Le fil de la rue
Pages 121 à 149
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- Vaillancourt, D.
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Notes
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[1]
Odon Vallet a ces remarques fort pertinentes sur la distinction entre la rue et la route : « La route est ouverte, contrairement à la rue (latin ruga : ride), ridée et fermée par ses bordures de maison. La rue se heurte aux murs et sa force est intérieure, la route donne sur des champs et son ruban passe les frontières : le pouvoir de la rue dicte la conduite des gouvernants, l’état des routes trace le chemin des conquérants. C’est la route des invasions, un sens que l’on retrouve dans l’anglais road, issu de l’anglo-saxon rad qui désignait une incursion hostile, un raid » (Odon Vallet, « Le routard et la routine », 1996, p. 33).
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[2]
Spiro Kostof fait remarquer qu’il s’agit de « residential squares » (The City Shaped […], op. cit., p. 216).
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[3]
Jean-Louis Harouel, « Les fonctions de l’alignement dans l’organisme urbain », 1977, p. 135.
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[4]
Jean-Pierre Babelon, op. cit., p. 111.
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[5]
On pourrait aller plus loin et passer du plan à l’aplanissement, la disparition des aspérités auprofit d’une surface polie que le Duc de Saint-Simon utilisera analogiquement pour désigner la politiquemonarchique dans son Parallèle des trois premiers rois Bourbons : « Plus de restes fumants de la Ligue, plus de huguenots fiers de leurs places de seureté, de leurs dangereuses assemblées, de leurs factieux chefs, de leurs protecteurs au-dehors. Enfin, plus de princes ny de grands avec qui compter. Tout avoit esté applani par Louis XIII » (je souligne ; Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, « Parallèle sur les trois premiers rois bourbons », Écrits inédits de Saint-Simon publiés d’après les archives des affaires étrangères, 1880, t. I, p. 390-391).
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[6]
Kostof, dans sa description de la Manière Grandiose, détermine neuf éléments qui constituent des modalités baroques d’intervention sur la ville. Un de ces éléments est l’uniformisation des façades continues (Spiro Kostof, The City Shaped […], op. cit., p. 255 sq.).
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[7]
Ce qui frappe la Duchesse de Montpensier quand elle arrive à Richelieu, ville nouvelle, tient à cette unité de style, comme elle le raconte dans ses Mémoires : « J’arrivai ce soir-là à Richelieu. Il y avoit à toutes les fenêtres de la ville et du château des lanternes de papier de toutes couleurs, dont toutes les lumières faisoient le plus agréable effet du monde. Je passai dans une fort belle rue, dont toutes les maisons sont des mieux bâties et pareilles les unes aux autres, et faites depuis peu ; ce qui ne doit pas étonner. MM. de Richelieu, quoique gentilshommes de bon lieu, n’avoient jamais fait bâtir de ville ; ils s’étoient contentés de leur village et d’une médiocre maison. C’est aujourd’hui le plus beau et le plus magnifique château que l’on puisse voir […] » (Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, Mémoires, 1985, t. I, p. 31-32).
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[8]
Il faut rappeler à ce sujet l’étonnement de Colomb arrivant en Amérique au spectacle de l’étrangeté des Indiens ; le Pape ne statuera qu’en 1547 sur leur nature anthropologique, déterminant alors qu’ils ont une âme.
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[9]
D’ailleurs, la comparaison des définitions de conformité et d’uniformité de Furetière montre qu’elles ne relèvent pas de la même sphère même si elles se fondent toutes deux sur la similitude. La conformité renvoie à la « Ressemblance entre deux choses. La conformité d’humeurs entretient la paix dans un ménage, celle de Religions dans un Estat » tandis que l’uniformité se définit plutôt comme « la Ressemblance des parties d’un tout. Cet Auteur se contredit à tout propos, il n’y a point & l’uniformité en sa doctrine. La beauté d’un Dictionnaire, c’est l’ordre & l uniformité. » La première définition reprend, inconsciemment, les troubles du XVIe siècle et les ramène à la sphère privée du ménage. La deuxième définition établit un rapport entre des éléments qui sont totalisés et choisit d’utiliser comme exemples les discours d’un auteur, ou de manière auto-réflexive, l’ordre d’un dictionnaire. L’uniformité se place alors du côté de la cohérence.
