Chapitre d’ouvrage

Des parcours aux limites de l’action éducative

Éléments d’une enquête sociologique menée auprès de jeunes dits « incasables »

Pages 335 à 357

Citer ce chapitre


  • Malinowski, S.
(2018). Des parcours aux limites de l’action éducative Éléments d’une enquête sociologique menée auprès de jeunes dits « incasables » Dans
  • M. Chenut
  • et L. Vialleix
Les MECS au cœur des évolutions de la protection de l'enfance : Travailler avec l’impossible (p. 335-357). érès. https://doi.org/10.3917/eres.chenu.2018.01.0335.

  • Malinowski, Sylvie.
« Des parcours aux limites de l’action éducative : Éléments d’une enquête sociologique menée auprès de jeunes dits “incasables” ». Les MECS au cœur des évolutions de la protection de l'enfance Travailler avec l’impossible, érès, 2018. p.335-357. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-mecs-au-coeur-des-evolutions-de-la-protection--9782749257686-page-335?lang=fr.

  • MALINOWSKI, Sylvie,
2018. Des parcours aux limites de l’action éducative Éléments d’une enquête sociologique menée auprès de jeunes dits « incasables » In :
  • CHENUT, Martial
  • et VIALLEIX, Laurent,
Les MECS au cœur des évolutions de la protection de l'enfance Travailler avec l’impossible. Toulouse : érès. Trames, p.335-357. DOI : 10.3917/eres.chenu.2018.01.0335. URL : https://shs.cairn.info/les-mecs-au-coeur-des-evolutions-de-la-protection--9782749257686-page-335?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/eres.chenu.2018.01.0335


