B
- Par Éric Fottorino
Pages 33 à 59
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- FOTTORINO, Éric,
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Notes
-
[1]
Dino Buzzati, Sur le Giro 1949, le duel Coppi-Bartali, Robert Laffont, 1984.
Il était de ces Jean qu’on n’ose pas appeler « Jeannot ».
À cause de sa stature haut perchée, de ce regard de lutteur
qui avait bouffé du goudron tant et plus quand il était une
terreur du Grand Ouest, empoignant son guidon comme un
cow–boy dégaine son colt, oui, le meilleur sprinter qu’on
connut sur les routes du Poitou d’avant et d’après–guerre.
Il s’appelait Jean Bégué, mais ses amis l’appelaient « le
Grand », et ce n’est pas seulement sa taille qui lui valait
d’avoir été de son vivant changé en adjectif. Il était à lui
tout seul un monument historique du cyclisme régional,
que l’on put longtemps visiter dans son magasin de cycles
rue de la Muse, près du port industriel de La Pallice, à
La Rochelle.
Pour la première fois de sa vie, un jour de 2004, il manqua de souffle. Une attaque du cœur, la troisième, avait
eu raison de sa longue carcasse et de son tempérament
de feu. Mais c’est toujours en action que j’imagine celui
qu’avec l’âge ses proches avaient simplement baptisé le
« père Bégué ».
Car il fallait le voir en même temps que l’écouter
lorsque, au milieu des vélos et des roues suspendues
de son atelier, sa grande blouse d’instit boutonnée à la
diable, il se mettait à vous raconter son Bordeaux–Saintes
victorieux de 1950 (voir l’entrée « Bidon »). Une chaleur de four, le bitume fondait et l’eau bouillait dans les
bidons – je m’imaginais ce prodige ! –, et pour finir des
trombes d’eau sur le vélodrome de Saintes, où « là, mon
p’tit gars, y avait tous les costauds…
Date de mise en ligne : 25/04/2025
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