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Article de revue

Scarifications chez l'adolescent suicidaire

Une tentative pour penser ?

Pages 733 à 742

Citer cet article


  • Haza, M.
  • et Keller, P.-H.
(2005). Scarifications chez l'adolescent suicidaire Une tentative pour penser ? Adolescence, T. 23 n°3(3), 733-742. https://doi.org/10.3917/ado.053.0733.

  • Haza, Marion.
  • et al.
« Scarifications chez l'adolescent suicidaire : Une tentative pour penser ? ». Adolescence, 2005/3 T. 23 n°3, 2005. p.733-742. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-adolescence-2005-3-page-733?lang=fr.

  • HAZA, Marion
  • et KELLER, Pascal-Henri,
2005. Scarifications chez l'adolescent suicidaire Une tentative pour penser ? Adolescence, 2005/3 T. 23 n°3, p.733-742. DOI : 10.3917/ado.053.0733. URL : https://shs.cairn.info/revue-adolescence-2005-3-page-733?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ado.053.0733


Notes

  • [1]
    Réalisés auprès d’adolescents hospitalisés après une tentative de suicide dans l’Unité Médico Psychologique de l’Adolescent et du Jeune Adulte de Bordeaux.

1La présente réflexion sur les scarifications survenant chez des adolescents suicidants s’inscrit dans une succession de recherches cliniques, d’où il ressort que ces jeunes ont recours à leur corps propre afin d’intégrer certains éléments psychiques conflictuels. À travers divers entretiens [1], l’objectif était d’étudier la manière dont les adolescents suicidants parviennent à mentaliser leurs scénarios fantasmatiques. Les scarifications peuvent être considérées comme le télescopage d’un événement débordant avec un fantasme adolescent ; dans ces conditions, le conflit impossible à penser mentalement se déverse violemment dans la réalité. En interprétant les scarifications comme relevant d’une dynamique inconsciente participant à la mentalisation de l’adolescent en souffrance, deux questions se posent : 1 - Quelle donnée intrapsychique vient s’inscrire sur le corporel, dans la trace que laissent les scarifications ? 2 - À partir de là, quel conflit l’adolescent cherche-t-il à rendre visible sur et à lui-même ? Même si, dans un premier temps, elles peuvent tenir lieu de passage à l’acte et d’externalisation de la souffrance psychique par le détour du comportement, les scarifications pourraient s’inscrire secondairement dans une tentative de reprise d’élaboration.

La représentation corporelle mise en avant

2Les adolescents distinguent leur corps propre de leur esprit ; ainsi pour eux, le corps serait une donnée matérielle non autonome et soumise à l’esprit. Cette appréhension d’un corps soumis est à lier aux vicissitudes de l’adolescence et aux transformations corporelles subies par l’adolescent (Winnicott, 1975). Aussi, certifier la soumission du corporel à la pensée et au psychisme permettrait-il à ces jeunes de se réapproprier un espace d’emprise, réelle ou illusoire, sur leur corporalité. Mettant en avant les états d’âme guidant leurs scarifications, les adolescents se relèguent eux-mêmes comme sujets passifs, soumis aux volontés de la pensée et de certaines forces pulsionnelles. « Je ressens de la souffrance, je me dis “ Bien fait ! ” ». « Je me regarde saigner et je recommence et je me dis : “ Quand t’auras assez souffert, t’arrêteras ”. » De cette manière, se révèle un double mouvement constant entre corps et psyché, l’un dépendant de l’autre. Toutefois, il arrive que l’esprit ne veuille plus se battre, traduisant l’enjeu des répétitions de l’automutilation : le processus de pensée n’est alors plus effectif et le corps n’arrive plus à maintenir son intégrité ; la seule solution est alors de le stimuler « en interne », de lui imposer des scarifications en en faisant un corps « rejeté et asservi » (Baudry, Blaye, 2000).

