Chapitre d’ouvrage

Le postcolonial dans les études littéraires en France

Discussion : Michel Naumann, Alexis Tadié, Denise Coussy

Pages 98 à 119

Citer ce chapitre


  • Moura, J.-M.
(2007). Le postcolonial dans les études littéraires en France. Dans
  • M. Smouts
La situation postcoloniale : Les postcolonial studies dans le débat français (p. 98-119). Presses de Sciences Po. https://doi.org/10.3917/scpo.smout.2007.01.0098.

  • Moura, Jean-Marc.
« Le postcolonial dans les études littéraires en France ». La situation postcoloniale Les postcolonial studies dans le débat français, Presses de Sciences Po, 2007. p.98-119. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-situation-postcoloniale--9782724610406-page-98?lang=fr.

  • MOURA, Jean-Marc,
2007. Le postcolonial dans les études littéraires en France. In :
  • SMOUTS, Marie-Claude,
La situation postcoloniale Les postcolonial studies dans le débat français. Paris : Presses de Sciences Po. Références, p.98-119. DOI : 10.3917/scpo.smout.2007.01.0098. URL : https://shs.cairn.info/la-situation-postcoloniale--9782724610406-page-98?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/scpo.smout.2007.01.0098


Notes

  • [1]
    Raymond Schwab, La Renaissance orientale, Paris, Payot, 1950.
  • [2]
    Bernard Mouralis, Littérature et Développement, Paris, Silex, 1984.
  • [3]
    Achille Mbembe, « La république désœuvrée. La France à l’ère postcoloniale », Le Débat, 137, novembre-décembre 2005, p. 159.
  • [4]
    Francophone Postcolonial Studies, 1-2, automne-hiver 2003, p. 7 et suiv.
  • [5]
    Pierre Nora, « La pensée réchauffée », dans Perry Anderson (dir.), La Pensée tiède. Un regard critique sur la culture française, Paris, Seuil, 2005, p. 121.
  • [6]
    Michel de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel, Une politique de la langue, Paris, Gallimard 2002 [1re éd., 1975], p. 173.
  • [7]
    Michel Guillou, Francophonie-puissance. L’équilibre multipolaire, Paris, Ellipses, 2005, p. 11.
  • [8]
    Ibid., quatrième page de couverture.
  • [9]
    De ce point de vue, la France est aussi un pays francophone.
  • [10]
    Achille Mbembe, « La République désœuvrée », art. cité, p. 165.
  • [11]
    Ibid., p. 166.
  • [12]
    Avec les exceptions bien connues des écrivains qui « ont réussi » et ont été annexés au panthéon français : Rousseau, Michaux, Jaccottet…
  • [13]
    Salman Rushdie, Patries imaginaires, op. cit., p. 79.
  • [14]
    Propos rapporté par Abdhouraman Waberi, « Cette langue qu’on appelle le français. L’apport des écrivains francophones à la langue française », Internationale de l’imaginaire, 21, mars 2006, p. 104. Et pourtant, certains auteurs d’expression française comptent aujourd’hui parmi les plus lus dans le monde, tels Aimé Césaire, Mohamed Dib, Kateb Yacine, Tahar Ben Jelloun, Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant ou Amin Maalouf.
  • [15]
    Le Monde, 16 mars 2007, précédant la publication, fin mai 2007, de Pour une littérature-monde, sous la direction de Jean Rouaud et Michel Le Bris (Paris, Gallimard).
  • [16]
    Cette littérature-monde a son histoire : elle provient de « l’effondrement des grandes idéologies sous les coups de boutoir, précisément… du sujet, du sens, de l’histoire ». Elle a d’abord été représentée par les « étonnants voyageurs » apparus au milieu des années 1970, par des auteurs choisissant la voie du roman noir tel Jean-Patrick Manchette, le pastiche du roman populaire, policier ou d’aventure, et par la littérature francophone caribéenne. La période 1976-1977 marque ainsi « les voies détournées d’un retour à la fiction ».
  • [17]
    Il suffit de consulter la liste des prix Goncourt ou Renaudot depuis une trentaine d’années pour mesurer l’importance, toute relative, des écrivains qui les ont obtenus : que d’oubliés de l’histoire littéraire !
  • [18]
    Adrien Pasquali, « Récits de voyage et critique : un état des lieux », Textyles, « Voyages, ailleurs », 12, 1995, p. 21-32.
  • [19]
    Sarga Moussa et al. (dir.), Miroirs de textes. Récits de voyage et intertextualité, Nice, Publications de la Faculté des lettres, arts et sciences humaines de Nice, 1998. Rien ne montre mieux l’intertextualité contemporaine que cette forme romanesque singulière, que j’ai baptisée « voyage rétrospectif ». J’entends par là une forme de fiction consacrée au voyage et qui emprunte les voies de la réécriture sans se confondre avec elle (cf. Reprise, répétition, réécriture des voyages dans la fiction européenne contemporaine, actes du 34e congrès de la Société française de littérature générale et comparée, Université de Poitiers, 2006).
  • [20]
    Même si le Manifeste semble récuser l’approche postcoloniale en précisant, avec Carlos Fuentes, que les écrivains de l’émigration « étaient moins les produits de la décolonisation que les annonciateurs du XXIe siècle » (ce qui n’est d’ailleurs pas contradictoire).
  • [21]
    John Mc Leod, Beginning Postcolonialism, Manchester, Manchester University Press, 2000, p. 33.
  • [22]
    Elle s’intéresse également à des littératures dont les auteurs sont peu nombreux, en raison d’une base démographique réduite de la communauté linguistique, hispanophone africaine (Guinée-Équatoriale) et néerlandophone caribéenne.
  • [23]
    Jean-Marc Moura, Littératures francophones et théorie postcoloniale, Paris, PUF, 1999, p. 35 et suiv.
  • [24]
    Italo Calvino, La Machine littérature, Paris, Seuil, 1984, p. 82.
  • [25]
    Jean-Marie Moura, Littératures francophones et théorie postcoloniale, op. cit.
  • [26]
    Pierre Halen, « Notes pour une topologie du système littéraire francophone », dans Papa-Samba Diop et Hans-Jürgen Lüsebrink (dir.), Littératures et sociétés africaines. Mélanges offerts à Jànos Riesz, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 2001, p. 55-67.
  • [27]
    Pierre Halen décrit justement le processus général, lorsqu’il observe que les écrivains ne travaillent pas pour exprimer une identité mais pour obtenir une reconnaissance institutionnelle. « Or s’agissant du système littéraire francophone, il n’est guère que deux voies pour l’obtenir : celle de l’assimilation, qui suppose la disparition des marques identitaires étrangères (cas de Michaux) ou, au contraire, celle de la spécification qui suppose la production et l’exploitation de marqueurs ad hoc. » (Ibid., p. 66). L’identification des régularités de la production et de l’exploitation de ces « marqueurs » constitue une démarche nécessaire pour une poétique des lettres francophones.
  • [28]
    Le débat ne date pas d’hier : dès 1938, le romancier indien Raja Rao avait théorisé sa pratique de la langue anglaise dans la préface de Kanthapura (Bombay, New Directions, 1963).
  • [29]
    Voir par exemple Bob Moore (ed.), Colonial Empires Compared. Britain and the Netherlands, 1750-1850, Londres, Ashgate, 2003 ; Jean-Marie Moura, La Littérature des lointains. Histoire de l’exotisme européen au XXe siècle, Paris, Champion, 1998.
  • [30]
    Jean-François Durand (dir.), Regards sur les littératures coloniales, 3 volumes, Paris, L’Harmattan, 1999.
  • [31]
    A. James Arnold (ed.), A History of Literature in the Caribbean, 3 volumes (I. Hispanic and Francophone Regions, II. English and Dutch-Speaking Regions, III. Cross-Cultural Studies), Amsterdam, J. Benjamins, 1994.
  • [32]
    Françoise Lionnet, Postcolonial Representations. Women, Literature, Identity, Ithaca (N. Y.), Cornell University Press, 1995.
  • [33]
    Voir, par exemple, Lieven D’Hulst et Jean-Marie Moura (dir.), Interfaces caribéennes/Caribbean Interfaces, Amsterdam, Rodopi, 2006.
  • [34]
    Arjun Appadurai, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Payot et Rivages, 2001.
  • [35]
    Rares sont les chercheurs qui, tel Jacques Rancière, s’interrogent sur le mode de visibilité actuel de la littérature, voir Jacques Rancière, La Parole muette, Paris, Hachette, 1998.
  • [36]
    Jànos Riesz et Véronique Porra (dir.), Études francophones de Bayreuth, 4, « Enseigner la francophonie », Bremen, Palabres Éditions, 2002.

