S’orienter du réel, ou comment travailler avec l’impossible
Accompagnement des familles dans des dispositifs aménagés
- Par Fabienne Legrix
Pages 125 à 170
Citer ce chapitre
- LEGRIX, Fabienne,
- CHENUT, Martial
- et VIALLEIX, Laurent,
- Legrix, Fabienne.
- Legrix, F.
- M. Chenut
- et L. Vialleix
https://doi.org/10.3917/eres.chenu.2018.01.0125
Citer ce chapitre
- Legrix, F.
- M. Chenut
- et L. Vialleix
- Legrix, Fabienne.
- LEGRIX, Fabienne,
- CHENUT, Martial
- et VIALLEIX, Laurent,
https://doi.org/10.3917/eres.chenu.2018.01.0125
Notes
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[1]
J’entends par castration cette notion psychanalytique selon laquelle notre condition d’être humain implique une perte irrémédiable par le fait que l’humain, coupé de la régulation naturelle par l’instinct, est contraint d’en passer par la parole. Le petit être humain naît immature et donc dépendant, aliéné à l’Autre qui traduit et creuse ainsi l’écart entre « besoin » et « désir ». Mais c’est aussi dans cet écart entre besoin et désir que se situe la possibilité de se « séparer » de cet Autre. C’est avec le symptôme que le sujet trouvera à concilier l’inconciliable : en cela, le symptôme, s’il fait souffrir de n’être qu’un arrangement bancal (dont découle rapport à l’autre, à l’objet, à la loi…), est pourtant précieux au Sujet, nécessaire pour s’accommoder de sa condition, mais est aussi chargé de la « jouissance », de ce leurre, que l’Autre pourrait recouvrir le manque.
-
[2]
Le sujet y tient à son symptôme, il se répète, tant que la vérité qu’il recouvre est trop menaçante pour lui, tant que sa fonction n’est pas mise au jour, tant qu’il n’a pas éprouvé que ce qu’il recouvre n’est qu’un leurre, et ainsi rencontré d’autres modalités moins coûteuses.
-
[3]
Le renoncement à la complétude, à la toute-puissance, et l’acceptation du manque… au sein de nos pratiques.
-
[4]
Au sens de cette nécessité structurelle à recouvrir le manque par du savoir, des réponses… et donc tentation de recouvrir l’espace où peut se loger l’altérité, l’inattendu…
-
[5]
Soit à cette confrontation au lien social, à l’altérité…, à la castration.
-
[6]
Nous reviendrons sur cette notion à propos du « mensonge de la conduite » introduit par Lacan.
-
[7]
mjie : mesure judiciaire d’investigation éducative (ex-ioe : investigation et orientation éducative).
-
[8]
J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966.
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[9]
C. Soler, La querelle des diagnostics. Cours 2003-2004, Paris, Éditions du Champ lacanien, 2004.
-
[10]
Au sens de ce qui résulte justement de notre condition d’être humain, d’obligation à en passer par le langage.
-
[11]
Au sens de cette fenêtre singulière de perception du monde.
-
[12]
Au sens du dysfonctionnement apparent : « échec scolaire », « hyper-activité », « toute-puissance »…
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[13]
Par ailleurs, pour faire expérience, le sej gagnerait à mettre en mots ce qui fonde la pratique.
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[14]
En référence aux travaux des équipes de l’Antenne 110 et du Courtil en Belgique.
-
[15]
Interview dans l’émission Le 7/9 sur France inter le 2 juillet 2014.
C’est équipée de quelques années de pratique en mecs et en aemo (action éducative en milieu ouvert) que je découvrais, il y a trois ans, un dispositif qui m’était alors inconnu, ainsi nommé « Service éducatif de jour » (sej), soit un service de milieu ouvert en mecs, ou l’inverse, c’est à voir.
Dans un contexte de refonte de la protection de l’enfance qui vient imposer toujours plus d’exigences, de crise financière qui vient resserrer les budgets, mais aussi de ce que certains nomment « la chute du père » et son corrélat, l’émergence du « sujet contemporain » qui vient bousculer nos repères, comment concilier les paradoxes ?
Si j’ajoute qu’à traverser ces trois expériences, il m’apparaît aujourd’hui qu’elles se nouent en ce point que le « danger c’est l’amour ». Notre mission de « protection de l’enfance » ne relèverait-elle pas de l’impossible ?
Pourtant, si l’impossible n’est autre que la castration, si concilier les paradoxes tient à la division propre au sujet, ne pourrions-nous pas faire de ces points de Réel ce qui nous oriente ? Ne s’agit-il pas de construire des pratiques qui, nous instituant comme entamés, divisés, offrent cet espace de subjectivation : d’institution du sujet. L’hypothèse étant qu’en nous reconnaissant nous-mêmes dans nos pratiques professionnelles comme des sujets divisés, nous serions plus à même d’offrir un espace où l’usager puisse être reconnu lui-même dans sa subjectivité, et qui aide à la faire émerger.
D’où cette proposition de faire du Réel ce qui nous oriente…
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