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Introduction. Pierre Renouvin, d’une guerre mondiale à l’autre

Pages 9 à 47

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  • Renouvin, P.
(2024). Introduction. Pierre Renouvin, d’une guerre mondiale à l’autre. « Notes » sur la guerre : 1938-1945 : L'histoire de la Seconde Guerre mondiale racontée autrement (p. 9-47). Perrin. https://shs.cairn.info/notes-sur-la-guerre--9782262100889-page-9?lang=fr.

  • Renouvin, Pierre.
« Introduction. Pierre Renouvin, d’une guerre mondiale à l’autre ». « Notes » sur la guerre 1938-1945 : L'histoire de la Seconde Guerre mondiale racontée autrement, Perrin, 2024. p.9-47. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/notes-sur-la-guerre--9782262100889-page-9?lang=fr.

  • RENOUVIN, Pierre,
2024. Introduction. Pierre Renouvin, d’une guerre mondiale à l’autre. In : « Notes » sur la guerre 1938-1945 : L'histoire de la Seconde Guerre mondiale racontée autrement. Paris : Perrin. Témoignages Historiques, p.9-47. URL : https://shs.cairn.info/notes-sur-la-guerre--9782262100889-page-9?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Ce texte contient de nombreux développements contenus dans une communication faite au colloque organisé par Laurence Badel en 2017 sur Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, dont les actes ont été publiés en 2020 : Robert Frank, « Pierre Renouvin et la Seconde Guerre mondiale. Impressions au jour le jour ou presque », in Laurence Badel (dir.), Histoire et relations internationales. Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et la naissance d’une discipline universitaire, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020, p. 161-186.
  • [2]
    Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Grande Guerre (1904-1918), Paris, Félix Alcan, 1934.
  • [3]
    « Diplôme d’études supérieures » (DES) : l’équivalent aujourd’hui du « master ». Créé en 1886, le DES est remplacé par la « maîtrise » en 1966, elle-même laissant la place au « master 1 » entre 2002 et 2006.
  • [4]
    Pierre Renouvin, Les Assemblées provinciales de 1787. Origines, développement, résultats, Paris, A. Picard, J. Gabalda, 1921.
  • [5]
    Paris, Alfred Costes, 1925.
  • [6]
    Valérie Tesnière, « Un laboratoire pour l’histoire contemporaine. Camille Bloch et Pierre Renouvin à la Bibliothèque et au musée de la Guerre », in Laurence Badel (dir.), op. cit., p. 65-78. La BMG, devenue BDIC, est installée dans le Pavillon de la Reine au château de Vincennes. En 1970, la BDIC quitte Vincennes pour s’installer sur le campus de la nouvelle université de Paris 10-Nanterre. En 2018, elle devient « La contemporaine. Bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains ».
  • [7]
    Avant 1979, les maîtres de conférence et les professeurs titulaires étaient détenteurs d’un doctorat d’État et formaient ensemble le corps des enseignants de rang A, les assistants et maîtres assistants étant de rang B. La différence entre maîtres de conférences et professeurs résidait dans le fait que les premiers n’étaient pas titulaires d’une chaire. Depuis 1984, à la suite de la loi Savary, les maîtres de conférences, détenteurs d’un doctorat « nouveau régime », comparable au PhD anglo-américain, impliquant moins d’années de travail que l’ancienne thèse de doctorat d’État, sont de rang B et constituent l’équivalent des anciens maîtres-assistants ; pour avoir droit à l’accès au poste de professeur d’université, l’enseignant-chercheur, déjà docteur, doit obtenir « l’habilitation à diriger des recherches » (HDR) qui remplace le doctorat d’État.
  • [8]
    John Keiger et Maurice Vaïsse, « Entre histoire et politique : Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et les Documents diplomatiques français », Revue d’histoire diplomatique, 2, 2019.
  • [9]
    Le dernier volume paru en 1959 est le dernier tome de la 1re série (1899-1900).
