« Émotion populaire » : la révolte des Nu-pieds à Caen (1639)
- Par Brice Evain
Pages 125 à 155
Citer cet article
- EVAIN, Brice,
- Evain, Brice.
- Evain, B.
https://doi.org/10.3917/annor.751.0125
Citer cet article
- Evain, B.
- Evain, Brice.
- EVAIN, Brice,
https://doi.org/10.3917/annor.751.0125
Notes
-
[1]
L. Puiseux, Siège du château de Caen par Louis XIII. Épisode de la guerre civile de 1620, Caen, Librairie Normande, 1856, p. 74.
-
[2]
J. Valdor (dir.), Les triomphes de Louis le Juste XIII du nom, Roy de France et de Navarre. Contenans les plus grandes actions où sa Majesté s’est trouvée en personne, représentées en Figures Ænigmatiques exposées par un Poëme Heroïque de Charles Beys, et accompagnées de vers François sous chaque Figure, composez par P. de Corneille, Paris, Estienne, 1649, p. 3.
-
[3]
Le tableau n’est pas sans rappeler d’autres œuvres plus anciennes : ainsi dans le manuscrit Les Vigiles de la mort de Charles VII, écrit par Martial d’Auvergne à la fin du xve siècle, une enluminure représente le connétable Arthur de Richemont recevant des mains des Anglais, à l’issue du siège de 1450, les clés de la ville de Caen (« Comment la dicte ville de Caen se rendit au roy par composicion et baillerent les clefs au connestable », BnF, ms fr. 5054, f. 201r : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105380390/f409.image, consulté le 05/10/2025). L’entrée du roi Charles VII à Caen quelques jours plus tard est illustrée, à la fin du xve siècle, par Maître du Froissart de Philippe de Commynes dans une Chronique manuscrite de Jean Chartier (« Entrée faitte à Caen par le roy de France », BnF, ms fr. 2691, f. 195v : https://mandragore.bnf.fr/ark:/12148/cgfbt425973, consulté le 05/10/2025). On y voit le souverain recevant les clés de la ville, offertes par ses magistrats.
-
[4]
L. Puiseux, Siège du château de Caen par Louis XIII, op. cit., p. 77.
-
[5]
Juridiction spécialisée dans les contentieux fiscaux.
-
[6]
« Édit du Roy portant création d’une Cour des Aydes à Caen en la Basse Normandie », Le Mercure françois, tome XXII, 1638, p. 444-467, ici p. 445-446. À noter, cette « récompense » caennaise était aussi une sanction portée contre la ville de Rouen.
-
[7]
L’expression est d’E. Le Roy Ladurie, Les paysans français d’Ancien Régime du xiv e au xviii e siècle, Paris, Seuil, Points Histoire, 2015, p. 146. En quelques années, la taille (l’impôt direct) est ainsi multipliée par trois dans l’élection de Caen comme dans l’ensemble de la généralité. Voir P. Goujard, La Normandie aux xvi e et xvii e siècles face à l’absolutisme, Rennes, Ouest-France, 2002, p. 166-171 et, pour une pesée globale de la fiscalité en Normandie à la veille de la révolte des Nu-pieds, M. Foisil, La révolte des Nu-pieds et les révoltes normandes de 1639, Paris, PUF, 1970, p. 64 et suiv.
-
[8]
Sur la question des émotions populaires de la première modernité, on consultera avec profit Y.-M. Bercé, Croquants et Nu-pieds. Les soulèvements paysans en France du xvii e au xix e siècle, Paris, Gallimard, 1991 [1974], G. Aubert, Révoltes et répressions dans la France moderne, Paris, Armand Colin, 2015, et, sur la Normandie en particulier, le travail pionnier de M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit. Sur les soulèvements urbains français du xviie siècle, la référence est W. Beik, Urban protest in seventeenth-century France. The culture of retribution, Cambridge, CUP, 1997. Je me permets de renvoyer, enfin, à B. Evain, Émotions populaires. Dire et écrire la révolte en France et en Angleterre (1540-1640), Rennes, PUR, à paraître.
-
[9]
Journal de Simon Le Marchand, bourgeois de Caen, 1610-1693, publié d’après le manuscrit de la bibliothèque de Caen, avec une introduction et des notes, G. Vanel (éd.), Caen, Jouan, 1903, p. 125. Une copie microfilmée du Journal original est disponible aux Archives départementales du Calvados, 1 MI 233.
-
[10]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 126-127.
-
[11]
Ibid., p. 127-128.
