La Terre au lieu de La Méditation
Découverte d’un plâtre de Rodin au Nationalmuseum de Stockholm
Pages 55 à 64
Citer cet article
- HINNERS, Linda
- et LE NORMAND-ROMAIN, Antoinette,
- Hinners, Linda.
- et al.
- Hinners, L.
- et Le Normand-Romain, A.
https://doi.org/10.3917/rda.208.0055
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- Hinners, L.
- et Le Normand-Romain, A.
- Hinners, Linda.
- et al.
- HINNERS, Linda
- et LE NORMAND-ROMAIN, Antoinette,
https://doi.org/10.3917/rda.208.0055
Notes
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[1]
Inv. NMSk 2392, H. 47,5 ; L. 114 ; P. 40 cm. Le plâtre est renforcé avec du crin de cheval. Un premier constat d’état a été fait par V. Eriksson, Nationalmuseum : il est sale bien sûr mais en relativement bon état, à l’exception d’une zone en bas du dos attaquée par l’eau tombée goutte à goutte pendant une période assez longue.
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[2]
L’inscription en bas de la sculpture, côté droit, est libellée en ancien suédois « Gåfva af Rodin » au lieu de « Gåva av Rodin » en suédois moderne. « N° 2 » est inscrit très légèrement au crayon bleu devant, à droite. Une étiquette sous la base porte le numéro « 1561 » qu’il n’a pas été possible d’identifier.
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[3]
Augmentation au double d’une « étude de dos femme couchée », Comptes de H. Lebossé, Paris, arch. musée Rodin.
-
[4]
Terre cuite, H. 28 ; L. 50 ; P. 22 cm. Paris, musée Rodin, inv. S. 00210.
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[5]
1899, Bruxelles, Rotterdam, Amsterdam et La Haye, n° 17 ; 1900, Paris, pavillon, de l’Alma, n° 66 ; 1901, Vienne, IXéme Sécession, hors cat. ; 1901, Venise, IVème Biennale, n° 11 ; 1902, Prague, n° 63/148 ; 1904, Dusseldorf, n° 1752.
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[6]
Rodin avait en effet oublié l’existence de ce bronze qui se trouvait sur le marché parisien en 1913 : il voulut le faire saisir mais reconnut son erreur et le racheta. L’œuvre fit donc partie de la donation à l’État français en 1916. Voir A. Le Normand-Romain, Rodin et le bronze. Catalogue des œuvres conservées au musée Rodin / The Bronzes of Rodin. Catalogue of works in the Musée Rodin, 2 vol., Éditions du musée Rodin/ Réunion des musées nationaux, 2007. Versions française et anglaise, p. 667-670
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[7]
Plâtre, H. 47,5 ; L. 114 ; P. 40 cm. Paris, musée Rodin, inv. S. 03153. Exp. Rodin en 1900. L’exposition de l’Alma, sous la direction d’A. Le Normand-Romain, Paris, musée du Luxembourg, 12 mars-15 juillet 2001, n° 49.
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[8]
Terre cuite, H. 20 ; L. 48,3 ; P. 16,5 cm. Paris, musée Rodin, inv. S. 00385, S. 02256.
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[9]
Une étude approfondie menée en collaboration avec le Nationalmuseum et musée Rodin, est en projet. Mais, dès maintenant, nous exprimons notre reconnaissance à C. Lancestremère et C. Ariot, au musée Rodin, grâce à qui nous avons pu examiner les différents exemplaires de La Terre conservés dans les réserves du musée et nous assurer que l’épreuve de Stockholm n’était pas un surmoulage.
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[10]
L’agrandissement de la Martyre ne fut réalisé qu’en 1899 (H. Lebossé à Rodin, 25 décembre 1899, Paris, arch. musée Rodin.
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[11]
Voir la revue Perspective 2019-1, numéro consacré aux Pays nordiques.
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[12]
H. H. Brummer, “Rodin utomlands och i Sverige”, Auguste Rodin, exp. Millesgården, Stockholm 1988, p. 11 à 27 ; H. H. Brummer, “Konstens moral — kring en försvunnen gipsskulptur av Auguste Rodin”, in Konsthistorisk Tidskrift, LXIV/1, 1995, p. 39 à 46 ; L. Hinners, « ”Perhaps the world’s most renowned sculptor”. On the early Reception, Collecting and Exhibition of Rodin in Sweden », cat. exp. Auguste Rodin and the Nordic Countries, Stockholm, Nationalmuseum ; Helsinki, Ateneum Art Museum, du 1er octobre 2015 au 8 mai 2016, p. 98 à 100.
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[13]
Pour une étude approfondie de l’exposition voir A. Ekström, Den utställda världen. Stockholmsutställningen 1897 och 1800-talets utställningar, Nordiska museets handlingar 119, Stockholm 1997. Les auteurs tiennent à remercier K. Hagsgård au Palais Royal de Stockholm, G. Nord et E. Ström au Nationalmuseum, M. Odelhall au Musée de la Ville de Stockholm, M. Steinrud au Nordiska Museet et E. L. Bengtsson à l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm de l’aide qu’elles leur ont apportée en ce qui concerne la documentation de l’exposition de 1897.
