« La Valse des Adieux »
n° 1455, 11 octobre 1972
- Par Louis Aragon
Pages 824 à 832
Citer ce chapitre
- ARAGON, Louis,
- ROUBAUD-QUASHIE, Guillaume,
- Avec le concours de TSIPTSIOS, Lukas,
- Aragon, Louis.
- Aragon, L.
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- Aragon, Louis.
- ARAGON, Louis,
- ROUBAUD-QUASHIE, Guillaume,
- Avec le concours de TSIPTSIOS, Lukas,
Notes
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[1]
Voir les repères biographiques en fin de volume.
« Depuis des mois et des mois, je savais à quoi m’en tenir, je connaissais le fond de l’abîme… »
Qui parle ? Mais qui vous voudrez. J’ai l’habitude de parler à la première personne. Pas vous ? De toute façon, dire je, dire moi, est le plus simple : le lecteur, ensuite, en dispose.
Laissons là les guillemets : depuis des mois, je connaissais… Une amie à moi me disait ces jours-ci au téléphone : Ah quelle invention que la solitude… Oui. Mais encore on peut la tenir pour un progrès sur ce silence qu’on promène avec soi parmi les gens bruyants et bavards. Ou pire : dans leur compagnie, la nécessité des propos comme de feuillages à cacher le fond noir du puits. Il y a diverses façons de se taire. Il y a diverses façons d’être seul.
Ces dernières semaines j’étais isolé du monde. Par le mal qui se niche ici ou là dans l’homme, et en devient la grande affaire, si bien que le temps n’a plus de poids, que les jours passent, et les nuits. Tout prend le caractère équivoque des rêves. Des rêves ? Il n’est même pas si sûr qu’il s’agisse des rêves. Cela ressemble à la vie. Une longue histoire. Et puis pas seulement : à la vie en général. À la mienne. À ma vie, cette vie dont je sais bien le goût amer qu’elle m’a laissé, cette vie à la fin des fins qu’on ne m’en casse plus les oreilles, qu’on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu’on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu terrible où j’ai perdu. Que j’ai gâchée de fond en comble.
Quoi ? Voilà les protestations qui recommencent…
Date de mise en ligne : 12/02/2026
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