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La rue et ses matières

Pages 151 à 176

Citer ce chapitre


  • Vaillancourt, D.
(2013). La rue et ses matières. Les urbanités parisiennes au XVIIe siècle : Le Livre du trottoir (p. 151-176). Hermann. https://shs.cairn.info/les-urbanites-parisiennes--9782705687380-page-151?lang=fr.

  • Vaillancourt, Daniel.
« La rue et ses matières ». Les urbanités parisiennes au XVIIe siècle Le Livre du trottoir, Hermann, 2013. p.151-176. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-urbanites-parisiennes--9782705687380-page-151?lang=fr.

  • VAILLANCOURT, Daniel,
2013. La rue et ses matières. In : Les urbanités parisiennes au XVIIe siècle Le Livre du trottoir. Paris : Hermann. Les collections de la République des Lettres, p.151-176. URL : https://shs.cairn.info/les-urbanites-parisiennes--9782705687380-page-151?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Henri Sauval, op. cit., t. I, p. 511. Sur le même passage, cf. l’analyse qu’en donne Bronislaw Geremek, dans son analyse comparative de la gueuserie en Europe, Les fils de Caïn. Pauvres et vagabonds dans la littérature européenne (XVe-XVIIe siècle), 1991, p. 191-196.
  • [2]
    Cf. l’ordonnance sur les places vagues et masures de Paris, datant de juillet 1609, dans lequel Henri IV et Sully tentent d’éradiquer les maisons en ruines ou les terrains vacants qui demeurent l’objet de contentieux trop longs à régler, « ne désirant qu’il se présente aucun objet des misères et guerres passées dont les ruines de plusieurs maisons en la ville et fauxbourgs, témoignent encore la fureur, et en ôter la difformité, laquelle procède de ce que les places sont contentieuses » (Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XV, p. 358 ; Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 358).
  • [3]
    Geremek écrit sur ce mouvement spatial : « La topographie sociale de toutes les villes voulait que la misère reste entassée dans les lieux qui lui étaient assignés. La concentration de la pauvreté apparaît comme un tableau à deux dimensions, verticale (les pauvres logeant dans les caves ou sous les toits) et horizontale (certains quartiers ou rues étant habités uniquement par les indigents). Ce principe topographique existait déjà dans le Paris médiéval » (Bronislaw Geremek, op. cit., p. 194).
  • [4]
    On ne doit pas oublier que, après la nomination de La Reynie en 1667, la Cour sera rasée au profit des boulevards, nommé le Nouveau Cours.
  • [5]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 168 : « Le pavé des ruës bien moins considerable par sa beauté & par la delicatesse du travail, mais beaucoup plus nécessaire au Public, l’emporta bien au-dessus de la magnficence des pavez employés aux Edifices. Ces rues furent les commencemens des grands chemins, qui joignirent Rome à toutes les Villes considerables de l’Italie, aux Provinces ses voisines, & qui s’étendirent successivement jusqu’aux extrémitez de l’Empire. »
  • [6]
    Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire, op. cit., p. 1056. Cf. aussi Spiro Kostof, The City Assembled […], op. cit., p. 210 ; Simone Roux, Paris au Moyen Age, 2003, p. 54. Delamare fait le lien entre l’accroissement de la ville sous Philippe Auguste et « l’incommodité des boues & des immondices » (Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 169).
  • [7]
    Claude Perrault, Les dix livres d’architecture de Vitruve, 2005 [1684]. Sur l’importance de cette édition, cf. Alberto Perez-Gomez, Architecture and the Crisis of Modern Science, 1983, p. 53-54.
  • [8]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 168.
  • [9]
    Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire, op. cit., p. 1056.
  • [10]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 170.
  • [11]
    Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire, op. cit., p. 1058.
  • [12]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 175.
  • [13]
    Ibid., vol. 4, p. 178-179.
  • [14]
    Ibid., vol. 4, p. 179.
  • [15]
    Id.
  • [16]
    Ibid., vol. 4, p. 183.
  • [17]
    Ibid., vol. 4, p. 196. Dans la hiérarchie de l’Ancien Régime, les Seigneurs hauts-justiciers ont descompétences étendues en matière civile et criminelle à l’ensemble de leur seigneurie, ayant, entre autres,le droit de faire la police. Les Seigneurs Censiers sont ceux dont relèvent les censitaires et qui occupent la sphère de la basse justice. Au XVIIe siècle, les vingt-cinq justices seigneuriales seront supprimées tandis que dans le reste de la France, elles occuperont une fonction plus importante (François Bluche, op. cit., p. 804-805).
  • [18]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 197.
  • [19]