  • [10]
    Jules Isaac, Un débat historique. Le problème des origines de la guerre, Paris, Rieder, 1933 : voir André Kaspi, Jules Isaac, historien, acteur du rapprochement judéo-chrétien, Paris, Plon, 2002, p. 121 sqq.
  • [11]
    Pierre Renouvin, « La publication des documents diplomatiques français, 1871-1914 », Revue historique, CLXVI, 1931.
  • [12]
    Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Grande Guerre (1904-1918), coll. « Peuples et Civilisations », dirigée par Louis Halphen et Philippe Sagnac, Félix Alcan, 1934. Les éditions suivantes à partir de 1948 ont pour titre : La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, PUF, 1948, 1962.
  • [13]
    Pierre Renouvin, « Introduction générale », Histoire des relations internationales, vol. 1, Paris, Hachette, 1953.
  • [14]
    Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, Introduction à l’histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1964. Duroselle écrit la deuxième partie (« L’homme d’État ») où il analyse les types de décideurs et les processus de décision en politique extérieure.
  • [15]
    Pour plus de précisions sur cette archéologie des influences exercées sur Renouvin, voir l’introduction de Laurence Badel à l’ouvrage qu’elle a dirigé, Histoire et relations internationales, Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle…, op. cit., p. 7-46.
  • [16]
    Andrew Barros, « L’internationalisme de Pierre Renouvin : le cas de la Dotation Carnegie », in Laurence Badel (dir.), ibid., p. 49-63.
  • [17]
    André Kaspi, Jules Isaac, op. cit., p. 130-137 ; Ulrich Pfeil, « Médiations scientifiques et controverses. Pierre Renouvin et l’Allemagne des années 1930 aux années 1950 », in Laurence Badel (dir.), Histoire et relations internationales…, op. cit., p. 148-149.
  • [18]
    Karl Dietrich Erdmann, Toward a Global Community of Historians : The International Historical Congresses and the International Committee of Historical Sciences, New York, Berghahn Books, 2005.
  • [19]
    Ces documents, qui occupent encore une grande armoire fermée à clé à la Sorbonne, sont destinés à être versés à un centre d’archives. Pour l’essentiel, ces archives Renouvin contiennent les notes, écrites en style télégraphique, dont il se servait pour ses cours magistraux dans les amphithéâtres de la Sorbonne. Il y a malheureusement peu de correspondance (essentiellement avec ses éditeurs).
  • [20]
    Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Grande Guerre, op. cit.
  • [21]
    Pour paraphraser sous forme négative le titre de l’ouvrage de Raymond Aron, Le Spectateur engagé, Paris, Julliard, 1981.
  • [22]
    Quatrième note du 14 avril 1941.
  • [23]
    Note du 11 décembre 1941.
  • [24]
    Ibid.
  • [25]
    Voir par exemple sa note du 3 octobre 1943 donnant une vision synchronique des fronts.
  • [26]
    D’une façon discrète : « Il avait toujours gardé à l’égard de ses amis un silence total au sujet de ses croyances religieuses », écrit Jean-Baptiste Duroselle dans son article nécrologique, « Pierre Renouvin (1893-1974) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre-décembre 1975. Alphonse Aulard, cependant, qui a dirigé son diplôme d’études supérieures, l’avait jugé « clérical » : Jean-Marie Mayeur, « Pierre Renouvin et l’histoire religieuse », Revue d’histoire de l’Église de France, 1977, n° 170, p. 103-106.
  • [27]
    D’après le témoignage oral de Jacques Renouvin (né en 1955), fils de Michel, petit-fils de Pierre, à qui a été donné le prénom de son grand-oncle résistant. Entretien du 27 février 2018.
  • [28]
    Note du 11 mars 1938.
  • [29]
    Ibid.
  • [30]
    François Bédarida, « La “gouvernante anglaise” », in René Rémond et Janine Bourdin (dir.), Édouard Daladier, chef de gouvernement, avril 1938-septembre 1939, colloque (1975), Paris, FNSP, 1977, p. 228-240.
  • [31]
    Note du 16 septembre 1938.
