Introduction
- Par Olivier Chovaux
Pages 265 à 272
Citer cet article
- CHOVAUX, Olivier,
- Chovaux, Olivier.
- Chovaux, O.
https://doi.org/10.3917/rdn.355.0265
Citer cet article
- Chovaux, O.
- Chovaux, Olivier.
- CHOVAUX, Olivier,
https://doi.org/10.3917/rdn.355.0265
Notes
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Olivier Chovaux, atelier SHERPAS, Université d’Artois, UFR STAPS, chemin du Marquage, 62800 Liévin, maître de conférences en histoire contemporaine, directeur du LAMAPS (Laboratoire d’Analyse Multidisciplinaire des Pratiques Sportives).
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[1]
J.-P. Rioux, « Vers une histoire du sport en France », in Vingtième Siècle, 1984.
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Sciences et techniques des activités physiques et sportives. Quelques centres de recherches de ces UFR se consacrent à l’histoire des activités physiques, en particulier le laboratoire Sport et culture (Université de Paris X), le Centre de recherches et d’innovation sur le sport (CRIS, Université de Lyon 1), le laboratoire Corps et culture (Université de Montpellier), ou encore l’équipe de recherches en histoire et sociologie du sport (Université de Besançon).
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[3]
On peut citer à ce propos les travaux de Théodore Zeldin, Stefano Pivato, Eugen Weber, Richard Holt et Heiner Gillmeister.
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Une chronologie exemplaire, malgré son titre : J. Thibert, J.-P. Rethacker, La fabuleuse histoire du football, Paris, éditions la Martinière, 1996, 796 p.
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[5]
Sur ce point, consulter : J.-F. Loudcher, Chr. Vivier, A. Gounot, « Éléments d’historiographie », dans A. Gounot, Le sport en France de 1870 à 1940. Intentions et interventions, Stadion, Allemagne, Academia Velag, Sankt Augustin, 2002, p. 7-21.
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L’expression est empruntée à Alfred Wahl. Il est impossible d’établir une liste exhaustive des auteurs et publications. Nous renvoyons le lecteur à la bibliographie indicative. Citons tout particulièrement le dynamisme de « l’École lyonnaise », et le rôle majeur de Pierre Arnaud, directeur du CRIS (Université de Lyon 2). Les travaux de Jacques Gleyse (Université de Montpellier), Thierry Terret (IUFM de Lyon), Christian Vivier (UFR STAPS de Besançon), Jean-Michel Delaplace (IUFM de Montpellier) font aujourd’hui autorité. La liste n’est bien évidemment pas close.
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Les origines et évolutions de ces relations dans : A. Wahl, « Historiens des STAPS et historiens des sciences humaines et sociales : une rencontre fructueuse », in Actes du colloque de Valence, ACAPS, novembre 2001.
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[8]
A.Wahl (dir.), Des jeux aux sports, Actes du colloque de Metz, Centre de recherches sur l’histoire et les civilisations de l’Europe occidentale, Université de Metz, 1986, 327 p. ; P. Arnaud, La naissance du mouvement sportif associatif en France. Sociabilités et formes de pratiques sportives, Presses Universitaires de Lyon, 1986, 422 p. ; B. Dumons, La naissance du sport moderne, Lyon, éditions la Manufacture, 1987, 204 p.
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R. Hubscher, « Les historiens et le sport : une mésentente cordiale ? » dans N. Seoudi, J.-M. Silvain, Mélanges en hommage à Bernard Jeu, CELRAS, Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, 2002, p. 182-197.
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[10]
D. Lejeune, Les alpinistes en France à la fin du xixe et au début du xxe siècle (vers 1875-vers 1919), thèse de 3e Cycle, Université de Paris X, 1974, 271 p. ; J.-P. Bodis, Rugby, politique et sociétés dans le monde des origines à nos jours. Étude comparée, Thèse de Doctorat d’État, Université de Toulouse 2, 1986.
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[11]
R. Hubscher (dir.), L’histoire en mouvements. Le sport dans la société française (xixe-xxe siècle), Armand Colin, 1991, 559 p. ; A. Corbin (dir.), L’avènement des loisirs (1850-1960), Aubier, 1995, 469 p. ; A. Wahl, Les archives du football : sport et société en France (1880-1980), Gallimard, Coll. Archives, 1989, 354 p. ; Id., La balle au pied. Histoire du football, Gallimard, Coll. Découvertes, 1990, 176 p.
