Chapitre VI. Économie
- Par Edhem Eldem
Pages 68 à 77
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- Eldem, E.
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La question n’est donc pas de savoir pourquoi les Ottomans ne firent pas comme les Portugais ou les Anglais – ils n’en avaient aucune raison –, mais plutôt de comprendre la nature des difficultés et des blocages qu’ils semblent avoir rencontrés dès la fin du xvie siècle. Tout d’abord, il suffit de se rappeler l’étendue de l’empire, ainsi que la fréquence et l’envergure des campagnes de Selim Ier et de Soliman pour se rendre compte du coût énorme que représentaient le maintien des territoires soumis et les conquêtes de plus en plus marginales. L’État disposait pour cela de ressources limitées : les revenus provenaient essentiellement du butin de guerre, du tribut recueilli auprès de vassaux et des impôts que pouvait mobiliser le fisc dans une économie presque exclusivement agraire. Pour le reste, il s’agissait de revenus en nature, toujours imprévisibles, et de la mobilisation d’effectifs humains, de plus en plus aléatoires. En un mot, l’Empire ottoman était aux prises avec un problème alors universel, mais dont l’ampleur et l’intensité, en raison de la démesure des territoires et des moyens déployés, n’étaient pas comparables aux difficultés éprouvées par la plupart des États d’Europe, à l’exception peut-être de l’Espagne. Or, le parallèle avec l’Espagne est tentant : deux grands empires vivant un « siècle d’or » au-dessus de leurs moyens, entraînés dans une lutte permanente pour le maintien de leurs territoires et faisant face à une pénurie chronique de numéraire, ainsi qu’à des dépenses qui dépassaient de beaucoup les revenus réguliers de l’État…
Date de mise en ligne : 05/03/2026
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