Javier Ibáñez Fernández (dir.) : Trazas, muestras y modelos de tradición gótica en la Península Ibérica entre los siglos XIII y XVI. Madrid, Instituto Juan de Herrera, Escuela Técnica Superior de Arquitectura de Madrid, 2019.
- Par Ronan Bouttier
Pages 75b à 80b
Citer cet article
- BOUTTIER, Ronan,
- Bouttier, Ronan.
- Bouttier, R.
https://doi.org/10.3917/rda.208.0075b
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- Bouttier, R.
- Bouttier, Ronan.
- BOUTTIER, Ronan,
https://doi.org/10.3917/rda.208.0075b
Notes
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[1]
Étienne Hamon, « Fantômes et revenants : les dessins français d’architecture gothique », Livraisons de l’histoire de l’architecture [En ligne], 30 | 2015, mis en ligne le 18 décembre 2017, consulté le 16 mars 2020. URL : http://journals.openedition.org/lha/572 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lha.572.
1 Depuis une quinzaine d’années maintenant, la péninsule Ibérique est un territoire où le dynamisme et la qualité des études en histoire de l’art sont tout à fait admirables et justifieraient, en eux-mêmes, une place plus grande que celle qui leur est accordée par la recherche française. Plus particulièrement aujourd’hui, ce sont les travaux d’un groupe de chercheurs sur l’architecture et les arts monumentaux des royaumes espagnols, du Moyen Âge et de la première modernité, qui doivent retenir l’attention tant ils conduisent à considérablement enrichir et déplacer les perspectives d’analyses développées dans la littérature critique française.
2 Il en va ainsi du volumineux ouvrage (799 pages) paru, l’an dernier, à Madrid. Il est l’un des produits (on nous pardonnera l’expression) du vaste programme collectif de recherche centré sur l’art du gothique tardif dans la péninsule Ibérique ces dernières années. Le groupe d’historiens de l’art et de l’architecture, travaillant selon une dynamique coopérative, a ainsi accueilli un projet d’inventaire et de catalogage des dessins d’architecture dans ces territoires, entre le xiiie et le xvie siècle. On ne pouvait que redouter les dangers et les difficultés d’une telle entreprise que l’auteur de la première compilation de tels documents, Alfonso Jiménez Martín, avait soulignés de longue date. C’est, pourtant, avec l’ambition de surmonter ces obstacles que se sont associés vingt chercheurs d’Espagne et du Portugal, sous la direction de Javier Ibáñez Fernández de l’université de Zaragoza. C’est du reste dans la revue du département d’histoire de l’art de cette université, ARTigrama, qu’était paru dès 2016 un ensemble de travaux sous le même titre de Muestras, trazas y modelos en la arquitectura hispánica de la Baja Edad Media a finales del Seiscientos afin d’établir un premier état des questions qui traversent le champ d’études.
3 L’ouvrage se présente, donc, sous la forme d’un catalogue de 200 documents, entre 1250/1300 approximativement et 1600, une date arbitrairement retenue comme limite basse de ce recensement des dessins et figures graphiques d’architectures d’inspiration gothique. Chacun de ces documents est présenté selon un même schéma. Sont indiqués successivement le titre que la pièce porte parfois (ou, dans le cas contraire, celui qu’il est possible de lui attribuer), la date de ce document (attestée ou vraisemblable), son auteur (identifié ou identifiable), sa localisation ainsi que l’ensemble des éléments archivistiques et codicologiques utiles à son analyse tels que la nature de son support, ses dimensions ou ses techniques de réalisation. Ce systématisme est fort utile car les collaborateurs de ce projet se sont accordés pour ne pas relever que des documents graphiques sur papier, vélin ou parchemin des dépôts d’archives mais aussi pour prendre en compte d’autres artefacts constituant un enregistrement graphique tels que les tracés régulateurs aujourd’hui encore observables sur le bâti. Un tel élargissement était bienvenu pour enregistrer ces tracés préparatoires et obvier les risques de leur lente disparition sous les assauts de l’érosion naturelle. C’est ainsi le cas du tracé relevé sur la face supérieure de l’un des crochets de pinacle dans les parties hautes de la chapelle San Pablo de la cathédrale de Séville, datable des alentours de 1481 (p. 162-163), ou celui apparaissant sur les éléments d’un baldaquin de la tombe du cardinal Juan de Cervantes dans la même cathédrale que le mystérieux « lor˜e ço. mercadante. de. bretaña » signa fièrement vers 1454/58 (pp. 122-124). C’est également au titre de cet élargissement de la notion de relevé graphique qu’a été légitimement intégré au corpus le modèle de flèche gothique en bois doré, attribué à Antoni Dalmau et conservé aux Archives historiques municipales de Valencia (v. 1450) (pp. 120-122). Quoi qu’il en soit, chacune des notices des quelques 200 « tracés, échantillons et modèles » de tradition gothique ainsi répertoriés comportent surtout un commentaire de taille variable (mais dans l’ensemble fort fournis) dont l’ambition est de proposer une analyse matérielle, technique, historique et formelle. Ainsi replacés dans leur contexte, ces documents s’avèrent particulièrement utiles à la compréhension des mécanismes de projection et d’élaboration constructives des constructeurs de tradition gothique dans la péninsule Ibérique à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne.