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[12]
La revue Vingtième Siècle a consacré un numéro thématique au football (n° 26, avril-juin 1990). Les Annales ont publié deux articles consacrés aux pratiques et techniques sportives en 1996 et 1998. Plus récemment, le dossier thématique consacré au Tour de France dans la Revue européenne d’histoire sociale (n° 7, juillet 2003). Depuis les vingt dernières années, près de trente articles ont été également publiés dans la revue l’Histoire.
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[13]
Sur ce point, se reporter à : R. Hubscher, Les historiens et le sport…, p. 184. Pour les UFR d’Histoire des Universités du Nord et du Pas-de-Calais, la liste des mémoires de maîtrise et DEA consacrés au sport, établie à partir des tables de la Revue du Nord, figure dans la bibliographie indicative.
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[14]
Créé en 1976 par le professeur Bernard Jeu, le CELRAS (Centre de recherche lillois en analyse du sport) associe, depuis sa création, universitaires et personnalités du monde du sport, autour de thématiques transdisciplinaires. Il organise chaque année des tables rondes et dispose d’un fonds documentaire de près de 5 000 ouvrages. Il est dirigé depuis 1995 par Jean-Marc Silvain. Sur l’œuvre de Bernard Jeu : N. Seoudi, J.-M. Silvain, Mélanges en hommage à Bernard Jeu…, p. 244 et sq. Le Centre éthique et procédures (Faculté des Sciences Juridiques Alexis de Tocqueville de Douai) aborde les aspects juridiques et fiscalistes du sport. Il est actuellement dirigé par le professeur Manuel Gros.
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[15]
Réseau régional de recherche sur le sport. Consulter : Annuaire de la recherche régionale dans le domaine du sport, édition 2000-2001, CROS, 2001, 108 p.
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[16]
Le laboratoire Sport intégration culture de Lille 2 est actuellement dirigé par le professeur Claude Sobry. Le SHERPAS (Sociologie, Histoire, Éducation, Représentations des pratiques et activités sportives) de l’Université d’Artois a pour objet de mieux comprendre l’ensemble des pratiques liées aux mondes des sports et de l’éducation physique.
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[17]
J.-Cl. Ruano Borbolan, « Histoire et sociologie : les démêlés d’un vieux couple », dans : L’Histoire aujourd’hui : Nouveaux objets, courants et débats, le métier d’historien, Paris, éditions Sciences Humaines, 1999, p. 441-447.
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[18]
J. Guibert, G. Jumel, La socio-histoire, Paris, Armand Colin, Coll. Cursus, 2002, 181 p.
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[19]
Sur ces questions, consulter : G. Vigarello, Du jeu ancien au show sportif. La naissance d’un mythe, Paris, Seuil, Coll. L’épreuve des faits, 2002, 233 p.
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[20]
P.Yonnet, Système des sports, Paris, NRF Gallimard, 1998, 254 p.
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[21]
J.-M. Brohm, Sociologie politique du sport, Presses Universitaires de Nancy, 1992, 599 p. ; P. Vassort, Football et politique. Sociologie historique d’une domination, Paris, éditions de la Passion, 1999, 379 p.
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[22]
La prochaine publication d’un guide des sources de l’histoire du sport au nord de la France, dans le cadre du projet MEMOS, pourrait contribuer au décollage de la recherche régionale en matière de sport.
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[23]
Expression de Jean-François Sirinelli à propos de l’histoire culturelle, dans : J.-P. Rioux, J.-F. Sirinelli, La culture de masse en France, de la Belle Époque à aujourd’hui, Fayard, 2002, p. 8.
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[24]
J. Thompson, « L’histoire sociale de la Grande-Bretagne du xixe siècle, entre crise et renouveau », Histoire et sociétés, n° 2, 2002, p. 20-34.
1Dès 1984, un premier état des lieux dressé par Jean-Pierre Rioux évoquait à propos de l’histoire du sport un curieux paradoxe [1]. L’appétence naturelle de la communauté des historiens pour de nouveaux objets et de nouvelles approches ne suffisait pas à faire du sport un objet légitime d’histoire. Plaidant alors pour le nécessaire « take-off » d’une discipline jusque-là quasi-exclusivement investie par les historiens des STAPS [2], l’auteur s’interrogeait sur les raisons de ce que Maurice Agulhon qualifiait fort justement de « retard français ». Alors que les historiens anglo-saxons, allemands ou italiens n’avaient pas hésité à s’y aventurer [3], la communauté hexagonale semblait plus que réticente à aborder ce « territoire du vide ».
