Article de revue

Alexander Bain (1818-1903) : L'esprit et le cerveau

Pages 277 à 279

Citer cet article


  • Dupont, J.-C.
  • et Forest, D.
(2007). Alexander Bain (1818-1903) : L'esprit et le cerveau. Revue d'histoire des sciences, Tome 60(2), 277-279. https://doi.org/10.3917/rhs.602.0277.

  • Dupont, Jean-Claude.
  • et al.
« Alexander Bain (1818-1903) : L'esprit et le cerveau ». Revue d'histoire des sciences, 2007/2 Tome 60, 2007. p.277-279. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-histoire-des-sciences-2007-2-page-277?lang=fr.

  • DUPONT, Jean-Claude
  • et FOREST, Denis,
2007. Alexander Bain (1818-1903) : L'esprit et le cerveau. Revue d'histoire des sciences, 2007/2 Tome 60, p.277-279. DOI : 10.3917/rhs.602.0277. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-des-sciences-2007-2-page-277?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhs.602.0277


Notes

  • [*]
    Jean-Claude Dupont, Université de Picardie, Faculté de philosophie, sciences humaines et sociales, Chemin du Thil, 80025 Amiens Cedex et IHPST, 13, rue du Four, 75006 Paris.
  • [**]
    Denis Forest, Université Lyon III, Faculté de philosophie, 74, rue Pasteur, 69007 Lyon et IHPST, 13, rue du Four, 75006 Paris.
  • [1]
    John Locke, Essay on human understanding, I, I, § 2.
  • [2]
    Voir dans ce numéro l’article de Daniel Becquemont.
  • [3]
    Stanislas Dehaene (sous la dir. de), Le Cerveau en action : L’imagerie cérébrale fonctionnelle en psychologie cognitive (Paris : PUF, 1997).
  • [4]
    Les quatre articles qui suivent dérivent de communications présentées lors d’une journée d’études qui s’inscrivait dans le cadre de l’ACI consacrée à la notion de « fonction » que dirige Jean Gayon (université Paris I et IHPST).
  • [5]
    Philip P. Wiener, Evolution and the founders of pragmatism (Cambridge : Harvard Univ. Press, 1949), 19.
  • [6]
    Voir en philosophie des sciences, l’idée de théories interchamps. Lindley Darden et Nancy Maull, Interfield theories, Philosophy of science, 44/1 (1977), 43-64.

1Il est tentant, lorsqu’on évoque Alexander Bain (1818-1903), de le caractériser en termes de « déjà plus » et de « pas encore ». D’une part, sa conception de la vie mentale n’est plus celle de l’empirisme classique, ne serait-ce que parce qu’il refuse d’écarter d’emblée, à la manière de John Locke et de James Mill, toute « considération physique » comme étant en dehors de son champ d’investigation [1]. En revanche, sa psychologie (dans un livre comme Les Sens et l’intellect) n’est pas encore la psychologie telle qu’elle se constitue ensuite en une discipline autonome qui entend passer de l’observation commune à l’expérimentation. D’autre part, le cerveau auquel il fait référence dans ses ouvrages principaux n’est plus celui, conçu a priori, de Charles Bonnet et de David Hartley ; mais il n’est pas encore celui de la neurologie de David Ferrier et de John H. Jackson avec lesquels il a pourtant une connexion immédiate. Dans l’histoire, Bain serait donc, par excellence, une figure de transition, qui demeure située en deçà de la formation de nouvelles positivités. Mais un second problème s’ajoute au premier car Bain serait en outre le représentant d’une psychophysiologie qui ne cesse depuis qu’elle existe d’être en accusation sur le versant philosophique. La critique de l’atomisme psychologique comme celle de la confusion entre le mental et le cérébral (Henri Bergson), tout comme la critique de l’objectivisme et du naturalisme (Edmund Husserl), sont des critiques qui visent, sinon son œuvre, du moins les présupposés de sa démarche, comme ceux de toute psychophysique. En étant maintes fois relayées, elles ont contribué à rendre illisible une grande part de la production intellectuelle du xixe siècle.

2Il existe plusieurs raisons qui, réunies, justifient l’intérêt que présente ce numéro thématique. Il nous semble tout d’abord que quelques étiquettes commodes, quelques jugements expéditifs ne rendent pas justice à une œuvre comme la sienne. L’associationnisme, par exemple, chez Bain, n’est pas, comme on pourrait le croire, réductible à une théorie de la liaison des idées, mais il constitue pour l’essentiel une analyse complexe du développement cognitif, qui restitue des ordres de dépendance dans la genèse de nos pensées. L’image d’un Bain d’abord intéressé par la connaissance du cerveau, puis réticent devant son extension ultérieure, mérite également d’être corrigée [2]. Bain est plutôt quelqu’un qui comprend que l’alliance qu’il appelle de ses voeux entre analyse de la vie mentale et connaissance du cerveau suppose que la première soit développée pour elle-même, sans quoi le mariage espéré se verrait compromis par la caractérisation vague et incertaine de la vie mentale. Le problème est bien sûr récurrent, et en substance, les psychologues que le cerveau intéresse ne disent pas autre chose aujourd’hui [3].

3En second lieu, il nous semble que l’histoire de la connaissance empirique – par exemple celle du cerveau – ne peut pas se contenter d’inclure celle des découvertes positives – comme les découvertes qui concernent les structures, les tissus ou les conséquences des lésions. Elle doit aussi s’intéresser aux hypothèses formulées sur la manière dont le cerveau doit être configuré étant donné ce qu’on peut savoir de ce qu’il rend possible. Or c’est exactement ainsi que Bain a abordé la psychologie : comme une source de détermination (certes très générale) relativement à l’architecture fonctionnelle de l’ancien « organe de l’âme » et plus généralement du système nerveux central [4]. C’est à ce titre que compte, par exemple, son analyse de l’action. Cette analyse ne lui dicte pas seulement, dans Les Émotions et la volonté, une définition originale de la croyance, dont Charles S. Peirce a pu dire que le pragmatisme en était le simple corollaire [5]. Cette analyse suggère une importante conception « proactive » du cerveau, qui diffère en tous points du modèle du réflexe et qui relie étroitement, en insistant sur leurs conditions partagées, la conscience du mouvement volontaire et l’initiative qui en commande et en détermine l’exécution dans le monde physique.

4Il nous semble enfin que quelqu’un qui se tient, comme Bain, historiquement en deçà des frontières disciplinaires telles qu’elles ont ensuite été édifiées (psychologie, neurosciences) acquiert un intérêt particulier lorsque la nécessité de redéfinir de telles frontières se fait sentir, comme c’est particulièrement le cas aujourd’hui [6]. Il ne s’agit pas, en ce cas, de lire le passé à partir de l’avenir. Il s’agit tout d’abord, en constatant des similarités entre des situations à chaque fois singulières, de rendre au xixe siècle, sous la poussière qui recouvre les volumes, sa dimension d’aventure intellectuelle. Et il s’agit ensuite de resituer une part importante de la culture scientifique contemporaine dans sa continuité avec la science d’hier, continuité qui risque d’être méconnue chaque fois que l’histoire des résultats et des doctrines prend le pas sur l’histoire plus fondamentale de programmes explicatifs qui donnent lieu, sinon à des résultats intangibles, du moins à des chantiers toujours ouverts.


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Date de mise en ligne : 01/01/2010

https://doi.org/10.3917/rhs.602.0277