3. Le deuil de la politique
- Par Bertrand Badie
Pages 35 à 37
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- BADIE, Bertrand,
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- Badie, B.
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Notes
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Le projet gouvernemental de « Contrat de première embauche » avait suscité, en mars 2006, un mouvement social profond, mobilisant particulièrement chez les jeunes, lycéens et étudiants.
L’arbre du CPE cache la forêt. Une telle mobilisation n’aurait pas été possible si le mécontentement n’était que ponctuel. L’irruption de la société civile dans l’action gouvernementale traduit, par sa force et parfois sa violence, une profonde crise du politique. Celle-ci du reste n’est pas seulement française : on l’observe de la Thaïlande à l’Équateur, dans les vieilles démocraties comme dans les jeunes nations. Quelles que soient les modalités de son expression, elle dénonce l’autisme d’une classe politique qui campe si loin de la société civile que c’est le principe même de la démocratie qui se trouve dangereusement défié.
Le cas français est hélas exemplaire. Alors que 2005 laisse le goût amer de l’échec, face à l’Europe, face aux mutations sociales, face à la multiplication des crises internationales, la classe politique, tous partis confondus, ne s’enivre que des perspectives de l’élection présidentielle et des « petites phrases » qui maintiennent chaque baron dans la course à l’Élysée. La crise des idéologies aggrave le cas : n’ayant à s’accrocher qu’à un néolibéralisme pauvre et mou, les candidats potentiels et réels ânonnent les slogans qui confirment la déresponsabilisation du politique, le relâchement du contrat social et la sous-traitance des vrais enjeux à un marché dans lequel se dilue la cité.
Pire encore, dans un monde où l’usage inflationniste du mot réforme n’est destiné qu’à travestir le manque d’imagination, voulu ou subi, la non-décision fait la loi…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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