    Léon Bernard, op. cit., p. 46 : « The Conseil de Police of 1666-1667 recognized that Paris needed some old institutions dismantled as well as new ones erected. In the former category, seignorialism was a logical starting point. […] Eight years later the King proclaimed the law which had seemed so imminent in 1666 and which next to the creation of the Lieutenant of Police constituted probably the most important police measure of the reign for Paris. This statute of February 1674 boldly abolished the judicial and administrative prerogatives of all nineteen remaining hauts seigneurs as well as lesser autonomies such as those of the court of the Prévôté de l’Hôtel and the merchants serving the Crown. » Je traduis : Le Conseil de Police de 1666-1667 a reconnu que Paris devait démanteler les anciennes institutions et en créer de nouvelles. Pour ce qui est des premières, le système seigneurial était un point de départ logique. […] Huit ans plus tard, le Roi proclamait la loi qui avait semblé si imminente en 1666 et qui, outre la création du Lieutenant de Police, a constitué la mesure la plus importante du règne par rapport à la police dans Paris. Le statut de février 1674 abolissait les prérogatives judiciaires et administratives des 19 derniers hauts seigneurs, tout en réduisant l’autonomie de celles de la Cour de Prévôté de l’Hôtel et des marchands servant la Couronne.
  • [20]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 197.
  • [21]
    Alfred Fierro, op. cit., p. 1058.
  • [22]
    Spiro Kostof, The City Assembled […], op. cit., p. 194. Je traduis : L’espace public est la seule légitimité de la rue. Sans lui, la ville n’existe pas. Les besoins pratiques — l’accès à une propriété riveraine, la circulation du trafic — viennent tout d’abord à l’esprit parce qu’ils sont les plus évidents. Mais la réalité fondamentale des rues, comme de tout espace public, est politique. Si la rue avait été une invention, elle l’aurait été pour déterminer la préséance du domaine public sur les droits individuels, comme le droit de construire ce qu’on veut là où on le veut ou celui d’utiliser un espace libre comme la cour avant de sa propriété.
  • [23]
    Le texte débute ainsi : «Tous les ans il se leve cent mille francs pour charier les boues de Paris, cependant il n’y a point de Ville au monde plus boueuse, ni si sale ; & quoiqu’on ait assés fait de propositions pour le rendre net, jamais elles n’ont été écoutées, ou parce que la chose passoit pour impossible, ou parce que c’est un revenu considerable pour quelques Grands qui en profitent. / Ces boues au reste sont noires, puantes, d’une odeur insuportable aux Etrangers, qui pique & se fait sentir trois ou quatre lieues à la ronde ; de plus cette boue, outre sa mauvaise odeur, quand on la laisse seicher sur de l’étoffe, y laisse de si fortes taches qu’on ne sauroit les ôter sans emporter la piece, & ce que je dis des étoffes se doit entendre de tout le reste, parce qu’elle brûle tout ce qu’elle touche ; ce qui a donné lieu au proverbe : II tient comme boue de Paris » (Henri Sauval, t. I, p. 186).
  • [24]
    Pour utiliser une expression heureuse de l’architecte Pierre Riboulet, prononcée lors d’une émission de radio.
  • [25]
    Daniel Roche écrit au sujet du Paris du XVIIIe siècle : « Littérateurs et publicistes, observateurs moraux et médecins ont en commun une vision pathologique de la ville, de Paris. Tout un mouvement de pensée remet en cause la croissance urbaine, accusée d’être à l’origine des malheurs de la société, et ainsi dégage la spécificité du peuple citadin dans une opposition balancée avec le peuple des campagnes » (Daniel Roche, Le peuple de Paris. Essai sur la culture populaire au XVIIIe siècle, 1997, p. 67).
  • [26]
    Spiro Kostof, The City Shaped […], op. cit., p. 52. Je traduis : L’analogie de la ville en tant qu’organisme n’est pas très datée. C’est bien évidemment lié à la naissance de la biologie moderne, la science de la vie. Ainsi, elle ne saurait précéder de beaucoup la première moitié du XVIIe siècle. D’une part, il est difficile de ne pas faire de parallèles visuels entre certains organismes et certains plans de ville. Les veinures des feuilles sont reconnaissables dans les médinas musulmanes. Le modèle arborescent se retrouve dans les expansions circulaires de villes comme Nordlinchen et Aachen. D’autre part, le couplage d’organes humains et d’éléments de forme urbaine fondé sur des similitudes fonctionnelles correspond au simple besoin de l’activité : cela démontre la primauté de la vie dans le contexte urbain. Des espaces ouverts comme des squares et des parcs forment les poumons de la ville ; le centre est le cœur qui pompe le sang (la circulation) à travers les artères (les rues), et ainsi de suite.
  • [27]
    Richard Sennett, Flesh and Stones. The Body and the City in Western Civilization, 1994, p. 256257. Je traduis : La révolution de Harvey a permis de modifier les attentes et les desseins que les gens entretenaient envers le milieu urbain. Ses découvertes concernant la circulation sanguine et la respiration ont mené à de toutes nouvelles conceptions sur la santé publique. Au XVIIIe siècle, les Planificateurs des Lumières vont appliquer ces idées sur la ville. Ils cherchaient à faire de la ville un lieu où les gens pouvaient se déplacer et respirer librement, une cité de veines et d’artères fluides où les gens circulent comme des corpuscules sanguins en santé. La révolution médicale semble avoir substitué, dans les paramètres de l’« ingénierie sociétale », la santé à la morale comme critère de base du bonheur ; une santé qui sera définie par le mouvement et la circulation.