Notes

  • [1]
    Recherche menée dans le cadre du diplôme d’État d’ingénierie sociale associé, à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, au master professionnel en sociologie « Intervention sociale et changement ».
  • [2]
    Pour une analyse socio-historique, voir notamment G. Desquesnes et N. Proia-Lelouey, « Le sujet “incasable”, entre psychopathologie et limite institutionnelle », Sociétés et jeunesses en difficulté [En ligne], n° 12, 2011.
  • [3]
    Depuis quelques années, le terme « incasable » est parfois remplacé par la catégorie « adolescents difficiles » ou « à difficultés multiples ».
  • [4]
    Voir É. Potin, Enfants placés, déplacés, replacés. Parcours en protection de l’enfance, Toulouse, érès, 2012.
  • [5]
    Voir J.‑Y. Barreyre, P. Fiacre, V. Joseph, Y. Makdessi, Une souffrance maltraitée, Rapport de recherche pour l’Observatoire national de l’enfance en danger, Paris, 2008 ; P. Moisset, « Les violences des incasables : signes de parcours de socialisation sous tension », Sociétés et jeunesses en difficulté [En ligne], n° 10, 2010.
  • [6]
    En particulier la théorie de l’étiquetage et le concept de stigmate. Voir H.S. Becker, Ousiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Métailié, 1985 ; E. Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Les Éditions de Minuit, 2003.
  • [7]
    Tous les extraits d’entretiens avec les jeunes sont anonymes, le masculin est systématiquement utilisé (ce choix arbitraire est basé sur l’usage habituel du masculin générique et sur le fait que, parmi les onze jeunes qui ont participé à cette recherche, les garçons sont majoritaires).
  • [8]
    « Les conduites à risque sont des formes de résistance, elles impliquent de se débattre contre les assauts de la souffrance, même si le jeune se laisse emporter parfois par le courant, car il n’est plus possible de s’opposer à sa puissance dévastatrice, son intention n’est pas de mourir, mais de se ressaisir pour reprendre pied, même si ce savoir n’est pas conscient », D. Le Breton, Conduites à risque. Des jeux de mort au jeu de vivre, Paris, Puf, 2012.
  • [9]
    Voir L. Mucchielli, Sociologie de la délinquance, Paris, Armand Colin, 2014 ; L. Mucchielli, A.‑M. Touil, « Jeunesse délinquante et jeunesse en danger : des territoires convergents. Entretien avec Laurent Mucchielli », Le sociographe, vol. 5, numéro hors série 8, 2015.
  • [10]
    Voir C. Laval, B. Ravon, L’aide aux « adolescents difficiles ». Chroniques d’un problème public, Toulouse, érès, 2015 ; C. Lenzi, B. Peny, L’ordre éducatif recomposé. De l’art de la prudence dans l’accompagnement des mineurs sous main de justice. Rapport de recherche pour le compte de la Mission de recherche droit et justice, Paris, 2015.
  • [11]
    Désigne « l’acte par lequel on essaie de changer le degré ou la qualité d’une émotion ou d’un sentiment », A.R. Hochschild, « Travail émotionnel, règles de sentiments et structure sociale », Travailler, n° 9, 2003.
  • [12]
    Aide sociale à l’enfance.
  • [13]
    Voir I. Astier, Les nouvelles règles du social, Paris, Puf, 2007 ; « Les transformations de la relation d’aide dans l’intervention sociale », Informations sociales, vol. 2, n° 152, 2009. L’auteur analyse les évolutions de l’action sociale dans les termes d’un « renversement de la dette sociale », et développe un répertoire de six règles qui structurent l’action sociale : activer, reconnaître, se rapprocher, personnaliser, accompagner, responsabiliser.
  • [14]
    Voir R. Bodin, « Une éducation sentimentale. Sur les ambiguïtés de l’accompagnement social en éducation spécialisée », Déviance et société, vol. 35, n° 1, 2011, p. 93-112.
  • [15]
    Serge Paugam montre qu’intérioriser le statut d’assisté ne peut se faire qu’après une phase d’apprentissage de la disqualification sociale ; il parle de « carrière morale de l’assisté ». Or nous verrons que la plupart des jeunes interviewés luttent pour ne pas être disqualifiés. S. Paugam, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, Paris, Puf, 1991.
  • [16]
    Les critères déterminants étaient les suivants : âgés de 13 à 21 ans ; placés au moins un an et ayant connu au moins trois lieux de placement ; ayant été pris en charge par plusieurs services, de différents secteurs d’intervention ; auteurs de violences répétées sur eux-mêmes, sur les biens ou sur les autres.
  • [17]
    C. Duteille, « L’événement de la rencontre comme expérience de rupture temporelle », Arob@se. Journal des lettres & sciences humaines, n° 6, 2002.
  • [18]
    Voir P. Moisset, op. cit., 2010.
  • [19]
    C. Laval, B. Ravon, « “Les adodifficiles”, un problème public interinstitutionnel », Rhizome, n° 38, 2010.

Parmi le public accueilli dans les mecs (maisons d’enfants à caractère social), les parcours de quelques jeunes ne sont pas linéaires, ils multiplient les ruptures au gré de comportements souvent violents sur les autres, sur les biens, ou sur eux-mêmes.
Au fur et à mesure du temps et des évolutions sociétales, les mots ont souvent changé pour désigner cette catégorie hétérogène de jeunes. Ils sont peu nombreux mais ils préoccupent l’action publique, parce que le système de prise en charge de l’enfance en difficulté peine à leur trouver une place, et parce que ces jeunes eux-mêmes ne veulent pas forcément s’y inscrire.
Dans le champ de la protection de l’enfance, les jeunes dits « incasables » sont des enfants placés qui se déplacent de lieux d’accueil en lieux d’accueil, de services en services. Outre leurs comportements violents, ils ont en commun de relever de plusieurs secteurs d’intervention (sanitaire, social, médico-social, judiciaire) et de mettre à l’épreuve, voire en échec, des équipes professionnelles simultanées ou successives.
Cet ouvrage est l’occasion de s’intéresser à ce que ces jeunes eux-mêmes ont à dire de l’action éducative, chargée de les protéger et de les accompagner.
Dans ce chapitre, nous mobiliserons notamment la sociologie de la déviance pour comprendre l’expérience vécue du placement et le sens que les jeunes dits « incasables » donnent à leurs comportements violents dans leurs interactions avec le système de prise en charge de la jeunesse en difficulté…


Date de mise en ligne : 21/03/2018

https://doi.org/10.3917/eres.chenu.2018.01.0335

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