  • [32]
    Notes des 16, 17, 18 septembre 1938.
  • [33]
    Ibid.
  • [34]
    Note du 2 octobre 1938.
  • [35]
    Note du 8 avril 1939.
  • [36]
    Jean-Baptiste Duroselle dans son article nécrologique, « Pierre Renouvin (1893-1974) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre-décembre 1975, p. 499.
  • [37]
    Note du 14 avril 1941.
  • [38]
    Entretiens du 30 novembre et du 1er décembre 1939.
  • [39]
    Début de mai 1940. Réflexions.
  • [40]
    Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Les Français de l’an 40, vol. 1 : La Guerre, oui ou non ? ; vol. 2 : Ouvriers et soldats, Paris, Gallimard, coll. « La Suite des temps », 1990.
  • [41]
    Note du 30 mai 1940.
  • [42]
    Georges Mathieu (1890-1948) a écrit des cahiers de souvenirs sur la guerre retrouvés par son fils Jean-Marie : Georges Mathieu, La Sorbonne en guerre (1940-1944), suivi de Journal de la Libération de Versailles, préface de Jean-Marie Mathieu, Paris, L’Harmattan, 2012.
  • [43]
    Ibid., p. 71.
  • [44]
    Ibid., p. 71, note 1 : il juge « avec raison, que si les Allemands doivent être moins portés à le chercher à Plouer qu’à Paris, c’est à Paris qu’il a le plus de chances d’être protégé ou de se dissimuler ». De fait, Renouvin ne se trouvait pas à Plouër-sur-Rance, situé dans les Côtes-du-Nord (aujourd’hui Côtes-d’Armor), mais à 10 kilomètres plus au nord, à La Richardais, dans une des deux propriétés familiales en Ille-et-Vilaine.
  • [45]
    Colonel Alerme, Les Causes militaires de notre défaite, P. Inter-France, 1940.
  • [46]
    Marc Bloch, L’Étrange défaite : témoignage écrit en 1940, Paris, Société des éditions « Franc-Tireur », 1946.
  • [47]
    Note des 24-27 octobre 1940. Dans sa note datée du 23 octobre, Renouvin croyait déjà comprendre que les « conditions de paix » seraient « moins dures » que prévu : « Alsace-Lorraine seulement + des colonies ».
  • [48]
    Note des 24-27 octobre 1940.
  • [49]
    Pierre Laborie, L’Opinion française sous Vichy, Paris, Seuil, 1990. Voir aussi : Robert Frank, « Vichy et les Britanniques, 1940-1941 : double jeu ou double langage ? », in Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (dir.), Vichy et les Français, Paris, Fayard, 1992, p. 144-163.
  • [50]
    Ce sont les mots utilisés par Renouvin pour résumer cette entrevue, accordée à Alphonse de Châteaubriant : « Le Maréchal m’a dit… », La Gerbe, 28 novembre 1940. Voir plus loin les extraits de ce texte dans la note 292.
  • [51]
    Il est difficile de mesurer l’écho de cette intervention de Pétain dans La Gerbe. En tout cas, elle est peu citée. Alfred Fabre-Luce, défenseur de la politique de Pétain, s’y réfère cependant dans son Journal de la France, tome II, août 1940-avril 1942, Paris, Imprimerie J.E.P., 1942, p. 80-81. Que Laurent Joly et Bénédicte Vergez-Chaignon soient ici remerciés pour leurs éclairages sur cet entretien accordé par le Maréchal, fin novembre 1940.
  • [52]
    Cette non-belligérance de la France avec son ancienne alliée est d’ailleurs acceptée par Hitler. Elle n’implique aucunement un « double jeu » de Pétain entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Il y a bien en cette fin 1940 des contacts brefs et éphémères entre Vichy et Londres, instrumentalisés après 1945 par les défenseurs du régime pour prouver une implication probritannique du Maréchal. En réalité, leur objectif était seulement de rechercher un modus vivendi colonial et économique. Ils n’ont d’ailleurs pas abouti et, du côté français, ils n’avaient vraiment pas pour but de faciliter la tâche des Britanniques contre le Reich (voir plus bas l’introduction au chapitre 2, ainsi que les notes 208 et 285). Dans son Journal de la France, cité dans la note précédente, Alfred Fabre-Luce va jusqu’à dire que ces échanges musclés ont eu une conséquence : ils ont incité Pétain à la prudence car, lors de ces conversations, les Anglais ont bien fait comprendre aux Français que toute tentative de reconquête des colonies ralliées à de Gaulle déclencherait une guerre entre les deux pays.
