Compte rendu

Hans-Peter Baum, Rainer Leng et Joachim Schneider (éd.), Wirtschaft, Gesellschaft, Mentalitäten im Mittelalter. Festschrift zum 75. Geburtstag von Rolf Sprandel Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2006, 792 p.

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  • Buchholzer, L.
(2012). Hans-Peter Baum, Rainer Leng et Joachim Schneider (éd.), Wirtschaft, Gesellschaft, Mentalitäten im Mittelalter. Festschrift zum 75. Geburtstag von Rolf Sprandel Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2006, 792 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 67e année(1), VII-VII. https://shs.cairn.info/revue-annales-2012-1-page-VII?lang=fr.

  • Buchholzer, Laurence.
« Hans-Peter Baum, Rainer Leng et Joachim Schneider (éd.), Wirtschaft, Gesellschaft, Mentalitäten im Mittelalter. Festschrift zum 75. Geburtstag von Rolf Sprandel Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2006, 792 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2012/1 67e année, 2012. p.VII-VII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2012-1-page-VII?lang=fr.

  • BUCHHOLZER, Laurence,
2012. Hans-Peter Baum, Rainer Leng et Joachim Schneider (éd.), Wirtschaft, Gesellschaft, Mentalitäten im Mittelalter. Festschrift zum 75. Geburtstag von Rolf Sprandel Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2006, 792 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2012/1 67e année, p.VII-VII. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2012-1-page-VII?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Rolf SPRANDEL, Chronisten als Zeitzeugen. Forschungen zur spätmittelalterlichen Geschichtsschreibung in Deutschland, Cologne, Böhlau, 1994.
  • [2]
    Rolf SPRANDEL, Mentalitäten und Systeme. Neue Zugänge zur mittelalterliche Geschichte, Stuttgart, Union-Verlag, 1972.

1 Avant d’être professeur à l’université de Wurtzbourg, où il occupa pendant près de trente ans la chaire d’histoire économique et sociale du Moyen Âge, Rolf Sprandel connut plusieurs vies. Ses fonctions d’enseignement et de recherche le portèrent du cercle de travail de Fribourg jusqu’à Paris, puis Hambourg. Jamais il ne se laissa enfermer dans une spécialité. Après avoir étudié la noblesse mérovingienne sous l’impulsion de Gerd Tellenbach, R. Sprandel consacra sa thèse à Yves de Chartres, puis il se tourna vers l’histoire matérielle du commerce et des techniques. Dans les années 1970, il compta parmi les premiers médiévistes allemands qui s’intéressèrent à l’anthropologie historique alors pratiquée en France à l’EHESS.

2 Économie, société, mentalités au Moyen Âge sont finalement les trois mots-clés qui pouvaient résumer un parcours si varié. C’est en tout cas le slogan retenu par les camarades, élèves et collègues, qui l’honorent dans des mélanges à l’occasion de son 75e anniversaire. Chacun fut invité à livrer un article en filiation avec une œuvre du jubilaire. L’ouvrage collectif qui en résulte, somme de 36 contributions, est, l’on s’en doute, encore plus hétérogène que ne le furent le parcours et les centres d’intérêts du dédicataire. L’effort de classement y est illusoire et le compte rendu d’un tel ouvrage impose un choix forcément partiel. Mais à tout prendre, même si certains articles échappent au genre, l’ouvrage se laisse lire comme une introduction, non exhaustive, aux champs de l’anthropologie historique alle mande. Reçue plus tardivement qu’en France, cette dernière semble relativement épargnée par les remises en cause voisines, si l’on en juge par le nombre de publications consacrées ces derniers temps aux mentalités médiévales.

3 En Allemagne, comme en témoigne l’itinéraire de R. Sprandel, l’étude des comportements religieux et nobiliaires a pu servir de terreau à une approche anthropologique. Le travail sur la memoria a ainsi facilité le glissement de la dimension liturgique à la dimension anthropologique et sociale. Le croisement entre étude de la parenté, pratiques mémorielles et structuration sociale se retrouve dans plusieurs articles consacrés aux milieux nobiliaires. Peter Rückert montre comment les comtes de Wertheim ou les sires de Zimmern développèrent, dans l’architecture monumentale et la littérature courtoise, mais aussi à partir du souvenir collectif de la troisième croisade, une culture nobiliaire exclusive et élitiste. Le livre familial du chevalier Michel de Ehenheim (1516), étudié par Joachim Schneider, permet une plongée dans la parenté d’une famille de petite noblesse franconienne et sa mémoire dynastique. Une memoria qui pouvait être objet de mutations et de tensions, comme le prouvent les pratiques funéraires des Bibra analysées par Werner Wagenhöfer.

