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Introduction. L’appel du terrain

Pages 7 à 26

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  • Truong, F.
(2017). Introduction. L’appel du terrain. Loyautés radicales : L’islam et les « mauvais garçons » de la Nation (p. 7-26). La Découverte. https://shs.cairn.info/loyautes-radicales--9782707196293-page-7?lang=fr.

  • Truong, Fabien.
« Introduction. L’appel du terrain ». Loyautés radicales L’islam et les « mauvais garçons » de la Nation, La Découverte, 2017. p.7-26. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/loyautes-radicales--9782707196293-page-7?lang=fr.

  • TRUONG, Fabien,
2017. Introduction. L’appel du terrain. In : Loyautés radicales L’islam et les « mauvais garçons » de la Nation. Paris : La Découverte. Sciences humaines, p.7-26. URL : https://shs.cairn.info/loyautes-radicales--9782707196293-page-7?lang=fr.

Notes

  • [a]
    Le GIA apparaît en Algérie à la suite de l’annulation des élections législatives remportées par le Front islamique du salut (FIS) en 1991 et cherche à implanter un État islamique. Durant les années 1990, il mène une longue série d’attaques ciblées, d’attentats et de massacre de civils – une période de conflit qualifiée de « décennie noire » qui fait plusieurs dizaines de milliers de victimes.
  • [2]
    Pour une première enquête avec Tarik et Radouane, voir Fabien Truong, Des capuches et des hommes. Trajectoires de « jeunes de banlieue », Buchet-Chastel, Paris, 2013. Pour une seconde enquête sur les trajectoires étudiantes de mes anciens élèves, voir Fabien Truong, Jeunesses françaises. Bac + 5 made in banlieue, La Découverte, Paris, 2015.
  • [3]
    Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, Paris, 1985 (1942).
  • [4]
    Gérôme Truc, Sidérations. Une sociologie des attentats, PUF, Paris, 2016, p. 324.
  • [5]
    Sur le « problème de l’équivalence morale » que pose le fait de « faire silence » après un attentat, voir ibid., p. 160-171. Sur le débat « être ou ne pas être Charlie », voir l’opposition entre Emmanuel Todd, Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse, Seuil, Paris, 2015, et Nonna Mayer et Vincent Tiberj, « Who were the “Charlie” in the streets ? A socio-political approach of the january 11 rallies », International Review of Social Psychology, n° 29, 2016 ; ainsi que Pierre Lefébure et Claire Sécail (dir.), Le Défi Charlie : les médias à l’épreuve des attentats, Lemieux éditeur, Paris, 2016, et « L’école et les valeurs. Charlie, et après ? », Diversité, vol. 182, 2015.
  • [6]
    Voir, dans l’ordre, Michael Rogin, Les Démons de l’Amérique. Essais d’histoire politique des États-Unis, Seuil, Paris, 1998 ; René Girard, Le Bouc émissaire, Le Livre de poche, Paris, 1986 ; Stuart Hall, Brian Roberts, John Clarke, Tony Jefferson et Chas Critcher, Policing the Crisis : Mugging, the State, and Law and Order, Macmillan, Londres, 1978 ; Norbert Elias et John L. Scotson, Logiques de l’exclusion. Enquête sociologique au cœur des problèmes d’une communauté, Pocket, Paris, 2001.
  • [7]
    Mahmood Mamdani, Good Muslim, Bad Muslim : America, the Cold War, and the Roots of Terror, Doubleday, New York, 2004.
  • [8]
    Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, Gallimard, Paris, 1987.
  • [9]
    Edward W. Said, Covering Islam : How the Media and the Experts Determine How we See the Rest of the World, Vintage, New York, 1997, p. 163.
  • [10]
    Arun Kundnani, The Muslims Are Coming ! Islamophobia, Extremism, and the Domestic War on Terror, Verso Books, Londres, 2014, p. 58. Pour être acceptable, le « musulman » – qu’il soit « radical » ou « modéré » – tend à être dépolitisé, c’est-à-dire dépossédé de son libre arbitre et renvoyé à l’appartenance à une communauté homogène. Pour une déconstruction de cet imaginaire en France, voir Thomas Deltombe, L’Islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005, La Découverte, Paris, 2005, et Raphaël Liogier, Le Mythe de l’islamisation. Essai sur une obsession collective, Points, Paris, 2016. Sur la progression de l’islamophobie en Europe, voir Amnesty International, Choice and Prejudice : Discrimination Against Muslims in Europe, 2012.
