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26 - Émile Ollivier : L’espace d’accueil apprivoisé

Pages 337 à 350

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  • Pessini, A.
(2011). 26 - Émile Ollivier : L’espace d’accueil apprivoisé. Dans
  • N. Ménard
Écrits d'Haïti : Perspectives sur la littérature haïtienne contemporaine (1986-2006) (p. 337-350). Karthala. https://doi.org/10.3917/kart.mena.2011.01.0337.

  • Pessini, Alba.
« 26 - Émile Ollivier : L’espace d’accueil apprivoisé ». Écrits d'Haïti Perspectives sur la littérature haïtienne contemporaine (1986-2006) Karthala, 2011. p.337-350. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/ecrits-d-haiti--9782811104962-page-337?lang=fr.

  • PESSINI, Alba,
2011. 26 - Émile Ollivier : L’espace d’accueil apprivoisé. In :
  • MÉNARD, Nadève,
Écrits d'Haïti Perspectives sur la littérature haïtienne contemporaine (1986-2006) Paris : Karthala. Lettres du Sud, p.337-350. DOI : 10.3917/kart.mena.2011.01.0337. URL : https://shs.cairn.info/ecrits-d-haiti--9782811104962-page-337?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/kart.mena.2011.01.0337


Notes

  • [1]
    Università di Parma.
  • [2]
    À propos d’écrivain-migrant, Émile Ollivier, dans son essai Repérages (Montréal, Leméac, 2001) cherche à éviter de se laisser embrigader dans une définition qu’il a certes partagée mais qui ne doit pas réduire l’écrivain à cette simple dimension : « Je me sens, avec cette épithète, réduit à ma singularité d’immigrant, cantonné dans une condition minoritaire qui fait ainsi de moi un être unidimensionnel, mutilé d’une large ouverture sur le monde, un être amputé qui devrait se contenter – à chaque singe sa branche – de l’espace qui lui est assigné. Les territoires de l’écrivain migrant, comme pour tout écrivain, sont ceux de l’imaginaire, des formes et des mots qui fondent le sens ou perdent sens, de l’ordinaire de la condition humaine, de ses violences, de ses échecs, de ses rêves et de ses aspirations. Pour lui aussi le monde tel qu’il est, avec sa rumeur et sa turbulence, constitue un fabuleux champ d’observation » (p. 70).
  • [3]
    OLLIVIER Émile, « L’enracinement, le déplacement à l’épreuve de l’avenir », Études littéraires, vol. 34, no 3, été 2002, p. 93.
  • [4]
    Ibid., p. 95.
  • [5]
    « Dans le continuum de l’œuvre, Haïti demeure à la fois l’ancre immuable à laquelle est solidement amarré l’imaginaire de l’auteur et un lieu flottant, à travers le prisme du souvenir, nostalgique et inquiet, terre idéalisée et refusée dans le même mouvement ». VITIELLO Joëlle, « Au-delà de l’île : Haïti dans l’œuvre d’Émile Ollivier », Études littéraires, op. cit., p. 51.
  • [6]
    « Dans le recueil de nouvelles, Regarde, regarde les lions (2001), Émile Ollivier continue à élargir le texte national québécois, projet commencé il y a trente ans avec Paysage de l’aveugle (1977) que l’auteur considère comme sa “pièce d’identité”, son “acte de naissance à la vie d’écrivain”. Le premier recueil d’Ollivier contient deux nouvelles, illustrant la position de l’écrivain situé sur la fracture de l’exil à l’instar de ses narrateurs Iris-sans-sommeil, l’aveugle de la première nouvelle, qui promène son regard mémoire sur l’île caribéenne, et Herman Pamphile, l’immigrant haïtien à Montréal de la deuxième nouvelle, dont le récit se double de celui d’un narrateur omniscient. Regarde... effectue ce même va-et-vient entre l’île et les lieux d’exil, entre omniscience narrative et focalisation à travers un “je”. Cependant si ce “je-narrant” continue à vivre sur deux plans d’être, il a acquis des “réflexes de montréalais”, il est devenu “un modèle réussi de citoyen intégré”. [...] La narration devient alors le lieu où se nouent les codes référentiels de la culture d’origine d’Ollivier avec ceux de sa culture d’accueil. » BRIÈRE Éloïse A., « Quand Erzulie investit l’espace de Maria Chapdelaine... », Études littéraires, op. cit., p. 30.
  • [7]
    OLLIVIER Émile, Paysage de l’aveugle, Montréal, Pierre Tisseyre, 1977. Ce texte est composé de deux récits. Le deuxième, « Le Vide huilé », narre les mésaventures d’Herman Pamphile, exilé haïtien de fraîche date, dans l’univers urbain montréalais. Sa permanence dans la ville canadienne est une longue succession d’inadaptations et de difficultés qui le poussent à la folie et au meurtre. Il finira par être interné dans un asile psychiatrique.