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[14]
Mexico, musée Soumaya. Ce marbre avait été exécuté par V. Peter en 1890-1891 et fut acquis en 1898 par J. Chavasse en échange d’un tableau de Degas. Il est reproduit dans le catalogue de l’exposition de Stockholm.
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[15]
Par exemple Ny Illustrerad Tidning, 25 septembre 1897.
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[16]
Par exemple A. Hasselgren, Utställningen i Stockholm 1897 : Beskrifning i ord och bild öfver allmänna konst- & industriutställningen, Stockholm 1897, p. 527.
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[17]
« Pour le don de ”La voix intérieure”, figure fragmentaire en plâtre du sculpteur invité par le comité des beaux-arts de l’exposition Auguste Rodin, le comité du musée a décidé par 4 votes (baron Nordenfalk, MM. Sander et Holm et comte von Rosen) contre 1 (M. Upmark) qu’elle [la sculpture] n’a pas paru pouvoir être acquise pour les collections nationales », procès-verbal de la séance de la commission du 6 novembre 1897. Une note y est jointe précisant que : « Pour le protocole de la Commission du 6 novembre 1897 Don pour les collections d’art par le sculpteur français Auguste Rodin (né 1840) de ”Den inre rösten” [La Voix intérieure], figure en plâtre, modelée par le donateur. Étude d’après nature. Fragment : les bras et une partie des jambes manquent. Voir la copie de la lettre de Rodin, signalée. Exposée à l’Allm[änna] Konst- o. Industriutställningen 1897, sous le numéro 1698 dans la section Beaux-Arts. Un autre exemplaire donné au musée de Marseille.» Stockholm, arch. Nationalmuseum. Traduit du suédois par L. Hinners.
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[18]
« Je crois néanmoins que si Son A. R. avait été là, j’aurais eu plus de satisfaction », Rodin à C. A. Ossbahr, secrétaire de la section Beaux-Arts de l’Exposition de 1897, 13 novembre 1897, Stockholm, arch. Prins Eugens Waldemarsudde. Nous remercions C. Rech et A. Meister de leur aide.
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[19]
Prince Eugen à Rodin, après le 9 décembre 1897, Paris, arch. musée Rodin.
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[20]
Stockholm, arch. Prins Eugens Waldemarsudde.
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[21]
O. Björk au Prince Eugen, 16 décembre 1897, Stockholm, arch. Prins Eugens Waldemarsudde, Traduit du suédois par L. Hinners, cité par Brummer, 1988, p. 18-19. Un groupe d’artistes suédois créa en 1886 le Konstnärsförbundet [Association des artistes] en opposition à l’Académie des Beaux-Arts qui, comme le Nationalmuseum, défendait l’art traditionnel.
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[22]
R. Bergh à G. Pauli, 21 décembre 1897, G. Pauli, Konstnärsbrev I, Stockholm, 1928, p. 128. Traduit du suédois par L. Hinners, cité par Brummer 1988, p. 19-20. La lettre fut signée par A. Zorn, O. Björck, K. Nordström, H. Pauli, R. Thegerström, P. Ekström, R. Bergh, C. Trägårdh, G. Pauli, C. Larsson, N. Kreuger, E. Jansson, A. Wallander et A. Hagborg (20 décembre 1897, Paris, arch. musée Rodin). Rodin de son côté écrivit à Hagborg le 30 janvier 1898, pour remercier les mêmes artistes de l’hommage qu’ils lui rendaient ainsi, Stockholm, arch. Nationalmuseum. https://www.nationalmuseum.se/guldkorn-från-arkivet-om-ett-brev-frånauguste-rodin
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[23]
Une lettre de la reine Sophia au prince Eugen, son fils, témoigne que le roi avait agi de sa propre initiative (19 décembre 1897, Stockholm, arch. Prins Eugens Waldemarsudde). Nous remercions H. H. Brummer de nous l’avoir signalée.
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[24]
Rodin au prince Eugen, 5 janvier 1898, Stockholm, arch. Prins Eugens Waldemarsudde.
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[25]
Brummer, 1988, p. 17, n. 13.
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[26]
Rodin à Zorn, 23 novembre 1897, Stockholm, arch. Prins Eugens Waldemarsudde.
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[27]
Brummer, 1988, p. 25 : le 1er octobre 1908, lors du règlement de la succession, le prince Eugen acquitta les 10 couronnes qui lui permirent d’entrer en possession du plâtre. Nous remercions L. Ljungström aux Collections Royales de son aide sur ce point. Voir aussi Prince Eugen, Breven Berätta, 1942, p. 255, la « fin de l’histoire » avec le commentaire suivant : « Le plâtre n’est pas si remarquable que cela sans son contexte du mont de Victor Hugo mais comme une étape d’une oeuvre d’un grand artiste, il a toujours sa valeur. » Aucune trace de l’entrée du plâtre n’a été trouvée au Nationalmuseum jusqu’à ce jour.