  • [11]
    Voir Naji Abu Bakr, Gestion de la Barbarie. L’Étape par laquelle l’islam devra passer pour restaurer le califat, Éditions de Paris, Paris, 2007 (2004), et « Qu’Allah maudisse la France », Dar Al-islam, vol. 2, 2015.
  • [12]
    Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive, Gallimard, Paris, 1985.
  • [13]
    Moustafa Bayoumi, How Does It Feel to Be a Problem ? Being Young and Arab in America, Penguin, Londres, 2009.
  • [14]
    W.E.B. Du Bois, The Souls of Black Folk, Dover Publications, New York, 2016 ; Moustafa Bayoumi, « Racing religion », The New Centennial Review, vol. 6, no 2, 2006, p. 267-293.
  • [15]
    Alberto Toscano, Fanaticism : On the Uses of an Idea, Verso, Londres, 2010 ; Blaise Wilfert-Portal, « Je suis en terrasse », Revue du crieur, no 3, 2016, p. 50-59. Depuis, les attentats perpétrés en Belgique (le 22 mars 2016 et le 20 juin 2017 à Bruxelles, le 6 août 2016 à Charleroi), en Allemagne (le 18 juillet à Wurtzbourg, le 24 juillet à Ansbach et le 19 décembre 2016 sur le marché de Noël à Berlin, le 28 juillet 2017 à Hambourg), en Suède (le 7 avril 2017 à Stockholm), en Angleterre (le 22 mars dans le quartier de Westminster, le 3 juin dans le district de Southwark autour du London Bridge et le 19 juin 2017 aux alentours de la mosquée de Finsbury Park à Londres, le 22 mai 2017 à la Bay Arena de Manchester) et en Espagne (les 16, 17 et 18 août 2017 à Alcanar, Barcelone et Cambrils) ont étendu la portée d’une telle lecture à l’ensemble du bloc de l’« Europe de l’Ouest ».
  • [16]
    Peter Neumann, Perspectives on Radicalisation and Political Violence : Papers From the First International Conference on Radicalisation and Political Violence, International Centre for the Study of Radicalisation and Political Violence, Londres, 2008. Sur la « culture de l’excuse », voir Bernard Lahire, Pour la sociologie, La Découverte, Paris, 2016.
  • [17]
    Annie Collovald et Brigitte Gaïti notent que, « si la radicalisation est un processus, il faut alors accepter de le suivre avant de pouvoir l’expliquer. C’est donc le passage du “pourquoi” au “comment” » (Annie Collovald et Brigitte Gaïti (dir.), La Démocratie aux extrêmes. Sur la radicalisation politique, La Dispute, Paris, 2006). Ce « comment » est longtemps apparu comme une nette avancée pour rendre compte de l’engagement individuel dans l’action politique violente par rapport aux explications en termes de manipulation idéologique (Olivier Fillieule, « Propositions pour une analyse processuelle de l’engagement individuel », Revue française de science politique, vol. 51, no 1, 2001, p. 199-215 ; Xavier Crettiez, « “High Risk Activism” : Essai sur le processus de radicalisation violente », Pôle Sud, vol. 34, 2011, p. 45-60 ; Isabelle Sommier, « Engagement radical, désengagement et déradicalisation. Continuum et lignes de fracture », Lien social et Politiques, vol. 68, 2012 ; Mohammed Hafez et Creighton Mullins, « The radicalization puzzle : A theoretical synthesis of empirical approaches to homegrown extremism », Studies in Conflict & Terrorism, vol. 38, no 11, 2015, p. 958-975. De fait, les sciences sociales ont bien établi comment le recours au terrorisme se construit à l’intersection de trois dimensions : les motivations individuelles et le système de croyance ; la nature des décisions stratégiques au sein d’un mouvement terroriste ; le contexte sociopolitique (Martha Crenshaw, « The causes of terrorism », Comparative Politics, vol. 13, no 4, 1981, p. 379-399). Mais aujourd’hui, l’assimilation systématique de ce processus au terrorisme islamiste change à la fois le mot et la chose (Xavier Crettiez, « Penser la radicalisation », Revue française de science politique, vol. 66, no 5, 2016, p. 709-727) pour en faire un buzzword (Peter Neumann et Scott Kleinmann, « How rigorous is radicalization research ? », Democracy and Security, vol. 9, no 4, 2013).
