L'enseignement de la littérature comparée en Chine
- Par Chen Dun
Pages 120 à 123
Citer cet article
- DUN, Chen,
- Dun, Chen.
- Dun, C.
https://doi.org/10.3917/rlc.337.0120
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- Dun, C.
- Dun, Chen.
- DUN, Chen,
https://doi.org/10.3917/rlc.337.0120
Notes
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À Taïwan et à Hongkong, l’enseignement de la littérature comparée a commencé plus tôt. L’Université de Taïwan a créé en 1967 le master, et en 1970, le doctorat en littérature comparée. Quant à l’Université de Hong Kong, les cours portant sur la littérature comparée existent depuis 1964 dans le Département de Lettres Modernes, rebaptisé en 1966 Département de Langues et Littératures Européennes, dans lequel la littérature comparée figure comme discipline spécifique.
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[2]
Achevé en 1987, l’ouvrage a été publié en 1988 par Beijing shifan daxue chubanshe, avant d’être réédité, dans une version remaniée, par la même maison d’édition en 2000 et en 2010.
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[3]
Dans les années 1970, des comparatistes taiwanais et hongkongais recourent aux théories littéraires occidentales, telles que le structuralisme, le féminisme, la phénoménologie, pour réinterpréter la littérature chinoise classique, montrant une démarche inédite par rapport au milieu universitaire continental. On la nommait « méthode herméneutique » (chanfa fa), en la considérant comme l’une des orientations à suivre pour le comparatisme chinois.
1 Dans les années 1920, quelques universités chinoises ont tenté de mettre en place un cours de littérature comparée, malheureusement sans suite. Il a fallu attendre un demi-siècle, précisément jusqu’à la fin des années 1970 et au début des années 1980, pour que l’enseignement de la littérature comparée prenne son véritable essor en Chine continentale [1]. Avec l’ouverture du pays, la littérature comparée a ainsi marqué son retour, attirant par ses idées et ses méthodes novatrices l’attention des Chinois, pour qui la discipline répondait aux impératifs de la formation universitaire, propres à la nouvelle période. En octobre 1978, l’Université Normale de la Chine de l’Est de Shanghai a été la première à organiser un séminaire sur la littérature comparée, qui, dès lors, enclenche un développement formidable.
2 L’enseignement de la littérature comparée en Chine s’institutionnalise, ayant atteint deux objectifs principaux : la mise en place d’un programme pédagogique et l’élaboration de supports, de façon à les intégrer dans un cursus bien construit. Si, dès 1978, des dizaines d’universités ont créé des cours de littérature comparée, surgissant comme des « pousses de bambou après la pluie de printemps » comme dit le proverbe chinois, en revanche, leur reconnaissance institutionnelle s’est fait attendre. De nombreux comparatistes chevronnés ont consenti des efforts considérables dans ce domaine, tandis que l’Association de la Littérature Comparée de Chine (CCLA), fondée en 1985, a réitéré sa requête auprès du Ministère de l’Éducation nationale. La liste des masters habilités par les autorités compétentes inclut la littérature comparée pour la première fois en 1990, la rattachant aux langues et littératures étrangères. En 1997, la Commission de l’Éducation nationale (aujourd’hui le Ministère de l’Éducation nationale) avalise l’instauration de « littératures comparée et mondiale », dans son répertoire « masters et doctorats habilités », en fusionnant la littérature comparée et les littératures étrangères, enseignées alors dans le département de chinois. En 1993, l’université de Pékin se voit accorder l’autorisation de délivrer le diplôme de doctorat en littérature comparée tout en recevant des étudiants postdoctorants. Elle sera suivie par d’autres établissements tels que l’Université normale de Pékin dans la création de cette formation doctorale. Le Ministère a été amené, sept ans plus tard, à faire figurer la littérature comparée comme matière obligatoire dans le cursus du premier cycle en langue et littérature chinoises. L’enseignement de la littérature comparée commence ainsi à se développer dans le pays, pour s’implanter progressivement dans tous les cycles, licence, master et doctorat, proposant des formations spécialisées comme générales. D’après les dernières statistiques, des cours de littérature comparée sont dispensés dans 160 établissements, dont 94 sont habilités pour le master et 26 pour le doctorat. En 1998, à l’Université normale de la Capitale et à l’université du Sichuan a été créé un département de littérature comparée, où la spécialisation s’effectue dès le premier cycle. En même temps les méthodes d’analyses comparatistes s’introduisent dans l’enseignement secondaire, tandis que certaines universités scientifiques et technologiques proposent à leurs étudiants des cours de littérature comparée comme programme de culture générale. Les résultats sont tangibles à l’issue de toutes ces entreprises, qui assurent un développement global, durable et stable de l’enseignement de la littérature comparée en Chine.
