Un foyer de recherches sur Pascal et Port-Royal
- Par Maria Vita Romeo
Pages 663 à 674
Citer cet article
- ROMEO, Maria Vita,
- Romeo, Maria Vita.
- Romeo, M.-V.
https://doi.org/10.3917/dss.184.0663
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- Romeo, M.-V.
- Romeo, Maria Vita.
- ROMEO, Maria Vita,
https://doi.org/10.3917/dss.184.0663
Notes
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[1]
Voir J. Mesnard, Discorso inaugurale, in AA. VV., Ricchezza e importanza degli opuscoli pascaliani. Omaggio a Giuseppe Pezzino, Catania, A&G CUECM, 2016, p. 17-27.
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[2]
J. Mesnard, Avventura pascaliana, avventura italiana, préface à l’édition italienne de l’œuvre de J. Mesnard, Sui Pensieri di Pascal, éd. M. V. Romeo, Brescia, Morcelliana, 2001, p. 28.
-
[3]
« Les Pensées de Pascal : du dessein à l’édition », actes publiés par la revue Studi francesi en 2005.
-
[4]
L. Goldmann, Le Dieu caché. Études sur la vision tragique dans les Pensées de Pascal et dans le théâtre de Racine, Paris, Gallimard, 1995.
-
[5]
A. Del Noce, « Intorno all’“antiumanesimo” di Pascal », in Archivio di Filosofia, Padoue, 1962, p. 41-65.
-
[6]
B. Pascal, Scritti di fisica, éd. Maria Vita Romeo, Catane, Greco, 2002.
-
[7]
M. V. Romeo, Verità e bene. Saggio su Pascal, Catane, CUECM, 2003 ; Ead., Il numero e l’infinito. L’itinerario pascaliano dalla scienza alla filosofia, Catane, CUECM, 2004.
-
[8]
A. Peratoner, Blaise Pascal. Ragione, rivelazione e fondazione dell’etica. Il percorso dell’Apologia, Venise, Cafoscarina, 2002, vol. I-II.
-
[9]
A. Peratoner, « Oltre il frammento. Ragione architettonica delle Pensées », in G. Pezzino (dir.), L’incerto potere della ragione, Catane, CUECM, 2005, p. 62.
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[10]
B. Papasogli, Introduzione a B. Pascal, Pensieri, Rome, Città Nuova, 2003.
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[11]
Ibidem, p. 12.
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[12]
F. P. Adorno, La ragione ordinata. Saggio su Pascal, Naples, La Città del Sole, 2000.
-
[13]
L. Pezza, Le tentazioni del finito. Saggio su Pascal, Naples, ESI, 2004, p. 31.
-
[14]
Ibidem, p. 186.
-
[15]
D. Bosco, Un Pascal che ognuno avrebbe voluto scrivere, essai introductif à F. Ravaisson, La filosofia di Pascal, Brescia, Morcelliana, 2003, p. 10.
-
[16]
Ibidem, p. 64.
-
[17]
D. Bosco (dir.), Pascal nella modernità (xvii-xix secolo), Brescia, Morcelliana, 2007.
-
[18]
G. Pezzino (dir.), L’incerto potere della ragione, op. cit.
-
[19]
M. V. Romeo (dir.), Il moderno fra Prometeo e Narciso, Catane, CUECM, 2007.
-
[20]
F. P. Adorno, Arnauld, Paris, Les Belles Lettres, 2005.
-
[21]
P. Nicole, La carità e l’amor proprio, éd. D. Bosco, Brescia, Morcelliana, 2005.
-
[22]
P. Nicole, La conoscenza di sé, éd. D. Bosco, Brescia, Morcelliana 2005 ; Id., La carità e l’amor proprio, Brescia, Morcelliana 2005.
-
[23]
Ch. Dufresny, Divertimenti seri e buffi, éd. G. Pezzino, CESPES – Fonti e Studi, Soveria Mannelli, Rubbettino, 2017.
-
[24]
AA. VV, La Campagne des Provinciales, « Chroniques de Port-Royal », 56, Paris, 2008.
-
[25]
AA. VV., Le Provinciali oggi, éd. M. V. Romeo, Catane, CUECM, 2009.
-
[26]
Pascal, Le Provinciali, éd. C. Carena, Turin, Einaudi, 2008.