  • [8]
    OLLIVIER Émile, Passages, Montréal, L’Hexagone, 1991 ; Paris, Le Serpent à Plumes, 1994. Roman qui présente deux aventures croisées. Les deux histoires reparcourent d’un côté l’existence de Normand, intellectuel haïtien exilé à Montréal qui tente un retour au pays natal via Miami où il trouvera la mort, de l’autre celle d’Amédée et d’une partie de la communauté de Port-à-L’Écu qui, partis d’Haïti sur un bateau qu’ils ont eux-mêmes construit, feront naufrage sur les côtes de la Floride. Selon une structure qui alterne les narrateurs et qui jongle avec les temps et les lieux, Ollivier compose une polyphonie de l’exil.
  • [9]
    OLLIVIER Émile, Les Urnes scellées, Paris, Albin Michel, 1995. Les protagonistes de ce roman, Adrien et sa femme Estelle, profitant d’un climat politique favorable décident de tenter le retour au pays natal, un retour qui pour Adrien ne s’avèrera que provisoire. Les années d’éloignement l’ont définitivement séparé de son île et rapproché de sa ville d’accueil vers laquelle il retourne à la fin du roman.
  • [10]
    OLLIVIER Émile, Regarde, regarde les lions, Paris, Albin Michel, 2001.
  • [11]
    OLLIVIER Émile, La Brûlerie, Montréal, Boréal, 2004 ; Paris, Albin Michel, 2005.
  • [12]
    Paysage de l’aveugle, p. 84.
  • [13]
    OLLIVIER Émile, Passages, Paris, Le Serpent à Plumes, p. 69.
  • [14]
    Ibid., p. 70.
  • [15]
    Passages, p. 69.
  • [16]
    Ibid.
  • [17]
    Les Urnes scellées, p. 285.
  • [18]
    « Au terme de la lecture de ce roman, une question se pose. Quel est le sens de ce retour à Montréal ? Partir au pays des origines pour retourner au pays d’accueil, n’est-ce pas affirmer une nouvelle forme d’appartenance ou une appartenance multiple ? Il apparaît clairement que, loin de découvrir son enfance, Adrien Gorfoux découvre son intériorité, sa véritable identité. Le romancier se rend compte qu’il appartient autant à l’ici qu’à ailleurs : “Je compte beaucoup plus d’années de ma vie d’adulte au Québec que dans mon propre pays”, constate Émile Ollivier. Ce qui au début de l’exil se vivait comme une “schizophrénie”, se vit aujourd’hui dans la réconciliation des pôles ». NICOLAS Lucienne, Espaces urbains dans le roman de la diaspora haïtienne, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 262.
  • [19]
    Regarde, regarde les lions, p. 130.
  • [20]
    Montréal semble devenir l’espace urbain « familier » des personnages des romans et la place d’Émile Ollivier écrivain semble se situer de plus en plus au sein de la littérature québécoise. La Brûlerie est publié par l’éditeur montréalais Boréal et le nom de l’auteur figure dans la liste des ouvrages parus à côté de ceux de Monique Proulx, Pierre Nepveu, Marie-Claire Blais et bien d’autres. La critique québécoise, à qui on doit au cours de ces dernières années une réflexion poussée sur « l’écriture migrante », considère qu’Émile Ollivier entre à plein titre dans la catégorie d’une littérature propre au Québec qui exprime des problématiques liées au voyage, à l’exil, à l’errance et qui est le fruit de nombreuses vagues migratoires. Nous citerons à titre d’exemple le récent ouvrage de HAREL Simon, Les passages obligés de l’écriture migrante (Montréal, XYZ éditeur, 2005), qui consacre un chapitre entier à Émile Ollivier (Émile Ollivier ou l’appel du lieu, p. 193-226), dans un essai critique qui traite d’autres auteurs tels que Mario Micone, Naïm Kattan, Régine Robin, Antonio d’Alfonso.
  • [21]
    Le choix des noms des personnages a souvent son importance ; il est fondamental chez Émile Ollivier. Cette fois, le nom et le prénom du protagoniste se chargent d’une symbolique facile à déchiffrer mais qui mérite qu’on s’y arrête. Jonas est bien sûr le personnage biblique qui, après avoir séjourné miraculeusement trois jours dans le ventre d’une baleine, a survécu. Ce passage à travers une période intermédiaire d’obscurité indique la transition entre deux modalités différentes. La sortie de Jonas du ventre de la baleine symbolise une nouvelle naissance, une résurrection. Lazare le ressuscité prête son nom au protagoniste sans doute pour signifier que la ville de Montréal est le théâtre d’une renaissance. Le roman s’ouvre d’ailleurs avec cette phrase significative : « Je ressuscite depuis des années dans Côte-des-Neiges ».
