Chapitre 9. Une leçon de vie
- Par Anne Graire
Pages 169 à 190
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- GRAIRE, Anne,
- Graire, Anne.
- Graire, A.
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Notes
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[1]
L’Officiel de la couture et de la mode de Paris, mars 1981.
Avec le début des années 1980 descendait un lent rideau de fin. Il éteignait la lumière et le décor d’un théâtre intime, fermait la porte de ses coulisses où chatoyaient un infini de couleurs chaudes, mon enfance et mon devenir, la permanence qu’incarnait l’univers de ma grand-mère. Sans applaudissements pour le saluer : la pièce que jouaient ensemble une grand-mère et sa petite-fille était bel et bien terminée. Pour deux vies désormais parallèles était venu un temps de morte-saison, l’entrée en hiver ; vivant l’une de l’autre un deuil impossible puisque que nous étions vivantes toutes deux, forcées à nous résoudre en silence et à quelques kilomètres de distance à la séparation. Que réservait le futur ? Et y en aurait-il un ? Ma grand-mère ne se plaignait jamais ; sa force intérieure serait une leçon de vie. Tout au long de son existence, l’occultation de chagrins qui ne concernaient qu’elle, privés et professionnels, força le respect de ses employés les plus proches, qui allaient l’entourer plus que quiconque pendant les dernières années de sa carrière. Comme moi je pense, elle vivait notre éloignement en punition amère. Ce qui nous apportait un bonheur simple avait mérité d’être balayé arbitrairement, au nom de la « normalité ». Mon enfance n’était « pas normale », une sentence répétée à l’envi par ses principaux responsables – mes géniteurs – qui pourtant ne s’y connaissaient guère en normalité. Notre microcosme familial n’avait jamais fonctionné selon ce principe, que le couturier la première, prenant son indépendance vis-à-vis de la norme de sa génération, avait mis à mal – mais avec élégance…
Date de mise en ligne : 28/11/2025
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