3Sous l’inévitable pression du pubertaire, les adolescents tentent de reprendre possession de leur corps en l’agressant. Or il arrive que ce dernier ne réagisse pas comme ils l’entendraient, les stimulations externes se maintenant et tendant à submerger la psyché. C’est ici que la pulsion de répétition s’impose et génère un cercle vicieux, jeu de miroir contraignant entre corps et psyché. Au fil du temps, le corporel trahit ce mouvement et, par son mal-être, exige l’intervention d’un tiers, capable de redonner une impulsion nouvelle à la dynamique en cours : « Quand le corps s’affaiblit, c’est le signe, c’est l’appel. »

Le corporel : une inquiétante étrangeté

4À distance du Moi adolescent, le corporel se présente comme un objet docile. « Mon corps, je lui fais du mal… Non, je me fais du mal…, comme si mon corps était extérieur à moi, c’est quelque chose qui m’entoure ». « Le corps, c’est une façade, une enveloppe qui cache tout ce qui va pas et y’aurait une sorte de porte pour faire sortir tous les problèmes. » Ainsi mis à distance, le corporel interroge sur le sens de cette séparation et pose la question des limites du sujet. Ne peut-on relier ce désir de se libérer du corps, de s’en défaire à l’angoisse qui surgit de la sexualité génitale naissante ? Ressentant les assauts de ce corps désirable/désirant, tant par les sensations auto-érotiques qu’il leur procure que par les effets qu’il déclenche sur leur entourage, les adolescents ne campent-ils pas dans une dynamique de refus de ce corporel troublant ? Par l’intellectualisation, ne cherchent-ils pas sa domination par la pensée ? Et par l’éloignement symbolique qu’ils lui imposent, ne visent-ils pas l’effacement psychique de toute corporalité qui les mène parfois jusqu’à la tentative de suicide ?

5Il est nécessaire de se rappeler ici qu’une proportion importante de jeunes suicidants a, dans son histoire, connu un certain nombre de traumatismes liés à la sexualité : viol, inceste, échec de relation amoureuse, etc. Ph. P. Tedo (2004) en fait précisément le constat en précisant que 80% des adolescents suicidants recourant aux conduites auto-punitives dans l’unité d’hospitalisation ont connu des abus sexuels traumatiques, dans la réalité. Pour eux, il s’agit donc d’une question à vif, dont le corps impose sans cesse la remémoration, ne serait-ce que par ses capacités de jouissance et de procréation.

6La volonté d’apaisement psychique des jeunes rendrait compte de ce désir d’oubli du corporel et sur ce plan, l’une des défenses employées – d’une manière plus ou moins consciente – par les jeunes suicidants reviendrait à faire du corps une simple enveloppe, un simple contenant du soi. « Je me détestais physiquement ». « J’aime plus mon corps alors je le scarifie […] le but, c’est de gâcher l’enveloppe qu’on a, de la détériorer. » Voilà en quels termes les adolescents suicidants qui ne se complaisent plus dans l’amour d’eux-mêmes, parlent de leur tentative pour « se détruire de l’intérieur ». Si les scarifications ont pour enjeu de débarrasser l’adolescent d’une image de soi négative en l’annihilant, les coupures lui permettent de « faire sortir les pensées » : haine, colère, culpabilité, violence. Tous ces éprouvés, non liables dans la psyché, sont associés à l’écoulement de sang lors des scarifications : « C’est un peu une partie de soi qui s’en va ». « Le corps aurait besoin de trous pour déverser les pensées. » Dans cette situation, il existe de fait une analogie entre les différents flux internes qui se déversent à l’extérieur du soi – qu’il s’agisse d’éléments psychiques ou d’affects insupportables, pour lesquels les connexions associatives sont inefficaces – et les matières organiques du vivant que l’adolescent choisit de jeter à l’air libre.

L’évolution du comportement autotélique et l’accès à l’élaboration

7Au cours des entretiens, les descriptions des scènes de scarifications prennent parfois des aspects cathartiques : « Je me revois en train de me taillader comme une hystérique ; je m’acharnais, je voulais pas qu’on m’arrête, j’y allais encore plus fort » dit une jeune fille avec une jouissance évidente. Certains semblent prendre un réel plaisir à s’imaginer en train de se taillader, laissant transparaître certaines pulsions intriquées de plaisir et de destructivité. Et cette jouissance se présente comme prenant le pas sur toute autre pensée ; sur ce plan, les bénéfices secondaires qu’en retirent ces adolescents interrogent sur l’ancrage des scarifications dans leur psychisme et par conséquent, sur la possibilité, pour eux, de se détacher de ces comportements aux allures perverses.