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[28]
A. Pingeot, « Petite chronologie du fragment » et « Fragments tirés d’un ensemble. I Rodin : le monument à Victor Hugo », p. 24, 205-207 et n° 443, cat. exp. Le Corps en morceaux, Paris, musée d’Orsay, Francfort, Schirn Kunsthalle, 5 février-26 août 1990
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[29]
La lettre originale, écrite par un secrétaire et signée par Rodin, est conservée dans les archives de Prins Eugens Waldemarsudde à Stockholm.
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[30]
Nya Dagligt Allehanda, 22 février 1898. Traduit du suédois par L. Hinners.
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[31]
Sur cette exposition, voir C. Keisch, Rodin dans l’Allemagne de Guillaume II. Partisans et détracteurs à Leipzig, Dresde et Berlin, Paris, 1998, p. 43-53 et 139-140.
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[32]
Exp. Œuvres de MM. P. Puvis de Chavannes, Auguste Rodin, Eugène Carrière, Genève, musée Rath, 2-13 février 1896. Sur cette exposition voir I. Payot-Wunderli, « Auguste Rodin à Genève : d’une exposition au musée Rath en 1896 à un feuilleton journalistique teinté de scandale », cat. exp. Rodin. L’accident. L’aléatoire, sous la direction d’A. Le Normand-Romain et de L. Madeline, Genève, Musée d’art et d’histoire, 20 juin-24 septembre 2014, p. 77-87.
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[33]
Dresde, arch. département des sculptures des Staatliche Kunstsammlungen.
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[34]
Paris, arch. musée Rodin. A. Beausire dans Quand Rodin exposait (Paris, musée Rodin, 1988, p. 125) propose d’identifier « la petite femme couchée sans bras » n° 113 à l’Étude pour Ariane.
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[35]
Paris, arch. musée Rodin.
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[36]
Ibidem.
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[37]
Après 1900, le titre de Voix intérieure céda peu à peu sa place au nom de Méditation, peut-être en raison d’une boutade de Rodin : « c’est à dessein, croyez-le, que j’ai laissé ma figure dans cet état. Elle représente la Méditation. Voilà pourquoi elle n’a ni bras pour agir, ni jambes pour marcher. » Rodin, L’Art. Entretiens réunis par Paul Gsell, Paris, 1911, p. 196.
-
[38]
G. Geffroy, La Vie artistique, 5e série, Paris, 1897, « Salon de 1896. Au Champ de mars. III Deux figures de Rodin », p. 168-169.
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[39]
Rodin à J. Cladel, [Paris, 5 février 1898], Correspondance de Rodin, 1860-1917, textes classés et annotés par A. Beausire et H. Pinet, I (1860-1899) Paris, musée Rodin, 1985, n° 264.
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[40]
A. Le Normand-Romain et P. Pachet, Du Fragment, Paris, 2011.
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[41]
Geffroy, 1896, p. 169.
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[42]
A. Le Normand-Romain, « La Porte de l’Enfer. La poétique de l’œuvre ouverte chez Rodin », The challenge of the object: 33rd congress of the International Committee of the History of Art, Nuremberg, 15th 20th July 2012, édité par G. U. Grossmann et P. Krutisch, Verlag des Germanischen Nationalmuseums, Nuremberg, 2013, section 2, “The Concept of the Original as Hermeneutical Problem”, p. 151-154.
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[43]
A. Pallier, « Chronique d’art. Salon de 1896 », coupure de presse, Paris, arch. musée Rodin.
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[44]
M. Morhardt, « Melle Camille Claudel », Mercure de France, mars 1898, p. 717-718.
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[45]
A. Bourdelle, « Rodin et la sculpture », Revue des Études franco-russes, septembre 1909, p. 379-380.
Linda Hinners and Antoinette Le Normand-Romain: La Terre (The Earth) instead of The Meditation; Discovery of a Plaster by Rodin in the Stockholm Nationalmuseum
In 1897 Rodin sent a plaster to the international exhibition organized in Stockholm. Based on a letter from the artist, this plaster has always been identified as La Voix Intérieure (The Interior Voice) or Meditation. But it had never been found, until, in 2018, in the reserves of the Nationalmuseum, a proof of La Terre (The Earth) was discovered. This work was also part of the group of partial figures in which Rodin confirmed the new direction that his research was taking in the mid-1890s. Rereading archival documents demonstrates that the organizers of the exhibition that took place this same year 1897 in Dresden wanted La Voix Intérieure. As a wise strategist, anxious to not disappoint his admirers, and also desiring to publicize his recent works, Rodin probably decided at the last moment, and without warning anyone, to replace La Voix Intérieure by La Terre, which was slightly earlier. This article sheds light on Rodin’s working methods and strategy, based on the example of the reception of this plaster in Sweden.