-
[27]
M. V. Romeo, Le Retentissement des Provinciales en Italie, Paris, Nolin, 2011.
-
[28]
P. Stella, Il giansenismo in Italia, Rome, Edizioni di Storia e Letteratura, 2006.
-
[29]
F. Semerari, Potenza come diritto. Hobbes, Locke e Pascal, Bari, Dedalo, 1992 ; Isabella Adinolfi, Il cerchio spezzato. Linee di antropologia in Pascal e in Kierkegaard, Rome, Città Nuova, 2000 ; D. Bosco, Sfumati pascaliani, préface à B. Pascal, Frammenti politici, Brescia, Morcelliana, 2000 ; Massimo Adinolfi, La scena di Pascal, Naples, Città del Sole, 2002 ; C. Piazzesi, Abitudine e potere. Da Pascal a Bourdieu, Pise, ETS, 2003 ; F. P. Adorno, La disciplina dell’amore. Pascal, Port-Royal e la politica, Rome, Editori Riuniti, 2007 ; M. V. Romeo, Il re di concupiscenza. Saggio su Pascal etico-politico, Milan, Vita e Pensiero, 2009 ; R. Gatti, Politica e trascendenza. Saggio su Pascal, Rome, Studium, 2010.
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[30]
E. Rossi, La politica come follia. Ironia e verità di Pascal, Rome, Studium, 1984, p. 19.
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[31]
D. Bosco, Sfumati pascaliani, op. cit., p. 51.
-
[32]
Ibidem, 13.
-
[33]
Ibidem, p. 37.
-
[34]
M. V. Romeo, Il re di concupiscenza. Saggio su Pascal etico-politico, op. cit.
-
[35]
« Je ne puis passer sous silence une deuxième entreprise, la plus folle à laquelle Pascal ait donné lieu, celle d’un grand colloque tenu et organisé au Japon en 1988, sous le titre Pascal, Port-Royal, Orient, Occident. Colloque gigantesque à beaucoup d’égards. D’abord, par l’ampleur du déplacement, dont les nombreux participants ont tous accepté la charge. Par la durée du séjour (deux semaines, avec plusieurs lieux d’hébergement). Puis par la générosité de l’accueil japonais, matériellement et moralement : l’intérêt que le pays porte à Pascal a fait merveille. Un accueil que les participants étrangers ont pu apprécier en plusieurs universités : Tokyo, Osaka, Nishinomiya (Kwansei-Gakuin), sans compter le passage en quelques autres. Le colloque a été publié en France, en 1991 » (J. Mesnard, Discorso inaugurale, in AA. VV., Ricchezza e importanza degli Opuscoli pascaliani¸ op. cit., p. 21-22).
-
[36]
Sainte-Beuve, Port-Royal, éd. M. Richter, Turin, Einaudi, 2011.
-
[37]
J. Mesnard, Sui “Pensieri” di Pascal, op. cit.
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[38]
Ph. Sellier, Pascal e Port-Royal, éd. M. V. Romeo, Brescia, Morcelliana, 2013.
-
[39]
J. Mesnard, Discorso inaugurale, in AA. VV., Ricchezza e importanza degli opuscoli pascaliani. Omaggio a Giuseppe Pezzino, op. cit., p. 23-24.
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[40]
G. Pezzino, Préface à AA.VV., L’incerto potere della ragione, op. cit., p. 12-13.
1Au mois de mars 2016, à Catane, à l’occasion de l’inauguration du CESPES (Centro Interdipartimentale di Studi su Pascal e il Seicento, Università di Catania), Jean Mesnard [1] s’exprimait ainsi : « Nous vivons tous ensemble un bien grand jour » ! En Sicile, à l’extrême sud de l’Italie, se constituait enfin un centre de recherche sur Pascal et sur la philosophie du xviie siècle, qui allait rejoindre les centres célèbres de Clermont-Ferrand, de Paris et du Japon. Ces centres ont pour vocation de diffuser la pensée pascalienne dans le monde entier grâce à des études et des colloques internationaux, qui témoignent de la vivacité de l’intérêt pour Pascal et Port-Royal ainsi que de la fécondité des relations entre les chercheurs français, japonais et italiens.
2Après la France et le Japon, donc, l’Italie aussi devenait un foyer de recherche sur Pascal et Port-Royal. Le centre de Catane, qui opère de facto depuis quinze ans, naît de jure en 2015. Il est constamment engagé dans la publication de monographies ou de recueils d’essais consacrés à l’examen de la pensée philosophique du xviie siècle, et en particulier de la pensée française. À cette fin le CESPES dispose de trois collections : la collection « διάλογος », fondée par Giuseppe Pezzino et dirigée actuellement par Giuseppe Pezzino et Maria Vita Romeo (maison d’édition CUECM de Catane) ; la collection « CESPES - Fonti e Studi », dirigée par Domenico Bosco, Carlo Carena et Maria Vita Romeo (maison d’édition Rubbettino de Soveria Mannelli) ; et la collection « Biblioteca del CESPES », sous la direction de Domenico Bosco et Maria Vita Romeo (éditions Morcelliana, de Brescia). Le CESPES dispose en outre de la revue « Quaderni leif ».