-
[12]
Ibid., p. 132.
-
[13]
Par l’expression d’« économie morale de la foule », l’historien Edward P. Thompson désignait « une vision traditionnelle cohérente des normes et des obligations sociales » ainsi que « des fonctions économiques propres aux différents acteurs de la communauté », vision à l’origine des mouvements populaires. C’est parce que la communauté a un droit de regard sur les ressources produites localement et que les « accapareurs » doivent être sanctionnés que la population prend les armes, affirmant agir en toute « légalité ». E. P. Thompson, « L’économie morale de la foule anglaise au xviiie siècle », Les usages de la coutume : traditions et résistances populaires en Angleterre, xvii e - xix e siècle, Paris, EHESS – Gallimard – Seuil, p. 251-329, ici p. 254.
-
[14]
P. Goujard, La Normandie aux xvi e et xvii e siècles face à l’absolutisme, op. cit., p. 166-171. Voir aussi S. Guilleminot, « Juridiction et impôts dans le présidial de Caen au xviie siècle », Annales de Normandie, n° 41-1, 1991, p. 3-27.
-
[15]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 137.
-
[16]
M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., p. 178 et suiv.
-
[17]
Le passage d’un régime de quart-bouillon à un régime de grande gabelle signifiait, pour le territoire concerné, la multiplication par quatre du prix de cette denrée précieuse – menaçant fortement une industrie saline qui employait alors, autour d’Avranches, selon un rapport du temps, « dix ou douze mille âmes ». « Autre relation des séditions arrivéez en la Basse-Normandie », Diaire ou journal de voyage du chancelier Séguier en Normandie, Rouen, Frère, 1842, p. 421. Sur la gabelle, voir M. Touzery, Payer pour le roi. La fiscalité monarchique. France, 1302-1792, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2024, p. 686-727.
-
[18]
« Autre relation des séditions arrivéez en la Basse-Normandie », Diaire, op. cit., p. 423.
-
[19]
Qui fut ce Jean Nu-pieds, érigé en chef de la révolte ? L’hypothèse la plus plausible, à mon sens, est celle d’une figure fictive, symbolique – un porte-étendard, en somme, autour duquel a pu se cristalliser le ralliement de toutes et tous.
-
[20]
B. Evain, « Raconter la révolte : l’exemple des Nu-pieds de Normandie », XVII e siècle, n° 275, 2017, p. 221-237, ici p. 223-227.
-
[21]
« Actes de l’administration municipale de Caen, 21 février 1637-24 février 1640 », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 165v.
-
[22]
Pierre Séguier, maréchal de France, troisième personnage du royaume, a en effet soigneusement compilé, dans deux manuscrits intitulés Séditions en Normandie, un ensemble de rapports, de comptes-rendus et de relations sur la révolte normande qui lui avaient été envoyés par des officiers locaux : « Séditions en Normandie », BnF, mss français 18937 et 18938. Ces documents ont été partiellement publiés par Amable Floquet : Diaire, op. cit. (la relation de la révolte de Caen, par un scripteur anonyme, se trouve p. 438-440).
-
[23]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 147-151.
-
[24]
Chronique de Jean Beaullart (« Ensuyvent plusieurs chozes arrivées à divers tems en ceste ville et ailleurs ; mesmes autres diverses affaires », 1531-1639), BnF, ms français 14561, fol. 90r. Un « élu » sous l’Ancien Régime est un officier royal, chargé notamment de la répartition de la taille entre les paroisses.
-
[25]
Ce long récit manuscrit de 215 folios, conservé à la bibliothèque municipale de Rouen, a été partiellement publié par Robert Langlois, vicomte d’Estaintot, en 1876 : Mémoires du président Bigot de Monville sur la sédition des Nu-pieds et l’interdiction du Parlement de Normandie en 1639, Rouen, Métérie, 1876 (en particulier p. 11 et 110-112 pour l’émeute de Caen).
-
[26]
La ville de Caen ne possède pas de maire élu au début de l’époque moderne : à la tête d’un corps de six échevins, on trouve un lieutenant général du bailliage, qui fait office de maire. Il s’agit, en 1639, de Jean Le Blais, sieur du Quesnay. J. Yver, La ville de Caen, le gouverneur et les premiers intendants de 1636 à 1679, Caen, Le Tendre, 1935, p. 5 et suiv.