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[10]
Heureuse connivence, le terme de norme, norma, renvoie aussi à l’outil, soit l’équerre de l’artisan.
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[11]
Je souligne. René Descartes, « Règles pour la direction de l’esprit », Œuvres et lettres, 1953, p. 38.Le texte latin se lit comme suit : « Ac proinde non immerito hanc regulam primam omnium proponimus,quia nihil prius à recta quaerenda veritatis viâ nos abducit, quàm si non as hunc sinem generalem, sedad aliquos particulares studia dirigamus. Non de perversis loquor & damnandis, ut sunt inanis gloria vellucrum turpe : adhos enimperspicuum estsucatas rationes, & vulgi ingenijs accomodata ludibria, longe magiscompendiorum iter aperire, quam possit solida veri cognitio » (Œuvres de Descartes, 1956-1957, vol. 10, p. 359-360).
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[12]
Cf. Stephen Toulmin, op. cit., p. 32.
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[13]
Je souligne. René Descartes, loc. cit., Règle II, p. 42. « Jam vero ex his omnibus EST concludendum, non quidem solas Arithmeticam & Geometricam esse addiscendas, sed tantummodo rectum veritatis iter quarentes circa nullum objectum debere occupari, de quo non possint habere certitudinem Arithmeticis & geometricis demonstrationibus aequalem (René Descartes, op. cit., vol. 10, p. 366).
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[14]
René Descartes, « Discours de la méthode », Œuvres et lettres, 1953, p. 132-133.
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[15]
Pour un point de vue philosophico-urbanistique sur la ville cartésienne et sa relation dans l’histoire de la forme urbaine, voir ce qu’en dit Jean-Loup Gourdon, La rue. Essai sur l’économie de la forme urbaine, 2001, p. 21-27.
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[16]
Sur ces questions, Jean-Vincent Blanchard montre comment interagissent l’épistémologie de l’optique et la rhétorique rationaliste chez Descartes, cf. L’optique du discours au XVIIe siècle. De la rhétorique des jésuites au style de la raison moderne (Descartes, Pascal), 2005, p. 225-263.
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[17]
René Descartes, Discours de la méthode, Œuvres et lettres, op. cit., p. 134.
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[18]
À propos de la société de Cour, La Bruyère écrivait : « La cour est comme un édifice bâti de marbre : je veux dire qu’elle est composée d’hommes fort durs, mais fort polis » (Jean de La Bruyère, op. cit., L. VIII, fragment 10).
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[19]
« L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés par le soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans leurs tanières où ils vivent de pain noir, d’eau et de racine [.] » (Jean de La Bruyère, « De L’Homme », op. cit., p. 128). Le « farouche » comporte une connotation négative, notamment dans les discours sur la civilité.
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[20]
À propos de la dichotomie Paris et province qui s’accentue au XVIIe siècle, Alain Corbin écrit : « La province, éloignée de la société de la Place Royale, des salons parisiens, du monde de l’Académie, impose la privation du bel usage et du beau langage. Elle est l’envers de la préciosité. Le provincial malgré lui se sait condamné à l’absence de conversation » (Alain Corbin, « Paris-province », Les lieux de mémoire, 1997, p. 2852). Par ailleurs, Corbin reviendra plus d’une fois sur la distinction entre le paysan, le campagnard et le provincial. Si cette distinction peut être notée, il faut ajouter qu’au niveau des pieds, ils ont une solidarité. Pour Nicolas Faret, le village, comme ce qui se loge hors de la Cour et par extension Paris, demeure un espace marqué par une rugosité et une rudesse qui ne sont pas de l’ordre de la rue classique et de sa civilité : « Un Gentil-homme qui seroit doué de tous les dons capables de plaire, et de se faire estimer, se rendroit indigne de les posséder, si, au lieu de les exposer à cette grande lumière de la Cour, il les alloit cacher dans son village, et ne les estalloit qu’à des esprits rudes et farouches » (Nicolas Faret, op. cit., p. 38-39). Pour le XVIIIe siècle, cf. Daniel Roche, Histoire des choses banales. Naissance de la consommation XVIIe-XIXe siècle, 1997, p. 229-237.