  • [18]
    Guy Debord, Commentaires sur La société du spectacle, Gallimard, Paris, 1992.
  • [19]
    Marc Sageman, Leaderless Jihad : Terror Networks in the Twenty-First Century, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2008, et Marc Sageman, Misunderstanding Terrorism, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2016.
  • [20]
    Farhad Khosrokhavar, L’Islam des jeunes, Flammarion, Paris, 1998.
  • [21]
    Pour se rendre compte de l’ubiquité sémantique du concept, voir le chapitre introductif du livre de synthèse de Farhad Khosrokhavar sur le « sens et les enjeux de la notion de radicalisation ». Dans une littérature qui va de la sociologie interactionniste à la théorie du choix rationnel, cette notion se situe « à la croisée du court, du moyen et du long terme » ; insiste sur l’« individu et sa subjectivité » mais aussi sur la « dynamique de groupe, les notions de “masse”, de “foule” » ; est « infra ou supra politique », « intra ou extra mondaine » ; relève d’une « utopie limitée » ou d’une « utopie échevelée », si bien que « le domaine délimité par le terrorisme couvre en grande partie celui de la radicalisation » (Farhad Khosrokhavar, Radicalisation, Maison des sciences de l’homme, Paris, 2014, p. 8-32). Voir aussi Mark Sedgwick, « The concept of radicalization as a source of confusion », Terrorism and Political Violence, vol. 22, n° 4, 2010, p. 479-494 ; David Mandell, « Radicalization : what does it mean ? », in Thomas M. Pick, Anne Speckhard, Beatrice Jacuch (dir.), Home-grown Terrorism : Understanding and Addressing the Root Causes of Radicalisation among Groups with an Immigrant Heritage in Europe, Amsterdam, IOS Press, p. 101-113 ; Jørgen Staun, « When, how and why elites frame terrorists : a Wittgensteinian analysis of terror and radicalization », Critical Studies on Terrorism, vol. 3, n° 3, 2010, p. 403-420 ; Jonathan Githens-Mazer, « The rhetoric and reality : radicalization and political discourse », International Political Science Review, vol. 33, n° 5, 2012, p. 556-567 ; Claire de Galembert, « Le “radical”, une nouvelle figure de dangerosité carcérale aux contours flous », Critique internationale, vol. 72, n° 3, 2016.
  • [22]
    Fathali M. Moghaddam, « The staircase to terrorism : a psychological exploration », American Psychologist, vol. 60, no 2, 2005, p. 161-169, et Ragnhild B. Lygre, Jarle Eid, Gerry Larsson et Magnus Ranstorp, « Terrorism as a process : A critical review of Moghaddam’s “Staircase to Terrorism” », Scandinavian Journal of Psychology, vol. 52, n° 6, 2011, p. 609-616.
  • [23]
    Stuart Hall, Brian Roberts, John Clarke, Tony Jefferson et Chas Critcher, Policing the Crisis : Mugging, the State, and Law and Order, op. cit.
  • [24]
    Pour une démarche comparable avec l’« identité » ou le « ghetto », voir Rogers Brubaker et Frederick Cooper, « Beyond “identity” », Theory and Society, vol. 29, 2000, p. 1-47 ; Loïc Wacquant, The Two Faces of the Ghetto, Polity Press, Cambridge, à paraître.
  • [25]
    Scott Atran, Statement Before the Senate Armed Services Subcommittee on Emerging Threats & Capabilities, 10 mars 2010.
  • [26]
    Roland Barthes, Mythologies, Points, Paris, 2014, p. 195. Pour un bilan de dix ans de politique de « déradicalisation » aux États-Unis et en Angleterre, voir « The myth of radicalization », dans Arun Kundnani, The Muslims Are Coming !, op. cit., p. 115-152.
