14 - Yanick Lahens : Toujours ancrée
- Propos recueillis par Nadève Ménard
Pages 189 à 196
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- Propos recueillis par MÉNARD, Nadève,
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- N. Ménard
https://doi.org/10.3917/kart.mena.2011.01.0189
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Notes
-
[1]
La Couleur de l’aube, Paris, Sabine Wespeiser, 2008 ; Port-au-Prince, Presses Nationales d’Haïti, 2008.
-
[2]
Le père de Yanick Lahens, Lebert Jean-Pierre, fut l’un des architectes de la politique économique des Duvalier et fut Secrétaire d’État du Commerce et de l’Industrie de François, puis de Jean-Claude Duvalier durant plusieurs années.
-
[3]
André Apaid, homme d’affaires haïtien.
Ton premier livre publié est L’Exil, entre l’ancrage et la fuite,
l’écrivain haïtien. Comment s’est passé ton passage des textes de critique
littéraire aux textes de création ? Est-ce que l’écrivain en toi sommeillait
quand tu produisais des travaux critiques ? Arrives-tu à fermer ton œil de
critique quand tu écris tes textes de fiction, ou quand tu te relis ?
Je crois que j’ai toujours voulu écrire mais j’ai mis du temps à passer à
l’acte d’abord, du temps à trouver ma voix ensuite. Je me présente souvent
comme une tard venue à l’écriture de fiction. Ceci dit il y a deux nuances
à faire ressortir. La première est que le travail critique peut être un frein à
la création si elle enlève une certaine spontanéité, si elle empêche le Verbe
de se faire Chair (car il y a un véritable Éros de l’Écrit comme dit Barthes)
pour n’être que cerveau. S’il nous maintient dans une perpétuelle distance
réflexive et intellectuelle par rapport à ce que l’on écrit. J’ai du donc
apprendre à éloigner ce double, à le faire taire (sans le tuer) pour écrire. Et
j’en suis ravie car mes pages les plus réussies sont celles où je me suis
quittée en quelque sorte, où je m’étonne moi-même. Où je ne maîtrise pas
ce que j’écris. Celles où j’ai pu donner écho et force à cette voix profonde.
Même quand la distance réflexive me permet de mieux appréhender après
coup certaines de mes automatismes formels (le jeu avec le temps, un
certain tempo), certaines de mes obsessions thématiques (la jeune femme
en apprentissage, la figure maternelle, l’innocence perdue, l’irrémédiable
solitude de chacun, le mal, la violence, cette sensation d’une entropie
inscrite dans le monde)…
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