3Laissons de nouveau la parole à Jean Mesnard : « Ces premières années de ce nouveau siècle, écrivait Mesnard en 2011, Catane a atteint le comble des études pascaliennes. J’ai eu le plaisir de voir s’imposer plus radicalement que jamais une entreprise culturelle de grande envergure qui est en train de devenir largement européenne, et déjà mondiale. […] Catane est devenue un Centre pascalien d’excellence capable de recueillir et synthétiser les efforts de plusieurs chercheurs italiens de haut niveau culturel, jusqu’à présent en ordre dispersé » [2].
4Depuis le colloque organisé en 2002 à Rome par Benedetta Papasogli [3] jusqu’au dernier colloque organisé en 2016 à Catane en l’honneur de Giuseppe Pezzino, beaucoup d’initiatives ont témoigné d’une renaissance des études pascaliennes, liée à un souci de révision critique dont nous définirons ainsi les lignes directrices : d’un côté, le dépassement de l’interprétation « tragique » de Goldmann [4] aussi bien que de la lecture « anti-humaniste » d’Augusto Del Noce [5], deux lectures datées qui ont fait preuve, en Italie, d’une insidieuse vitalité ; de l’autre, l’opposition à cette espèce de « vulgate » réductionniste qui, pendant de nombreuses années, a écrasé Pascal et les auteurs de Port-Royal sur le plan du scepticisme, de l’irrationalisme et du mysticisme religieux.
5En 2002, avec la publication de la traduction italienne des Scritti di fisica de Pascal [6], s’amorçait une réflexion sur le Pascal savant resté jusque-là, chez nous, dans le cône d’ombre de Pascal écrivain. Cette réflexion visait à faire ressortir l’importance des valeurs philosophiques dans les écrits scientifiques : son enjeu ultime concernait l’unité de la pensée pascalienne, conçue comme le message d’un grand penseur moderne qui, tout en reconnaissant le rôle de la raison et de la science, revendique – nous ne disons rien de nouveau – la valeur de l’homme, qui n’est pas seulement raison raisonnante, et d’un Dieu, qui n’est pas seulement le « Dieu des philosophes ». D’autres études de Maria Vita Romeo (2003 et 2004) insistent sur la nécessité de reconsidérer dans leur portée philosophique les travaux scientifiques de Pascal, pour assurer une vue d’ensemble et une appréhension authentique de sa pensée [7]. Et si jusqu’à hier, en Italie, l’attention des chercheurs s’adressait surtout aux Pensées ou aux Provinciales, depuis quelques années un nouvel intérêt se confirme à l’égard des œuvres de géométrie, de physique et de mathématique sans lesquelles on ne saurait comprendre pleinement les points cardinaux de la philosophie pascalienne, comme la théorie des trois ordres, l’idée de cœur ou la réflexion sur l’infini.
6La thèse de l’unité de la pensée pascalienne est le dénominateur commun d’un certain nombre d’études qui ont rejeté l’ancien cliché d’un Pascal qui, à cause de sa conversion, aurait abandonné la science pour se réfugier définitivement dans la foi : figure d’une fragmentation existentielle qui double en profondeur la fragmentation rhétorique et formelle des Pensées. Dans cette perspective se signalent en particulier les deux volumes d’Alberto Peratoner [8]. L’auteur y étudie la genèse de ce cliché d’un Pascal dimidiatus entre la science et la foi, cliché qui a germé dans le cercle même de famille et des amis de Pascal et qui persiste en Italie jusqu’au xxie siècle. Avec ses travaux, Peratoner a le mérite d’avoir tenté de « dépasser » l’évidence du caractère fragmentaire des Pensées par une reconstruction de l’horizon unitaire du projet de l’œuvre de Pascal, soulignant le rôle d’une raison qui « se fait architectonique dans la détermination des lignes portantes de l’argumentation […] jusqu’à la fermeté logique de tous les passages mis en œuvre par la raison raisonnante » [9].
7Une recherche attentive de l’authenticité de la pensée pascalienne caractérise l’introduction de Benedetta Papasogli à l’édition italienne des Pensées [10]. Mme Papasogli a adopté pour sa traduction le « plan » de l’Apologie tel que Philippe Sellier l’a reconstitué dans une édition destinée à un large public, dans le but de mettre en évidence le « mouvement continu » de l’œuvre pascalienne, où la « raison est impliquée jusqu’au bout ». Ainsi, à la « pensée faible » qui ressort des éditions dues aux soins des philosophes des Lumières, se substitue une « pensée forte », dont l’Apologie semble se constituer et se nourrir. C’est ce que suggèrent les alliances imprévues entre la rigueur de l’esprit de géométrie et la souplesse de l’esprit de finesse : l’un et l’autre mis au service de la « recherche des vérités ultimes sur la question de Dieu, qui est aussi, de manière indissociable, la question de l’homme » [11].