4 Mais ce livre ne saurait se résumer à ce travail de collecte documentaire, déjà remarquable et indispensable pour appuyer la recherche à venir, ainsi qu’Étienne Hamon le soulignait, en 2015, dans un article de la revue en ligne Livraisons d’Histoire de l’Architecture, dans lequel il appelait de ses vœux une telle opération dans les fonds français [1]. On soulignera ici à ce titre le très grand intérêt de l’introduction très nourrie qui précède le catalogue et que l’on doit à Javier Ibáñez Fernández. Dans ces pages, le coordonnateur du projet et professeur à l’université de Zaragoza, rassemble les principales perspectives problématiques qu’il est possible de dresser à partir de l’analyse sérielle de la documentation. La première concerne le poids des traditions techniques du Moyen Âge tardif dans les pratiques stéréotomiques des acteurs telles qu’elles se retrouvent partiellement éclairées par de telles sources graphiques : et cela, jusqu’assez tard dans l’époque moderne. C’est, en second lieu, une progressive clarification de la nature et de la fonction des outils graphiques que l’étude de ce corpus permet de mener. Les opérations de projection, de documentation et d’enregistrement du bâti construit et de son décor monumental ne peuvent ainsi être dissociées des transformations touchant au passage graduel vers les nouveaux systèmes visuels de la Renaissance issus des modèles vitruviens. Le vocable même est finement interrogé par Javier Ibáñez qui signale comment les emplois distincts des termes « trazas » ou « muestras » révèlent bien la conscience de finalités distinctes et, partant, de publics différents de la part des scripteurs qui prirent en compte la finalité directement professionnelle des usages de beaucoup de ces documents.
5 Loin de ne considérer ces documents que comme des sources d’informations susceptibles d’éclairer les œuvres construites, Javier Ibáñez Fernández consacre une part importante de son introduction à leur matérialité même et aux techniques de leur élaboration. C’est à propos de l’usage de la couleur, des remplissages graphiques comme des ombres portées sur ces figures monumentales qu’il propose de s’interroger sur les logiques de la représentation. Dans la dernière partie de cette introduction, il est souligné que ce catalogue des dessins, tracés, relevés et modèles de tradition gothique conservés dans la péninsule Ibérique entre le xiiie et le xvie siècle, peut-être — doit être — consulté de manière transversale et qu’il conduit dès lors à éclairer des questions spécifiques sur la longue durée. Il permet ainsi au chercheur de questionner la typologie des différents modèles employés pour les édifices comme les différentes solutions adoptées pour la conception des croisées de transepts ou pour le dessin des voûtements des chœurs, objets d’une particulière attention décorative dans la riche tradition architecturale ibérique de la fin du Moyen Âge et de la première modernité.
6 On comprendra donc que cet ouvrage devra, désormais, impérativement être consulté par tous les chercheurs européens travaillant sur l’architecture de tradition gothique édifiée à cette période comme ceux étudiant les processus de la mise en dessin. Cela, tant en raison de l’utilité propre d’un inventaire exhaustif, conduit avec rigueur, que parce que la riche introduction le précédant fournit des pistes problématiques susceptibles d’enrichir la réflexion de tous les historiens de l’architecture et de la construction, et plus généralement des historiens de l’art.
7 Trazas Guillouët