5. Sans oublier les sociétés
- Par Bertrand Badie
Pages 43 à 45
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- BADIE, Bertrand,
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- Badie, B.
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Les relations internationales n’aiment pas beaucoup la démocratie et s’accordent mal avec elle : le plaidoyer du président américain Wilson en sa faveur avait valu à celuici d’être taxé d’idéaliste, alors que la realpolitik n’a cessé de garder ses partisans, en nombre et en force. Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, l’exigence se fait plus précise : une diplomatie n’a de chance de succès que si elle se met à l’écoute des sociétés ; non seulement, le prince se doit d’entendre sa propre opinion publique, encore doit-il ne pas ignorer celle des autres et savoir que les dossiers qu’il lui revient de traiter ne relèvent pas uniquement de la grande stratégie, mais proviennent d’abord de la profondeur des sociétés, plus que jamais au cœur de l’espace mondial. L’oublier n’est pas seulement un manquement à l’éthique : c’est tout simplement risquer l’échec et passer à côté des vrais problèmes de notre temps. La bonne diplomatie ne s’ouvre pas aux sociétés : elle les place désormais là où elles sont déjà, c’est-à-dire au centre de l’arène, aux fondements de la guerre et de la paix.L’oubli est pourtant courant. Il est dangereux de croire, par exemple, que l’Europe pourra se construire solidement sans les sociétés et les peuples, et qu’un nouveau traité gagnera à contourner une consultation populaire : techniquement sa ratification en sera facilitée ; dans la réalité, le vieux fossé séparant l’union des sociétés qui la composent en sera aggravé, compliquant davantage la malformation sociale des institutions européennes, la malencontre qui sépare celles-ci, chaque fois un peu plus, des sociétés vivantes…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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