2C’est effectivement en marge de l’Histoire classique que les premiers travaux dignes d’intérêt furent publiés. Si les productions des journalistes sportifs ne méritent pas que l’on s’y attarde, parce que la posture hagiographique tient lieu de méthode historique, certains ouvrages eurent cependant le mérite d’établir des chronologies précieuses pour l’historien [4]. Dans les années soixante-dix, les impératifs d’intégration puis de reconnaissance universitaire de la filière des STAPS ont amené certains de ses enseignants à aborder l’histoire des pratiques corporelles [5]. Les travaux pionniers de Pierre Arnaud, Bertrand During, Claude Piard, Jacques Ulmann ou encore Georges Vigarello, consacrés à l’histoire des pratiques physiques et leur forme scolaire, expliquent en grande partie ce premier « âge d’or » que connaît la recherche en matière de sport et d’éducation physique, au milieu des années quatre-vingts. Adoptant les règles de la méthode historique, inscrivant leurs travaux dans les sillages de l’histoire sociale et de l’histoire des mentalités, les « historiens des STAPS » [6] auront contribué à instituer l’histoire de la pratique et du spectacle sportif, notamment sous l’angle des sociabilités. Quelques programmes de recherches novateurs rendront possible cette rencontre entre les historiens des STAPS et les historiens classiques, créant ainsi une saine émulation [7]. Les colloques de Metz en 1985 (intitulé « des jeux aux sports »), de Lyon en 1987 (sur « la naissance du mouvement sportif et associatif ») en sont l’illustration significative. L’ouvrage de Bruno Dumons paru en 1986 ou encore l’entretien que Maurice Agulhon accorde à Pierre Arnaud dans l’éphémère revue Sport et Histoire en 1988 marqueront également des inflexions décisives [8].
3Le sport et l’histoire peuvent ainsi, selon la formule de Ronald Hubscher, constituer une « Sainte Alliance », à la condition préalable que le regard des historiens classiques se modifie quelque peu [9]. Chez les contemporanéistes, il faut sans doute compter avec la distance culturelle d’une communauté peu sensible au fait sportif. De plus, une carrière universitaire a plus de chances de se construire sur des objets plus académiques et dans des champs historiques reconnus. La conjugaison de ces deux facteurs peut expliquer que la légitimité institutionnelle du sport ne soit pas encore totalement acquise. C’est dire combien les thèses de Dominique Lejeune et de Jean-Pierre Bodis auront constitué en leur temps des œuvres pionnières [10]. Mais plus généralement, c’est après un parcours conventionnel que des historiens reconnus ont emprunté les chemins d’une histoire plus vagabonde… Les synthèses et travaux de Ronald Hubscher, Alain Corbin ou Alfred Wahl sur le football [11], les articles publiés par Jean-Pierre Rioux, Pierre Milza, Yves Lequin, Jacques Marseille, Gérard Cholvy, Gérard Noiriel, Paul Veyne, Serge Berstein, Patrick Fridenson démontrent que la plasticité et la dimension spéculaire de l’objet sport l’autorisent à enrichir les problématiques de l’histoire politique, économique, sociale ou culturelle, et à constituer un objet scientifique autonome. Si la part accordée au sport dans les revues scientifiques demeure encore limitée, répondant à des logiques d’opportunité [12], le nombre de mémoires de maîtrise, DEA et thèses de Doctorat consacrés aux pratiques sportives (indépendamment du secteur des STAPS) augmente régulièrement depuis une dizaine d’années. Dans ce domaine, les universités du Nord-Pas-de-Calais et leurs centres de recherches respectifs semblent connaître un frémissement encourageant [13].