    La voie ouverte par les découvertes de Harvey d’une saine circulation à l’intérieur du corps, associée aux nouvelles attitudes du capitalisme à l’égard du mouvement individuel dans la société, ont ainsi engendré un tout nouveau et persistant problème dans la civilisation occidentale : comment constituer un chez soi sensible aux corps qui réagissent en société, notamment dans la ville, des corps maintenant inépuisables mais seuls.
  • [28]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 200.
  • [29]
    Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire […], op. cit., p. 1009 ; cf. Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 201.
  • [30]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 202.
  • [31]
    Ordonnance de police sur l’entretien des rues de Paris, Paris, novembre 1539, Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XII, p. 649-656 ; Déclaration ampliative de l’ordonnance de novembre, sur l’entretien des rues de Paris, janvier 1540, Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XII, p. 657-658.
  • [32]
    Cf. Dominique Laporte, op. cit. On remarquera que, tant qu’à mettre l’accent sur la même année, Laporte aurait eu intérêt à intégrer l’édit sur les lois somptuaires, enregistrée la même année. Comme on vient de le voir, cet édit de 1539, en ce qui concerne les boues, ne revendique pas le statut de premier et s’inscrit dans une lente élaboration de la chose urbaine.
  • [33]
    Dans une langue créative, Laporte a parfois des formules lapidaires qui ont le mérite de capturer l’essence de son propos.
  • [34]
    Ibid., p. 16.
  • [35]
    Ibid., p. 29.
  • [36]
    Ibid., p. 47.
  • [37]
    Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XII, p. 655 ; Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 210.
  • [38]
    Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XII, p. 649-650 ; Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 208.
  • [39]
    Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XII, p. 651-652 ; Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 209.
  • [40]
    Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XII, p. 652 ; Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 209.
  • [41]
    Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XII, p. 653 ; Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 209.
  • [42]
    Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire [.], op. cit., p. 1010.
  • [43]
    Isambert, Taillandier, Decrusy, op. cit., t. XII, p. 654 ; Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 209.
  • [44]
    Nicolas Delamare, op. cit., vol. 4, p. 211.
  • [45]
    « Seront établis en chacun Quartier deux personnes qui ont tombereaux, lesquels seront tenus mener & conduire en personne, sinon en cas de maladie ou legitime excuse, chacun jour à ladite heure de six heures du matin, & à trois heures de relevée, leurs tombereaux de longueur competante & bien fermez, selon l’ancienne Ordonnance, & aussi hauts derriere que devant, ausquels il y aura une clochette pour advertir les habitans par toutes les rues, ruelles & autres endroits du Quartier ils auront charge » (Édit de Novembre 1563, ibid., vol. 4, p. 212).
  • [46]
    Ibid., vol. 4, p. 214.
  • [47]
    Ce seront Raymond Vedel et Pierre de Sorbet : « [P]our à quoi remédier & y apporter l’ordre que nous avons estimé sur ce nécessaire, nous aurions fait passer contrat en nostre Conseil le vingt-unième jour de Juin dernier avec Rémond Vedel dit Lafleur, Capitaine General du Charroy de l’Artillerie de France, & Pierre de Sorbet, qui se seroient soumis à faire le nettoyement desdites rues pavées & non pavées de nostredit Ville & Fauxbourg, & des égouts qui s’y entendent, à la charge de faire entretenir par tous les Habitans d’icelle nostredit Ville & Fauxbourg » (id.).
  • [48]
    Voici le premier article : « Art. I Nous défendons à toutes personnes de quelque état, qualité & condition qu’ils soient, demeurans en nostredite Ville & Fauxbourg de Paris, de jetter ou faire jetter en la rue aucunes ordures, immondices, charrées, paille, gravois, terreaux, fumiers, raclures de cheminées, ne autres ordures que ce soit, sur peine de six livres d’amende payables sans deport, sçavoir la moitié aux Entrepreneurs du nettoyement desdites rues, & l’autre moitié au Dénonciateur » (id.).
  • [49]
    « […] & à l’instant que lesdits Proprietaires desdites maisons, ou Locataires demeurans en icelles, auront fait balier, seront tenus faire jetter deux seaux d’eaue nette sur ledit Pavé, comme aussy faire semblable, lorsqu’ils feront vuider urines, eaux grasses, croupies, & laveures d’écuelles dans le ruisseau, ou bien quand ils les feront écouler par les égouts de leursdites maisons aboutissans ès rues, & ce sur les mêmes peines que dessus » (ibid., vol. 4, p. 215).
  • [50]
    « Defendons aussi sur les mêmes peines à toutes personnes de jetter, ou vuider par les fenestres de leurs maisons, tant de jour que de nuict, urines, excrémens, ni autres eaux quelconques » (id.).
  • [51]
    Nicolas Boileau, « Les embarras de Paris », Paris burlesque et ridicule, 1876, p. 344.
  • [52]
    Ces trois textes ont été réédités en 1692 et reproduits dans La ville de Paris en vers burlesques,1973. Vincent Milliot a produit une édition commentée du Paris Burlesque de Bertaud dans son Parisen bku. Images de la ville dans la littérature de colportage (XVIe-XVIIIe siècles), 1996.
  • [53]
    Id.