8Dans cette perspective se situe Francesco Paolo Adorno qui, avec son essai La ragione ordinata [12], s’appuyant sur un rapprochement entre saint Augustin et Pascal, relève chez ce dernier « le bon sens d’une raison ordonnée », c’est-à-dire capable, en dépit de ses limites, d’imposer un ordre, de le définir et de le généraliser. Une analyse ponctuelle de la méthodologie et des œuvres de Pascal aboutit au constat que la raison et ses procédés ne sont pas exclus du domaine de la religion. En effet, s’il est vrai que la raison se révèle incapable de démontrer la vérité des principes premiers, il n’en est pas moins vrai que cette même « incapacité » de la raison nous fait prendre conscience de notre instabilité et de l’insuffisance de nos connaissances. Dans ce sillage, un essai de Lucia Pezza s’engage dans une réflexion sur les « tentations du fini » (la concupiscence, l’autosuffisance, le pouvoir), tentations considérées comme des limites, comme des horizons finis, à partir desquels cependant nous sommes poussés à repenser nous-mêmes :
S’il est vrai que toutes nos voies sont voies de finitude, il est également vrai que “les portiques de la Jérusalem sainte” bien que séparés par un abîme, ne sont pas hors d’atteinte, parce que ce qui nous sépare d’eux est la mesure de notre portée [13].
10On ne peut alors qu’affirmer encore une fois le rôle fondamental de la raison, qui, renonçant à sa tentation première de franchir toute frontière, finit par reconnaître ses propres limites et, conséquemment, par admettre l’existence de choses qui la dépassent et qu’elle ignore. La nature restera donc incompréhensible à l’homme ; d’où la nécessité de repousser les limites de l’anthropologie et de l’ontologie vers une épistémologie : en même temps, si Pascal recourt à la raison afin de dépasser les tentations du fini, il se sert des « raisons du cœur » [14] pour faire face à la « limite » et la convertir en conscience d’humilité. C’est dans cette dialectique de l’acceptation et du dépassement de la limite, concernant le domaine de la connaissance scientifique aussi bien que le domaine moral, que l’essai de Lucia Pezza trouve sa voie d’accès aux Pensées.
11On ne s’étonnera pas si, au nom de cette « nouvelle tendance » à assumer la totalité de la problématique pascalienne, Domenico Bosco nous propose la traduction italienne de l’œuvre de Ravaisson, La filosofia di Pascal, avec un vaste essai introductif, où s’exprime l’exigence de redécouvrir « un Pascal lucide et réconcilié, à la vie multiforme, aux fidélités et aux intérêts nombreux ; un homme qui ne méprisait pas l’intelligence, mais qui en proposait plutôt un exercice conscient dans les différents domaines » [15] ; un philosophe qui, comme on le déduit des Pensées, rappelle et oriente les hommes vers le cœur, « pour libérer les énergies de l’amour » [16].
12Dans un autre volume, Pascal nella modernità [17], Domenico Bosco réunit des témoignages de philosophes sur Pascal, depuis le xviie jusqu’au xixe siècle. Il ressort de ce dossier l’impossibilité de réduire la philosophie pascalienne à des définitions univoques : les jugements sur lui sont autant difformes qu’est constante, pour les penseurs qui sont venus après lui, la nécessité de dialoguer avec son œuvre. Il en ressort aussi à quel point les thématiques de la modernité ont des racines dans la pensée de Pascal, à partir du « pari » qui fait de l’homme une créature divisée entre le fini et l’infini. Mais l’attention pour Pascal comme témoin de la modernité était déjà l’objet d’une Giornata Pascal organisée en 2003 à Catane, dont les Actes ont été recueillis par Giuseppe Pezzino dans le volume L’incerto potere della ragione [18]. Dans ce colloque, les intervenants règlent leurs comptes avec Pascal, explorant ces filons de la modernité qui aboutissent à l’hédonisme, à l’individualisme et au relativisme éthique. Ce colloque sera suivi en 2005 par une deuxième Giornata Pascal dont les Actes, réunis dans le volume Il moderno fra Prometeo e Narciso [19], abordent la question du moi chez Pascal, un moi moderne, haïssable, qui sous l’emprise des passions et la tyrannie de l’égoïsme est incapable d’aimer soi-même, les autres et Dieu. D’où la comparaison avec d’autres penseurs de la modernité du xviie siècle : de Pierre Nicole à Descartes ou à Arnauld.
