10. Un dangereux désir d’inimitié russe
- Par Bertrand Badie
Pages 195 à 198
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- Badie, B.
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Il n’est pas simple de quitter le statut de superpuissance, le rôle de cotuteur du monde et de se retrouver en seconde division, dans le club incertain des puissances moyennes aristocratiques. C’est pourtant l’aventure qu’a connue la Russie depuis 1989 : privée de son empire tout en vivant sur une mémoire exclusivement impériale, européenne tout en étant étrangère à l’Union européenne, dépourvue de toute alliance tout en ayant encore face à elle une OTAN absorbant de surcroît ses anciennes dépendances.
Devant de telles tensions, le jeu de ses partenaires est délicat : il a toujours été équivoque ; il devient aujourd’hui irréaliste, maladroit et dangereux. D’autant que les maîtres de Moscou ont besoin de garder un semblant d’autorité sur la scène internationale pour compenser une équation politique intérieure incertaine et obscurément compétitive, de façon aussi à contenir la montée d’un nationalisme vigilant au sein d’un pays qui inventa jadis le populisme.
L’aventure commença avec mesure, lorsque l’URSS de Gorbatchev, puis la première Russie d’Eltsine se plièrent aux dures règles d’une unipolarité triomphante : Moscou suivit Washington dans la première guerre du Golfe, sans y participer activement, et fit preuve de retenue lorsque les Occidentaux s’attaquèrent, en Irak, à leur ancien allié ou, en Yougoslavie, à une partie sensible du monde slave. Gorbatchev dut lui-même dissoudre, le 25 février 1991, le pacte de Varsovie : non seulement l’OTAN qui lui faisait face, ne fut pas à son tour abolie, comme on aurait dû s’y attendre, mais elle choisit de s’agrandir jusqu’aux portes de la Russie impériale, s’étendant même à certaines parcelles de son ancienne souveraineté…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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