Réalisation plus virtuelle que réelle, projet de l’imaginaire plus que construction, la rue droite demeure un objectif qui efface et effacera, partiellement, toujours partiellement, les courbures et les étroitesses de la ville repliée sur elle-même. Mais la rectification de l’urbanité s’associe aussi à un travail sur les matières, de la même manière que l’urbanité des discours se lie à un travail sur les corps. Flécher la rue signifie aussi gérer son fonds, lisser sa surface. Ce travail sur le pavé, contre les boues, fera l’objet du présent chapitre. Pavé et sol, pavé et boues sont interdépendants : ils sont les éléments d’une lutte menée par le développement urbain.
Quand, comment et en quoi consiste paver ? L’opération a pour but de revêtir les chemins d’une couche qui se doit d’être uniforme et protectrice. On « couvre » de pavé, tel que l’écrit Furetière. Le lexicographe définit le pavé comme une « pierre dure, & ordinairement de grais, dont on couvre les chemins publics pour les rendre fermes, aussi-bien que les cours des maisons, les cuisines, & les escuries… On le dit en general du lieu qui est pavé, & en particulier de chaque pierre qui sert à paver. Le gros pavé ou du grand eschantillon de six à sept pouces en quarré ne sert qu’aux chemins publics ». Cependant, de manière plus fondamentale, le pavage équivaut à signer une geste urbaine, à marquer le territoire et à établir des limites. Un peu comme les trottoirs de nos jours servent souvent à signaler l’entrée dans une agglomération…


Date de mise en ligne : 18/10/2024

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