11. Le débat interdit de la campagne présidentielle
- Par Bertrand Badie
Pages 199 à 202
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On a souvent plaidé que les élections ne se faisaient pas sur des enjeux internationaux et que le citoyen se désintéressait largement du monde. L’affirmation est péremptoire et devrait être solidement nuancée. À l’heure de la globalisation, les attitudes se forgent au-delà des prés carrés nationaux, l’information se mondialise, les émotions, les colères et les compassions débordent des frontières. Nul ne peut prétendre que les opinions nationales aient été indifférentes à la question irakienne, ni même autrefois au Vietnam. Srebrenica a profondément ému et conduit l’opinion européenne à porter l’idée d’une intervention multilatérale au Kosovo… L’OMC, l’ONU, la Banque mondiale sont sorties de l’anonymat comme de l’univers strictement technocratique, sont de mieux en mieux connues et de plus en plus saisies par l’opinion publique, même parfois de façon spectaculaire. L’international appartient de plus en plus à l’univers familier des individus.Il est tout aussi faux de prétendre que les questions internationales n’interfèrent pas dans les campagnes. L’électeur, dans son choix, tient compte de la « stature diplomatique » du candidat, de son aptitude à « représenter », à négocier avec autorité, à tenir son rang. Bénéficier d’une reconnaissance internationale est une qualité prisée qui a conduit Nicolas Sarkozy à aller se faire photographier en compagnie de George W. Bush, et Ségolène Royal à faire très tôt une « tournée au Proche-Orient », au centre même de la conflictualité mondiale…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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