  • [22]
    Derrière cette habitude de la réunion pour raconter se profile en filigrane la pratique haïtienne de l’audience (la lodyans) qui est née dans un premier temps comme pratique orale de la narration et s’est transformée en un véritable genre littéraire. « Il faut distinguer bay lodyans, dans le sens de se parler et de s’échanger les nouvelles du jour, “donner des lodyans” en mot à mot, de faire une jasette, de papoter de tout et de rien, de “tirer des lodyans” qui est de raconter une histoire structurée du début jusqu’à sa chute ». ANGLADE Georges, Les Lodyanseurs du “Soir” : il y a 100 ans, le passage de l’oral à l’écrit, dans Écrire en pays assiégé – Haïti – Writing under Siege, (Marie-Agnès Souriau et Kathleen M. Balutansky), Amsterdam/New York, Rodopi, 2004, p. 67. L’étude de Georges Anglade est fondamentale pour comprendre les phases de la formation de ce genre littéraire typiquement haïtien.
  • [23]
    La Brûlerie, p. 82.
  • [24]
    Ibid., p. 166.
  • [25]
    Ibid., p. 87.
  • [26]
    OLLIVIER Émile, Mère-Solitude, Paris, Albin Michel, 1983 ; Paris, Le Serpent à Plumes, 1994.
  • [27]
    La Brûlerie, p. 235-236.
  • [28]
    Ibid., p. 47.
  • [29]
    Ibid., p. 48.
  • [30]
    Ibid., p. 95.
  • [31]
    Ibid., p. 61.
  • [32]
    Ibid., p. 41, 42.
  • [33]
    Nous empruntons le terme à Jean-Christophe Valtat qui l’a employé dans son article Les villes hallucinées. Le Dublin de Ulysses, et la Rome de Petrolio (dans L’écrivain auteur de sa ville, sous la direction de Juliette Vion-Dury, Limoges, Pulim, 2001, p. 287-297), en l’adaptant du terme forgé par Franco Moretti, les « œuvres-monde ».
  • [34]
    La Brûlerie, p. 7.
  • [35]
    Ibid., p. 54.
  • [36]
    Ibid., p. 206.
  • [37]
    Ibid., p. 230.
  • [38]
    Dans son récit Livret des villes du deuxième monde de Patrick Chamoiseau, (nous employons le terme de récit car il est particulièrement difficile de placer ce texte dans le tiroir d’un genre), le narrateur nous raconte avoir retrouvé un carnet manuscrit en créole, carnet dont il a effectué la traduction, un livre étrange qui raconte les visions urbaines d’un individu capable de voir, d’apercevoir ou d’imaginer un deuxième monde « que seuls des êtres singuliers (poètes aruspices, augures en déshérence) » étaient capables de percevoir. Ces « villes du deuxième monde » que l’auteur du carnet égrène au fil des pages constituent un catalogue fascinant de toutes les villes possibles et déclinent la multitude des paysages urbains. Il est intéressant de rapprocher ce texte de La Brûlerie, avant tout parce que les auteurs semblent presque nous y inviter ; l’auteur du carnet, en parlant de la multitude des villes, et Jonas, de Montréal, emploient le verbe « voir » au passé composé, « j’ai vu », qui ponctue le texte, créant ainsi un effet de litanie, d’accumulation, de listage. Les villes vues ou imaginées dans le récit de Patrick Chamoiseau ressemblent fort, dans certains de leurs aspects, à Montréal, ville de mélange, de métissage, de rencontres, mais aussi ville qui se donne comme vocation d’abriter les errances, les déchéances de personnages qui s’y sont souvent perdus : « J’ai vu dans leurs ruelles errer ensemble de vieux conquistadores, couverts du grincement de leurs armes rouillées, des maîtres de bateaux qui trafiquaient la chair humaine, des réfugiés aux yeux brillants qui fuyaient les contrôles, des chasseurs aux arcs devenus inutiles et qui se sentaient libres, les polices urbaines et les vieux chevaliers, les marins en bordées et les immigrés, chauffeurs routiers, motards, barmans, rois et présidents, les dictateurs déchus et les pères de famille obsolètes qui vivotaient de-ci de-là ». Livret des villes du deuxième monde, Paris, Monum, Éditions du patrimoine, 2002, p. 32.
  • [39]
    La Brûlerie, p. 109.
  • [40]
    OLLIVIER Émile, Mille Eaux, Paris, Gallimard, coll. « Haute Enfance », 1999.