  • [27]
    Max Weber l’a établi, il y a plus d’un siècle, en montrant que l’affinité entre l’éthique protestante et un esprit du capitalisme trop récent pour s’imposer de lui-même n’est advenue qu’au moment où les progrès scientifiques avaient déjà désenchanté notre rapport à la connaissance du monde (Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Presses Pocket, Paris, 1991). Mon propos ne vise pas à opposer les impasses de la psychologie aux vertus de la sociologie, mais à souligner les impensés de la psychologisation sous-jacente à la notion de radicalisation quand elle fait de la « fragilité psychologique » une explication per se de l’attrait du djihadisme, sans par exemple préciser quels traits psychologiques seraient effectivement corrélés à quelles valeurs idéologiques (voir John T. Jost, Jack Glaser, Arie W. Kruglanski et Frank J. Sulloway, « Political conservatism as motivated social cognition », Psychological Bulletin, vol. 129, no 3, 2003, p. 339-375). Depuis l’après-11 septembre 2001, la radicalisation donne une consistance psychologisante ad hoc à une notion mobilisée dans des contextes aussi différents que la sécurité intérieure, l’intégration sociale et la politique étrangère (Mark Sedwick, « The concept of radicalization as a source of confusion », loc. cit.), entretenant la confusion entre travail de prévention, action curative et compréhension globale du terreau sur lequel s’agrègent les parcours individuels. L’analyse psychologique ou psychanalytique gagne en pertinence quand elle s’applique à un objet circonscrit, comme l’analyse ex ante des ressorts psycho-pathologiques qu’entretiennent les discours de propagande et leurs résonances avec des angoisses, des désirs ou des projections personnels (voir Fethi Benslama, Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman, Seuil, Paris, 2016), ou l’analyse ex post de cas fondée sur le recueil des motivations et des motifs du passage à l’acte sur longue période – une situation rare, les terroristes n’ayant pas vocation à révéler leurs intentions ou à survivre une fois un attentat commis. Voir Ariel Merari, Ilan Diamant, Arie Bibi, Yoav Broshi et Giora Zakin, « Personality characteristics of “self martyrs”/“suicide bombers” and organizers of suicide attacks », Terrorism and Political Violence, vol. 22, n° 1, 2009, p. 87-101.
  • [28]
    Talal Asad, The Idea of an Anthropology of Islam, Occasional Papers Series, Center For Contemporary Arab Studies, Washington DC, 1986.
  • [29]
    Voir Gilles Kepel, Terreur dans l’Hexagone. Genèse du djihad français, Gallimard, Paris, 2015, et Olivier Roy, Le Djihad et la mort, Seuil, Paris, 2016. À ces deux positions en miroir médiatique, il faudrait ajouter le panel de nuances apportées par les nombreux spécialistes français de l’islam, comme Jean-Pierre Filiu, Pierre-Jean Luizard ou François Burgat avec, notamment, l’importance accordée aux dimensions géopolitiques. Voir Leyla Dahkli, « L’islamologie est un sport de combat », Revue du crieur, no 3, 2016.
  • [30]
    Gilles Kepel a connu les banlieues populaires dans les années 1980, il en est désormais très éloigné, bien qu’il prétende le contraire. Il continue à écrire sur les quartiers populaires sans s’y rendre fréquemment, sous-traitant largement la présence sur le terrain à des « collaborateurs », des « enquêteurs » ou des doctorants. Un livre comme Quatre-vingt-treize (Gilles Kepel, Quatre-vingt-treize, Gallimard, Paris, 2012) est symptomatique : présenté comme une monographie du département, ce livre traite exclusivement de l’islam, et les passages les plus incarnés se résument à des promenades sociologiques de surface où l’on se demande ce que l’observateur observe et qui sont véritablement les observés. Olivier Roy reconnaît quant à lui qu’étant situé à Florence il est éloigné du terrain et se fonde sur des intuitions, des recoupements d’informations et des propos rapportés de seconde main.
  • [31]
    Chiffres de la dernière enquête TeO (Enquêtes Trajectoire et Origine) publiée en 2016 et réalisée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et l’Institut national d’études démographiques (Ined). Les estimations oscillent entre 3 % et 8 % de la population française – soit une fourchette comprise entre 2,1 et 5 millions de personnes – selon les sources. Les estimations basses correspondent aux personnes revendiquant une croyance religieuse musulmane (TeO), les estimations hautes aux personnes dites de « culture musulmane » (décompte du ministère de l’Intérieur). Pour une plongée dans la diversité du quotidien des « musulmans ordinaires », voir Nilüfer Göle, Musulmans au quotidien, La Découverte, Paris, 2015.