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[27]
Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 216r-219r et 226r-233r. À ces cinq récits s’ajoutent, pour reconstituer l’émeute caennaise, deux sources « périphériques » qui en éclairent l’immédiat après-coup. La première est un corpus de documents émanant du conseil d’État, mentionnant les indemnités à verser « par les bourgeois et habitans de ladite ville [de Caen] » aux victimes de l’émeute d’août 1639 (Arch. dép. Calvados, 615 EDT 349, corpus résumé dans P. Carel, La révolte des Nu-pieds à Caen et en Basse-Normandie (1639), Paris, Dittmar, 2006 [1886], p. 93-102). La seconde est une « harangue à Monseigneur de Gassion par un député de la ville de Caen » prononcée à la fin de l’année 1639 ou au début de l’année 1640 par un orateur anonyme (BnF, ms français 3480, fol. 260r-261r). Reproduite par Louis Batcave en 1901 dans la Revue de Gascogne, cette pièce oratoire a été, à tort, datée par son éditeur de 1699 (« Harangue à Monseigneur de Gassion, par un député de la ville de Caen », Revue de Gascogne, n° 1, 1901, p. 372-374).
-
[28]
Pour composer ce récit, outre les cinq narrations et les deux sources « périphériques » évoquées ci-dessus, je me suis appuyé sur G. Lavalley, Caen retrouvé, Paris, PML Éditions, 1993 [1877] (en particulier p. 39-40), G. Vanel, Une grande ville aux xvii e et xviii e siècles, 3 vol., Caen, Jouan, 1910-1912 (en particulier le chapitre 7 du vol. 1), J. Yver, La ville de Caen, le gouverneur et les premiers intendants…, op. cit., M. Caillard, « Recherches sur les soulèvements populaires en Basse-Normandie (1620-1640) et spécialement sur la révolte des Nu-pieds », Cahier des Annales de Normandie, n° 3, 1963, p. 23-152, G. Désert (dir.), Histoire de Caen, Toulouse, Privat, 1981 (en particulier les chapitres 6 et 7 rédigés par Hugues Neveux, p. 115-168), P. Goujard, La Normandie aux xvi e et xvii e siècles face à l’absolutisme, op. cit., p. 204-220 et, surtout, sur les travaux fondateurs de P. Carel, La révolte des Nu-pieds à Caen et en Basse-Normandie (1639), op. cit. et de M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit. (en particulier p. 268-281).
-
[29]
« Relation de la sédition qui s’est passée en la généralité de Caen », Diaire, op. cit., p. 438.
-
[30]
Ibid.
-
[31]
Ibid.
-
[32]
« Premier récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 216r.
-
[33]
La subsistance (des gens de guerre) est un impôt extraordinaire établi en 1637 pour financer la guerre : il frappait les sujets taillables et les habitants des villes exemptes ou abonnées à la taille. En 1639, cet impôt s’élève à 543 000 livres pour la généralité de Caen. P. Goujard, La Normandie aux xvi e et xvii e siècles face à l’absolutisme, op. cit., p. 169.
-
[34]
« Premier récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 216v.
-
[35]
IbidLa ville de Caen, fortifiée, était alors trouée de six portes – que le corps de ville fit fermer, donc, le 13 août 1639.
-
[36]
Ibid., fol. 216v-217r.
-
[37]
Ibid., fol. 217r.
-
[38]
Ibid.
-
[39]
L’historien Pierre Carel ajoute que, dans la nuit du samedi au dimanche, « il fut arrêté que les portes seraient fermées et les ponts levés, que des barrières seraient posées aux corps de garde qui n’en avaient pas, qu’on laisserait seulement les guichets ouverts et que des portes neuves seraient placées aux trois quais où la rivière était guéable et à l’entrée des murs de la ville près du pont Saint-Pierre ». P. Carel, La révolte des Nu-pieds à Caen et en Basse-Normandie (1639), op. cit., p. 31.
-
[40]
« Premier récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 217v.
-
[41]
Ibid., fol. 218r.
-
[42]
Ibid., fol. 218v. Si les jours suivants furent dépourvus de troubles, le lieutenant général de Basse Normandie, Charles Goyon de Matignon, fut néanmoins prévenu de la situation dès le 16 août. Voici sa réponse, le 17 août 1639 : « Sur ce que l’un des eschevins et le sindic de la ville de Caen nous sont venus trouver et faire entendre qu’il y a eu depuis peu une rumeur et émotion populaire en ladite ville, et quelques maisons saccagées, comme actions de perturbation du repos public, au préjudice du service du Roy et de la paciffication de ladite ville, nous avons ordonné et ordonnons à un chacun des Cappitaines du quartier d’icelle, de faire tenir prestz en armes, chacun en leur quartier, douze soldats des bourgeois, pour assister lesdits Cappitaines, s’il arrive encore quelque émotion du peuple ; affin d’avoir main-forte pour y donner l’ordre nécessaire, et empescher le mal qui s’en pourrait ensuivre ». Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 222r.