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[21]
Il faut bien voir la nature virtuelle et imaginaire de cette nouveauté. Les pratiques sont plus « indécrottables ». Roger-Henri Guerrand, dans un essai qui veut prendre à contre-pied la vision traditionnelle d’un XVIIe siècle classique et pur, fait cette mise en garde : « Le XVIIe siècle, considéré — et présenté — à tort comme guindé par ceux qui n’ont voulu en retenir délibérément les aspects héroïques et mystiques, conserve aussi, dans ses rapports à la fonction d’excrétion, cette totale simplicité si difficile à reconquérir aujourd’hui » (Roger-Henri Guerrand, Les lieux : histoire des commodités, 1985, p. 29).
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[22]
Georges Vigarello, Le propre et le sale, 1985, p. 70.
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[23]
Jacques Revel, « Les usages de la civilité », Histoire de la vieprivée, 1999, t. III, p. 191.
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[24]
Georges Vigarello, op. cit., p. 81.
-
[25]
Cf. le troisième chapitre de Robert Muchembled, op. cit., p. 77-122.
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[26]
Quitte à disparaître ? Le paradoxe est soulevé par Éric Méchoulan dans Le corps imprimé. Essai sur le silence en littérature, 1999, p. 13 : « Or, au moment où le corps se retire de la vie publique, de la relation avouée entre les êtres, il se dissémine dans de multiples discours, des corps célestes aux corps politiques, des traités sur l’eucharistie à la composition de cartes géographiques en forme de corps humain et paradoxalement jusqu’à l’expérience spirituelle. Au moment où le corps, en sa rectitude désormais requise, apparaît de plus en plus, il disparaît sous la nouvelle puissance qu’on lui accorde, celle de rendre les signes visibles, et en particulier les signes du pouvoir. Il en va du corps comme si son retrait matériel dans le privé lui accordait une audience supplémentaire dans les discours — mais seulement comme métaphore. »
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[27]
Cf. Norbert Élias, La civilisation des mœurs, 1973, p. 91 : « C’est entre 1525 et 1550 que le terme de “civilité” a pris le sens et la fonction spécifique que nous lui attribuons ici. […] Le sens du terme qui a ensuite trouvé un accueil favorable au sein de la société a été défini pour la première fois par Erasme de Rotterdam […]. »
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[28]
Nicolas Faret, op. cit., p. 18-19.
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[29]
Georges Vigarello, op. cit., p. 10.
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[30]
Robert Muchembled, op. cit., p. 82-83.
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[31]
L’expression « esthétique de la vitesse » veut marquer le caractère virtuel de la vitesse, sa facture idéelle et formelle, formant des sensations qui ne relèvent pas nécessairement de l’expérience concrète. Si le temps mécanique et artificiel est conquis, si les artifices techniques créent des possibles qui diffractent l’empan des travaux et des jours, le monde parisien du XVIIe siècle est particulièrement lent. Les grandes manifestations de mécontentement populaire, comme la Fronde, montrent une plus grande rapidité qu’auparavant, due, entre autres, à des voies d’accès plus rapides, comme le Pont Neuf, mais l’étroitesse des rues, les encombrements, le monde du travail ralentissent les parcours. Cf. Anick Pardailhé-Galabrun, « Les déplacements des Parisiens dans la ville du XVIIe et XVIIIe siècle », 1983.
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[32]
Faisant le lien entre infrastructure routière et vitesse, François-Bernard Huyghe écrit : « […] la vitesse est au service de la stratégie et le dessein de domination favorise une prise de conscience de la valeur de la vitesse (comme péril entropique de toute lenteur), la route est une arme ou un outil. Il est sans doute plus difficile de déterminer quand la célérité devient une valeur économique majeure […]. Dans tous les cas, il y a une étude à faire de la découverte générale de l’étalon-vitesse, liée à un usage et une évaluation privés du temps, peut-être au XVIIe siècle » (François-Bernard Huyghe, « Le médium ambigu », 1996, p. 61).
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[33]
Sur la relation entre la définition du temps, la mathesis cartésienne et ses conséquences sur la conception de l’individu, cf. John D. Lyons, The Tragedy of Origins : Pierre Corneille and Historical Perspective, 1996, p. 34.
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[34]
Michèle Porte, op. cit., p. 223-270.
-
[35]
Henri Bergson, Œuvres, 1963 ; Gilles Deleuze, Le bergsonisme, 1966.