13L’intérêt pour Pascal et son entourage se prolonge, en effet, dans des enquêtes sur la philosophie française du xviie siècle, en particulier sur le milieu de Port-Royal ; on lira à ce propos le volume de F. P. Adorno sur Arnauld [20], publié en France par Les Belles Lettres, et la traduction italienne de Nicole, La carità e l’amor proprio [21], par Domenico Bosco. Dans leur diversité, ces œuvres offrent l’occasion d’une réflexion philosophique, jusqu’à présent peu pratiquée, sur la pensée janséniste et sur ses interprètes les plus significatifs. On redécouvre ainsi un Arnauld, grand estimateur de Descartes, qui, avec sa théorie des idées élaborée en opposition à Malebranche, constitue une étape importante dans l’évolution du problème de l’idéalité qui trouvera à son tour son aboutissement chez Kant. Sa réflexion morale, axée sur la conception de l’homme déchu, et les réflexions exposées dans la Logique et dans la Grammaire sont dans l’œuvre de F. P. Adorno autant d’étapes pour arriver enfin à analyser la théorie arnauldienne des idées et son influence dans le domaine des sciences cognitives. Le même relief, dans ce climat de renouveau des études, acquiert les deux volumes de Bosco sur Nicole [22], attentifs à l’anthropologie qui se dégage d’une réflexion éthique : entre éthique et religion, l’introspection qui s’édifie sur l’ancien impératif delphique connais-toi toi-même nous surprend par sa contemporanéité.
14Les traductions italiennes de quelques ouvrages de Bossuet, mentionnées dans un autre article de ce recueil, fixent les relations entre le CESPES et la Société des Amis de Bossuet, dont le rôle est la diffusion de la pensée de Bossuet avec une attention particulière pour la pensée philosophique de l’évêque de Meaux. Dans ce contexte culturel d’une attention centrée sur la dimension morale de la philosophie française s’insère aussi la traduction italienne des Amusements sérieux et comiques de Charles Dufresny, par Giuseppe Pezzino [23] : l’éditeur italien y retrace le portrait d’un moraliste qui mélange les choses sérieuses avec les ridicules sous le signe de la sagesse sceptique, en engageant le lecteur à la liberté de la pensée et du divertissement pour le solliciter à la réflexion.
15Mais revenons à Pascal et à Port-Royal : le CESPES, qui depuis quinze ans opère de facto dans le territoire italien en relation avec d’éminents chercheurs français, a organisé avec ceux-ci beaucoup de colloques internationaux, dont l’un en 2007 à l’occasion du trois-cent-cinquantième anniversaire de la publication des Lettres provinciales. Cet anniversaire fut célébré par trois rencontres : la première à Catane, la deuxième à Paris et la dernière à Clermont-Ferrand. Trois occasions pour réunir les pascalisants autour d’une œuvre dont on a eu longtemps une connaissance très parcellisée, en vue de parfaire de véritables tours d’horizon sur l’ensemble des Petites Lettres, les envisageant comme un tout, sans négliger le rôle éminent joué par leur contexte historique et sans nier le caractère circonstanciel de leur succession – puis de leur interruption. D’où la publication d’un volume français, La Campagne des Provinciales [24], qui réunit les Actes du colloque de Paris, et du volume Le Provinciali oggi, avec les Actes du colloque de Catane [25]. Dans ce dernier volume, les auteurs analysent les Petites Lettres dans leurs divers aspects et se mettent à l’écoute de la voix de Pascal, ce croyant qui parle de morale chrétienne à un homme moderne ayant quitté Jérusalem pour Babylone, un homme qui a égaré sa conscience à l’ombre d’une théologie légaliste, réduite à une tabula graduum, dont les ratiocinations ne permettent pas de construire la morale du cœur. Les Petites Lettres, dont la publication secoua les consciences en Europe, peuvent avoir encore – à l’en croire les auteurs de ces Actes – un écho surprenant. Elles peuvent être considérées non seulement comme une « machine de guerre » contre la politique et la morale des jésuites, mais aussi comme une proposition de valeurs qui n’ont pas vieilli. Nous sommes en présence d’un classique qui suscite toujours l’attention et la curiosité, comme en témoigne la traduction italienne de Carlo Carena [26], dont l’appareil critique a surpris positivement M. Mesnard.
16D’ailleurs, il faut remarquer que l’intérêt italien pour les Petites Lettres est très ancien, comme l’atteste le volume de Maria Vita Romeo, Le Retentissement des Provinciales en Italie [27], où l’auteur met à jour un échange culturel très fécond entre les jansénistes français et les jansénistes italiens, retraçant ainsi une carte éthico-politique de la diffusion des Provinciales dans la péninsule italienne. Cette diffusion est remarquable aussi bien par l’étendue géopolitique que par la profondeur des idées et par l’envergure culturelle des personnages qui y ont été impliqués. Quant au jansénisme italien, on ne peut ne pas citer les trois volumes de Pietro Stella, Il giansenismo in Italia [28], qui nous offrent un mappage historique de la diffusion du jansénisme en Italie, avec une dissémination d’instances religieuses qui anticipent le concile Vatican II notamment pour ce qui concerne l’usage des langues vivantes dans la liturgie ou le rôle ecclésial du laïcat et des femmes.
