9. Les calculs scabreux de l’aristocratie nucléaire
- Par Bertrand Badie
Pages 191 à 193
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- BADIE, Bertrand,
- Badie, Bertrand.
- Badie, B.
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L’essai nucléaire auquel aurait procédé la Corée du Nord inquiète, mobilise et conduit à des réactions en apparence sévères. On comprend l’émotion des uns et des autres : l’arme atomique fait peur et le régime de Pyongyang ne rassure personne, par son opacité, son extrême autoritarisme, ses délires militaires. Pourtant, on ne tient là qu’un aspect d’un problème, autrement plus complexe et affligeant : on se plaint de la prolifération, mais on choisit dangereusement de se voiler la face, comme pour ignorer ce qu’elle signifie réellement.
On oublie d’abord que l’acte de proliférer était logiquement inscrit dans l’invention même de l’arme nucléaire. Il était absurde de penser qu’une fois celle-ci instituée et, plus encore, explicitement érigée en instrument ultime de puissance, elle échapperait durablement à la convoitise de ceux qui en étaient privés. Conclu pour la première fois en 1968, le TNP (Traité de non-prolifération) pouvait certes faire illusion : mais il tirait sa crédibilité de l’ordre bien construit de la bipolarité, de l’impeccable alignement des petits et des moyens sur les grands.
Aujourd’hui, l’équation est tout autre : les pays détenteurs de l’arme fatale apparaissent comme une aristocratie à laquelle chacun, dans la fluidité des relations internationales actuelles, veut naturellement accéder. La stratégie de ceux qui sont « au seuil » n’est même plus militaire, elle est politique, elle cherche à bouleverser à leur profit la présente hiérarchie des États…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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