-
[36]
Lewis Mumford, The Culture of Cities, 1938, p. 4. Je traduis : Les villes sont le produit du temps. […] Dans les villes, le temps devient visible : les édifices, les monuments, et les voies publiques, plus accessibles que les archives écrites, plus sujets au regard de la multitude que les ouvrages dispersés de la campagne, laissent une impression sur les esprits, même ceux des ignorants ou des indifférents.
-
[37]
Edward Casey, Getting Back into Place : Toward a Renewed Understanding of the Place-World, 1993 ; Edward Casey, The Fate of Place : A Philosophical History, 1997.
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[38]
Ibid., p. 133-134. Je traduis : Le mépris pour le génie des lieux (genius loci) fait partie intégrante du génie des premiers philosophes des temps modernes, de Descartes à Leibniz, en ce qu’ils sont indifférents aux spécificités du lieu, et par dessus tout à ses « pouvoirs » inhérents. Quand Aristote prenait pour acquise la réalité du pouvoir du lieu — un pouvoir spécifique non-causal défini par son caractère englobant, sa différenciation qualitative, son hétérogénéité en tant que moyen, et son anisotropie directionnelle, les savants et les philosophes occidentaux des XVIIe et XVIIIe siècles font l’hypothèse que les lieux sont simplement des subdivisions momentanées d’un espace universel quantitativement déterminé par une homogénéité neutre. Les lieux sont au mieux des poches utiles et efficaces dans la vaste fabrique intacte de l’espace que Newton a qualifié d’absolu en 1687. Même le concept concurrent d’« espace relatif », tel qu’il a été élaboré par le grand rival de Newton, Leibniz, laissera peu, sinon aucune place, au lieu.
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[39]
Christophe Studeny, L’invention de la vitesse. France, XVIII-XX siècle, 1995, p. 19.
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[40]
Sur la méthode, cf. Thimothy J. Reiss, The Discourse of Modernism, 1982.
-
[41]
Roger Chartier, « Introduction », Histoire de la vie privée, 1999, t. III, p. 162.
-
[42]
Cf. François VI, duc de La Rochefoucauld, « Réflexions diverses », Œuvres complètes, 1964, p. 507 : « Comme on doit garder des distances pour voir les objets, il en faut garder aussi pour la société : chacun a son point de vue, d’où il veut être regardé ; on a raison, le plus souvent, de ne vouloir pas être éclairé de trop près, et il n’y a presque point d’homme qui veuille, en toutes choses, se laisser voir tel qu’il est. »
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[43]
On retrouve ici « l’évolution double et contradictoire » des « usages de la civilité » dont traite Jacques Revel, à savoir le fait que « d’une part, les procédures de contrôle social s’appesantissent » et qu’elles « enserrent l’individu dans un réseau de surveillance plus serré » ; et, « d’autre part, se constituent […] des espaces protégés qui font l’objet d’une valorisation nouvelle, dont le premier est le for familial » (Jacques Revel, loc. cit., p. 168).
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[44]
Voir le beau commentaire de Jean-Loup Gourdon, op. cit., p. 15 : « Pour un des miens, la rue était essentiellement route (du latin rupta : la tranchée), le tracé qui lui permettait, le corps élancé vers l’avant, de fendre la ville et de joindre au plus vite un sanctuaire à un autre, tel ou tel musée — son bureau. Heureusement, les rues italiennes, l’été, le convertissaient à d’autres rythmes. Pour d’autres de mes proches, la rue était plutôt ruga, la ride, celles d’un visage aimé qu’on aime regarder et découvrir. Vrais citadins à la rencontre des gens et des choses, ils exploraient l’espace urbain à leur manière disponible et flâneuse. À prendre alternativement, par jeu, une rue à gauche, une rue à droite, ils se voyaient entraînés là où ne les aurait menés nul projet prémédité, ou bien débouchaient sur des espaces inconnus et proches, tout à la fois. »
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[45]
Le piéton ne fait pas encore partie de la rue. Cf. chapitre 7.
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[46]
Pour une description des références géographiques et météorologiques dans certains textes d’explorateurs et de colonisateurs, cf. Frank Lestringant, « Les Indiens antérieurs (1575-1615) : Du Plessis-Mornay, Lescarbot, Laet, Claude d’Abbeville », Les figures de l’Indien, 1988.
