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1. Histoires communes

Pages 27 à 55

Citer ce chapitre


  • Truong, F.
(2017). 1. Histoires communes. Loyautés radicales : L’islam et les « mauvais garçons » de la Nation (p. 27-55). La Découverte. https://shs.cairn.info/loyautes-radicales--9782707196293-page-27?lang=fr.

  • Truong, Fabien.
« 1. Histoires communes ». Loyautés radicales L’islam et les « mauvais garçons » de la Nation, La Découverte, 2017. p.27-55. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/loyautes-radicales--9782707196293-page-27?lang=fr.

  • TRUONG, Fabien,
2017. 1. Histoires communes. In : Loyautés radicales L’islam et les « mauvais garçons » de la Nation. Paris : La Découverte. Sciences humaines, p.27-55. URL : https://shs.cairn.info/loyautes-radicales--9782707196293-page-27?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Henri Mendras, La Seconde Révolution française : 1965-1984, Gallimard, Paris, 1988.
  • [2]
    Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire, « Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement », Revue française de sociologie, vol. 11, 1970, p. 3-33.
  • [3]
    Abdelmalek Sayad, L’Immigration ou les paradoxes de l’altérité. La fabrication des identités culturelles, Raisons d’Agir, Paris, 2014.
  • [a]
    À l’initiative d’un petit groupe de la banlieue lyonnaise, la Marche pour l’égalité et contre le racisme part le 15 octobre 1983 de Marseille dans une relative indifférence pour s’achever à Paris le 3 décembre par une manifestation regroupant plus de 100 000 personnes.
  • [5]
    Olivier Masclet, La Gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, La Dispute, Paris, 2003 ; Stéphane Beaud et Olivier Masclet, « Des “marcheurs” de 1983 aux “émeutiers” de 2005. Deux générations sociales d’enfants d’immigrés », Annales. Histoire, Sciences sociales, 2006 ; Abdellali Hajjat, La Marche pour l’égalité et contre le racisme, Amsterdam, Paris, 2013.
  • [6]
    Stéphane Beaud, « 80 % au bac »… et après ? : les enfants de la démocratisation scolaire, La Découverte, Paris, 2002.
  • [7]
    Sur l’invisibilité de l’immigration en France, voir Gérard Noiriel, Le Creuset français. Histoire de l’immigration, xixe-xxe siècle, Seuil, Paris, 2006. Sur le passage de la classe ouvrière à la condition ouvrière, voir Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière : enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, Fayard, Paris, 1999.
  • [8]
    Sylvie Tissot, L’État et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique, Seuil, Paris, 2007 ; Mustafa Dikec, Badlands of the Republic : Space, Politics and Urban Policy, Wiley-Blackwell, Oxford, 2011.
  • [9]
    Depuis la fin des années 1960, l’intensité de la ségrégation des immigrés baisse continuellement au niveau de chaque origine nationale de migrants, mais progresse pour les immigrés pris ensemble. Voir Jean-Louis Pan Ké Shon et Gregory Verdugo, « Ségrégation et incorporation des immigrés en France. Ampleur et intensité entre 1968 et 2007 », Revue française de sociologie, vol. 55, no 2, 2014, p. 245. Dans les quartiers dits « sensibles », on constate à partir de 1990 une baisse de la ségrégation d’origine sociale et une hausse de la ségrégation des Africains. La mobilité de leurs habitants est importante, et les sortants, Français ou Africains, effectuent majoritairement une mobilité ascendante. En revanche, plus un quartier connaît un fort taux de chômage, plus la ségrégation est importante et les flux de départs faibles. Voir Jean-Louis Pan Ké Shon, « Ségrégation ethnique et ségrégation sociale en quartiers sensibles. L’apport des mobilités résidentielles », Revue française de sociologie, vol. 50, no 3, 2009. Pour la Seine-Saint-Denis, voir Philippe Estèbe, « Un territoire tremplin ? La politique de la ville en trompe l’œil », Hérodote, n° 162, 2016, p. 163-174.
  • [10]
    Loïc Wacquant, Parias urbains, La Découverte, Paris, 2007.
  • [11]
    Sur les continuités historiques d’une politique d’« intégration » précédant la question migratoire, voir Ivan Jablonka, L’Intégration des jeunes. Un modèle français, Points, Paris, 2013.
  • [12]
    Fabrice Dhume, Communautarisme. Enquête sur une chimère du nationalisme français, Demopolis, Paris, 2016.
  • [13]
    Alec Hargreaves, Multi-Ethnic France : Immigration, Politics, Culture and Society, Routledge, Londres, 2007 ; Gérard Noiriel, À quoi sert l’identité « nationale », Agone, Marseille, 2007.
  • [14]
    Michel Wieviorka (dir.), La France raciste, Seuil, Paris, 1992.
  • [15]
    Voir Smaïn Laacher, « L’islam des nouveaux musulmans en terre d’immigration », Mouvements, vol. 38, 2005, p. 50-59 ; et Farhad Khosrokhavar, L’Islam des jeunes, op. cit. ; Nathalie Kakpo, L’Islam, un recours pour les jeunes, Presses de Sciences Po, Paris, 2007.
  • [16]
    « L’événement », TF1, 19 février 1976.
  • [17]
    Discours d’Orléans, 19 juin 1991, dîner-débat du RPR devant 1 300 militants et sympathisants.
  • [18]
    Voir Loïc Wacquant, Punir les pauvres. Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, Agone, Marseille, 2004 ; Grégory Salle, La Part d’ombre de l’État de droit. La question carcérale en France et en République fédérale d’Allemagne depuis 1968, Éditions de l’EHESS, Paris, 2009 ; Denis Salas, La Volonté de punir, Fayard/Pluriel, Paris, 2010 ; « Prison : l’idéologie de l’enfermement », Mouvements, vol. 88, 2016 ; Didier Fassin, Punir. Une passion contemporaine, Seuil, Paris, 2017.
  • [19]
    Karim Bellazaar et S. Forbes Dawson, Reality Taule, au-delà des barreaux, Grignywood/Icetream, Grigny, 2012.
  • [a]
    Le FLN est un parti politique qui apparaît en 1954 pour défendre l’indépendance de l’Algérie. Durant la « décennie noire » des années 1990, il se voit marginalisé et paie un lourd tribut dans le conflit national.
  • [a]
    La Confédération générale du travail est un syndicat historiquement proche du Parti communiste français. L’Humanité est un quotidien socialiste fondé en 1904 par Jean Jaurès. De 1920 à 1994, il devient l’« organe central » du Parti communiste.
  • [22]
    Ivan Boszormenyi-Nagy et Geraldine Spark, Invisible Loyalties, Lippincott Williams and Wilkins, Hagerstown, 1973. Pour Boszormenyi-Nagy, le sentiment de loyauté s’éprouve au quotidien dans des conflits relationnels, éthiques et existentiels.
  • [23]
    Marcel Mauss, Essai sur le don, PUF, Paris, 2012, p. 20.
  • [24]
    Ibid., p. 20.
  • [25]
    Norbert Elias et John L. Scotson, Logiques de l’exclusion. Enquête sociologique au cœur des problèmes d’une communauté, op. cit.
  • [a]
    Dans le célèbre argot de Grigny, un « boug » est un mec. Dérivé du mot « bougre », on le retrouve dans l’argot créole antillais.
  • [27]
    Pour Pierre Bourdieu, « si la sociologie est difficile et improbable, c’est précisément parce que les gens sont tellement pris dans le jeu qu’ils ne sont pas du tout disposés à l’objectiver. Mais le fait de l’objectiver est une liberté absolument extraordinaire […], on peut parler sans drame, sans volonté conquérante (“je vais te dominer”, “tu vas me dominer”), sans naïveté, sans cucuterie interdisciplinaire » (Pierre Bourdieu, Sociologie générale, vol. 1, op. cit., p. 448).
  • [28]
    Sur la façon dont le rapport entre insécurité morale et besoin de reconnaissance publique aboutit, pour un certain nombre de garçons de cité, à surinvestir dans un « capital guerrier », voir Thomas Sauvadet, Le Capital guerrier. Concurrence et solidarité entre jeunes de cité, Armand Colin, Paris, 2006.
  • [29]
    Voir Nikolas Rose, Governing the Souls : the Shaping of the Private Self, Routledge, Londres, 1990 ; Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme, Gallimard, Paris, 1999 ; Richard Sennett, Le Travail sans qualités. Les conséquences humaines de la flexibilité, Albin Michel, Paris, 2000.
  • [30]
    Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, Flammarion, Paris, 1999.
  • [31]
    Richard Hoggart, La Culture du pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Les Éditions de Minuit, Paris, 1970.