Retournement contre soi des affects négatifs

8Regret et agacement sont fréquemment associés aux scarifications : « Je suis angoissée par ces cicatrices ». « Ça m’énerve parce que je me promets de pas le faire. » Apparaissent aussi divers processus de rationalisation : « J’avais peur de parler mais il aurait mieux valu ». « Ça dépend comment on a vécu l’enfance, ça explique les raisons de se canaliser sur soi, parce qu’on a vécu certaines choses. » De telles descriptions sont-elles à entendre comme une manière de divulguer ces pratiques, d’arriver à les partager en parole et donc, de s’en détacher en les mettant symboliquement à distance ? Ou bien est-ce une manière de ressentir, une fois de plus, plaisir et jouissance qui font partie intégrante de ces moments d’impulsivité ? S’agit-il d’un travail psychique d’intégration des éléments douloureux du passé, de mise en sens du passage à l’acte ou simplement de reviviscence d’allure perverse ? Les éprouvés exprimés par les adolescents sont-ils destinés à convaincre l’autre ou ne sont-ils que destinés à eux-mêmes ? Font-ils partie intégrante d’un discours adapté ou sont-ils réellement intégrés dans la dynamique psychique ? Quoi qu’il en soit, il semble que, pour beaucoup d’entre eux, l’hospitalisation joue une fonction transitoire de mise à plat et d’ordonnancement de leur vie en tant que sujet, de leurs vécus affectifs ou comportementaux, subis ou agis. Mais le développement et l’inscription du sujet dans une nouvelle temporalité ne seraient rendus possibles que par un détachement des fixations pubertaires.

La perception de la relation aux autres et le quasi interdit de croissance

9Il émerge des entretiens menés auprès de ces adolescents un phénomène d’isolement dans le réel, oscillant entre confusion et indifférenciation. En ce qui concerne la coupure, elle est « toujours pour soi uniquement » et « toujours dissimulée ». Dans leur ensemble, les coupures tendent à être discrètes, gardées pour soi, camouflées avec des bracelets par exemple : « Je me scarifiais pour moi, je ne pensais à personne. » Mais derrière cette dénégation et cette mise à distance d’autrui, se cache au contraire une indifférenciation entre soi et les autres, une véritable confusion, un télescopage de sa propre identité et corporéité avec celle d’autres personnes : « Je me fais du mal parce que ça fait mal aux autres en même temps. » C’est sans doute de cette manière qu’il faut comprendre le désir d’agresser l’autre en soi dont parle Ph. Jeammet, celui de détruire son corps propre pour blesser l’autre dans une sorte d’indifférenciation psychique soi/objet (traduite au plan interindividuel en termes d’abolition des limites soi/autres).

10Il existe toutefois une limite aux raisonnements et comportements de ce type chez les adolescents qui désirent attaquer les autres par l’intermédiaire de leur propre corps, sans pour autant leur laisser percevoir les traces de leurs blessures. Tel le bébé qui pense trouver dans le corps de sa mère un prolongement de son propre corps, l’adolescent cherche à retrouver du plaisir dans un fantasme d’intrusion ou de pénétration du monde extérieur à l’intérieur de lui-même. Ce comportement paradoxal se retrouve dans le désir de transparence psychique dont peut témoigner l’adolescent : « Je me coupe à la cheville, c’est mieux, ça se voit pas, je veux pas qu’ils sachent mais je veux qu’ils s’en rendent compte quand ça va pas. » Quant à cette volonté que les parents aient à découvrir par eux-mêmes ce qui se passe chez leur adolescent, elle renvoie à des relations primitives de dépendance, telles qu’avec une mère « suffisamment bonne ». Ces adolescents sont-ils encore à un stade où la désillusion parentale n’a pas eu lieu ? Recherchent-ils toujours cette « capacité de rêverie maternelle » qui pourrait leur économiser la mise en sens interne de leurs affects ? Comme J. Chasseguet-Smirgel (1987) le présente, on retrouve l’agir comme moyen de retrouver par un mouvement régressif, la matrice originelle.