4Au plan régional, à l’exception du CELRAS (Université Charles-de-Gaulle-Lille 3) et du Centre éthique et procédures (Université d’Artois) [14], l’essentiel de la recherche en matière de sport, pour ce qui concerne les sciences humaines et sociales, dépend des UFR STAPS ou facultés des sciences du sport, récemment fédérées au sein du 3RS [15]. Les activités et publications du SIC (Université de Lille 2) ou encore de l’atelier SHERPAS (Université d’Artois) [16] montrent combien l’approche sociologique et historique, lorsqu’elles se combinent, autorisent une lecture plus compréhensive des pratiques sportives. En ce domaine au moins, il semble que les démêlés de ce « vieux couple » puissent être mis de côté [17] afin de considérer le sport comme un objet commun, ne serait-ce que parce qu’il est un lieu de sociabilités supportant ce regard croisé [18].
5L’histoire et la sociologie peuvent permettre de rompre avec la vision trans-historique d’un sport millénaire, vision souvent imposée par les instances sportives elles-mêmes. On sait désormais combien l’analogie entre jeux traditionnels et sport moderne ainsi que cette logique tenace de continuum historique doit être combattue [19]. Produit des sociétés industrielles du xixe siècle, le sport réunit un ensemble d’activités corporelles codifiées pratiquées au sein d’espaces spécifiques. Le paradigme de la compétition, conséquence de la rationalisation des techniques et de la bureaucratisation des instances sportives, achève de définir les éléments constitutifs de la pratique et du spectacle sportifs. Inscrites dans le temps contemporain, ces deux dimensions peuvent être interrogées par l’historien et le sociologue, autour de plusieurs thèmes : origines et évolutions d’un « système des sports » [20] complexe, de ses composantes (les pratiques, les acteurs, les institutions, les espaces), de ses valeurs et fonctions symboliques. Sur ce dernier point, ce regard croisé évite deux écueils ou lectures anachroniques du fait sportif, précisément parce qu’ils ne prennent pas suffisamment en compte l’épaisseur du temps historique et les changements qu’il induit : ainsi en est-il de cet « angélisme post-coubertinien », fondé sur le caractère immuable des valeurs du sport. Sa pertinence philosophique, voire anthropologique, relayée par ses thuriféraires institutionnels que sont le CIO (Comité international olympique) ou le CNOSF (Comité national olympique et sportif français) convient mal à l’historien. Dans le même ordre d’idées, certaines critiques radicales, séduisantes dans leur cadre théorique mais faisant en quelque sorte l’économie du terrain ne peuvent séduire le sociologue [21]. On l’aura compris, c’est plus une posture impressionniste ou pointilliste qu’il convient d’adopter, tant les lectures péremptoires possèdent leurs propres limites. En se situant précisément dans cet « entre-deux », historiens et sociologues peuvent articuler leurs approches selon trois niveaux complémentaires mais également sécables : l’étude des caractères intrinsèques du sport, leur articulation avec le contexte politique, économique, social et culturel des époques étudiées, l’ensemble des représentations qu’il suggère. Nul doute que la dimension heuristique de ces deux disciplines transcende sans les gommer toutefois des postures méthodologiques différentes, et permette ainsi d’éclairer l’objet sport sous un aspect délibérément compréhensif.
6C’est précisément cette démarche que les auteurs des contributions ici réunies se proposent d’adopter, en privilégiant le prisme régional. Cette approche n’est certes pas nouvelle et a d’ailleurs constitué l’une des premières voies empruntées par les historiens du sport : Pierre Arnaud puis Thierry Terret pour la région lyonnaise, André Rauch et Alfred Wahl pour l’Alsace, Christian Vivier et Jean-François Loudcher pour la Franche-Comté, Jean-Paul Callède et Jean-Pierre Augustin pour l’Aquitaine ont déjà livré des études remarquées du phénomène sportif en région. Pour le Nord-Pas-de-Calais, en dépit de sources parfois confidentielles et d’une culture de la conservation des archives assez aléatoire [22], les initiatives des centres de recherches pré-cités et le nombre de mémoires présentés dans les Universités laissent penser que le « gap historiographique » [23] pourra être prochainement comblé.