Toute la critique qui s’est penchée, à des titres différents, sur l’œuvre d’Émile Ollivier, s’accorde à souligner l’importance qu’ont eue, pour la production romanesque de cet auteur, le départ d’Haïti en 1965, l’éloignement du pays natal et les années d’exil au Canada qui ont fini par devenir plus nombreuses que celles passées sur l’île. C’est à partir de cette fracture que l’auteur a, lentement mais solidement, posé les pierres qui ont permis la construction d’une œuvre au sens large du terme qui ne s’épuise pas dans le va-et-vient entre deux cultures, deux imaginaires, mais qui au contraire cherche, au fil des romans et des nouvelles, à établir des ponts, des passages, des points de jonction et de coexistence. L’écrivain, ou mieux l’écrivain migrant , favorise la rencontre de cultures et de mondes différents. Émile Ollivier, en tant que tel, a l’impression, nous dit-il « de jouer un rôle de médiation, de trait d’union, de passeur culturel, bref d’œuvrer à une « poétique de la relation  ». L’écrivain migrant n’appartient plus à un seul lieu puisque ce qui l’a conduit et poussé à prendre la plume est la rupture avec son terreau matriciel, avec son lieu d’origine. Les problématiques qu’il développe s’articulent autour de l’exil sous ses multiples facettes, de l’errance, de l’identité, de la mémoire ; l’écriture porte en elle tous ces questionnements et, selon Ollivier, « elle institue un droit d’être autre, d’ici, d’ailleurs, par-delà, en deçà, en devenir  ». Dans l’écriture d’Ollivier, les espaces se heurtent parfois les uns contre les autres mais le plus souvent ils s’interpellent, se passent la parole et tentent un dialogue…


Date de mise en ligne : 24/06/2015

https://doi.org/10.3917/kart.mena.2011.01.0337

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