  • [53]
    Notes des 15 et 18 décembre, notes datées de « Décembre 1940 » et « Début janvier 1941 », note du 3 janvier 1941.
  • [54]
    Note du 18 décembre 1940.
  • [55]
    Première note du 20 mai 1941.
  • [56]
    Voir la partie du chapitre X, intitulée « La collaboration style Darlan ou le “jeu subtil” », de Jean-Baptiste Duroselle, L’Abîme, 1939-1945, Paris, Imprimerie nationale, 1982, p. 282-290.
  • [57]
    Churchill a bien compris le jeu de Darlan : « Il est plus dangereux que Laval, parce que moins odieux aux yeux du peuple français » : voir Robert Frank, « Pétain, Laval, Darlan », in Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (dir.), La France des années noires, tome 1, Paris, Seuil, 1993, p. 297-332.
  • [58]
    Souligné dans le texte.
  • [59]
    Note de Darlan, fin décembre 1940, in Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan, Lettres et notes de l’amiral Darlan, Paris, Economica, 1992, p. 265. On connaît la célèbre phrase de Laval, plus nette encore, prononcée dans des circonstances différentes, après son retour au pouvoir, dans une allocution radiodiffusée le 22 juin 1942, jour anniversaire de l’invasion allemande de l’URSS : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout. »
  • [60]
    Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa. Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt GmbH, 1966, traduit par Denise Meunier : La France dans l’Europe de Hitler, Paris, Fayard, 1968 ; Yves Durand, Vichy (1940-1944), Paris, Bordas, 1972 ; Robert Paxton, Vichy France : Old Guard and New Order, 1940-1944, New York, A. A. Knopf, 1972, (traduit par Claude Bertrand : La France de Vichy, 1940-1944, Paris, Seuil, 1973). Sur Pétain, Laval et Darlan, voir « l’orientation bibliographique » à la fin de l’ouvrage.
  • [61]
    Ces demandes sont refusées par l’occupant et une partie des Protocoles reste ainsi lettre morte, ce qui ne gêne pas le Reich puisque certaines dispositions étaient déjà appliquées à son avantage.
  • [62]
    Première note du 20 mai 1941.
  • [63]
    Voir Pierre Laborie, Penser l’événement, chapitre IV, « Les Français sous Vichy et l’Occupation : opinion, représentations, interprétations, enjeux », Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2019, p. 87-102.
  • [64]
    Troisième note du 20 mai 1941.
  • [65]
    Note intitulée « NB. 14-4-41 ».
  • [66]
    Par exemple : Le Petit Parisien du 25 février 1943. Voir des extraits de ce discours de Hitler plus bas, note 436.
  • [67]
    Georges Mathieu, La Sorbonne en guerre…, op. cit., p. 89-93. Marc Bloch est finalement rétabli dans ses fonctions de professeur en janvier 1941, nommé à la faculté de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, puis à celle de Montpellier. Au total, aux termes du statut des Juifs d’octobre 1940 et de celui de juin 1941, 3 422 Juifs sont exclus de la fonction publique, dont 1 111 de l’enseignement. Voir Laurent Joly, L’État contre les juifs. Vichy, les nazis et la persécution antisémite, Paris, Grasset, 2018 (Flammarion, coll. « Champs-Histoire », 2020).
  • [68]
    Claude Singer, « L’échec du cours antisémite d’Henri Labroue à la Sorbonne, 1942-1944 », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 1993, n° 39, p. 3-9.