7La contribution de Christian Dorvillé porte sur l’étude des conditions socio-historiques du développement de la boxe française au nord de la France. L’auteur met en évidence les processus classiques d’institutionnalisation et de codification que connaissent les sports dans la seconde moitié du xixe siècle. La pratique de la boxe française connaît un véritable « âge d’or », du Second Empire à la veille de la première guerre mondiale, avant que sa rivale anglaise ne vienne l’éclipser : plus spectaculaire et moderne, elle rompt avec la conception très académique de la boxe française. Privilégiant un modèle éducatif plutôt qu’une stricte logique compétitive, cette discipline acquiert en 1973 son autonomie avec la création de la Fédération nationale de boxe française. Dans le Nord, l’essor de la boxe française tient à l’action efficace des figures pionnières de cette discipline, à l’image de Joseph Charlemont à Arras, puis Jean Desruelle à Roubaix. Le succès populaire de la boxe anglaise (à laquelle se convertit rapidement Georges Carpentier) provoquera en région une « traversée du désert » identique à celle observée en France, avant que les années soixante-dix ne marquent son renouveau, à partir de pratiques scolaires et universitaires. En se situant constamment à contre-courant depuis les années vingt, la boxe française est aujourd’hui une discipline confidentielle culturellement décalée.
8En étudiant les structures fédérales du cyclisme associatif, Alex Poyer met en évidence le rôle fédérateur des instances régionales dans la promotion d’un sport où la question de l’amateurisme devient très vite un véritable enjeu politique. Le Cosmopolite Véloce Club de Saint-Pierre-lès-Calais est ainsi à l’origine de la création de l’Union vélocipédique de France (1881). C’est autour de la création de la Fédération vélocipédique du Nord en 1890 que se développe une dynamique régionale alimentée par les compétitions et courses cyclistes. La démocratisation de la pratique et l’essor des sorties touristiques, la constitution de groupements bientôt ouverts aux sociétés vélocipédiques illustrent les luttes qui opposent à l’aube du siècle deux modèles concurrentiels : l’un ludique, ancré sur les traditions festives régionales et l’autre, résolument compétitif.
9L’étude de la composition socio-professionnelle des sociétés sportives roubaisiennes par Florent Steinling souligne pour sa part la singularité du tissu associatif de la cité à la fin du xixe siècle. Le développement des sociétés sportives dans une ville justement considérée comme l’archétype des cités industrielles, est favorisé par un remarquable terreau de sociabilités, où l’on retrouve jeux traditionnels, sociétés de tir et de gymnastique. La densité des sociétés recensées et leur double hétérogénéité constituent les fondements d’une originalité qui nuance la dimension ségrégative des pratiques sportives. À Roubaix, les populations ouvrières et les classes moyennes investissent très tôt, et à parts égales, des sociétés sportives nombreuses et diversifiées. Elles complètent et concurrencent à la fois, à compter de 1890, une mosaïque associative complexe où s’exerce visiblement une forme nouvelle de sociabilité récréative masculine.
10Si des pratiques sportives telles le football, la boxe ou le cyclisme connaissent au seuil des années vingt une inéluctable démocratisation, encore convient-il de ne pas négliger l’importance des exercices corporels organisés selon des méthodes d’éducation physique dont on connaît la vitalité et la diversité dans l’entre-deux-guerres. En abordant la personnalité et l’œuvre de Raoul Dautry, Tony Froissart met en évidence l’efficacité de la politique d’hygiène de la Compagnie des chemins de fer du Nord. « Ingénieur social » s’inspirant des principes du solidarisme, Raoul Dautry met en place dans les cités des cheminots une offre de loisirs diversifiée, où les séances d’hébertisme prennent toute leur place. Au-delà des impératifs de fortification des corps et de moralisation des esprits que cette politique rationnelle autorise, Raoul Dautry y voit un paravent efficace contre toute forme d’emprise idéologique, qu’elle soit religieuse, politique ou syndicale. Faisant cependant plus preuve de pragmatisme que de dogmatisme, il participera de manière active aux réflexions initiées par Léo Lagrange et prendra la tête du groupement hébertiste en 1937.
11La popularité du football dans la région Nord-Pas-de-Calais n’est plus à démontrer. Une seconde partie réunissant trois contributions s’intéresse précisément aux raisons de son succès, à partir d’éclairages différents. La réussite du football-association tient d’abord aux conditions historiques de son enracinement, dès la fin du xixe siècle. Une situation géographique propice à la greffe des sports anglais, la vitalité des pratiques de sociabilité et la densité des sociétés gymniques justifient l’idée d’une prédestination sportive favorable au développement du jeu de balle au pied dans le département du Pas-de-Calais. Le rôle majeur de l’USFSA dans la structuration de la pratique et l’organisation dès 1899 des premiers championnats permettent d’identifier les clubs pionniers du pôle littoral (USB, RCC) et du pays minier (RCL).
