Brigitte Galbrun et Véronique Gazeau (dirs.) : L’abbaye de Savigny (1112-2012). Un chef d’ordre anglo-normand. Actes du colloque international de Cerisy-la-Salle (3-6 octobre 2012). Rennes, Presses universitaires de Rennes, Collection « Art & Société », 2019, 360 p. , xvi pl. couleur hors texte.
Pages 75a à 76a
Citer cet article
- BONTEMPS, Sébastien,
- Bontemps, Sébastien.
- Bontemps, S.
https://doi.org/10.3917/rda.208.0075a
Citer cet article
- Bontemps, S.
- Bontemps, Sébastien.
- BONTEMPS, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/rda.208.0075a
1 Les actes édités dans ce volume rassemblent dix-sept contributions, encadrées par une introduction dressant un bilan des travaux français sur l’abbaye de Savigny, ses fondateurs, ses donateurs, son ordre, l’architecture et le mobilier de l’abbaye, et une conclusion qui insiste sur la spécificité de ce colloque et de ce volume – à savoir le croisement qui s’y opère entre historiographies françaises et anglaises, données textuelles, archéologiques et architectoniques et, enfin, approches en termes d’histoire institutionnelle du monachisme, d’histoire sociale et économique, d’hagiographie et d’histoire de l’art et du bâti (malgré les destructions importantes du site de Savigny).
2 Les cinq parties au sein desquelles sont organisés les chapitres s’agencent de façon assez convaincante, sauf la première dont l’unité est un peu factice, ce qui n’enlève rien à la qualité des deux chapitres la composant qui permettent, pour l’un, de faire le point sur la question, historiographiquement très complexe, des rapports entre Savigny et l’ordre cistercien auquel l’abbaye normande et son réseau sont rattachés en 1147, et, pour l’autre, de passer en revue avec acribie les chartes originales de Savigny, délaissées jusqu’alors au profit des travaux sur les cartulaires. La seconde section, très cohérente, examine de trois points de vue les relations entre l’abbaye ou son ordre et les aristocraties locales, notamment les comtes de Mortain, jusqu’au milieu du xiiie siècle, qui marque une rupture dans cette « amitié » avec les grands. La section suivante propose un riche panorama sur l’expansion de l’ordre savignien de la Normandie aux îles britanniques, dans la longue durée (xiie-xviiie siècle). Dialoguent avec efficacité des chapitres monographiques (des monographies d’abbayes pour Champagne à la frontière du Haut et du Bas Maine, ou Neath en pays de Galles, et un parcours biographique, celui d’Etienne de Lexington abbé de Stanley et de Savigny jusqu’en 1240, dont est conservé un exceptionnel registre de lettres) et deux importants chapitres synthétiques. Le premier envisage, d’une part, l’arrivée de Savigny en Angleterre et au pays de Galles au xiie siècle, en étroite connexion avec des réseaux aristocratiques liés à la cour royale et associés par des liens féodaux tant en Angleterre qu’en Normandie, d’autre part, les difficultés de gestion par les Cisterciens des maisons anglaises en raison de la situation politique en Angleterre et en Normandie. Le second apporte un nouveau regard, riche d’une connaissance globale du monachisme cistercien à l’époque moderne, sur la difficile réforme de Savigny au xviie siècle, à une époque où cette abbaye, au patrimoine important, est gouvernée selon le régime de la commande. Après une quatrième partie sur le bâti, sur laquelle nous reviendrons, la cinquième et dernière section isole, dans trois articles, des figures abbatiales qui sont également des figures de la sainteté savignienne. Sont successivement étudiés les rouleaux des morts normands, en particulier le très exceptionnel – quant à sa forme et à son contenu – rotulus du fondateur de Savigny, Vital ; la Vita d’Hamon de Savigny († 1173) rédigée par un Cistercien anonyme avant 1189, qui met en scène successivement les études scripturaires du saint, sa contagion par la lèpre le conduisant à une conversion ascétique et à un abandon de son mode de vie aristocratique et à sa prise d’habit ; enfin le dossier des reliques de cinq religieux ayant marqué les débuts de Savigny, conservés, depuis 1960 et à l’issue de vicissitudes multiples qui en ont mis à mal l’unité, dans des reliquaires portatifs de facture modeste.
