Frédéric Richard et Greta Tommasi (dir.) (2025). La gentrification rurale en France. Pour interroger les inégalités socio-environnementales dans les campagnes. Rennes, PUR, 317 p.
Page 190
Citer cet article
- QUÉVA, Christophe
- et FOURAULT-CAUËT, Véronique,
- Quéva, Christophe.
- et al.
- Quéva, C.
- et Fourault-Cauët, V.
https://doi.org/10.3917/ag.767.0190
Citer cet article
- Quéva, C.
- et Fourault-Cauët, V.
- Quéva, Christophe.
- et al.
- QUÉVA, Christophe
- et FOURAULT-CAUËT, Véronique,
https://doi.org/10.3917/ag.767.0190
1 Dans le contexte de territoires ruraux marqués par le changement social et l’accroissement des inégalités, cet ouvrage propose un panorama très complet de la notion de gentrification rurale dans le contexte français, dans une perspective résolument critique, dans la continuité des travaux menés dans le cadre de l’ANR iRGENT (International Rural Gentrification) et d’un colloque tenu à Limoges en 2018. L’ouvrage combine des approches théoriques et épistémologiques, des analyses statistiques et cartographiques à échelle nationale et des travaux de terrains appuyés sur des enquêtes qualitatives menées à l’échelle locale, permettant ainsi de saisir la complexité et la richesse opératoire du processus de gentrification pour comprendre les dynamiques différenciées des territoires ruraux français. On relèvera la qualité de la mise en dialogue entre les textes, grâce aux introductions de chaque partie, ainsi qu’à l’introduction et la conclusion générales de l’ouvrage.
2 L’ouvrage rassemble les contributions de quatorze autrices et auteurs et s’organise en quatre parties. La première (« Approches épistémologiques de la gentrification rurale en France ») permet de rendre compte des premiers travaux sur la gentrification rurale menés à l’étranger avant l’affirmation des recherches en France sur le sujet à partir de 2016, en lien avec un colloque qui s’était tenu à Toulouse sur la renaissance rurale. Certaines des figures du chapitre 1 impressionnent par leur originalité et leur clarté, comme la figure 2 « Chronologie des études directement ou indirectement relatives à la gentrification dans les études rurales de 1970 à 2015 » ou la figure 3 sur la circulation de la notion (« Voies et nœuds d’entrée du concept de gentrification rurale dans les études rurales françaises de 1970 à 2016 »). Dans les chapitres suivants, la notion est replacée dans un champ de recherches croisant études urbaines, périurbaines et migratoires pour mieux comprendre la diversité des contextes concernés par la gentrification rurale. Cette diversité territoriale transparaît dans la deuxième partie de l’ouvrage, centrée sur des travaux de terrains (Ouest francilien, Pays de Grésigne près d’Albi, Hautes vallées alpines) pour rendre compte des « Acteurs, actrices et fabrique de la gentrification ». Elle traite surtout des habitants en interrogeant différents profils de gentrifieurs (abordés au prisme des CSP) et « altergentrifieurs » participant à une « gentrification marginale », comme les néopaysans. La troisième partie met en perspective ces différents cas d’étude à l’échelle nationale, avec de nombreuses cartes et tableaux statistiques, cette partie proposant une réflexion sur les « outils et indicateurs pour saisir et mesurer la gentrification rurale ». On appréciera notamment la typologie en couleur proposée dans le chapitre 8 permettant de bien différencier les territoires, avec des cartes complémentaires pour chaque catégorie identifiée. Les acteurs publics sont étudiés plus particulièrement dans la quatrième partie (« Droit de l’urbanisme, droit de l’environnement et politiques d’aménagement : de puissants leviers de gentrification »). Elle porte un regard critique sur les dispositifs pouvant accentuer — voire porter — les processus de gentrification, tels les PNR, mais aussi à nuancer certaines initiatives quant à l’intentionnalité des acteurs à l’œuvre. L’ambiguïté des politiques publiques mises en œuvre, contribuant à la montée en gamme des territoires, se lit dans leur réception avec de « bonnes perceptions et acceptations locales » de la part des acteurs et populations. Les enjeux de justice sociale sont réaffirmés en conclusion, qui invite les publics nationaux, ou locaux à une certaine vigilance vis-à-vis de ce processus qui, s’il contribue à accompagner la renaissance rurale, n’en reste pas moins excluant.
3 C. Quéva et V. Fourault-Cauët