3 Les cours proposés peuvent se regrouper en quatre catégories : 1) éléments fondamentaux ; 2) champs divers, tels que « poétique comparée », « littérature et art », « littérature et religion », « traductologie » ; 3) relations littéraires comme « histoire des échanges littéraires entre la Chine et l’étranger », « littérature chinoise moderne et littératures étrangères », « littératures anciennes chinoise et japonaise en comparaison », « poésies chinoise et occidentale », « le roman en Chine et en Occident » ; 4) mise en parallèle d’œuvres et d’écrivains, comme « Lu Xun et la littérature étrangère », « Le Rêve dans le pavillon rouge et Le Dit du Genji », « les écrivains français et la Chine ». Les cours portant sur les principes fondamentaux occupent une place prépondérante par rapport aux autres, parfois optionnels. Les universitaires se consacrent, néanmoins, à la construction de tous ces cours, en rédigeant de nombreux manuels en réponse aux besoins accrus. Depuis 1984, date de la publication du premier manuel, une trentaine de titres ont vu le jour, selon une estimation approximative.
4 La cause n’était pas gagnée d’avance dans la mesure où la littérature comparée, en tant que discipline importée, pose une série de problèmes relatifs à son adaptation et à sa localisation. En 1987, mon collègue le professeur Liu Xiangyu et moi-même, nous nous y sommes précisément heurtés en cosignant une Introduction à la littérature comparée [2]. La littérature comparée, étant interculturelle et interdisciplinaire, reste très ouverte et en perpétuelle évolution depuis sa création. Les questions fondamentales, y compris celles sur les frontières de la discipline, ont toujours été sujettes à des débats opposant différentes écoles comparatistes. Que faire face à cette situation ? Nous avons estimé, au terme de mûres réflexions, que les diverses opinions, plus ou moins légitimes, ont marqué l’évolution de la discipline. Nous n’avions pas à jouer un rôle arbitral mais plutôt à former nos propres opinions en nous montrant réceptifs vis-à-vis de la pluralité des points de vue. Nous sommes venus tard à la littérature comparée, avec peut-être des inconvénients, mais aussi avec l’avantage de pouvoir nous inspirer des enseignements du passé qui nous permettent d’éviter des erreurs. Il y a eu, par exemple, des polémiques autour de la définition de la littérature comparée, opposant les écoles française, américaine et russe. Leurs divergences, accompagnant l’évolution de la discipline, n’excluent pas des rapprochements dans la différence, pour créer des rapports de complémentarité. Nous n’avons pas souhaité, dans notre manuel, trancher entre ces écoles, mais plutôt les discuter avec discernement. On introduit d’abord différentes définitions de la littérature comparée, en les contextualisant et en montrant les divergences et similitudes, mais aussi leurs défauts et leurs qualités. Il s’agit aussi de faire preuve de consensus sur les questions fondamentales : la littérature comparée se caractérise par l’aspect « trans » et « inter » de son objet et par son appartenance aux études littéraires ; le comparatisme est une méthode, mais surtout un concept et une posture caractérisés par un esprit d’ouverture et par une approche globale.