4 En dépit d’une réception propre à l’Allemagne, l’anthropologie historique y a investi des thèmes similaires aux études françaises, comme le montrent ici les travaux consacrés aux âges de la vie. Franz Fuchs et Hansmartin Schwarzmaier s’intéressent à la vieillesse. À l’inverse, Joachim Wollasch reprend le dossier ouvert par Pierre Riché sur l’enfant dans la société monastique.

5 Parmi les domaines explorés par R. Sprandel figure un champ habituellement peu exploité par l’anthropologie historique : l’économie. Une des méthodes consiste à suivre au plus près la culture matérielle afin d’accéder aux schémas mentaux. L’article de Detlev Ellmers sur le commerce du bois va dans ce sens. Une autre démarche s’intéresse aux logiques économiques et à leurs évolutions. Tel est le cas des articles de Michele Cassandro, Hans-Peter Baum ou Rainer Leng. August Nitschke mêle de façon exemplaire les observations économiques et l’approche anthropologique dans sa relecture de l’épisode des Vêpres siciliennes (1282). Au-delà de la rébellion contre l’État angevin, s’exprime la critique d’une politique agricole tournée vers la productivité et la croissance.

6 L’histoire biologique constitue une autre branche de l’anthropologie historique. Elle s’est d’abord occupée du climat et des maladies, mais l’avenir semble être à l’histoire de l’environnement. Gerrit Himmelsbach recourt aux sources historiques et à l’archéologie afin d’enquêter sur les interactions entre l’homme et la nature dans le massif boisé du Spessart. Ce lieu, réputé être un « désert », fut exploité pour ses ressources naturelles à l’ère pré-industrielle, de sorte qu’il forme un paysage culturel. Bernd Herrmann réfléchit quant à lui au concept de biodiversité historique. Il revient sur son contexte d’apparition et démolit le mythe d’une biodiversité plus grande par le passé que de nos jours.

7 L’anthropologie historique pratiquée par R. Sprandel a également consisté en un travail sur les systèmes de représentations médiévaux (Kollektive Einstellungen), notion mal rendue par le titre Mentalitäten. R. Sprandel partage cet intérêt avec plusieurs de ses contemporains, dont Peter Dinzelbacher, lequel livre une étude sur l’eschatologie dans une œuvre d’Henri de Neustadt. C’est avant tout par les sources historiographiques que R. Sprandel a entrepris de cerner les « mentalités médiévales »  [1]. Plusieurs articles en témoignent. Marie Bláhová présente les principales caractéristiques de l’histoire universelle dans les pays de Bohême. Reinhold Kaiser étudie l’image des rois francs et mérovingiens dans la chronique universelle anonyme de Laon (XIIIe siècle). Une telle valorisation des chroniques par les historiens occasionne un rapprochement interdisciplinaire avec la philologie. Celle-ci est représentée dans l’ouvrage par Horst Brunner, qui analyse l’image de la guerre dans les romans arthuriens tardifs. Le thème fait écho à l’étude de Jürgen Sarnowsky sur les représentations de la guerre dans les discours des penseurs ecclésiastiques.

8 Sous l’influence de la sociologie et de l’histoire des concepts, la réflexion sur les systèmes de représentation s’est tournée très tôt en Allemagne vers l’étude des classifications sociales médiévales. Inspiré par la théorie des systèmes, R. Sprandel a prôné dès 1972 une approche des sociétés anciennes au travers de leurs systèmes de relations et de leurs catégorisations  [2]. Joseph Morsel salue le caractère pionnier de la démarche, puis souligne que les catégories sociales médiévales fonctionnent sur le mode du binôme, même dans le cadre d’une tripartition apparente. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la façon dont l’historien doit étudier et traduire les catégories du passé.

9 L’histoire des représentations sociales initiée par R. Sprandel récuse donc l’idée d’une a-temporalité des catégories sociales. Les schémas de pensée accompagnent et réalisent les changements sociaux, ce qui suppose une réflexion de l’historien sur son propre usage des catégories sociales. Tous les articles de l’ouvrage ne sont pas fidèles à de tels préceptes. Mais qu’importe, ils invitent à la relecture, toujours suggestive, des travaux de R. Sprandel.

10 LAURENCE BUCHHOLZER-RÉMY


Date de mise en ligne : 19/02/2012