-
[43]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 226v.
-
[44]
Ibid.
-
[45]
Ibid.
-
[46]
Ibid.
-
[47]
Ibid., fol. 226v-227r.
-
[48]
Ibid., fol. 227r.
-
[49]
Sur le rôle des rumeurs dans les révoltes populaires de l’époque moderne et la riche historiographie qui leur a été consacrée, voir B. Evain, Émotions populaires. Dire et écrire la révolte en France et en Angleterre (1540-1640), op. cit., chapitre 1.
-
[50]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 227r.
-
[51]
Ibid.
-
[52]
Ibid., fol. 227v.
-
[53]
Ibid., fol. 228r.
-
[54]
Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 232-233r.
-
[55]
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’un surnom jouant sur un parallélisme lexical Bras-nu / Nu-pieds : le capitaine de la révolte, à Caen, se nommait bien Antoine Brasnu. Voir M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., p. 274. « Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 228rv.
-
[56]
Ibid., fol. 229r.
-
[57]
Ibid.
-
[58]
Ibid., fol. 229rv. De même, à Rouen, nous dit Alexandre Bigot de Monville, les autorités demandèrent « aux bourgeois de s’armer, lesquels n’en avoient tenu compte, les uns disans qu’ils n’avoient point d’armes, les ayans vendues pour payer la subsistance, les autres, qu’ils serviroient le Roy contre ses ennemis, mais qu’ils ne prendroient point la querelle des monopoliers ». Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 19-20.
-
[59]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 229v.
-
[60]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 149.
-
[61]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 229v.
-
[62]
Ibid., fol. 230r.
-
[63]
Ibid.
-
[64]
Ibid.
-
[65]
Ibid.
-
[66]
Ibid., fol. 230v.
-
[67]
IbidL’anecdote est confirmée par Alexandre Bigot de Monville : « M. de Matignon, […] voyant ne pouvoir sans péril se rendre maistre par la force, il tascha de les gaigner par douceur et souffrit qu’en sa présence les séditieux achevassent de dégrader et piller une maison ». Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 111-112.
-
[68]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 230v.
-
[69]
Ibid.
-
[70]
Ibid.
-
[71]
Ibid.
-
[72]
P. Carel, La révolte des Nu-pieds à Caen et en Basse-Normandie (1639), op. cit., p. 53.
-
[73]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 230v-231r.
-
[74]
Ibid., fol. 231r.
-
[75]
L’interrogatoire de Brasnu, la « lettre » et le « manifeste » ont disparu.
-
[76]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 231r.
-
[77]
Ibid.
-
[78]
Ibid.
-
[79]
Simon Le Marchand affirme, dans son Journal, qu’un second prisonnier resta enfermé, un certain Le Page. Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 149.
-
[80]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 231r.
-
[81]
Ibid.
-
[82]
B. Porchnev, Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648, traduction de Mme Ranieta, Paris, SEVPEN, 1963, p. 303-502 ; R. Mousnier, Fureurs paysannes. Les paysans dans les révoltes du xvii e siècle (France, Russie, Chine), Paris, Calmann-Lévy, 1967, p. 97-121.
-
[83]
B. Porchnev, Les soulèvements populaires en France…, op. cit., p. 396, 564, 578, etc.
-
[84]
R. Mousnier, La plume, la faucille et le marteau. Institutions et Société en France du Moyen Âge à la Révolution, Paris, PUF, 1970, p. 477.
-
[85]
Il convient de rappeler que l’ouvrage de Madeleine Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., publié en 1970, est issu de sa thèse de doctorat dirigée par Roland Mousnier. Si la conception de la révolte comme processus communautaire – une « union de tous les ordres contre le fisc » – irrigue l’ensemble de son analyse, l’historienne précise toutefois que « tous ceux qui prennent part à la révolte, dans la mesure où nous pouvons les saisir, n’appartiennent qu’au degré inférieur de chaque ordre : vicaires modestes, petits nobles pauvres, magistrats besogneux, avocats envieux ». M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., p. 228.
-
[86]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 148-149.