Grandir dans une cité d’une ville de l’Essonne, comme à Grigny, ou d’une ville de la Seine-Saint-Denis, c’est hériter d’une portion de l’histoire de France. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le pays est affaibli par des pertes humaines et matérielles conséquentes, moralement déchiré et presque sous tutelle américaine. La France ne doit-elle pas son salut aux marines et à un plan Marshall qui maintient son économie à flot ? Le temps du redressement sera celui de la reconquête et de la reconstruction d’un pays défait, qui pensait jusqu’ici rayonner sur la planète.
Il convient de rejouer l’entrée de la France dans le xxe siècle, pour pénétrer de plain-pied dans la modernité, retrouver le chemin de la prospérité, poursuivre le mythe fondateur d’une République solidaire et généreuse envers les plus démunis. Ce nouveau départ a longtemps semblé accoucher d’une « moyennisation » de la société et d’une « seconde Révolution française », aussi longue et lente que celle de 1789 avait paru soudaine. Des années 1950 aux années 1970, le fleurissement des grands ensembles incarne cette promesse un peu partout sur le territoire. La multiplication des logements collectifs, regroupés en tours et en barres compactes, est censée répondre aux défis qui se présentent et à l’intense crise du logement qui frappe la France. Leur architecture rationnelle désengorge les centres-villes bourgeois et vieillissants, apportant le confort moderne aux nouvelles familles de cadres en train de se constituer et au flux croissant d’une population de travailleurs manuels venus le plus souvent des campagnes françaises, puis, plus tard, expurgés de ces terres lointaines au service de l’Hexagone : les colonies…


Date de mise en ligne : 21/02/2023

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