Construction de l’objet externe

11Ces adolescents parviennent tout de même à attribuer des sentiments à leur entourage : ils savent anticiper leurs réactions. Mais sur ce point, l’impression qui domine est celle de l’incompréhension : « Si mes parents comprenaient ce qu’il y a dans mon cœur, ils me croiraient pas, ils écouteraient pas ou critiqueraient. » Mais paradoxalement, si leur sentiment d’incompréhension va jusqu’à celui de la stigmatisation – « J’estime que ça regarde personne, on a pas besoin de savoir ce que je fais ou pas, si je vais bien ou non. » –, les adolescents dénoncent par ailleurs le manque d’intérêt de la part des autres et ressentent leurs réactions comme des attaques personnelles. Dans un mouvement projectif, ils semblent incapables de se percevoir comme de bons objets dans le psychisme des autres. Les comportements extérieurs, réels ou fantasmés, bousculent leur Moi non consolidé et remettent en question leur image propre ; quant à leurs propos, ils révèlent également de l’angoisse devant les réactions suscitées par les scarifications : « On énerve les autres alors ils nous délaissent et ça rend encore plus mal ». « Ça m’embête vis-à-vis de ce que les autres pensent mais je m’en fous ». « J’ai peur d’être jugée. » Victimes d’une angoisse de séparation ou de perte, ces adolescents appréhendent de perdre définitivement certaines personnes de leur entourage qui, par ailleurs, ne comprennent pas leur mal-être ; ceci rejoint l’hypothèse de C. Chabert (2000) pour qui les scarifications vont de pair avec la peur de perdre l’amour de l’objet.

12L’ensemble de ces remarques offre une clé dans la compréhension du « cercle vicieux » qui s’installe pour l’adolescent, plongé dans une attente ambivalente vis-à-vis de l’entourage, et rappelle sa difficulté durant cette période, pour accéder à l’autonomie et à l’indépendance tout en conservant un éprouvé de sécurité vis-à-vis du couple parental. Dans ces conditions, l’adolescent ne peut se satisfaire des réactions des autres, qui le renvoient systématiquement à son mal-être, à sa douleur et qui, par conséquent, le poussent à se taillader à nouveau. Comme M. Wawrzyniack (1998) le suggère, certains adolescents, sans être pour autant psychotiques, mettent en acte dans le réel tous leurs ressentis psychiques de rupture et d’étrangeté, et la coupure qu’ils s’infligent se présente alors comme une manifestation, dans le réel, du débordement de l’inconscient. Avec les scarifications, les adolescents sont par conséquent dans un fonctionnement individuel et auto-stimulant, voire auto-érotique ; par leur impact réel, elles permettent d’obnubiler la pensée par des préoccupations matérielles et ainsi, de faire cesser les flux des stimulations internes ou externes débordantes. Le sujet adolescent se complairait dans cette pratique centrée sur soi, déniant ou redoutant le rapport à la réalité extérieure et arrêtant la pensée aussi bien que tout processus associatif dérangeant.

Élaboration dans l’après-coup

13En guise de conclusion, faisons valoir l’enseignement de l’approche clinique : une réflexion après-coup sur les scarifications permet aux adolescents d’accéder à certains enjeux inconscients de leurs actes. Ils évoquent bien sûr leurs désirs initiaux en termes de « s’exprimer » ou « lancer des appels à l’aide », mais par ailleurs, tous les adolescents font référence à l’état de leur pensée au moment des scarifications : « Les angoisses arrivent d’un coup alors on se scarifie ». « Il faut se couper pour éviter les pensées par rapport à des traumatismes. » Les scarifications s’imposent donc à un moment où le sujet est débordé par ses pensées, le plus souvent négatives ou traumatisantes : conflit, dégoût de soi, souvenir traumatique, etc. Cet équivalent d’un « surplus de pensée » semble entraîner une rupture momentanée de la fonction associative ; comme le dit Ph. Gutton (2004), « un échec de la représentativité et du dire » : « Les problèmes me montent à la tête, j’accepte pas alors je me coupe ». « Y’a tellement de choses qui m’agacent, je réfléchis pas, je me scarifie. » Une difficulté à penser quasi insurmontable, un psychisme dans l’incapacité de faire face aux stimulations qu’il reçoit, telle est la dynamique psychique d’une scarification : « Des fois, j’y pense avant mais ça fait un blocage… ça va pas bien mais pas assez mal pour le faire, je peux réfléchir donc je me scarifie pas… par contre, quand il n’y a plus de pensée possible… »