  • [32]
    Voir Jodie T. Allen, « The French-Muslim connection : is France doing a better job of integration than its critics ? », PEW Research Center, 2006 ; Ifop, « Analyse : 1989-2009. Enquête sur l’implantation et l’évolution de l’islam en France », 2010 (où 78 % des musulmans déclarent accorder « beaucoup ou assez d’importance à la religion », contre 24 % des catholiques) ; Vincent Tiberj et Patrick Simon, « Sécularisation ou regain religieux : la religiosité des immigrés et de leurs descendants », Document de travail, n° 196, 2013 (où l’homophilie religieuse atteint un score de 68 % chez les résidents de zones urbaines sensibles) ; Institut Montaigne, « Un islam français est possible », 2016.
  • [a]
    Il existe en France, selon le ministère de l’Intérieur, 2 368 salles de prières, dont 90 mosquées en 2014.
  • [34]
    Voir Bernard Godard, La Question musulmane en France. Un état des lieux sans concessions, Fayard, Paris, 2015 ; Samir Amghar, Le Salafisme aujourd’hui, Michalon, Paris, 2011. Sylvain Brouard et Vincent Tiberj estiment à moins de 5 % la proportion des Français d’origine maghrébine, africaine et turque rejetant l’identité française au profit d’une identité communautaire ou religieuse (Sylvain Brouard et Vincent Tiberj, Français comme les autres ?, Presses de Sciences Po, Paris, 2005). Selon l’Institut Montaigne, 28 % des musulmans auraient « adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République » (Institut Montaigne, « Un islam français est possible », loc. cit., p. 22).
  • [35]
    Chiffres du ministère de l’Intérieur et rapport de l’International Centre for the Study of Radicalisation and Political Violence, Foreign Fighter Total in Syria/Iraq Now Exceeds 20,000 (2015). Depuis 2016, le flux de départs s’est considérablement ralenti.
  • [b]
    Depuis 2012 (et jusqu’à juin 2017), dix attentats meurtriers ont été revendiqués sur le sol français : Toulouse et Montauban en 2012 ; Paris, Montrouge et Vincennes en janvier 2015 ; Villejuif en avril 2015 ; Saint-Quentin-Fallavier en juin 2015 ; Paris et Saint-Denis en novembre 2015 ; Magnanville en juin 2016 ; Nice en juillet 2016 ; Saint-Étienne-du-Rouvray en août 2016 ; Paris en avril et juin 2017.
  • [37]
    La thèse de la « fragilité psychologique » est un fait très rarement étayé. Voir Clark McCauley, « Understanding the 9/11 perpetrators : crazy, lost in hate or martyred ? », dans Nancy Matuszak (dir.), History behind the Headlines, Gale, New York, vol. 5, 2002 ; Edwin Bakker, Jihadi Terrorists in Europe, their Characteristics and the Circumstances in which they Joined the Jihad : an Exploratory Study, Clingendael Institute, La Haye, 2006 ; Mohammed Hafez, Suicide Bombers in Iraq : the Strategy and Ideology of Martyrdom, United States Institute of Peace, Washington, 2007. Voir aussi les travaux de Scott Atran et Marc Sageman déjà cités.
  • [38]
    Karl Marx, Sur la question juive, La Fabrique, Paris, 2006.
  • [39]
    Germaine Tillion, Fragments de vie, Points, Paris, 2013.
  • [40]
    Cette enquête commune donnera lieu à un ouvrage ultérieur.
  • [41]
    Michael Burrawoy, « Revisits : an outline of a theory of reflexive ethnography », American Sociological Review, vol. 68, no 5, 2003, p. 645-679.
  • [42]
    Les Back, The Art of Listening, Berg Publishers, Oxford, 2007.
  • [43]
    Pour une approche relationnelle du monde social, voir Pierre Bourdieu, Raisons pratiques, Seuil, Paris, 1994.