17L’intérêt pour le jansénisme et pour la polémique avec la Compagnie de Jésus, dont les Petites Lettres sont l’expression la plus haute, rejoint l’exigence de découvrir un Pascal plus attentif aux besoins pratiques de l’homme, qui conduit inévitablement à la redécouverte de sa pensée politique : en témoigne en Italie une grande vague d’études consacrées à Pascal politique [29]. De ces travaux se dégage le portrait d’un penseur réaliste, observateur aigu des faits, conscient de l’impossibilité de créer une société juste, sans se montrer pour autant hostile à la politique. L’ordre politique a évidemment son utilité propre : la politique, en fait, met un frein au désordre chaotique de la société, en habituant l’homme au respect des lois. Habitude de l’obéissance aux lois qui, dans une « société avec Dieu », se transforme en obéissance à la volonté de Dieu, grâce à laquelle il devient possible de créer un ordre juste, fondé sur la charité. Dans cette perspective se fait jour non pas un Pascal « antipolitique », qui se serait moqué de la politique au point de la faire coïncider avec la folie, « avec un pronostic thérapeutique limité à la perspective du moindre mal » [30], mais un Pascal « attentif à la “spécificité” du politique et aux nombreux aspects du politique moderne » [31], comme l’affirme Bosco dans son introduction à la traduction italienne des Frammenti politici de Pascal. Ici, Bosco met l’accent sur le Pascal « réaliste » qui ne voit pas dans la politique un moyen de perfectionnement de l’homme et du monde, mais plutôt un frein opposé au chaos et à la dégénérescence de la société. En somme, si d’un côté la politique ne saurait être pour Pascal une marche pour s’élever vers une société juste, parce qu’elle est « sans la grâce et l’impossible charité » [32], de l’autre, la politique demeure un instrument efficace pour guider la société, parce que « le propre de la puissance est de protéger ». On comprend alors pourquoi Pascal, comme en témoigne Nicole, apparaît « très clairement favorable à l’importance de la politique » [33]. Et d’ailleurs, pour Pascal une bonne politique est, seule, à même de maintenir la paix, le bien suprême.
18Pour une vue d’ensemble de la pensée politique pascalienne on consultera le volume de Furio Semerari, qui réfléchit sur la divergence théorique entre Hobbes et Locke d’une part, et Pascal de l’autre, offrant au lecteur une histoire panoramique de la controverse éthico-politique du xviie siècle, avec une focalisation particulière sur la délicate question du fondement du droit et de la justice. Si Hobbes et Locke représentent le grand moment de vitalité et d’affirmation des droits naturels du jusnaturalisme au xviie siècle, Pascal à l’inverse exprime un moment de crise : Hobbes et Locke sont les théoriciens d’un droit et d’une loi naturels susceptibles d’une réalisation historique ; Pascal au contraire nie, non pas l’existence des lois naturelles, mais la possibilité pour l’homme de se conformer à ces lois, et par conséquent la possibilité – qui lui est ôtée à cause du péché – d’édifier une vraie justice. Or, la question de l’existence de la loi naturelle chez Pascal et la possibilité de réaliser une justice la plus juste possible, sont analysées dans le volume Il re di concupiscenza, qui prend en compte un Pascal ami de l’homme et confiant dans ses actes [34]. D’ici l’importance de la figure du roi de concupiscence qui agit pour le bien commun, selon l’humanisme imparfait qui reste, toutefois, en deçà de la ligne de démarcation entre paganisme et christianisme. Il s’ensuit le nécessaire contre-jour entre le roi de concupiscence et le roi de charité qui, réunissant les valeurs de l’humanisme et du christianisme, devient le porteur d’un pascalien « humanisme parfait » : le livre de M. V. Romeo s’attarde à explorer les conditions d’une « république chrétienne » fondée non sur la loi de la force mais sur celle de l’amour.
19Ce renouveau d’intérêt pour Pascal en Italie, dont nous soulignons la ferveur et ne cachons pas le côté militant, semble être lié à la prise de conscience que le penseur français peut exercer encore une influence vive et que sa pensée n’est pas destinée à être oubliée. Celle de Pascal est en effet une « saine philosophie » grâce à laquelle le penseur clermontois semble indiquer une voie alternative au nihilisme et au relativisme éthique. Et la philosophie constitue le sujet d’un colloque international organisé à Catane en 2010 en collaboration avec la Société des Amis de Port-Royal et avec le CELLF (Centre d’étude de la Langue et la Littérature française du xviie et xviiie siècles) de la Sorbonne. Après le grand colloque du Japon organisé en 1988, sous le titre Pascal, Port-Royal, Orient, Occident (colloque que Mesnard a défini l’entreprise « la plus folle à laquelle Pascal ait donné lieu » [35]), celui de Catane, au titre Port-Royal e la filosofia, peut être considéré à son tour comme un grand pari, dû à l’audace de Jean Lesaulnier, à l’époque président de la Société des Amis de Port-Royal. Une entreprise dont l’enjeu autant difficile qu’ambitieux – réfléchir autour d’une philosophie à Port-Royal – s’est réalisée grâce à la massive participation de chercheurs provenant du monde entier, de l’Europe au Japon. L’intérêt pour Port-Royal et sa philosophie a donné l’occasion aux participants de se confronter sur des thèmes comme l’opposition entre raison et foi, ou la séparation entre le Dieu des philosophes et le Dieu de Jésus-Christ. Ainsi quelques spécialistes sont-ils encore convaincus que s’il y a bien une philosophie de Pascal, il n’existe pas de philosophie de Port-Royal ; et que si celle-ci existait, elle n’aurait qu’un pouvoir très incertain de conduire à Dieu et de parler de Jésus-Christ. Pour d’autres, en revanche, il existe bel et bien une philosophie des Solitaires, et non seulement celle qui s’enracine dans la foi mais aussi celle qui fait interagir les philosophies de Platon, de saint Augustin et de Descartes, comme c’est le cas dans la Logique de Port-Royal, témoin du renouvellement que la philosophie de Port-Royal a apporté à des catégories fondamentales comme la logique, les mathématiques et la morale.