14Mais si les jeunes témoignent d’un quasi-blocage de la pensée au moment de l’automutilation, c’est un sentiment inverse dont ils parlent à propos des marques qui en résultent : « J’oublierai pas à cause des cicatrices, c’est comme une mémoire qui reste ». « Mon bras, c’est un cercueil de crises de nerfs. » D’un côté, les scarifications permettent de ne plus penser sur le moment, mais de l’autre, elles exacerbent la pensée en laissant des marques symboliquement signifiantes. Aussi peut-on faire l’hypothèse qu’inconsciemment et par leur geste automutilatoire, les adolescents tentent de se placer face à leur psychisme en l’inscrivant de manière irréversible sur le corps réel, comme le dit Ph. Jeammet, dans une quasi-matérialisation physique de leur appareil psychique.

15Toutefois, les pensées que ces adolescents tentent de canaliser par le corps et l’agir, résistent et demeurent, expliquant en partie la routine qui peut s’installer, contraignant inlassablement le sujet à répéter l’acte et pervertissant le geste : « C’est comme une drogue ». « Des fois, c’est un jeu, je dois recouvrir de sang toute la mousse de mon bain, ça me procure une sensation unique. » La répétition dans ce cas-là, dépouille l’acte de toutes ses revendications initiales, et seules demeurent ses dimensions narcissiques, d’auto-stimulation et de suffisance, et enfin d’auto-érotisme. Il arrive toutefois que les adolescents, en relation avec le psychologue, parviennent à effectuer un véritable travail psychique concernant leur geste, à lui donner du sens, à établir des liens associatifs. C’est en ces termes qu’une jeune fille élabore son geste : « C’est aussi une façon de couper les ponts avec ma mère » ; un véritable processus de pensée se met en marche, invitant à considérer la portée psychique des scarifications et à l’adresser à son interlocuteur.

16Un dernier mot pour concrétiser cette pensée mobilisée dans les scarifications, en examinant le cas de deux jeunes adolescentes qui ont en commun de s’être « tagué le mot Mort » sur le corps, inscription liée « au désir de mourir et pas seulement de se mutiler ». Pour l’une, « quand elle ferait sa tentative de suicide, tout le monde saurait qu’elle voulait mourir » ; pour l’autre, graver ce mot permettait « d’éviter de faire une tentative de suicide en l’écrivant, en le symbolisant ». De cette manière, le signifiant « mort » est présentifié matériellement autant que psychiquement. Associée aux scarifications, cette écriture permet de mieux saisir certains enjeux psychiques de l’automutilation et d’envisager comment son sens peut, plus ou moins consciemment, être lié à la coupure dans l’après-coup, dans ce que Ph. P. Tedo (2004) nomme une « possibilité d’élaboration secondaire ». Ces comportements adolescents apparaissent alors comme des tentatives de symbolisation avortées, n’accédant pas à une portée communicative extérieure, la coupure faite sur la peau symbolisant le vécu de discontinuité adolescent. En définitive, ces traces ne témoignent-elles pas d’une tentative pour rétablir, via le corporel, une homéostasie psychique ?

Bibliographie

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  • winnicott d. w. (1975). Jeu et réalité. Paris : Gallimard, 2002.

Mots-clés éditeurs : élaboration, psychisme, réel, scarification

Date de mise en ligne : 01/12/2006

https://doi.org/10.3917/ado.053.0733