  • [69]
    Georges Mathieu, La Sorbonne en guerre., op. cit., p. 118-120.
  • [70]
    Jean-Baptiste Duroselle, « Pierre Renouvin (1893-1974) », article cité ; André Martel, tapuscrit « Pierre Renouvin 1893-1974 », fonds Duroselle, Institut für Zeitgeschichte, Munich (IfZ), ED 468/168.
  • [71]
    Pierre Limagne, Éphéméride de quatre années tragiques, tome 1, Paris, éditions de Candide, 1945.
  • [72]
    Sur cette ambivalence de l’image des Anglais en France sous l’Occupation, voir Pierre Laborie, L’Opinion…, op. cit. ; Robert Frank, « Vichy et les Britanniques, 1940-1941 : double jeu ou double langage ? », in Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (dir.), Vichy et les Français, op. cit., p. 144-163.
  • [73]
    Première et seconde note du 20 mai 1941.
  • [74]
    Note du 20 avril 1942.
  • [75]
    Note datée d’« octobre 1942 ».
  • [76]
    Cinquième note du 12 novembre 1942.
  • [77]
    Troisième note du 12 novembre 1942. L’attitude de Darlan pendant ces événements pose en effet question. Par deux points d’interrogation appuyés, Renouvin semble d’ailleurs s’étonner des raisons de sa présence à Alger, en principe venu au chevet de son fils malade : il n’en dit pas plus, mais il est vrai que cette coïncidence a pu étayer plus tard la version selon laquelle l’amiral, pressentant ce débarquement, serait venu au bon endroit pour préparer son ralliement aux Anglo-Américains. Cette hypothèse n’est pas en adéquation avec l’attitude de Darlan dans les jours suivants. Certes, quelques mois plus tôt, prévoyant que l’Allemagne ne pouvait plus gagner la guerre, il avait amorcé des contacts avec les Alliés. À la fin 1941, il leur avait demandé si, à l’issue du conflit, ils seraient prêts à traiter avec un gouvernement français dont il serait membre. La réplique de Churchill, le 22 décembre, avait été superbe : non, il refuserait de discuter avec des hommes qui avaient tout fait pour empêcher la victoire britannique ; en revanche, oui, il accueillerait volontiers toute personnalité qui, à la tête de la flotte de Toulon, viendrait maintenant rejoindre l’Angleterre ! Darlan ne répondit évidemment pas et sa nouvelle tentative en février-mars 1942, par l’intermédiaire de son ami l’amiral Fénard, aboutit au même malentendu avec ses interlocuteurs : ces derniers voulaient un ralliement militaire à leur camp, alors que l’amiral ne voulait pas entrer en guerre mais seulement obtenir des Alliés le maintien du régime de Pétain. Ainsi, quelques mois plus tard, en novembre, le voilà enfermé dans un réseau de contradictions : la solution préférable pour Vichy à ses yeux fin 1940 – la victoire allemande – n’est plus possible et il lui faut gérer la solution probable – une victoire des États-Unis – sans attirer les foudres de Hitler, en capacité de détruire le gouvernement du Maréchal en métropole. D’où cette navigation à vue de l’amiral pendant toutes ces journées, face à un vent contraire qui l’oblige à des virements de bord incessants, jusqu’au ralliement final, assurément non prémédité, mais imposé par un rapport de forces. Voir Robert Frank, « Pétain, Laval, Darlan », in Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (dir.), La France des années noires, op. cit., p. 311-326.
  • [78]
    Quatrième note du 12 novembre 1942.
  • [79]
    Sixième note du 12 novembre 1942.
  • [80]
    Seconde note du 13 novembre 1942.
  • [81]
    Note du 28 avril 1944.
  • [82]
    Dans son discours d’hommage à Jacques Renouvin prononcé le 8 mai 1965 à l’occasion du 20e anniversaire de la capitulation allemande, André Coste-Fleuret relate le parcours de son ami résistant (voir ce discours sur le site de Bertrand Renouvin : http://www.bertrand-renouvin.fr/alfred-coste-floret-hommage-a-jacques-renouvin/).
