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- Par Éric Fottorino
Pages 61 à 104
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La vérité doit éclater : la canicule a été inventée par
Henri Desgrange pour éprouver les coureurs du Tour de
France. Et le fondateur de la Grande Boucle a transmis sa
flamme à ses successeurs, Jacques Goddet en tête, pour
que le soleil brille certains jours davantage encore que
les champions, au point de se prendre dans leurs rayons
scintillants. C’est un fait : il n’y a que sur la route du Tour
que le soleil fait la roue. On ne saurait dire si le réchauffement climatique a touché l’épreuve en plus de cent ans
d’existence. Sans doute serait–il instructif de connaître la
température moyenne qui régnait pendant les Tours de
1903 ou de 1913 à la veille de la première déflagration
mondiale, pendant ceux des années 1930 et de l’après–
guerre, ou encore ceux de l’ère moderne et de l’entrée
dans le troisième millénaire. On y découvrirait peut–être
que, plus le mercure monte, plus la vitesse moyenne augmente elle aussi…
Mais on ne plaisante pas avec la chaleur quand on
est coursier. Attraper un « chaud et soif » est chose fréquente sur les routes de juillet. L’image d’Épinal du Tour
de France se démultiplie à l’infini, montrant de pauvres
hères au visage brûlé, la poussière collée au front par la
sueur, jouant des coudes devant des margelles de puits,
sur le rebord d’une vieille fontaine, ou sous un jet d’arrosage, bouche ouverte et yeux fermés, mendiant un instant
de fraîcheur, quelques gouttes d’une potion magique qui
s’appelle simplement eau claire. Longtemps les entraîneurs ont déconseillé aux coureurs de boire, estimant
qu’ils se remplissaient la panse inutilement, risquant le
ballonnement fatal…
Date de mise en ligne : 25/04/2025
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