3 - En mémoire de Jeanne, ou la mémoire biculturelle dans L’Ombre de Baudelaire de Fabienne Pasquet
- Par Cyrille François
Pages 49 à 60
Citer ce chapitre
- FRANÇOIS, Cyrille,
- MÉNARD, Nadève,
- François, Cyrille.
- François, C.
- N. Ménard
https://doi.org/10.3917/kart.mena.2011.01.0049
Citer ce chapitre
- François, C.
- N. Ménard
- François, Cyrille.
- FRANÇOIS, Cyrille,
- MÉNARD, Nadève,
https://doi.org/10.3917/kart.mena.2011.01.0049
Notes
-
[1]
Université de Cergy-Pontoise.
-
[2]
L’Ombre de Baudelaire, Arles, Actes Sud, 1996.
-
[3]
De père haïtien et de mère franco-russe, Fabienne Pasquet naît en Suisse, à Genève, en 1954. De 1973 à 1989, elle vit en Italie où elle se consacre à la pratique du théâtre. Titulaire de diplômes en anglais, russe et théâtre, elle s’installe en 1990 en Provence pour se consacrer à l’écriture et à la traduction. Elle publiera alors L’Ombre de Baudelaire et La deuxième mort de Toussaint-Louverture, respectivement en 1996 et 2001. Elle obtient pour ce deuxième roman le Prix Schiller en 2002 et le Prix Marcel Aymé en 2003.
-
[4]
OB, p. 40.
-
[5]
Alexandre Privat d’Anglemont (21 août 1815-19 juillet 1859), il naît à Sainte-Rose en Guadeloupe et meurt à Paris. Homme de lettres assez célèbre en son temps, il sombra après sa mort dans l’oubli. Touche-à-tout, il écrivit dans tous les genres : poésie, théâtre, essai, allant même jusqu’à servir de « nègre ».
-
[6]
FANON Frantz, Peau noire, masques blancs, Paris, Éditions du Seuil, 1952, rééd. coll. « Points Essais », 1975.
-
[7]
Le nom de Jeanne comme celui de Baudelaire renvoie sauf exception au personnage de Fabienne Pasquet.
-
[8]
Ce passé se concentre déjà avant l’incipit dans le récit d’un cauchemar récurrent chez Jeanne, dans lequel une enfant poignarde « rituellement » un mort, Makandour, pour vérifier son décès et éviter ainsi que son « bon-ange » lui soit volé par des sorciers. Ce refoulement par Jeanne d’un acte traumatisant, lié à sa condition d’origine, est symptomatique de la négation de soi.
-
[9]
Dans la pensée de l’identité, dans son maintien, la mémoire se présente comme un socle indispensable. Ce que l’on est dépend aussi de ce que l’on a été.
-
[10]
OB, p. 221-222.
-
[11]
OB, p. 48-49.
-
[12]
Comme le personnage du roman, la « vraie » Jeanne était comédienne de « profession ».
-
[13]
C’est le cas, par exemple, de la rencontre d’une vieille Antillaise sur le port du Havre qui la reconnaît, Jeanne panique et fuit son double, pris ici au sens d’une image niée d’elle-même. La fuite hors de la ville a une portée tout aussi symbolique dans la mesure où Paris représente à la fois la possibilité de l’intégration ainsi que le reflet de sa déchéance à venir.
-
[14]
OB, p. 201.
-
[15]
Le Vaudou distingue deux entités de l’âme et de la mémoire, deux bon-anges : le gros bon-ange correspond au sensuel, à l’affectif et au somatique ; le petit bon ange, lui, se rapproche plus de l’idée d’« âme », c’est-à-dire de l’âme totémique, de l’esprit protecteur de l’individu et lui donnant son identité.
-
[16]
OB, p. 19.
-
[17]
La « vraie » Jeanne aurait de la même façon à la fois été l’oreille de Baudelaire lorsque celui-ci les récitait, mais aurait apporté des touches à certains poèmes, ce à quoi le roman de F. Pasquet fait allusion.
-
[18]
Les auscultations de Baudelaire sur Jeanne suivent l’avancée de la dégradation du corps de Jeanne tout en la disant.
-
[19]
OB, p. 35.
-
[20]
Comme le personnage de Baudelaire l’explique, c’est le châtiment infligé à un condamné, la gravure sur la peau l’oblige à ne pas oublier le paragraphe de la loi violé et marque sa dissidence définitive, sa mise au ban de la société, ou pour le dire autrement, son démembrement du corps social.
-
[21]
GIRARD René, La Violence et le sacré, Paris, Hachette, 1972.
-
[22]
OB, p. 153.
-
[23]
OB, p. 68.
-
[24]
Cf. supra, note 7.
-
[25]
Tenancière d’un cabaret antillais, amie de Jeanne et du narrateur.
-
[26]
Double en tant que magicien des mots européens assimilé à un sorcier vaudou.
-
[27]
OB, p. 111.
-
[28]
PICHOIS Claude et AVICE Jean-Paul, Dictionnaire Baudelaire, Tusson, Du Lérot, 2002, 502 p.
-
[29]
Emmanuel Richon publie quelques années après le roman de Fabienne Pasquet un livre pour présenter ses thèses : Jeanne Duval et Charles Baudelaire : Belle d’abandon, Paris, L’Harmattan, coll. « L’espace littéraire », 2000, 488 p. L’historien analyse Les Fleurs du Mal en montrant en quoi l’influence de Jeanne Duval excède largement les zones qu’on lui avait concédées. Il fait de la muse la principale inspiratrice du recueil et la femme essentielle à l’existence de Baudelaire.
-
[30]
Avec le temps, la peinture s’effritant laisse à nouveau apercevoir la silhouette de Jeanne aux côtés de Baudelaire sur cette toile commandée à Courbet.
Dans son premier roman L’Ombre de Baudelaire
, publié en 1996,
Fabienne Pasquet
fixe par la fiction la mesure de son ambition : arracher
Jeanne Duval, muse de Charles Baudelaire, de l’oubli et des rets de mépris
qui emprisonnent ce qui reste de son souvenir. Elle exhume Jeanne du
cercueil de l’indifférence pour la représenter de part et d’autre de
l’Atlantique. Côté est, elle épingle la critique et rappelle au public français
le sort subit par cette femme, rejetée par la société de l’époque, enfouie
dans l’inconscient collectif. Côté ouest, elle rend en quelque sorte le
souvenir de la muse de Baudelaire à la mémoire d’Haïti, lui redonnant sa
place dans un panthéon virtuel des figures littéraires haïtiennes et, plus
généralement, antillaises.
L’écrivaine convoque dans ce roman les discours et les représentations
de l’époque afin de réfléchir à la construction de l’Autre et à l’interculturalité. Elle articule cette réflexion sous la coupole de la mémoire, thème
privilégié du texte. L’Ombre de Baudelaire ne raconte pas uniquement la
passion tumultueuse entre Jeanne Duval et Charles Baudelaire. À travers
la « longue, très longue lettre d’amour. Longue à en mourir
» de Privat
d’Anglemont, le roman suit aussi les soubresauts d’une mémoire niée,
refoulée, puis retrouvée dans l’affrontement avec le désir de postérité du
poète. C’est pourquoi il s’agira dans ce qui suit de réfléchir au thème de la
mémoire comme lieu d’expression, d’affrontement et de négociation de
deux cultures…
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