20En concomitance avec ces débats sur la pensée de Port-Royal on a pu saluer la traduction italienne, dans la collection « I Millenni » d’Einaudi, du volume monumental de Sainte-Beuve, Port-Royal, par Mario Richter [36], qui a publié aussi pour la collection CESPES - Fonti e Studi le volume Allocuzioni di Immortali. Discorsi all’Accademia francese fra Sei e Settecento (2017). Ce livre réunit pour la première fois en langue italienne onze discours, les plus significatifs, prononcés par chaque nouveau membre de l’Académie française de 1640 à 1746, d’Olivier Patru à Voltaire, offrant ainsi un témoignage de la vie culturelle, politique et religieuse de la France d’Ancien Régime.
21Il faut dire aussi que le CESPES assure de plus en plus un rôle de médiateur et de passeur de textes qu’on peut considérer comme des classiques de la critique pascalienne ou dix-septiémiste. L’attention à la pensée de Jean Laporte a produit la traduction, par Maria Vita Romeo, du volume dédié à la morale d’Arnauld : ce volume de Laporte est mis sous presse pour la collection CESPES - Fonti e Studi, avec le titre La morale di Port-Royal secondo Antoine Arnauld. Le but est de faire connaître la doctrine de Port-Royal à travers la pensée morale et théologique d’Arnauld, qui peut être considéré, à juste titre, comme le penseur le plus influent parmi les Solitaires.
22D’autres œuvres de spécialistes éminents circulent désormais en italien. Si Maria Vita Romeo s’est engagée également dans la traduction du volume de J. Mesnard, Sui “Pensieri” di Pascal [37], ce n’est pas seulement pour offrir aux lecteurs italiens un guide indispensable dans un voyage passionnant à travers la « planète Pascal » : c’est aussi parce que la synthèse de J. Mesnard, explorant le Pascal savant, philosophe et mystique, vise avant tout l’enjeu même qui est au cœur de bien des recherches dont nous avons rendu compte ici, c’est-à-dire l’unité de la pensée pascalienne.
23Dans cette perspective de diffusion de la pensée française se situe la traduction d’un recueil d’articles de Philippe Sellier, l’autre pilier, avec J. Mesnard, des études pascaliennes, dont le titre est Pascal e Port-Royal [38]. Ce volume aborde un aspect de l’œuvre de Pascal sur lequel les contributions critiques sont plus rares : les œuvres spirituelles. À celles-ci Philippe Sellier a dédié plusieurs années d’étude, jusqu’à rassembler ses travaux dans le volume que M. V. Romeo présente aux lecteurs italiens. On y rencontre un Pascal étonnamment proche de la sensibilité culturelle du xxe siècle, un Pascal qui parle à l’homme de la crise de la modernité, cet homme qui a perdu l’étoile polaire et va à la dérive dans une mer infinie. Et c’est à cet homme que Pascal s’adresse avec son défi, pour lui proposer la morale chrétienne où la misère et la grandeur de l’homme trouvent leur explication. D’ici l’attention pour sa réflexion morale et aussi pour ses œuvres « mineures », souvent négligées par la critique, comme les œuvres spirituelles ou théologiques qui ont fait l’objet d’un colloque organisé à Paris en 2015, par Dominique Descotes, Denis Kambouchner et Martine Pécharman, avec le titre : Relire les Écrits sur la grâce ; une œuvre qui, comme l’a affirmé Mesnard, peut être considérée comme un inédit pour le peu d’attention que les chercheurs lui ont réservé.
24Les actes du colloque parisien ont été publiés en italien à Catane dans la revue du CESPES, « Quaderni leif », en juin 2015, sur proposition de Maria Vita Romeo, directrice de la revue, de Giuseppe Pezzino et de Jean Mesnard : un nouveau témoignage du rôle que le groupe de Catane joue en tant que réseau culturel privilégié pour la diffusion de la pensée pascalienne. Ces actes abordent un texte aussi difficile que fascinant pour sa richesse spirituelle et philosophique, où des thèmes comme la grâce, la liberté, la volonté et la félicité trouvent une collocation harmonieuse et équilibrée.