-
[87]
Chronique de Jean Beaullart (« Ensuyvent plusieurs chozes arrivées à divers tems en ceste ville et ailleurs ; mesmes autres diverses affaires », 1531-1639), BnF, ms français 14561, fol. 90r.
-
[88]
Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 11 ; « Relation de la sédition qui s’est passée en la généralité de Caen », Diaire, op. cit., p. 438.
-
[89]
« Premier récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 216v-217r.
-
[90]
« Relation de la sédition qui s’est passée en la généralité de Caen », Diaire, op. cit., p. 438.
-
[91]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 148.
-
[92]
« Premier récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 228rv.
-
[93]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 149.
-
[94]
Cité par P. Carel, La révolte des Nu-pieds à Caen et en Basse-Normandie (1639), op. cit., p. 56-58.
-
[95]
M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., p. 281.
-
[96]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 149.
-
[97]
« Mémoire de la première, deuxième et troisième séditions de Rouen », Diaire, op. cit., p. 354.
-
[98]
M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., p. 281 et 276.
-
[99]
« Mémoire des noms de ceux qui ont trempé ès esmotions populaires et rébellions qui ont esté faictes en la ville de Caen, et autres circonvoisines de la province de Normandie », Diaire, op. cit., p. 441-442.
-
[100]
Chronique de Jean Beaullart, op. cit., fol. 90r.
-
[101]
Rappelons qu’une femme fut tuée par la garde du château et « quelques autres blessés » dès le 13 août 1639. « Premier récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 216v.
-
[102]
M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., p. 278.
-
[103]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 229rv.
-
[104]
Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 5.
-
[105]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 227v.
-
[106]
« Harangue à Monseigneur de Gassion par un député de la ville de Caen (décembre 1639 ou janvier 1640) », BnF, ms français 3480, fol. 260r-261r, ici fol. 260v-261r.
-
[107]
Le mot est d’Alexandre Bigot de Monville : Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 111.
-
[108]
Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 232-233r.
-
[109]
À noter : Noël (Le) Marinier, frère de Jacques, figure également parmi les personnes touchées par l’émeute selon l’arrêt du conseil d’État daté du 29 février 1640 qui fixe les indemnités que les habitants et bourgeois de Caen doivent aux victimes : il reçoit, au titre des « pertes et dommages », la somme de 715 livres « pour ses meubles, linges et autres hardes […] pris, pillez et bruslés » dans la maison de son frère. « Arrêt du conseil d’État fixant les pertes et dommages aux victimes de l’émotion, 29 février 1640 », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 349, n° 650.
-
[110]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 229v.
-
[111]
L’arrêt du conseil d’État du 29 février 1640 signale trois noms supplémentaires de victimes indemnisées : Nicolas Le Marinier et Nicaise Fouquet, « commis au bureau de la marque du papier », qui obtiennent 700 livres pour de « l’argent comptant qu’ils avoient dans leurs coffres […], meubles, linges et autres hardes perdus », et un certain Ollivier Lemeusnier, qui en reçoit 200 « pour pertes et dommages par luy sufferts pendant lesdictes émotions ». « Arrêt du conseil d’État fixant les pertes et dommages aux victimes de l’émotion, 29 février 1640 », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 349, n° 650.
-
[112]
R. Dupuy, La politique du peuple. Racines, permanences et ambiguïtés du populisme, Paris, Albin Michel, 2002, p. 113-114.
-
[113]
« Information faicte par les sieurs Aubert et Lebrun, conseillers au Parlement, le 25 aoust, en exécution de l’arrest du dict jour », Diaire, op. cit., p. 370.
-
[114]
Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 110-111.
-
[115]
« Relation de la révolte de la Basse-Normandie », Diaire, op. cit., p. 413 et 409.
-
[116]
J’emploie ici l’expression « Nu-pieds » entre guillemets, car à aucun moment les émeutiers caennais ne se désignèrent (ou ne furent désignés) ainsi.
-
[117]
« Second récit de Jean Le Blais », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 230r.
-
[118]
M. Foucault, Théories et institutions pénales. Cours au collège de France, 1971-1972, Paris, Points Seuil, 2021, p. 46-48.
-
[119]
P. Goujard, La Normandie aux xvi e et xvii e siècles face à l’absolutisme, op. cit., p. 165 et suiv.
-
[120]
A. Croix, « “L’ouverture des villages sur l’extérieur fut un fait éclatant dans l’ancienne France”. Position de thèse », Histoire & Sociétés Rurales, n° 11, 1999, p. 143. L’exemple caennais vient, de ce point de vue, corroborer les analyses de W. Beik, Urban protest in seventeenth-century France, op. cit.