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[47]
Furetière : « Dessein composé de plusieurs traits ou figure formé de lignes droites ou courbes, & disposées avec symétrie, & avec regularité, pour orner un parterre, un lambris, un plancher, un plafond, des panneaux de vitre, ou de menuiserie. On appelle compartimens polygones, ceux qui sont formez de figures regulieres, & repetées, & qui peuvent etre comprises dans un cercle ; comme les quarrez, les lozanges, etc. Un compartimens de vitres ; un compartimens de parterre, un compartimens de rues. »
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[48]
Roger Chartier, Histoire de la France urbaine, 1981, p. 131 : « La construction de la place Royale marque une étape essentielle dans l’urbanisme parisien : elle fixe un habitat aristocratique dans une zone jusque là non bâtie, elle donne à Paris sa première place géométrique et fermée, sur le modèle des places lorraines de Metz, Nancy et Pont-à-Mousson, elle dote la ville de son premier ensemble de constructions à programme. » Voir aussi Spiro Kostof, The City Shaped […], op. cit., p. 216 et The City Assembled […], op. cit., p. 162.
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[49]
L’exemple le plus probant est celui de la Place de Louis XV (1750) qui n’a pas été exécutée mais qui se matérialisera dans la Place de l’Étoile sous Napoléon 1er. Cf. Spiro Kostof, The City Assembled […], op. cit., p. 150-152.
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[50]
Dans « Les fonctions de l’alignement […] », art. cit., p. 141-142, Jean-Louis Harouel remarque à ce sujet : « Dans la seconde moitié du l8e siècle, sous l’influence d’une certaine vulgarisation médicale, administrateurs, économistes, ingénieurs, architectes tendent à assimiler la fonction du sang qui irrigue les tissus animaux à celle de la circulation des biens et des hommes qui contribue à vivifier ce qu’il faut bien appeler, dans la logique de cette équation, un organisme urbain. Un des exemples les plus frappants de cette imprégnation de la pensée des “urbanistes des Lumières” par le fonctionnalisme médical est assurément le plan conçu en 1760 par l’architecte Rousseau pour la restructuration du centre de Nantes, gigantesque cœur dans lequel la pulsion de la circulation urbaine doit remplacer celle du sang. Devant une telle symbolique, on ne peut douter que la ville ait été ressentie au 18e siècle comme un organisme vivant dont la santé reposait, pour une large part, sur les facilités offertes à la circulation des hommes et des choses. Dès lors, on comprend qu’à cette époque, plus que jamais auparavant, l’alignement ait été mis au service de la circulation. »
-
[51]
Charles Sorel, Polyandre. Histoire comique, 1972, p. 1-3.
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[52]
La définition que donne Furetière du qualificatif témoigne d’une translation des pratiques corporelles des athlètes ou des ouvriers aux pratiques intellectuelles des rhéteurs et autres courtisans : « Industrieux ; qui a une grande dextérité de main, de corps. Ce sauteur est bien adroit, bien agile. Cet ouvrier est fort adroit de la main : il est adroit en tout ce qu’il fait. ADROIT, se dyt aussi d’un esprit délicat, habile, & subtil. Le discours de cet Orateur est fort adroit ; il a donné une louange fort adroite, fort délicate. Il est difficile de distinguer un fourbe adroit d’avec un honnête homme… »
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[53]
Jean Serroy, après avoir évoqué la nouveauté, dans l’histoire du genre, du héros médiocre et bourgeois, décrit le statut social de Polyandre comme suit : « Polyandre s’explique, certes, par des traits de caractère individuels, mais aussi par son appartenance à un certain milieu social. Bien que Sorel laisse quelque peu dans l’ombre la nature exacte de son emploi dans le monde, il apparaît bien que le personnage est un de ces hommes de “trafic” et de finances que méprisait si fortement Francion. C’est ainsi qu’on le voit faire des affaires avec Aesculan, et s’enfermer dans le cabinet particulier du financier pour passer avec lui un contrat propre à lui assurer un rapide enrichissement. Polyandre est, d’abord, en effet, un ambitieux » (Jean Serroy, Roman et réalité. Les histoires comiques au XVIIe siècle, 1981, p. 386).
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[54]
Nicolas Faret, op. cit., p. 38-39.
