Compte rendu

Barbara Faes de Mottoni, Figure e motivi della contemplazione nelle teologie medievali Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2007, 181 p.

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  • Trottmann, C.
(2012). Barbara Faes de Mottoni, Figure e motivi della contemplazione nelle teologie medievali Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2007, 181 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 67e année(1), VI-VI. https://shs.cairn.info/revue-annales-2012-1-page-VI?lang=fr.

  • Trottmann, Christian.
« Barbara Faes de Mottoni, Figure e motivi della contemplazione nelle teologie medievali Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2007, 181 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2012/1 67e année, 2012. p.VI-VI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2012-1-page-VI?lang=fr.

  • TROTTMANN, Christian,
2012. Barbara Faes de Mottoni, Figure e motivi della contemplazione nelle teologie medievali Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2007, 181 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2012/1 67e année, p.VI-VI. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2012-1-page-VI?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Barbara FAES DE MOTTONI, « Hugues de Balma : contemplation et raptus », in C. TROTTMANN (éd.), Vers la contemplation. Études sur la syndérèse et les modalités de la contemplation de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, H. Champion, 2007, p. 157-171, et « Vie active et vie contemplative chez Guillaume d’Auxerre », in C. TROTTMANN (éd.), Vie active et vie contemplative au Moyen Âge et au seuil de la Renaissance, Rome, École française de Rome, 2009, p. 173-206.
  • [2]
    Michel FOUCAULT, L’herméneutique du sujet. Cours au Collège de France, 1981-1982, éd. établie sous la dir. de F. Ewald et A. Fontana par F. Gros, Paris, Gallimard/Le Seuil, 2001, p. 27.

1 En un volume, Barbara Faes de Mottoni réunit plusieurs études relatives à la question de la contemplation, parues ou inédites  [1]. C’est à partir de la question du raptus, de l’extase, que B. Faes de Mottoni rencontre celle de la contemplation. La connaissance de Dieu ainsi atteinte dès cette vie par Paul et Moïse ne constitue-t-elle pas une contemplation intermédiaire entre celle des bienheureux dans l’autre vie et celle des contemplatifs, croyants ordinaires ou philosophes ici-bas ? C’est donc ce dossier difficile qui est repris dans ce volume. L’auteur mène une enquête minutieuse, depuis Augustin qui ouvre une brèche en concédant à Paul et Moïse une connaissance sans intermédiaire anticipant sur la vision des bienheureux, jusqu’aux principaux auteurs de la grande scolastique du XIIIe siècle : Albert le Grand, Bonaventure, Thomas d’Aquin.

2 En s’intéressant à Guillaume d’Auxerre et Roland de Crémone, le deuxième chapitre plante le décor du bouillonnement d’idées qui, au cours de la décennie qui précède, prépare les grandes synthèses proposées par les trois grands docteurs mendiants évoqués plus haut. Le chapitre trois examine en quelque sorte la transposition auditive de l’aporie de la vision de Dieu. De même qu’il bénéficie à titre exceptionnel et par anticipation d’une vision passagère mais comparable à celle des bienheureux, le docteur des Gentils « entend des paroles secrètes » et normalement inaudibles. Le chapitre cinq élargit l’enquête en examinant le rôle des événements sonores dans différentes expériences mystiques recueillies dans le contexte patristique et médiéval : réveillant l’âme d’un sommeil des puissances qui, chez Gertrude d’Helfta par exemple, la dispose à l’union, ces événements la reconduisent au silence où s’opère cette union.

3 Entre ces deux chapitres qui déplacent le point de vue, si l’on peut dire, de la vision à l’audition, s’insère une réflexion sur le plaisir et la douleur dans la contemplation. Partant de la place du plaisir dans la prophétie et dans le raptus, l’enquête en vient à celle que tient le plaisir dans la contemplation pour les trois grands docteurs scolastiques : Albert, Thomas et Bonaventure. Si l’extase du raptus ou la contemplation procurent à l’âme un plaisir des plus élevés, la retombée sera forcément douloureuse. Mais pourrait-il y avoir une présence de la douleur au cœur même du plaisir de la plus haute contemplation ? La dimension christique de la connaissance obtenue par la médiation du Verbe incarné pourrait faire place à sa Passion, mais les scolastiques ne semblent guère s’y arrêter, pas même Bonaventure chez qui les stigmates de saint François ont pourtant une place centrale au cœur de l’Itinéraire.

4 Le dernier chapitre est consacré à Hugues de Balma dont la mystique affective a profondément marqué la modernité et la mystique carmélitaine du grand siècle en particulier. Sa lecture de Denys à partir de Thomas Gallus revendique une union mystique s’élevant dans l’ignorance, c’est-à-dire sans contemplation intellectuelle antérieure ou concomitante, mais dans un pur élan anagogique et affectif. Il consomme ainsi un divorce entre connaissance théologique menée selon la modalité intellectuelle des scolastiques et contemplation ou union intérieure à Dieu revendiquée comme ténébreuse par la mystique.

5 N’assiste-t-on pas ici à ce tournant de la modernité recherché par Michel Foucault dans ses derniers cours du Collège de France : « Quelques mots encore sur le thème général des rapports entre philosophie et spiritualité [...] il me semble qu’il y a eu un certain moment [où] le lien a été rompu [...] entre l’accès à la vérité, devenu développement autonome de la connaissance, et l’exigence d’une transformation du sujet par lui-même, [...] un certain coin avait été placé entre ces deux éléments. Et ce coin, bien entendu, il faut le chercher [...] du côté de la science ? Pas du tout. Il faut le chercher du côté de la théologie...  [2] » Ces études sur la contemplation sont donc de la première importance, non seulement pour l’éclairage qu’elles font porter sur la période médiévale, voire patristique, d’une science parfaitement précise grâce au savoir-faire et à l’érudition à laquelle B. Faes de Mottoni nous a habitués, mais encore parce qu’elles explorent ce tournant où s’opère, avant même l’avènement de la science moderne, un premier divorce entre théologie et spiritualité, science et sagesse.

6 CHRISTIAN TROTTMANN


Date de mise en ligne : 19/02/2012