aux étudiants intéressés. Lucien Batigne, professeur d’EPS, spécialiste de ces activités, est recruté à cet effet.
72Le comité national de boxe française, en 1965, le nomme responsable dans le Nord [57]. Le Lille Université Club, section boxe française, démarre en 1968 et l’institutionnalisation continue avec la création du Comité régional de boxe française en 1970 sous la présidence de J. Lombard, professeur de sociologie à l’Université de Lille I. Jules Leclerc et Charles Watel rejoignent cette ligue. En 1976, la région du Nord est la première région (après Paris) par le nombre de licenciés. Elle organise le premier critérium universitaire à Lille. L. Batigne partisan d’une boxe française éducative [58], forme de nombreux enseignants par le biais de stages au CREPS de Wattignies et favorise ainsi la création de clubs. Dès 1974, au premier championnat régional s’affrontent à Béthune des tireurs de Lille, Roubaix, Boulogne, Béthune, Fourmies… La politique de formation, à partir du LUC, se fait également sentir en Belgique puisque des professeurs d’EPS belges viennent s’entraîner et passer des diplômes avec L. Batigne [59]. Des contacts avec l’Angleterre sont noués à la fin des années soixante-dix par le biais du club de Boulogne, pour initier quelques Anglais à notre sport national et tenter de créer un comité national de boxe française en Grande-Bretagne : l’expérience tourne court.
La Voix du Nord, 28 novembre 1959
La Voix du Nord, 28 novembre 1959
73L’expansion de la boxe française s’est poursuivie puisque la ligue Flandres-Artois compte aujourd’hui une cinquantaine de clubs affiliés. Cette vitalité témoigne que la boxe française dans le Nord a réussi à trouver son identité et son unité.
Conclusion
74La boxe française savate appartient véritablement à l’histoire de notre pays. Ses origines et son développement ne suivent pas un schéma simple et linéaire et doivent être mis en rapport avec les conditions socio-historiques dans lesquelles elle évolue. Ainsi, l’utilisation des pieds dans le duel à mains nues relève d’une spécificité culturelle et politique, d’une certaine « culture corporelle ». En conséquence, la société française n’a pas élevé de barrière morale envers cet emploi du pied (contrairement à l’Angleterre par exemple). Cela se voit dans d’autres domaines comme la danse (et le french cancan).
75Le modèle de Joinville (caricaturé par J. Gabin et L. de Funès dans le film Le Tatoué) émerge dans un contexte français particulier (réorganisation de l’armée, bataillons scolaires…). Le modèle académique de Charlemont qui devient hégémonique met en valeur l’aspect hygiénique (bras en balancier), l’activité de démonstration, de loisir, « de self-défense », basés sur l’échange symbolique et fortement influencés par l’eugénisme de la fin du siècle dernier. Ce modèle va s’opposer aux valeurs du sport de compétition, d’engagement physique et de professionnalisation.
76L’inadéquation de ce modèle, figé dans sa tradition et la concurrence de la boxe anglaise, provoque son déclin entre les deux guerres et son remplacement par une forme sportive éducative plus adaptée au contexte social des « Trente Glorieuses ». Une tendance minoritaire prônant le combat et l’efficacité conduit à une scission puis à une réunification autour d’une forme sportive de compromis à la fin des années soixante-dix.
77Aujourd’hui, face à la concurrence des autres sports de combat, la boxe française moderne multiplie les formes de pratiques comme la savate-forme (utilisation des gestes de boxe sur fond musical dans une perspective esthétique et hygiénique), la savate-défense qui renoue avec les origines des combats de rue, afin d’accroître considérablement le nombre de ses pratiquants et retrouver une audience un peu plus conforme à son histoire. Et si le terme « française » fait encore resurgir chez le novice les inévitables clichés début du siècle (moustaches en guidon de vélo, collant style « frère Jacques » et les combats du feuilleton télévisuel les brigades du Tigre), l’ironie de l’histoire est le retour en grâce du terme savate, qui était entaché du péché des origines [60]. La fédération internationale envisage d’abandonner le terme de boxe « française » qui peut nuire à son implantation à l’étranger du fait de sa connotation trop hexagonale, pour le remplacer par celui de savate.
78Terminons par cette réflexion qui pourrait être une piste de recherche. L’analyse comparée de l’évolution de la boxe anglaise et de la boxe française en France fait apparaître un développement contrasté, car à l’apogée de l’une correspond l’affaiblissement de l’autre et inversement. La plupart des historiens de la boxe anglaise situent son extension avant et après la guerre de 1914-1918 en France, en particulier pendant les années trente, corrélativement à la crise de 1929, à une forte augmentation du chômage, de l’immigration et au mythe de l’ascension sociale par le sport. C’est justement pendant cette période que la boxe française subit une longue période de stagnation. Les années soixante, qui voient renaître la boxe française consacrent le déclin de la boxe anglaise en France. Elle perd 50 % de ses effectifs entre 1950 et 1970 [61].
79Ce constat d’un décalage d’évolution nous interroge : est-il dû à la structure de ces deux sports de combat, à une différence radicale qui renvoie à leur origine, à une utilisation pédagogique plus ou moins opportune… ?
Bibliographie
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- H. de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, Paris, Gallimard, bibliothèque de la Pléïade, 1952.
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- J. Charlemont, La boxe française, traité historique et pratique, Bruxelles, Imp. A. Lefèvre, 1878, 128 p.
- M. Delahaye, Savate, chausson et boxe française d’hier et d’aujourd’hui, Paris, Trédaniel éd., 1994, 201 p.
- T. Gautier, Le maître de chausson dans les Français peints par eux-mêmes, Paris, L. Curmer, 1842.
- L. Leboucher, Traité de boxe française et anglaise, Paris, 1844, 36 p.
- J.-F. Loudcher, Histoire de la savate, du chausson et de la boxe française (1797-1978), Paris, l’Harmattan, 2000, 306 p.
- J. Moreau, C. Charlemont, A. Lusciez et Deriez, La boxe anglaise, française, lutte, Paris, Larousse, 1911, 80 p.
- N. Nadaud, Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon, Paris, Voix Ouvrières, 1895, 238 p.
- B. Plasait, Défense et illustration de la boxe française, Paris, Sedirep, 1971, 173 p.
- A. Rauch, Boxe, violence du xxe siècle, Paris, Aubier histoire, 1992, 427 p.
Mots-clés éditeurs : boxe française, duel, histoire, savate, sportivisation
Date de mise en ligne : 01/10/2014
https://doi.org/10.3917/rdn.355.0273