12Le football nordiste a produit de nombreux joueurs de talent, auxquels les supporters s’identifient pour des raisons complexes. En retraçant la trajectoire sportive de Théodore Szkudlapski, Grégory Frackowiak met en évidence le lien organique qui, depuis les années vingt unit les compagnies minières aux clubs de football du bassin houiller. Cette biographie d’un « galibot footballeur » à la carrière singulière souligne combien cette dernière est étroitement liée aux styles de jeux des équipes professionnelles dans les années cinquante. Pratiquant un football très technique, peu compatible avec le style minier du Racing Club de Lens, Théodore Szkudlapski doit poursuivre sa carrière au Stade Rennais puis à l’AS Monaco, et connaît un échec relatif lors de ses sélections en Équipe de France. Les choix tactiques des entraîneurs, l’obligation de résultat qu’implique le football professionnel déterminent désormais des profils de joueurs selon les postes occupés. La carrière de Théo est finalement symptomatique de difficultés d’adaptation que l’on peut qualifier de générationnelles : elle souligne la rupture entre les exigences d’un professionnalisme achevé et la nostalgie de fondements amateurs, dont certains joueurs sont encore les dépositaires au seuil des années soixante-dix.
13La dimension du spectacle constitue aujourd’hui un aspect essentiel du fait sportif. La contribution de Williams Nuytens apporte un éclairage novateur sur cet usage très particulier du temps libre qu’est le supportérisme. Sa vitalité et les formes d’expression qui le composent varient cependant selon les clubs. L’analyse de l’organisation du supportérisme à Lille et à Lens, au-delà de simples aspects quantitatifs, montre des choix radicalement différents de la part de clubs. Car le supportérisme s’inscrit dans une logique de clientélisme et de fidélisation du public. Il renforce ce sentiment d’identification si particulier que produit le match de football. Il structure des réseaux de sociabilité labellisés par les clubs ou qui, au contraire, cherchent à s’en démarquer. Il permet aux supporters d’obtenir une reconnaissance et une considération sans doute symboliques, mais essentielles à l’affirmation des partisaneries sportives.
14Au-delà de l’éclectisme qui préside à la réalisation d’un numéro thématique, la majorité des contributions ici réunies montrent à quel point les pratiques sportives intègrent à l’aube du xxe siècle une pré-culture de masse en voie de structuration. Dès la Belle Époque, leur développement repose sur un véritable terreau de sociabilités, ludiques, traditionnelles et communautaires. Si l’enracinement des pratiques sportives s’en trouve facilité, il résulte également de l’action efficace des structures et des hommes : fédérations nationales ou groupements régionaux, figures charismatiques qui, dans leur discipline, constituent les relais indispensables à l’émergence puis à la diffusion des pratiques. En même temps, les contributions soulignent combien l’opposition classique entre culture élitaire et culture populaire convient mal dès lors que l’on s’intéresse aux sports. La boxe française, le cyclisme, le football-association et l’exemple roubaisien témoignent en effet des limites d’une stricte logique de classe. La sécularisation et démocratisation progressives des pratiques sportives complètent au lendemain de la première guerre mondiale un éventail d’activités corporelles jusque-là dominé par les gymnastiques. L’imposition de la pratique sportive ne peut être dissociée de l’émergence du spectacle sportif qui décline sur un autre registre « l’avènement politique des foules ». Son analyse demeure essentielle à la compréhension du succès des sports modernes dans la France de l’entre-deux-guerres.
15Ce premier éclairage n’avait pour autre ambition que de montrer que l’histoire des sports en région ne constitue plus une « terra incognita » qu’historiens et sociologues peineraient à conquérir. Il peut également indiquer les pistes d’une histoire régionale des pratiques et du spectacle sportif, sur le modèle de l’histoire sociale de la Grande-Bretagne au xixe siècle [24] : acteurs et institutions, hommes et environnement, région et communautés.
16Pour terminer, notre dette est grande envers les auteurs, le comité de rédaction de la Revue du Nord et ses deux directeurs à l’origine puis à la conclusion de ce projet, Bernard Delmaire, puis Philippe Guignet. Qu’ils soient ici sincèrement remerciés, ainsi que Jean-Marc Silvain.