Chapitre d’ouvrage

L’intranquillité de la langue

Discussion : Rada Ivekovic

Pages 121 à 123

Citer ce chapitre


  • Farah, N.
(2007). L’intranquillité de la langue. Dans
  • M. Smouts
La situation postcoloniale : Les postcolonial studies dans le débat français (p. 121-123). Presses de Sciences Po. https://doi.org/10.3917/scpo.smout.2007.01.0121.

  • Farah, Nuruddin.
« L’intranquillité de la langue ». La situation postcoloniale Les postcolonial studies dans le débat français, Presses de Sciences Po, 2007. p.121-123. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-situation-postcoloniale--9782724610406-page-121?lang=fr.

  • FARAH, Nuruddin,
2007. L’intranquillité de la langue. In :
  • SMOUTS, Marie-Claude,
La situation postcoloniale Les postcolonial studies dans le débat français. Paris : Presses de Sciences Po. Références, p.121-123. DOI : 10.3917/scpo.smout.2007.01.0121. URL : https://shs.cairn.info/la-situation-postcoloniale--9782724610406-page-121?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/scpo.smout.2007.01.0121


Je me suis demandé : que se passe-t-il quand un empire meurt ? Qu’arrive-t-il à sa progéniture ? Et j’ai pensé : de la beauté peut-elle naître de la mort, de la mort d’un empire ? Une beauté, de nature différente bien sûr, peut-elle surgir des ruines d’un empire qui s’est effondré ?
Je me suis demandé aussi : quand la progéniture de cet empire défunt commence-t-elle à se penser elle-même, au moins pendant quelque temps, comme un être humain, et à rationaliser la coupure avec les promoteurs de sa propre logique ? À l’évidence, aujourd’hui les enfants flottent tandis qu’ils s’éloignent de l’empire parent.
Et j’ai songé à une histoire racontée par un Indien qui vivait à Bombay, Sadaat Hassan Manto, pour moi la plus belle narration « postcoloniale », un chef-d’œuvre. Cela se passe au moment où les Indes éclatent entre Inde et Pakistan. Des milliers de personnes franchissent les frontières artificielles, maintenant acceptées. Un homme essaye de trouver un lieu pour habiter. Il va du côté indien, on lui dit : « Vous n’êtes pas un Indien. » Il va du côté pakistanais, on lui dit : « Vous n’êtes pas un Pakistanais. » Alors il reste entre les deux, accepté ni d’un côté ni de l’autre.
Si l’on accepte la métaphore, ce destin est tout à fait semblable à celui des écrivains qui ont commencé à écrire dans la période postcoloniale : ils ne sont acceptés ni par les soi-disant « indigènes » ni par les soi-disant « maîtres de l’empire ». La meilleure expression pour les décrire serait peut-être « les bâtards de l’empire »…


Date de mise en ligne : 01/04/2010

https://doi.org/10.3917/scpo.smout.2007.01.0121

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