-
[121]
Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 237.
-
[122]
P. Carel, La révolte des Nu-pieds à Caen et en Basse-Normandie (1639), op. cit., p. 59-60.
-
[123]
Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 237, par exemple.
-
[124]
M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., p. 290.
-
[125]
Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 164. De nombreuses dispositions furent prises concernant le logement des gens de guerre : voir P. Carel, La révolte des Nu-pieds à Caen et en Basse-Normandie (1639), op. cit., p. 63-70.
-
[126]
Ainsi, écrit Alexandre Bigot de Monville, « ces trouppes vescurent à Caën à discrétion, sans observer le règlement qui y fut publié, par lequel estoit limité ce que les hostes debvoient fournir. L’infanterie logeoit dans la ville, et la cavalerie aux fauxbourgs et s’espandoit aux villages voisins, où fut faict beaucoup de dégast ». Simon Le Marchand raconte, pour sa part, avoir dû loger, avec son frère, « quatre à cinq chevaux, avec quatorze serviteurs, lesquelz furent l’espace de quatorze jours à vivre à discretion ; et durant lequel temps, il nous en coustoit plus de deux cent cinquante livres ». Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 165 ; Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 150.
-
[127]
Le 22 décembre 1639, le colonel Gassion revint à Caen et, « assuré de la fidélité des habitants », fit retirer ses troupes, n’en laissant que 200 en garnison dans le château. Voir M. Foisil, La révolte des Nu-pieds…, op. cit., p. 291.
-
[128]
Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 164.
-
[129]
Il s’agit d’un des compagnons d’Antoine Brasnu.
-
[130]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 149.
-
[131]
Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 164.
-
[132]
Journal de Simon Le Marchand…, op. cit., p. 149.
-
[133]
Ibid., p. 151.
-
[134]
Arch. dép. Calvados, 615 EDT 65, fol. 283-284r.
-
[135]
Mémoires du président Bigot de Monville…, op. cit., p. 287.
-
[136]
« Arrêt du conseil d’État du 27 février 1640 », Arch. dép. Calvados, 615 EDT 349, n° 651.
-
[137]
Louis XIII rétablit les échevins et les privilèges de la ville par lettres patentes du 22 mai 1641 : Arch. dép. Calvados, 615 EDT 66, f. 179-180r.
-
[138]
H. Neveux, « Mutations urbaines (xvie-xviiie siècles) », dans G. Désert (dir.), Histoire de Caen, op. cit., p. 155 ; P. Goujard, La Normandie aux xvi e et xvii e siècles face à l’absolutisme, op. cit., p. 165. Antoine Dauvin le note aussi : « Il semble que la répression des Nu-Pieds a favorisé l’autorité de l’intendant ». A. Dauvin, « La municipalité de Caen et les prisonniers de guerre espagnols pendant la guerre de Trente Ans (1639-1648) », Annales de Normandie, n° 65-2, 2015, p. 29-54.
-
[139]
P. Goujard, La Normandie aux xvi e et xvii e siècles face à l’absolutisme, op. cit., p. 165.
-
[140]
H. Neveux « Mutations urbaines… », op. cit., p. 155.
-
[141]
P. Goujard, La Normandie aux xvi e et xvii e siècles face à l’absolutisme, op. cit., p. 165.
En août 1639, la ville de Caen fut agitée de troubles et de tumultes inscrits dans le cadre de la révolte dite des Nu-pieds qui éclata en Normandie au cours de l’été. Cet article entend rouvrir ce dossier, jadis travaillé par Pierre Carel et par Madeleine Foisil, dans une perspective renouvelée, sous l’angle des pouvoirs. Quels jeux (et enjeux) de pouvoirs se nouèrent dans la ville de Caen avant, pendant, après la révolte ? Comment interpréter ces journées d’émeutes d’août 1639 ? Et quelles furent, enfin, les réactions du pouvoir central face à ces mouvements ?
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“Popular commotion”: The revolt of the va-nu-pieds in Caen (1639)
In August 1639, the revolt of the va-nu-pieds, which broke out in Normandy that summer, threw the city of Caen into turmoil. This paper seeks to revisit this episode, previously studied by Pierre Carel and Madeleine Foisil, from a novel perspective: that of power. What power dynamics were at play in Caen before, during, and after the revolt? How can the uprisings of August 1639 be interpreted? And, finally, how did the central authorities respond to these movements?
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