25Mais pour approfondir encore la connaissance du Clermontois, il fallait dissiper une autre ombre plus durable que celle qui enveloppait les Écrits sur grâce : d’ici l’idée d’organiser à Catane, en présence de Jean Mesnard, dont l’accord a été décisif pour toutes les activités organisées, un colloque qui a eu comme sujet les Opuscules de Pascal.
Je suis persuadé – affirmait M. Mesnard dans son discours inaugural à Catane – que Pascal, en dépit de tous les travaux qu’il a suscités, et qui ont été particulièrement brillants depuis un siècle, en fait depuis la célébration du tricentenaire de sa naissance, en 1923, que Pascal est encore sous-estimé, et encore assez mal connu. Il souffre d’être un signe de contradiction. On ne se contente pas de s’intéresser à lui, on est pour ou contre ; et on l’est, chaque fois, pour des raisons très diverses, plus ou moins fondées. Cette situation est, dans une large mesure, fâcheuse, parce qu’elle porte à préférer les réactions passionnelles aux jugements raisonnés. Je souhaite que le renouveau promis par la fondation du Centre de Catane, soutenue par la tenue d’un colloque à sujet inédit, inaugure aussi un passage plus affirmé de la première attitude à la seconde. C’est le seul moyen de progresser et de faire reconnaître à Pascal sa place exceptionnelle dans l’histoire culturelle de l’Occident, à vrai dire du monde entier, et de la trouver aussi fort bien adaptée à notre temps. Le tout porté par la très riche et lumineuse synthèse qu’il a réalisée, en lui imprimant sa propre marque, à l’apport du xviie siècle, un siècle qui a ouvert une réflexion si profonde sur des problèmes fondamentaux, tels que ceux de l’art de parler, de penser et de vivre, ceux de la connaissance du monde et de l’action à y mener, ceux de l’alliance ou de la contradiction entre vérité humaine et vérité religieuse [39].
27Ce colloque a été doublement important pour tous les pascalisants : parce qu’il a été le dernier auquel Mesnard a participé (il quittera cette terre cinq mois plus tard, non sans avoir remis son dernier article pour les actes de ce colloque) ; et parce que l’on inaugurait le CESPES que J. Mesnard considérait avec estime et espoir. Un tel colloque ne pouvait être organisé qu’en l’honneur de Giuseppe Pezzino, sans lequel le CESPES ne serait pas né. Ainsi, si parva licet componere magnis !..., on a décidé de relier le nom de Pascal avec celui du CESPES et de son fondateur, Giuseppe Pezzino, comme pour consacrer une liaison qui dure depuis de nombreuses années. Pour cette raison nous aimons conclure nos réflexions avec une pensée que le « père » du CESPES a adressée à un large public, à propos du « phénomène Pascal » aujourd’hui en Italie :
Loin de nous l’idée de vouloir revenir en arrière, pour idolâtrer un penseur momifié. Nous savons bien que, comme tous les penseurs, Pascal a ses racines historiques et qu’il présente ses ombres. En d’autres termes, il n’étonne et ne paralyse pas ceux qui veulent se mesurer de manière critique avec les idées encore vivantes et actuelles d’un penseur qui demande à être placé dans son contexte historique et à être « dépassé » dialectiquement, pour faire face aux sollicitations et aux problèmes de notre présent. En somme, Pascal est un « classique » non pas parce qu’il est parfait, mais parce que, en dépassant les épreuves et les injures du temps, il ne cesse jamais de parler de sujets vivants et passionnants. Et donc, en empruntant une phrase à Benedetto Croce à propos de Hegel, nous pouvons affirmer que Pascal appartient maintenant à nous et il ne saurait nous suffire. Et qu’il ne saurait nous suffire, c’est l’évident effet de son être à nous, parce que la possession d’une pensée vaut seulement dans la mesure où elle prépare une nouvelle vie et une nouvelle pensée [40].
29Sur ces mots de Giuseppe Pezzino, qui s’accordent avec la pensée de Jean Mesnard, nous aimons annoncer que la première traduction italienne des Opere complete de Pascal est en cours de publication. Il s’agit d’un travail auquel se sont consacrés Domenico Bosco et Maria Vita Romeo pendant des années et qui réalise un projet majeur du CESPES. Jean Mesnard a encouragé cette entreprise ardue et exaltante. Et à Jean Mesnard seront dédiées les Opere complete de Pascal.
Mots-clés éditeurs : fragmentation, humanisme et anti-humanisme, modernité, Pascal, Port-Royal, raison
Date de mise en ligne : 13/11/2018
https://doi.org/10.3917/dss.184.0663