-
[55]
La date exacte de fondation de la Foire St-Germain demeure inconnue mais elle existe, pour sûr, depuis le XIIe siècle. Elle durait trois semaines et se tenait après Pâques à l’origine (Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire […], op. cit., p. 876 ; René Pillorget, op. cit., p. 182-184). La tenue de la Foire respectait donc à cette époque sa fonction sociale de festivité religieuse, redorant un caractère événementiel qui venait ponctuer le calendrier. Mais subissant ce déplacement, signalé par Lewis Mumford, du marché à l’économie de marché (« from marketplace to market economy » ; Lewis Mumford, The City in History […], op. cit., p. 410), la foire n’était plus liée de manière stricte aux fêtes religieuses. Henri Sauval écrit qu’« en 1630 elle fut continuée six semaines toutes entieres. De nos jours [vers 1660] elle a commencé à durer deux mois […] depuis quelques tems le Roi dispose seul de sa durée, il la prolonge tant qu’elle lui plaît […] » (Henri Sauval, op. cit., t. I, p. 665). L’usage de la foire se modifie donc au XVIIe siècle : elle n’est plus exclusivement associée à une célébration, ce qui atténue en quelque sorte son caractère carnavalesque.
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[56]
René Pillorget, op. cit., p. 184 ; Bernard Rouleau, Histoire d’un espace, op. cit., p. 244.
-
[57]
Daniel Roche, op. cit., p. 62.
-
[58]
Cf. René Pillorget, op. cit., p. 294-295 ; Bernard Rouleau, Histoire d’un espace, op. cit., p. 206-208.
-
[59]
Charles Sorel, op. cit., p. 3.
-
[60]
Cf. Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire […], op. cit., p. 522 : « Depuis le départ de la monarchiepour Versailles, le jardin des Tuileries était ouvert au public. Le jardin dit “de l’Infante”, à l’extrémitéorientale du Louvre, celui du Luxembourg sont aussi des jardins royaux ouverts au public […]. »
-
[61]
Cf. le chapitre 6 et 7. Sur ces deux lieux et deux autres représentations littéraires, cf. Daniel Vaillancourt, « Le spectacle du lieu public : éléments d’esthétique urbaine », Les arts du spectacle dans la ville (1404-1721), 2001.
-
[62]
Charles Sorel, op. cit., p. 4-5.
-
[63]
Ibid., p. 6-7.
-
[64]
Daniel Roche, La culture des apparences. Une histoire du vêtement (XVIIe-XVIIIe siècle), 1987.
-
[65]
Cf. chapitres 7 et 8.
-
[66]
Hélène Merlin, Public et littérature en France au XVIIe siècle, 1994.
Les conséquences de ce tournant de l’urbanité, conjugué au nouveau tour donné à l’urbanisme sous l’impulsion du gouvernement d’Henri IV seront de modifier le rapport à la rue. Modifications de la rue comme telle qui s’élargit et se flèche, se plie aux impératifs des acteurs qui l’habitent, modifications aussi des usages, de l’habitus qu’elle recèle dans le grain du quotidien parisien, modifications enfin des matières qui la composent. La rue a toujours été le support et le fondement de l’expérience urbaine. Ligne dans le texte urbain, mobilisant le sens, elle s’écrit horizontale, silencieuse et bruyante à la fois. Recueil des pas et des passages, inventaire des habitudes, la rue déploie ses histoires et ses aventures. Par elle, dans le surgissement des édifices, se donne le sens de cette violence faite à la terre. Par le cadastre qu’elle assigne au terrain, se trament les récits d’une ville. Agglutination, accrétion, regroupement sont les balbutiements du phénomène urbain, leur bégaiement fondamental qui se fait mettre au pas, tirer au cordeau, revêtir et tisser.
Paris a une longue histoire. Si le XVIIe siècle n’a pas inventé la rue, en revanche il lui a donné une signification différente, qui prend en compte la question du sens et de son orientation. Disciplinée par l’action du Voyer, la rue ne se définit plus comme la concaténation turbulente d’une série de juridictions qui débattent des droits de péage. Sa voirie s’en trouve modifiée : elle relève d’un entretien qui sera plus étatique qu’auparavant et qui se jouxtera à un utilitarisme qui aura pour nom la « commodité » et son antonyme pluriel, les « incommodités »…
Date de mise en ligne : 18/10/2024
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