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Compte rendu

Saint Augustin, Sermons sur l’écriture, édition établie et présentée par Maxence Caron, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014

Pages 175c à 198c

Citer cet article


  • Lescourret, M.-A.
(2017). Saint Augustin, Sermons sur l’écriture, édition établie et présentée par Maxence Caron, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014. Cités, 70(2), 175c-198c. https://doi.org/10.3917/cite.070.0175c.

  • Lescourret, Marie-Anne.
« Saint Augustin, Sermons sur l’écriture, édition établie et présentée par Maxence Caron, Paris, Robert Laffont, coll. “Bouquins”, 2014 ». Cités, 2017/2 N° 70, 2017. p.175c-198c. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-cites-2017-2-page-175c?lang=fr.

  • LESCOURRET, Marie-Anne,
2017. Saint Augustin, Sermons sur l’écriture, édition établie et présentée par Maxence Caron, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014. Cités, 2017/2 N° 70, p.175c-198c. DOI : 10.3917/cite.070.0175c. URL : https://shs.cairn.info/revue-cites-2017-2-page-175c?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cite.070.0175c


Notes

  • [1]
    Saint Augustin, Sermons sur l’écriture, « La Sainte Trinité », p. 506.
  • [2]
    Ibid., « Nécessité de la grâce », p. 1262.
  • [3]
    Ibid., « Les Béatitudes », p. 522.
  • [4]
    Il s’agit là du texte de la Bible de Jérusalem.
  • [5]
    Cité p. 1139, « Consubstantialité du Fils avec le Père ». Il en trouve confirmation dans le psaume 110, « Principe du savoir : la crainte de Yahvé ; bien avisés tous ceux qui s’y tiennent. »
  • [6]
    Ibid., p. 1140.
  • [7]
    Et qui motivera la thèse d’Hannah Arendt, Le Concept d’amour chez saint Augustin, Paris, Rivages Poche, 1999.
  • [8]
    Saint Augustin, Sermons sur l’écriture, op. cit., « Sainteté nécessaire », p. 825.
  • [9]
    Ibid., « Excepté le péché, tu lui dois tout le reste », « De l’amour de Dieu », p. 184.
  • [10]
    Ibid., « La Sainte Trinité », p. 509.
  • [11]
    « […] et cependant, sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus-Christ, nous avons cru nous aussi au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification pat la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi, personne ne sera justifié. »
  • [12]
    Ibid., « Nécessité de la grâce », p. 1265.
  • [13]
    Ibid., p. 1264.
  • [14]
    « Mieux vaut y marcher en boitant que de n’y être pas en marchant d’un pas ferme ». Ibid., « Jésus notre voie », p. 1151.
  • [15]
    Ibid., « Moïse et le buisson ardent », p. 67.

1 « Que pouvons-nous donc dire de Dieu mes frères ? Si l’on comprend ce que je l’on peut dire de lui, ce n’est pas de lui, ce n’est pas lui que l’on peut comprendre mais quelque chose en place de lui ; et si l’on croit l’avoir saisi lui-même, on est le jouet de son imagination. Il n’est pas ce que l’on comprend ; il est ce que l’on ne comprend pas ; et comment vouloir parler de ce que l’on ne comprend pas [1] ? » De quoi va donc parler l’évêque d’Hippone à l’ouvrage, dans ses prêches dominicaux, soit dans son évêché, soit à Carthage ? Forcément des Écritures, de la manifestation de Dieu par la parole, le message car : « La profondeur de la parole de Dieu exerce notre zèle sans refuser de se faire comprendre. Car si tout était fermé, comment en pénètrerait-on les obscurités [2]. » Et la conclusion de ces cent-quatre-vingt-trois sermons sera que « c’est aussi dans cet homme intérieur que le Christ habite provisoirement par la foi, et qu’il fera sentir la présence de sa divinité, lorsque nous connaîtrons en quoi consistent la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur ; lorsque nous connaîtrons aussi la charité du Christ, bien supérieure à toute science, pour être remplis de la plénitude de Dieu. »

2 Le chrétien s’appliquera donc à une géométrie particulière qui le conduira, selon le trajet augustinien fameux, de l’extérieur à l’intérieur : « Ne laisse point courir ton imagination à travers les espaces de l’univers, à travers l’étendue finie de ce monde immense. Saisis dans toi-même ce que je vais dire. » Ainsi, la largeur c’est l’action, les bonnes œuvres ; la longueur, la persévérance avec laquelle on les accomplit ; la hauteur c’est l’élévation du cœur vers le ciel. « Et la profondeur ? C’est la grâce de Dieu considérée dans le secret de sa volonté sainte. » Si bien que « la vraie vie consiste donc à faire le bien et à y persévérer, à attendre les biens du ciel, à recevoir la grâce que Dieu donne secrètement, non pas à l’aventure mais avec sagesse, et à ne pas critiquer la manière différente dont il traite les hommes ; car en lui il n’y a point d’injustice [3] ». Il s’agit pour le prélat d’un côté de découvrir le sens des Écritures à ses ouailles, d’un autre côté, de les convaincre de leur vérité, face aux différents sectarismes qui les menacent, et qui tous tournent autour du christianisme proprement dit, soit le mystère de l’Incarnation, à laquelle d’ailleurs est consacré le dernier sermon.