3 C’est la quatrième partie qui retiendra sans doute davantage l’attention des lectrices et lecteurs de la Revue de l’Art et c’est pourquoi on en rendra compte ici avec un peu plus de détails. Intitulée « De terre, de pierre et de bois : les traces de Savigny », cette section rassemble quatre articles. Deux apportent des éclairages sur le réseau de prieurés de Savigny et sur les réseaux de granges dans un espace spécifique, le Rennais. Grâce à un bilan utile des recherches archéologiques (principalement des prospections géophysiques, des études de topographie et d’archéologie du bâti, complétées par quelques sondages et surtout le croisement avec les sources textuelles et iconographiques disponibles) à propos des implantations cisterciennes normandes et plus précisément du réseau des prieurés de Savigny, émergent quelques conclusions qui permettent d’enrichir la connaissance de cet ensemble avant l’incorporation à l’ordre cistercien en 1147 : un réseau de prieurés, dont l’acculturation cistercienne efface les spécificités architecturales totalement perdues, et modifie même en profondeur le statut (prieurés transformés en abbayes ou en granges) à l’exception des maisons féminines où le réseau prioral est préservé. L’approche des granges dans le Rennais, à une cinquantaine de kilomètres de l’abbaye, s’appuie principalement sur les sources textuelles et secondairement sur les données archéologiques concernant le paysage : peu sur les traces du bâti, et pour cause, car elles semblent absentes. Les conclusions sont fermes sur la spécificité des granges en Rennais — de gros temporels autonomes, créés dans un souci de rentabilité. Le site de Savigny fait, quant à lui, l’objet d’un bilan et d’une synthèse des travaux menés entre 1935 et 2012, insérés dans un bilan des recherches archéologiques sur les abbayes de Basse-Normandie. Il en ressort que le potentiel patrimonial subsistant est encore loin de pouvoir être apprécié, même si quatre ensembles peuvent d’ores et déjà être dégagés : l’abbatiale, le cloître, l’ensemble comprenant le réfectoire, le chauffoir et les cuisines qui est de loin le moins mal conservé, enfin le secteur du dortoir surmontant la salle capitulaire qui constitue sans doute une importante réserve archéologique. En définitive, tout semble prêt pour un programme plus ambitieux de fouilles sur l’ensemble du site, précédé et préparé par des prospections géophysiques. Le dernier article de cette section propose l’étude d’un gisant connu sous le nom de « gisant de Raoul II » actuellement conservé au château de Fougères, mais provenant de la galerie du cloître de Savigny. Grâce à une description attentive (notamment de l’armement), à des comparaisons soignées et à une réflexion poussée sur la mise en scène monumentale de la mémoire de la famille de Fougères à Savigny, l’auteur propose une nouvelle datation, peu de temps après le milieu du xiiie siècle, ce qui le pousse à abandonner l’identification à Raoul II, au profit de Raoul III (†1256) dont on sait qu’il prépara soigneusement sa mort.
4 Les chapitres, tous rédigés en français, sont dotés d’un résumé également en français, ce qui n’est sans doute pas très judicieux. On regrettera également l’absence de tout index. Reste qu’il s’agit d’un volume qui fera date, car il atteint somme toute le but recherché : celui d’un bilan des connaissances sur Savigny, au moment du neuf centième anniversaire de la fondation.
5 [Brigitte Galbrun « Introduction. De dom Auvry à aujourd’hui : quel regard sur Savigny en France ? » ; Alexis Grélois « Savigny et l’ordre cistercien. Un bilan historiographique critique » ; Richard Allen « Les chartes originales de Savigny. Des origines jusqu’au xiiie siècle (1112-1202) » ; Claude Groud-Cordray « L’abbaye de Savigny et ses premiers bienfaiteurs. Les enjeux d’une fondation (1112-1147) » ; Daniel Pichot « L’abbaye de Savigny et l’aristocratie (xiie-xiiie siècles) » ; Christophe Mauduit † « Les comtes de Mortain et l’abbaye de Savigny (1112-1214) » ; Janet Burton « L’arrivée de l’ordre savignien en Angleterre et au pays de Galles » ; Jean-René Ladurée « Champagne (Rouez), modeste fille de Savigny. L’exemplarité d’une fondation cistercienne tardive du Maine (1188) » ; Daniel Power « L’abbaye de Neath, fille galloise de l’ordre de Savigny » ; Lindy Grant « Étienne de Lexington et l’abbaye de Savigny au xiiie siècle » ; Bertrand Marceau « La réforme de Savigny au xviie siècle » ; Jean-Baptiste Vincent « Savigny, Cîteaux et la Normandie. Bilan archéologique et perspective de recherche » ; François Fichet de Clairfontaine « La recherche archéologique sur les abbayes normandes et le site cistercien de l’abbaye de Savigny » ; Aurélie Reinbold « L’établissement des granges de Savigny dans le Rennais. Constitution des domaines et organisation du finage » ; Julien Bachelier « De l’abbaye de Savigny au château de Fougères. Le parcours d’un gisant » ; Jean Dufour † « Les rouleaux des morts ‘normands’ (1066-1130) » ; Damien Jeanne « Lèpre humiliante, lèpre édifiante. Hamon de Savigny, novice réputé lépreux au service des lépreux » ; Véronique Gazeau et Cécile Chapelain de Seréville-Niel « Le dossier des reliques de Savigny. Étude historique et anthropologique » ; Brigitte Galbrun et Véronique Gazeau « Conclusion générale »].
6 Cécile Caby