  • [44]
    Cette enquête s’intéresse exclusivement aux « mauvais garçons ». D’abord, parce que, depuis les émeutes de 2005, ils sont devenus le « problème », les filles étant, par ricochet, « absentes ». Depuis les attaques terroristes de 2015, ils restent perçus comme le premier des problèmes, bien qu’il soit désormais admis qu’ils puissent être épaulés par des « filles soumises », une figure graduellement apparue dans le débat public depuis l’affaire du voile en 2004 (John R. Bowen, Why the French Don’t Like Headscarves : Islam, the State, and Public Space, Princeton University Press, Princeton, 2008). L’extension progressive du domaine de la lutte (la question urbaine était masculine, la question religieuse sera culturelle) et la répartition genrée de la menace associent au schéma du clash des civilisations les principes ordinaires de la domination masculine qui continue d’organiser la société occidentale. Une telle lecture minimise le recours, bien existant, à la violence des femmes (Coline Cardi et Geneviève Pruvost, Penser la violence des femmes, La Découverte, Paris, 2012 ; Stéphanie Rubi, Les « Crapuleuses », ces adolescentes déviantes, PUF, Paris, 2005). Elle oublie par exemple que dans certains contextes (comme celui de la Tchétchénie ou de la lutte armée du PKK) le terrorisme féminin est majoritaire. Dans le cas français, si les « terroristes maison » sont exclusivement des garçons, les « partants » en Syrie sont, selon les estimations, pour un tiers des « partantes » – une différence significative qui ne peut être ignorée. Voir Carolyn Hoyle, Alexandra Bradford et Ross Frenett, Becoming Mulan ? Female Western Migrants to ISIS, Institute for Strategic Dialogue, Londres, 2015 ; Europol, European Union Terrorism Situation and Trend Report, juillet 2016 ; Fehti Benslama et Farhad Khosrokhavar, Le Jihadisme des femmes. Pourquoi ont-elles choisi Daech ?, Seuil, Paris, 2017. Ensuite, la logique concrète de l’enquête ethnographique induit ses biais de genre. Je suis un garçon et il m’est plus facile d’atteindre une proximité qui ne soit pas un simple artefact avec les garçons. J’ai néanmoins mené de nombreux entretiens avec des femmes. Certaines apparaîtront en filigrane, mais je n’ai pas souhaité, dans le cadre de ce livre, en faire un « objet » en soi.
  • [45]
    Jean-Claude Passeron, « Biographies, flux, itinéraires, trajectoires », Revue française de sociologie, vol. 31, n° 1, 1990, p. 3-22.
  • [46]
    Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique, Vrin, Paris, 2000.
  • [47]
    Voir par exemple Norbert Elias, Mozart. Sociologie d’un génie, Points, Paris, 2015, ou Nicolas Mariot, Histoire d’un sacrifice. Robert, Alice et la guerre, Seuil, Paris, 2017.

C’est par une fin d’après-midi nuageuse, le 13 novembre 2015, que je me rends pour la première fois à Grigny, dans la banlieue sud de Paris. Avec mon collègue et ami Gérôme, nous rencontrons un collectif d’habitants formé au lendemain des attentats ayant pris pour cible la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris en janvier de cette même année. Comme bon nombre de villes populaires de la banlieue parisienne, Grigny jouit d’une réputation sulfureuse auprès de ceux qui n’y habitent pas. Mais depuis « Charlie », la ville porte un poids supplémentaire. Amédy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher, est l’un de ses enfants. Ses grands ensembles sont vite désignés comme l’un de ces lieux où se fabrique la haine. En réaction à ce qui est vécu comme une double peine, le collectif recueille des centaines de messages anonymes dans les rues de la ville. Dix mois après les attentats, l’idée émerge d’afficher ces messages dans une cérémonie du souvenir et de la paix. La profusion des mots récoltés interroge néanmoins les membres du collectif qui lancent un appel pour être épaulés. Nous y répondons, Gérôme et moi, comme sociologues. C’est l’occasion de travailler ensemble et de contribuer à une initiative généreuse. Ce 13 novembre, nous sommes donc conviés à une première réunion. Celle-ci se révèle pleine de promesses. Pendant plusieurs heures, nous parlons des attentats de janvier et de la vie quotidienne du quartier. La nuit s’apprête à tomber, nous prenons date pour la suite…


Date de mise en ligne : 21/02/2023

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