5 Nous avons ainsi élaboré notre propre définition : « la littérature comparée fait partie des études littéraires ouvertes impliquant des perspectives globales et internationales, ayant pour objet les relations littéraires internationales, interlinguistiques, interculturelles et interdisciplinaires, et sollicitant, sur le plan théorique et méthodologique, une conscience comparatiste et totalisante. » Le manuel s’ordonne en deux grandes parties. La première, divisée en trois chapitres, expose les prolégomènes de la discipline et de son histoire, avec un chapitre consacré à la synthèse de diverses démarches existantes (études d’influence, études de réception, études parallèles, etc.), dans l’esprit d’ouvrir des horizons aux étudiants. La deuxième partie, organisée en deux chapitres, présente d’abord divers champs de recherche, sans dissocier études d’influence-réception et approches analogiques : mythologie, folklore, genres, études thématiques, médiologie, imagologie, poétique comparée, mouvements littéraires. Un chapitre entier est consacré aux études interdisciplinaires. L’ouvrage vise ainsi à mettre en lumière le caractère ouvert et pluriel de la discipline.
6 Les comparatistes chinois, dont nous sommes, travaillent à adapter la littérature comparée à la situation nationale. J’enseignais l’histoire de la littérature occidentale dans un département de chinois, sans savoir, pendant longtemps, comment relier les littératures chinoise et étrangères, en intégrant la littérature chinoise dans le cadre de la littérature mondiale. La littérature comparée m’a ouvert cette perspective, dans la mesure où elle permet de démolir les frontières nationales et d’initier les étudiants au travail de rapprochement et de comparaison. Les choses, cependant, étaient moins simples que nous l’avions imaginé. Discipline née en Europe et développée dans les pays occidentaux, la littérature comparée comporte des idées et des arguments profondément liés à la tradition occidentale et influencés par l’européocentrisme. Il serait inapproprié de l’enseigner sans l’adapter aux réalités chinoises. Il nous est apparu impératif d’opérer un retour sur les ressources nationales en vue d’une exploitation comparatiste. On s’aperçoit qu’en Chine il existait bel et bien des éléments embryonnaires de littérature comparée. En effet l’introduction du bouddhisme en Chine, au IIe siècle de notre ère, a déjà suscité des gestes comparatistes, amplifiés au fur et à mesure des échanges culturels entre la Chine et l’étranger. À l’époque moderne, les Chinois se mettent à l’école occidentale afin de sauver la nation du péril, à la suite de la guerre de l’opium de 1840, qui a réduit la Chine à un statut semi-colonial. Les études comparatives ont alors agi comme une force de propulsion pour l’éveil national, donnant naissance à la littérature comparée. C’est l’ouverture de la Chine, au début des années 1980, qui a donné une impulsion décisive à son renouveau. Partant de cette analyse, nous avons introduit dans le manuel un développement supplémentaire sur quatre points. Nous accordons d’abord une place de choix à l’histoire du comparatisme chinois dans un chapitre consacré à l’histoire de la discipline, afin de montrer que la littérature comparée, malgré son origine étrangère, trouve des échos dans nos patrimoines. Nous illustrons ensuite les théories et principes comparatistes par des exemples aussi bien étrangers que chinois, en mettant d’ailleurs l’accent sur le dynamisme des champs en Chine. Dans le chapitre consacré à la méthodologie, nous présentons la « méthode herméneutique » (chanfa fa [3]) mise en pratique par des chercheurs taïwanais, puisqu’elle fait partie de ces tentatives d’adaptation nécessaires en dépit de ses imperfections. Un sous-chapitre, intitulé « le comparatisme entre la Chine et l’étranger : problème méthodologique », tente enfin d’éclairer le positionnement des comparatistes chinois ainsi que leur esprit d’ouverture.
7 Un manuel doit tenir compte des réflexions théoriques comme des travaux de recherche réalisés. Nous avons débuté avec l’introduction de matériaux étrangers. Mais beaucoup d’efforts ont été consentis, depuis trente-deux ans, pour adapter cette discipline étrangère aux réalités chinoises. Nous avons réussi à insuffler des éléments nationaux dans une matière importée. La « sinisation » de la littérature comparée demeure un objectif pour lequel un long chemin restera à parcourir.