3 Car ils sont nombreux, en ce cinquième siècle de notre ère (les dates d’Augustin sont 354-430) ceux qui s’interrogent sur la double nature, esprit et chair du Sauveur. Pour certains, (les Photiniens), il n’est qu’un homme, pour d’autres, (les Manichéens, dont Augustin, un temps, fut proche), il n’est qu’esprit. Pour les Ariens, le Fils est inférieur au Père… Il y a aussi les Donatistes, les Maximianistes, les Macédoniens, les Sabelliens, les Eunoniens, les Rogatistes, les Pélagiens, les Pharisiens… Ces derniers, docteurs juifs de l’Écriture, sont les plus familiers des lecteurs des Évangiles, et cristallisent l’opposition qu’Augustin ne cesse de rappeler entre les deux testaments, entre la loi et la foi.

4 Certes, dès ses premiers sermons, il affirme l’unité de l’Ancien et du Nouveau : « tout est au passé et tout est à venir », ainsi que l’on peut comprendre le psaume XXI, troublant récit par David, de ce qui pourrait être l’histoire de Jésus. Mais le but du prêcheur est bien d’éclairer le second, et d’en persuader son auditoire, même si ses références sont puisées dans l’ensemble de la Bible. Si bien que les deux livres sont lus en « concordance », et qu’il prend dans l’Ancien (surtout Isaïe et les Psaumes) les étais de ses pensées fondamentales : d’une part que le rapport à Dieu est affaire de cœur, et ce qui semble s’ensuivre, qu’il faut croire pour comprendre. Ainsi de Jérémie (XXXI-31) : « Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur [4] », et d’Isaïe (VII, 9) : « si vous ne croyez pas, vous ne vous maintiendrez pas », dont Augustin cite la traduction selon la Septante : « si vous ne croyez, vous ne comprendrez point [5] ». Augustin commente : « Ainsi donc, c’est à la foi que s’adresse la prédication en exposant simplement les mystères, et c’est l’intelligence que veut éclairer la discussion en les approfondissant [6]. »

5 Le propos est clair : Augustin prêche le christianisme, la foi, la promesse, l’espérance et le « onzième commandement », celui de la charité (à laquelle il accorde une définition particulière [7]). Il s’adresse aux cœurs, car « c’est le cœur qui demande, le cœur qui cherche, le cœur qui frappe et c’est au cœur qu’on ouvre [8] ». Il se défie des doctes, de ceux qui osent s’en remettre à leur raison davantage qu’à l’inspiration divine ; défiance qui ira jusqu’à soupçonner les savants, ceux qui se glorifient de connaître la nature et ses créatures, plutôt que d’en chercher le créateur. Dans le même ordre d’idée, il fera compliment à saint Paul, de passage à Athènes, d’avoir renvoyé dos à dos les matérialistes épicuriens (attachés aux richesses périssables), et les stoïciens, ascétiques certes, mais trop fiers de leurs vertus. En effet, rien ne vaut en l’homme que parce que le Créateur l’y a mis [9]. Y compris ce libre-arbitre dont il a fait mauvais usage, de sorte que le Père dut envoyer le Fils pour « redresser » l’humanité pécheresse. Et même si l’homme spirituel, intérieur est composé de « mémoire, entendement et volonté [10] », il n’en demeure pas moins que le bien, la vérité ne s’accomplissent que par l’amour : « la foi [qui] agit par la charité » (Gal. II, 16) [11], « c’est par la foi qu’on obtient la grâce d’accomplir la loi [12] ». Or justement, « la loi menace, la loi ne donne pas la force de faire ce qu’elle commande ; ainsi elle assujettit, elle ne communique pas la grâce [13] ».

6 C’est le rapport à Dieu qui est changé. Anciennement basé sur l’observation de la Loi, l’accomplissement des œuvres dans la crainte du Très-Haut, selon le nouveau message, comme promesse, il entretient l’homme dans l’aspiration, le désir, l’engage sur la voie de la vérité, qu’il empruntera « en boitant [14] » : Claudel ne s’y est pas trompé, qui a entendu dans la parole de saint Augustin l’appel d’un « saint désir », auquel il a répondu dans la claudication de dona Prouhèze, chaussée d’un seul « soulier de satin ». Une façon de comprendre l’Écriture qui « parle en figure » [15]. C’est peut-être pour cela qu’aux cœurs simples, le mystère fondamental, celui de l’Incarnation, s’écoute mieux par l’œil, dans la Sainte Trinité de Pierre-Paul Rubens au Musée royal des beaux-arts d’Anvers…

7 Marie-Anne Lescourret


Date de mise en ligne : 05/06/2017

https://doi.org/10.3917/cite.070.0175c