8. On a cassé la responsabilité de protéger
- Par Bertrand Badie
Pages 187 à 190
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La « responsabilité de protéger » était en passe de devenir le nouveau credo des relations internationales. La chute du mur de Berlin n’avait pas seulement sonné le glas de la bipolarité : elle marquait aussi la fin de toute polarisation du monde et semblait annoncer l’avènement d’une sorte de consensus. De forme minimale, celui-ci proclamait le droit et le devoir de chacun d’intervenir là où l’autorité publique était défaillante et mettait en danger la sécurité de la population. L’État se devait de protéger : là où il ne le pouvait pas, il appartenait aux autres de le faire. La formule était hardie, révolutionnaire face au dogme de la souveraineté, mais enfin réalisable puisque les étrangers capables d’intervenir n’étaient plus les ennemis d’en face ni les leaders d’un camp.
Telle fut l’ambiance du tournant du millénaire. L’idée fit son chemin, à travers plusieurs rapports, notamment celui signé, en décembre 2001, par l’Australien Gereth Evans et l’Algérien Mohamed Sahnoun. Les Nations unies qui avaient déjà proclamé le devoir d’ingérence humanitaire en firent même leur doctrine, donnant, dès les années quatre-vingtdix, une signification ambitieuse à l’idée, avant même qu’elle ne fût théorisée : on intervenait ainsi en Haïti, en 1994, pour restaurer la démocratie défiée par un coup d’État ou au Timor, en 1999, pour contraindre l’Indonésie à respecter le droit des populations locales. Dès novembre 2001, le Conseil de Sécurité appuie l’idée d’un gouvernement multiethnique en Afghanistan se substituant au régime des talibans dont il avalisait la chute provoquée par la victoire anglo-américaine…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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