  • [83]
    Mireille Renouvin, enceinte, est transférée à la prison de la Santé où elle donne naissance à Bertrand Renouvin en juin 1943. Elle survit à la guerre et meurt en 1987. Son fils Bertrand, monarchiste comme son père, sera candidat à l’élection présidentielle en 1974 ; incarnant dans la ligne paternelle un royalisme non conventionnel, il appelle à voter pour François Mitterrand en 1981 et pour Jean-Pierre Chevènement en 2002. Le 26 mars 2016, la place Mireille-et-Jacques-Renouvin est inaugurée par Anne Hidalgo dans le 6e arrondissement, en présence de Bertrand Renouvin et de la famille Renouvin. On peut regarder cette cérémonie ici : https://www.dailymotion.com/video/x40awh1
  • [84]
    André Martel, tapuscrit « Pierre Renouvin 1893-1974 », fonds Duroselle, Institut für Zeitgeschichte, Munich (IfZ), ED 468/168, cité par Ulrich Pfeil, « Médiations scientifiques et controverses. Pierre Renouvin et l’Allemagne des années 1930 aux années 1950 », in Laurence Badel (dir.), Histoire et relations internationales…, op. cit., p. 149.
  • [85]
    Témoignage oral de Jacques Renouvin, petit-fils de Pierre et fils de Michel. Entretien du 27 février 2018, déjà cité.
  • [86]
    Note du 12 février 1944.
  • [87]
    Note du 21 février 1943.
  • [88]
    Note datée de « janvier 1944 ».
  • [89]
    Note du 22 janvier 1944.
  • [90]
    Note du 28 avril 1944.
  • [91]
    Notes sans doute rédigées peu de jours après chaque phase de l’opération, regroupées par Pierre Renouvin en seize périodes différentes, chacune ayant le même titre : « La période du débarquement », suivi d’un chiffre de 1 à 16.
  • [92]
    Ibid.
  • [93]
    Note du 20 mai 1941.
  • [94]
    « Impressions début juin 1944 ».
  • [95]
    Note du 30 août 1944.
  • [96]
    Ibid.
  • [97]
    Notes du 15 mars 1945.
  • [98]
    Note du 7 mai 1945.

Ces « notes sur la guerre », rédigées par Pierre Renouvin entre 1938 et 1945, nous obligent à regarder la Seconde Guerre mondiale autrement. Bien qu’historien, il ne raconte ni n’analyse ce conflit comme dans les livres d’histoire. Tout simplement parce qu’il écrit ces textes au jour le jour – mais pas tous les jours –, sans connaître l’événement du lendemain, sans connaître la fin du film qu’il fait défiler sous nos yeux. Une certaine distance lui manque, et pourtant, grâce à son métier et à son talent, il fait montre d’une grande lucidité dans ses développements sur les opérations militaires à l’échelle planétaire, les stratégies des belligérants, les rapports de force entre eux et leur état d’esprit. Ses hésitations au fil du temps, ses erreurs d’interprétation – et elles sont importantes et étonnantes dans certains domaines –, parfois avouées et rectifiées quelques jours ou semaines plus tard, rendent précieuse cette matière brute. La lecture de ces textes est passionnante, car elle fait comprendre de l’intérieur la succession chaotique des temps vécus par les contemporains tout au long de ces « années noires » dont l’issue leur est mystérieuse. Et ce, au prisme du regard d’un Français pas tout à fait ordinaire.Pierre Renouvin (1893-1974) est un grand historien, considéré, même s’il s’en défendait, comme le père de l’école historique française des relations internationales. Il en a favorisé le développement avec son fils spirituel, Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994). Tous deux ont réussi la transformation d’une « histoire diplomatique » trop classique, événementielle, cantonnée à l’action des princes, des rois et des États, en une « histoire des relations internationales », plus attentive aux « rapports entre les peuples », aux mouvements de l’économie et de la société, à l’évolution des mentalités…


Date de mise en ligne : 25/07/2025

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