Présenter les études littéraires dans le cadre d’une rencontre entre spécialistes des sciences sociales peut constituer une difficulté. En l’occurrence, le postcolonialisme me facilite la tâche dans la mesure où il est une dynamique d’abord littéraire si l’on en juge par le rôle qu’y a joué Edward Said et son Orientalisme, ouvrage notamment inspiré de l’étude d’histoire de la littérature de Raymond Schwab, La Renaissance orientale . En outre, la francophonie, que je voudrais ici évoquer, est un phénomène politique aussi bien que linguistique et littéraire. Je souhaite donc présenter les principaux éléments d’une théorie-critique-histoire littéraire postcoloniale, et les raisons pour lesquelles elle est encore largement ignorée des études littéraires françaises et francophones. Cela me permettra d’envisager quelques perspectives postcoloniales des études littéraires en France.
Le postcolonialisme n’est pas une nouveauté radicale en France, au sens où de nombreux travaux sur les lettres francophones ont eu des préoccupations similaires depuis deux décennies (tels les travaux de Bernard Mouralis sur l’Afrique francophone), mais en tant que dynamique émanant des pays anglophones, il est encore assez peu connu. Pourtant, les justifications d’une telle étude sont peu contestables, le fait colonial est tellement massif et important que l’on ne peut que s’étonner lorsque certaines approches de l’histoire littéraire l’ignorent ou lui prêtent une attention diffuse…


Date de mise en ligne : 01/04/2010

https://doi.org/10.3917/scpo.smout.2007.01.0098

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